Le HCR lance un appel de fonds pour le rapatriement des réfugiés mauritaniens

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a lancé un appel de sept millions de dollars américains pour aider des dizaines de milliers de refugiés mauritaniens à rentrer dans leur pays d’origine, près de 20 ans après en avoir été expulsés à la suite d’un conflit interethnique.

Contraints en 1989 d’abandonner leurs maisons et leurs moyens de subsistance, les réfugiés – vivant au Sénégal et au Mali – ont de tout temps insisté pour que leur rapatriement soit supervisé et organisé le HCR.

C’est ainsi qu’au mois de juin, les autorités mauritaniennes ont officiellement sollicité l’aide du HCR pour mener à bien l’opération de rapatriement.

« Nous appelons la communauté internationale à aider la Mauritanie à tourner cette page douloureuse de notre histoire », a déclaré à IRIN Moustapha Touré, le porte-parole des réfugiés mauritaniens.

Le mois prochain, près de 25 000 Mauritaniens devraient quitter le Sénégal et le Mali à bord de bateaux et de véhicules de transport affrétés par le HCR. L’agence onusienne, qui assurera la protection et la fourniture de vivres aux rapatriés tout au long du trajet, apportera aussi une assistance aux communautés d’accueil des réfugiés.

Une partie des fonds – soit 1,7 million de dollars – sera destinée à la protection des réfugiés et au suivi de leur réintégration dans leurs droits. « Les autorités délivreront aux rapatriés des documents leur garantissant l’accès aux mêmes droits que les autres ressortissants mauritaniens, et la participation aux activités socio-économiques », a indiqué le HCR dans son document.

En juillet 2007, le nouveau gouvernement mauritanien élu avait officiellement invité les réfugiés à regagner leur pays dans la dignité et en toute sécurité, mettant ainsi fin à l’appréhension des réfugiés quant au statut lors de leur rapatriement.

Sur les quelque 60 000 Mauritaniens qui avaient quitté leur pays, près de 30 000 se sont installés dans le nord du Sénégal et 6 000 environ au Mali.

Selon les premiers résultats d’une enquête menée conjointement par le HCR et les autorités sénégalaises aux mois de juillet et d’août, près de 24 000 réfugiés mauritaniens vivant au Sénégal ont exprimé le souhait de rentrer chez eux. Quelques centaines de leurs compatriotes vivant au Mali ont également souhaité regagner leur pays.

Selon le HCR, étant donné « la capacité d’absorption limitée des zones de retour », l’agence onusienne prévoit de rapatrier 7 000 réfugiés d’ici la fin l’année, et le reste des réfugiés rentreront au cours de l’année 2008.

Une aide aux communautés locales

Une autre partie des fonds servira aussi à renforcer les services sanitaires et scolaires existants et à augmenter les revenus agricoles des communautés d’accueil des réfugiés, a indiqué le HCR.

« Puisqu’on suppose que les réfugiés rapatriés ont maintenu un contact régulier avec leurs parents restés en Mauritanie, cela facilitera leur réintégration dans leurs villages d’origine », selon le HCR.
L’agence onusienne note toutefois, « qu’étant donné le manque de ressources auquel certaines communautés sont confrontés en Mauritanie, la présence de familles de rapatriés, qui comptent souvent jusqu’à neuf membres, pourrait peser lourdement sur les maigres ressources alimentaires et en eau des populations locales ».

L’appel du HCR concerne également la construction de 35 puits et l’édification ou la réhabilitation de 20 centres de centres de santé et salles de classe, la fourniture de matériels agricoles et de semences destinés aux rapatriés et aux communautés d’accueil.

Les rapatriés recevront deux mois de rations alimentaires du HCR et trois mois de denrées de base du Programme alimentaire mondiale (PAM), des provisions qui devraient permettre de soulager encore plus les communautés locales.

Le HCR a par ailleurs indiqué qu’un accord tripartite était en cours de négociation avec les gouvernements sénégalais et mauritanien afin de définir un cadre juridique au retour des réfugiés. A en croire l’agence, cet accord devrait être finalisé avant le début des opérations de rapatriement, en octobre.

Vérité et réconciliation

Bien que les réfugiés aient salué l’aide de leur gouvernement et du HCR, beaucoup d’entre eux appellent à la mise en place d’une commission vérité et réconciliation pour débattre des événements de 1989, une fois les opérations de rapatriement achevées, a souligné M. Touré, le porte-parole des réfugiés.

Rejetant toute surenchère politique, le président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, avait alors déclaré au mois de juin dans une allocution :
« J’exhorte tous les Mauritaniens à se mobiliser en vue d’accueillir solidairement, aussi chaleureusement que possible et de la manière la plus fraternelle, nos concitoyens et nos concitoyennes », avait-il déclaré.

« Notre président a reconnu la responsabilité de l’Etat en nous rétablissant dans nos droits », a déclaré M. Touré. « Nous espérons que la Communauté internationale soutiendra pleinement cette initiative afin que nous nous engagions résolument dans la voie de la réconciliation nationale ».

Près de 60 000 Négro-Mauritaniens avaient été expulsés de leur pays vers le Sénégal et le Mali voisins en 1989 à la suite d’un incident frontalier qui avait dégénéré en conflit interethnique. En représailles, le Sénégal avait également expulsé des milliers de ressortissants mauritaniens vivant sur son territoire.

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