Les associations désemparées à la veille du départ de la Banque mondiale















La fin programmée d’un grand projet de la Banque mondiale en faveur de la lutte contre le VIH/SIDA en Gambie alarme les associations et leurs partenaires qui craignent un important ralentissement de leurs activités en 2007.

«La fin du programme est un grand problème, de nombreuses personnes vivant avec le VIH vont en souffrir car il répond aux besoins des patients en matière de santé et d’aides sociales, il promeut le sexe sans risque et les activités de conseil», a dit à PlusNews Lamin Ceesay, le président de l’association Santa Yalla qui regroupe les personnes infectées par le virus.

Le projet de la Banque mondiale, dit ‘de Réponse rapide au VIH/SIDA’ (ou HAARP), d’une valeur de 15 millions de dollars, a été lancé en 2001 pour cinq ans, avec pour principale vocation de prévenir la propagation du virus parmi la population.

En s’arrêtant fin décembre, ce programme devrait entraîner un besoin de financement de cinq millions de dollars pour 2007 et remettre en cause de nombreuses interventions, ont estimé les Nations unies.

Plus de 1 100 femmes enceintes et 3 000 personnes infectées par le virus ont besoin de traitement antirétroviral (ARV), environ 8 700 orphelins ont besoin d’être dépistés au VIH et plus de 4,5 millions de préservatifs doivent être distribués, selon le programme conjoint des Nations unies sur le VIH/SIDA (Onusida).

«Les ressources sont largement insuffisantes, nous en appelons à tous les partenaires pour tenter de combler les vides», a reconnu Robert Kwao Djangmah, représentant de l’Onusida dans la capitale gambienne.

Selon l’Onusida, depuis une première réunion entre partenaires et acteurs locaux en septembre 2005, la réponse nationale à l’épidémie a toujours buté sur la faiblesse des financements alloués.

Or, a rappelé Isatou Njie-Saidy, vice-président de la Gambie, lors d’un séminaire sur l’éducation et le sida le mois dernier, la pandémie n’a cessé de progresser depuis 1999, au point que «le VIH/SIDA est devenu un mot familier» dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.

Le taux national de prévalence a presque doublé en sept ans, pour atteindre 1,2 pour cent de la population en 2001, selon la dernière étude de surveillance sentinelle. Les acteurs humanitaires craignent que ce taux d’infection ne soit plus élevé en raison de l’importance des abus sur mineurs dans un pays tristement célèbre pour son tourisme sexuel.

Dans une étude publiée en 2004, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a insisté sur le fait que les Gambiens étaient désormais les plus nombreux à abuser des mineurs, des jeunes gens vulnérables aux infections sexuellement transmissibles et au sida, supportant des grossesses non désirées et les conséquences des avortements clandestins.

Selon les Nations unies, environ 8 000 personnes vivaient avec le VIH/SIDA en 2003, dont environ 2 000 enfants de moins de 15 ans. Plus d’un tiers auraient besoin d’ARV.

Une subvention de 14,6 millions de dollars du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, accordée en 2004 pour cinq ans, devrait permettre de couvrir à 50 pour cent la demande de traitements d’ici 2008 ainsi que de poursuivre les activités de sensibilisation et de prévention, notamment de la mère à l’enfant via l’accès aux thérapies.

En outre, le secrétariat national de lutte contre le sida a sollicité une aide auprès du gouvernement, pour appuyer la lutte et identifier d’autres solutions de financement, a précisé Saidou Jallow, responsable de la communication de cette structure publique.

«Le Programme des Nations unies pour le développement a récemment demandé aux bailleurs d’aider à réduire l’écart de financement», a-t-il expliqué. «Nous sommes très inquiets de l’apparition quotidienne de nouveaux cas d’infection au VIH.»

Selon Lamin Danfa, un jeune Gambien séropositif, la fin des financements HAARP n’aura pas seulement un impact négatif sur les patients, mais aussi sur leurs familles et leurs amis. «Si quelqu’un peut faire quelque chose, qu'il se lève maintenant avant qu’il ne soit trop tard.»

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