Un taux de prévalence du VIH faible, malgré des années de conflit

Le conflit au Sri Lanka, qui détient le triste record du plus long conflit asiatique, a créé les conditions parfaites pour l’émergence du VIH/SIDA, pourtant ces décennies de guerre n’ont entraîné qu’une lente propagation de l’épidémie au sein des groupes vulnérables.

Les activistes de la lutte contre le sida affirment que le prolongement de ce conflit ethnique, qui oppose les forces gouvernementales sri lankaises aux rebelles indépendantistes des Tigres tamouls depuis plus de deux décennies, pourrait provoquer une explosion du nombre de nouvelles infections au VIH.

En effet, dans les zones de guerre, le nombre de personnes expulsées de leurs maisons ne cesse d’augmenter, des camps militaires ont été créés au milieu des populations civiles et les réfugiés voyagent de, et vers, l’Inde voisine, le pays qui compte le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH au monde.

Pourtant, selon des responsables du ministère de la Santé, 20 ans après la détection du premier cas d’infection au Sri Lanka, l’île bénéficie toujours d’un faible taux de prévalence du VIH.

Le virus affecte moins de 0,1 pour cent de la population et moins d’un pour cent des groupes à hauts risques comme les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les travailleuses du sexe et les personnes déplacées. Quelque 5 000 Sri lankais vivent avec le VIH, d’après les statistiques officielles.

Cependant, l’absence d’études permettant d’avoir une idée précise du nombre de personnes séropositives suscite l’inquiétude des activistes de la lutte contre l’épidémie, préoccupés par l’éventualité que de nombreuses personnes infectées puissent échapper aux estimations, particulièrement dans le nord et l’est du pays, où les Tigres tamouls combattent pour la création d’un Etat indépendant.

« La question que nous devons désormais poser est la suivante : sommes-nous toujours un pays avec un taux de prévalence faible ? », a demandé Kamenee Hapugalle, directrice exécutive du Service communautaire de développement, une organisation non gouvernementale (ONG) spécialisée dans le domaine de la santé génésique et sexuelle, et est engagée dans la prévention du VIH/SIDA.

« Ici, tous les facteurs sont réunis pour qu’une épidémie apparaisse : des personnes déplacées au sein du pays, une augmentation de la militarisation dans les zones de conflits, les travailleuses du sexe qui échangent leurs services contre leur sécurité, l’augmentation du nombre d’hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et même un manque d’accès aux services de santé dans les zones de conflits », a-t-elle dit.

Des facteurs qui limitent le risque de propagation

Mme Hapugalle a estimé que d’autres éléments, tels que les mouvements migratoires internes de populations à la recherche d’un emploi ou d’éducation, ainsi qu’un nombre croissant d’incidents concernant des abus sur les enfants et les femmes, menaçaient eux aussi le faible taux de prévalence du VIH.

« Dans des pays comme le Vietnam ou le Cambodge, où il y a eu des situations similaires, il a clairement été établi que l’émergence du VIH/SIDA a été une conséquence directe du conflit », a-t-elle affirmé.

Le docteur Nimal Edirisinghe, qui est à la tête du programme gouvernemental de contrôle des infections sexuellement transmissibles (IST) et du sida, a exprimé un avis différent.

« De mon point de vue, je ne pense pas que nous aurons une épidémie générale dans ce pays. Il est vrai qu’il existe des facteurs liés au conflit, mais nous n’avons pas un grand nombre d’utilisateurs de drogue par injection. Or c’est là le facteur déterminant », a-t-il affirmé, ajoutant que les pays qui avaient subi un pic soudain des cas de VIH/SIDA étaient ceux où l’utilisation de drogue par injection avait augmenté.

Les autres facteurs qui ont pu contribuer à limiter le nombre d’infections au VIH au Sri Lanka sont le faible taux de comportements sexuels à risques, un bon accès aux services de santé, la réussite des programmes de contrôle des IST ainsi que, de manière générale, une meilleure position sociale des femmes.

Le manque de « populations passerelle », ou de réseaux de contacts entre les groupes les plus exposés à la contamination, comme les travailleuses du sexe, les hommes ayant des relations avec d’autres hommes et la population en général, e été un des facteurs qui a réduit la possibilité d’impact de la maladie.

« Pour les rapatriés ou les réfugiés, s’ils contractent la maladie…ils ont la tendance à la passer à leur conjoint ou à leur partenaire, et cela se termine là. Ils n’ont généralement pas plusieurs partenaires » a dit M. Edirisinghe, en réponse aux craintes de voir le faible taux de prévalence du pays menacé par la proximité de l’île d’avec l’Inde, ou encore par le nombre de Sri Lankais travaillant au Moyen Orient.

Prendre le problème au sérieux

M. Edirisinghe a rappelé que selon les dernières statistiques, jusqu’en mai 2007, un total cumulé de 872 patients avaient été diagnostiqués positifs au VIH. Parmi eux, 220 avaient développé le sida et 162 en étaient décédés.

Au cours des quatre premiers mois de cette année, 24 cas de HIV ont été déclarés, et quelque 112 patients ont été traités avec des antirétroviraux gratuits, fournis par le gouvernement.

« Ce que nous avons actuellement sont des poches où la maladie a été détectée. Bien sûr, si ces groupes de personnes augmentent, nous pourrions avoir une épidémie, et c’est ce que nous voulons justement prévenir » a-t-il dit.

D’après un professionnel de la santé qui travaille auprès de patients infectés au VIH et de groupes à hauts risques, « il existe certains modèles sociodémographiques et certaines habitudes culturelles – comme par exemple la faible utilisation de préservatifs – qui sont une réelle menace mais qui n’entraîneront pas l’irruption d’une épidémie ».

« Nous avons l’habitude de dire que le Sri Lanka est assis sur une bombe à retardement, ou encore au sommet d’un volcan, parce que sinon, le problème du sida ne serait pas pris au sérieux », a affirmé ce travailleur sanitaire, qui a souhaité garder l’anonymat. « Il nous est déjà assez difficile de convaincre les travailleuse du sexe d’utiliser des préservatifs avec leurs clients ».

Avec l’évolution des comportements sexuels des jeunes, qui tendent vers des pratiques plus à risques, les objectifs principaux du nouveau plan quinquennal du Programme national de lutte contre les IST/SIDA qui commence cette année seront l’information et la prévention.

Une conférence internationale sur le sida en Asie et dans le Pacifique se tiendra en août à Colombo, la capitale du Sri Lanka. Elle doit se focaliser sur des problèmes tels que le débat entre test de dépistage volontaire ou obligatoire du VIH, la discrimination ainsi que les droits des personnes vivant avec le virus.

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