Nouveaux records pour la production d’opium

La production d’opium en Afghanistan a augmenté de 17 pour cent en 2007, a déclaré l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) le 27 août.

« Aucun pays au monde n’a jamais produit de stupéfiants à une échelle aussi mortelle », peut-on lire dans l’Afghanistan Opium Survey 2007 [Etude 2007 sur l’opium en Afghanistan], un état des lieux annuel réalisé par l’ONUDC et le gouvernement afghan.
Les paysans afghans cultivent le pavot sur 193 000 hectares, qui produiront 8 200 tonnes d’opium en 2007, selon l’étude. L’Afghanistan fournit à lui seul 93 pour cent de l’héroïne produite dans le monde.

Selon les Nations Unies, la production d’opium en Afghanistan a atteint « un nouveau et terrifiant record » qui menace la lutte pénible pour la stabilité, la reconstruction et le développement, menée par ce pays ravagé par la guerre.

Plus de trois millions d’Afghans seraient impliqués dans le commerce des stupéfiants (culture, production et contrebande) et, toujours d’après les Nations Unies, les recettes illicites de l’opium alimentent l’insurrection ainsi que d’autres activités criminelles menées en Afghanistan.

La production d’opium en Afghanistan en 2007 « risque de tuer, directement ou non » plus de 100 000 personnes dans le monde, a rapporté l’ONUDC.

La plupart des décès liés aux stupéfiants auront sans doute lieu en Chine, en Inde ou en Asie du Sud-est, où les exportations d’opium afghan trouvent de plus en plus de nouveaux marchés. L’Europe est elle aussi un acheteur potentiel de drogue produite en Afghanistan, pays enclavé. Notamment, plus de 90 pour cent de l’héroïne vendue sur les marchés noirs du Royaume-Uni provient d’Afghanistan, selon les Nations Unies.

Le 26 juin, l’ONUDC a déclaré que la dépendance à la drogue et la toxicomanie avaient considérablement diminué partout dans le monde, sauf en Afghanistan, où de plus en plus de personnes tombent dans le piège des stupéfiants.

Plus d’un million d’Afghans sont dépendants aux stupéfiants – soit 3,7 pour cent des 24,5 millions d’habitants que compte l’Afghanistan, selon les autorités afghanes.

Une question de pauvreté

La plupart des Afghans impliqués dans le commerce de l’opium ont choisi l’illégalité pour échapper à la pauvreté, selon les conclusions du rapport 2007 sur l’opium.

Ce qui incite les paysans à cultiver le pavot, au mépris de l’interdiction imposée par les autorités, c’est le prix de l’opium, de loin supérieur à celui de tout autre produit agricole.

« La plupart des paysans (98 pour cent) ont dit être prêts à cesser de cultiver le pavot à opium, si on leur fournissait un moyen de subsistance alternatif », selon le rapport de l’ONUDC.

En 2007, les récoltes de pavot à opium permettront aux paysans afghans d’empocher environ 1 milliard de dollars (prix à la production), soit 13 pour cent du produit intérieur brut du pays, qui s’élève à 7,5 milliards de dollars, selon le rapport des Nations Unies.

L’étude sur l’opium fait également état d’un écart important entre les revenus des paysans qui cultivent l’opium et de ceux qui cultivent du blé. Les cultivateurs de blé perçoivent en effet des revenus bruts de 546 dollars par hectare de terre, tandis que les revenus des cultivateurs d’opium s’élèvent à 5 200 dollars par hectare.

Des provinces sans opium

Malgré tout, à la lecture du rapport de l’ONUDC, le gouvernement afghan a tout de même lieu d’être assez satisfait. En effet, en 2006, à la suite de l’état des lieux, six provinces afghanes sur 34 avaient été déclarées « sans pavot », tandis qu’en 2007, pas moins de 13 provinces le sont, essentiellement dans le centre et le nord du pays.

« Nous devrions augmenter le nombre de provinces sans pavot chaque année et ainsi débarrasser progressivement l’Afghanistan de ce phénomène pervers », a expliqué à IRIN Zalmai Afzali, porte-parole du ministère afghan de la Lutte contre les stupéfiants, le 27 août.

Néanmoins, selon plusieurs responsables afghans, tant que la communauté des bailleurs internationaux ne financera pas généreusement la lutte contre les stupéfiants, et notamment la création de moyens de subsistance alternatifs et la construction d’institutions, la production d’opium demeurera un problème dérangeant.

Antonio Maria Costa, directeur exécutif de l’ONUDC, a également lancé un appel en faveur de l’octroi de fonds supplémentaires, en vue de freiner la production d’opium afghan en plein essor.

« Les dépenses [sur la lutte contre les stupéfiants] sont épouvantablement faibles du fait de la concurrence, de la corruption et de l’inertie administrative dans les ministères – aux plans national et international », selon M. Costa.

L’ONUDC a également appelé le gouvernement afghan à intensifier ses activités menées en vue d’éradiquer l’opium et à cibler « les riches propriétaires, particulièrement dans le sud du pays ».

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