Offrir aux jeunes des conditions de vie meilleures

Quel le lien existe-t-il entre la prévention du VIH et des cartes en papier recyclé sur lesquelles sont dessinés des poissons multicolores ? Apparemment, aucun. Cependant, à la Fondation des petits travailleurs, ces cartes s’inscrivent dans un projet visant à offrir des conditions de vie meilleures aux jeunes habitants de Bogota, la capitale colombienne.

Maria Liliana Salamanca, une jeune fille de 12 ans, s’applique à découper le papier et fait de son mieux pour que les petits poissons fassent joli sur les cartes. Il s’agit certes d’une activité récréative, car Maria Liliana rencontre de nombreux autres jeunes, mais en confectionnant ces cartes, elle gagne de l’argent qui lui permet d’aider ses parents à la garder auprès d’eux et « d’acheter des vêtements », a-t-elle expliqué avec fierté.

La Fondation des petits travailleurs a ses locaux dans une maison aux façades jaunes, constituée de trois étages et implantée à Patio Bonito [le joli patio], un quartier du sud-ouest de Bogota, qui n’a rien en commun avec le nom qui lui a été donné.

Composé de 42 petites communautés regroupant 102 000 habitants, Patio Bonito s’est développé sans aménagement urbain. Ainsi, des maisons de briques chaotiques se succèdent dans un dédale de rues étroites et mal entretenues. A Patio Bonito, le chômage s’élève à 21 pour cent – un taux deux fois supérieur à celui enregistré à Bogota – et une famille gagne seulement 70 dollars américains par mois.

Patio Bonito a le troisième taux le plus élevé de personnes déplacées de Bogota. Ces dernières figurent parmi les victimes des quatre décennies de conflit qui opposent les forces armées aux guérilleros de gauche. En outre, l’apparition dans les années 1980 des groupes paramilitaires de droite et des cartels de la drogue n’a fait qu’intensifier le conflit et a entraîné le déplacement de quelque 1,8 million de personnes. Vingt pour cent d’entre elles ont choisi de s’installer à Bogota.

Le conflit constitue un terrain propice à la propagation du VIH. En effet, la prostitution est souvent complice de la guerre, car les personnes désespérées, qui ont été dépossédées de tous leurs biens, sont souvent contraintes à vendre leur corps afin de joindre les deux bouts.

La Colombie compte 41 millions d’habitants et affiche un taux de prévalence du VIH/SIDA de 0,6 pour cent. Cependant, à Bogota, ce taux s’élève à 0,7 pour cent. Patio Bonito enregistre, quant à lui, l’un des trois taux de VIH les plus élevés de la ville.

Une fondation bien organisée

Une ambiance amicale règne dans les locaux de la Fondation des petits travailleurs : les murs sont colorés et les pièces sont emplies des voix et des rires des 30 jeunes qui travaillent la journée. Bien que les locaux abritent de jeunes travailleurs, ils ne ressemblent en rien à un atelier de misère.


Photo: Carlos Daguer/Revista Cambio
María Liliana Salamanca fabrique des cartes avec du papier recyclé

Au premier étage, Jonathan Mercado, un adolescent de 15 ans, vêtu d’un maillot de l’équipe nationale de football, et John Freddy García, un jeune garçon de 12 ans, arborant la tenue verte et blanche de l’Atlético Nacional, font partie d’un groupe appelé l’Arche en papier. Ce groupe a pour mission de fabriquer le papier que Maria Liliana et ses amis, qui travaillent deux étages au dessus, transforment en cartes de vœux dans le cadre de leur projet, la Spirale en papier.

La Fondation s’oppose à l’idée selon laquelle le travail des enfants est honteux et doit être stigmatisé. Dans un monde idéal, aucun enfant ne devrait travailler, mais lorsque les familles sont pauvres, les enfants doivent contribuer à l’économie précaire de leur famille.

Si les enfants n’ont aucun autre choix et doivent travailler, autant qu’ils le fassent dans la sécurité et la dignité. Telle est la philosophie qui a mené, il y a 20 ans, à la création de la Fondation, et aujourd’hui, à la confection de cartes en papier recyclé et d’autres produits.

La lutte contre le VIH

Les jeunes de Patio Bonito sont exposés à l’exploitation sexuelle, au travail forcé, à la toxicomanie, à la délinquance, aux infections sexuellement transmissibles (IST) et au VIH.

Pour Project Colombia, un effort conjoint du gouvernement et des Nations Unies qui soutient la Fondation, toute stratégie de prévention des IST et du VIH doit commencer par l’établissement de conditions de vie meilleures pour les adolescents. Et l’une des démarches préconisées par Project Colombia consiste à encourager le travail des jeunes.

« De cette façon, les jeunes peuvent gérer de petits commerces tout en apprenant à respecter leur corps et leur intégrité », a expliqué Oliverio Huertas, coordonnateur des Entreprises pour les jeunes, à Project Colombia.

Outre les cartes, les jeunes confectionnent des cahiers qu’ils recouvrent d’écorce de mandarine et des masques de carnaval en papier mâché. Tous les jeunes à risques des municipalités participant au projet travaillent à la production de ces objets.

Angie Diaz, une jeune femme de 19 ans, étudie l’anthropologie à l’Université nationale. Lorsqu’elle est arrivée à la Fondation, il y a neuf ans, Angie travaillait avec les autres jeunes, aujourd’hui, elle leur enseigne l’économie domestique.

En 2006, après avoir suivi une formation offerte par une organisation non-gouvernementale (ONG) spécialisée, Angie a commencé à enseigner l’éducation sexuelle aux enfants. Aujourd’hui, elle les aide à reconquérir une estime, à se respecter et à améliorer leurs relations familiales.

« Avec les plus jeunes, ceux qui ont entre sept et 12 ans, nous parlons du corps et de l’identité. Avec les plus grands, nous parlons de la santé sexuelle et de la reproduction », a-t-elle dit.

« Les plus jeunes sont désireux d’apprendre. Les plus grands rient au début, puis font preuve d’un plus grand intérêt. Il est courant de voir des filles de 12 ans enceintes dans ce quartier, en conséquence, il faut diffuser ces informations », a-t-elle conclu.

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