La représentante des Nations unies expulsée

La coordinatrice résidente du système des Nations unies en Gambie a reçu vendredi l'ordre de quitter le pays, après avoir émis des réserves sur la découverte d’un remède contre le sida par le président Yahya Jammeh, selon plusieurs sources.

Mi-janvier, le Président gambien a affirmé avoir mis au point un remède à base de plantes médicinales permettant de soigner le VIH/SIDA et annoncé le lancement d’un programme de traitement.

Dans une déclaration publiée le 9 février, le docteur Fadzai Gwaradzimba, coordinatrice résidente du système des Nations unies en Gambie et représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), s’est inquiétée des effets potentiellement dangereux de cette annonce.

Plusieurs sources, gouvernementale et proches des Nations unies en Gambie, ont affirmé vendredi à des journalistes que suite à cette prise de position, les autorités gambiennes avaient décrété Mme Gwaradzimba ‘persona non grata’ et lui avaient donné 48 heures pour quitter le pays.

Le Daily Observer, quotidien gambien pro-gouvernemental, a attribué cette décision des autorités gambiennes «aux commentaires irresponsables» de Mme Gwaradzimba sur le traitement du président Jammeh. «Nous lui souhaitons un départ rapide», a ajouté le quotidien.

Sans vouloir se prononcer officiellement sur ces révélations, le siège du PNUD à New York a indiqué vendredi dans un communiqué que Mme Gwaradzimba «[va] se rendre à New York pour discuter du sujet», ajoutant que «les plus hautes instances du PNUD soutiennent totalement la déclaration du 9 février de la résidente coordinatrice et de [son] équipe.»

Les affirmations de M. Jammeh, largement relayées ces dernières semaines par les media locaux et appuyées par des communiqués des autorités sanitaires gambiennes ‘confirmant’ le succès du traitement sur les premiers patients, ont déclenché les foudres de nombreux acteurs de la lutte contre le sida à travers le monde.

En Gambie, en revanche, peu de voix ont osé s’élever pour mettre en doute le ‘remède miracle’ du Président, qui depuis son arrivée au pouvoir en 1994 à la faveur d’un coup d’Etat, n’a cessé de réduire la liberté d’expression, selon plusieurs organisations internationales de défense des droits de l’homme.

En dépit de multiples demandes d’explication, les autorités gambiennes ont jusqu’à maintenant refusé de fournir des détails sur le ‘traitement du Président’.

Face à ce flou, Mme Gwaradzimba a exprimé ses craintes de voir les populations adopter des comportements sexuels à risque, rappelant également que le traitement antirétroviral était pour l’instant le seul moyen scientifiquement reconnu de prolonger et améliorer la vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

«Jusqu’à aujourd’hui, aucun remède contre le VIH/SIDA n’a été annoncé sur la scène internationale. Lorsqu’une personne est infectée par le [VIH], elle reste infectée à vie», a-t-elle dit.

Pour en savoir plus:
GAMBIE: Les patients sous ARV appelés à poursuivre leur traitement - Nations unies
GAMBIE: Besoin urgent d'explication sur le "remède contre le sida" du Président

ail/