Famine ou pas, la situation inquiète les agences humanitaires

La récente déclaration du ministre bissau-guinéen de l’Agriculture évoquant sur les ondes de la radio nationale l’imminence d’une « famine » en Guinée-Bissau, a laissé perplexes les agences humanitaires.

« La campagne agricole est compromise à 50 pour cent cette année, et les risques de famine dans les communautés rurales sont sérieux », a déclaré Daniel Suleimane Emballo, le ministre de l’Agriculture et du développement rural.

« Certes, le retard des pluies suscite quelques inquiétudes », a expliqué à IRIN Rui Jorge Fonseca, responsable de programme à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le 7 août. « Mais à ce stade, nous n’avons pas assez d’information ou de données précises pour déterminer l’ampleur du problème ».

Selon M. Fonseca, les problèmes de l’autosuffisante alimentaire de la Guinée Bissau peuvent s’expliquer par la mauvaise récolte des noix de cajou au cours des mois de mai et juin. Environ 70 pour cent des communautés rurales vivent de la vente des noix de cajou et bon nombre de paysans troquent directement leur production contre du riz, l’aliment de base.

En effet, les noix de cajou représentent 85 pour cent des exportations de la Guinée Bissau.

L’enquête sur la sécurité alimentaire réalisée par le Programme alimentaire mondial (PAM), au cours des mois de juin et juillet, avait révélé qu’une bonne partie de la population rurale ne disposerait pas de réserves de riz suffisantes pour tenir jusqu’à la prochaine récolte de noix de cajou.

La plupart des paysans bissau-guinéens vivent des revenus de la vente des noix de cajou pendant les six premiers mois de l’année, puis cultivent du riz pendant la saison des pluies, pour assurer leur alimentation jusqu’à la fin de l’année. Toutefois, d’après les conclusions de l’enquête du PAM, la période de soudure – qui précède la récolte du riz et s’étend de juillet à octobre – risque d’être bien plus difficile cette année.

En raison du déficit pluviométrique, certains paysans ont été obligés de repiquer les pousses de riz, mais comme l’a fait remarquer Marcus Prior, le porte-parole régional du PAM, cela ne signifie pas nécessairement qu’il y a risque de famine en Guinée Bissau.

« Si la situation pluviométrique s’améliore au cours des deux prochains mois, la récolte peut encore être bonne », a-t-il ajouté.

Le PAM « suit de très près l’évolution de la situation » et dispose de toute façon de stocks alimentaires d’urgence pour assurer la période de soudure.

« Le PAM suit de très près la situation en Guinée Bissau, non sans quelques inquiétudes, et est prêt à aider le gouvernement, si cela est nécessaire », a assuré M. Prior.

Jusqu’à présent, le gouvernement de la Guinée Bissau n’a pas fait appel à la Communauté internationale pour solliciter une aide alimentaire.

Malgré le déficit actuel de la production de riz, certains experts agricoles pensent que le pays a la capacité de diversifier son agriculture et de produire des patates douces, du maïs et du sorgho.

Le seul problème : les Bissau-guinéens ont une préférence très prononcée pour le riz.

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