Les populations civiles sont les principales victimes de la crise libanaise

Au huitième jour de l’offensive aérienne lancée par Israël sur le Sud Liban, en représailles à l’enlèvement des deux soldats israéliens par le mouvement religieux chiite libanais Hezbollah, rien ne semble arrêter cette confrontation qui aurait déjà fait plus de 400 000 déplacés, selon certaines agences humanitaires, et plus de 175 morts et 500 blessés, selon le ministre libanais de la Santé, Muhammad Jawad Khalifa.

Et ce nombre pourrait encore augmenter si les bombardements se poursuivent.

Côté israélien, le bilan est moins lourd mais les tirs de roquettes du Hezbollah sur Israël ont fait 12 morts parmi la population civile.

Une équipe des Nations unies est attendue ce jour à Beyrouth pour effectuer une évaluation de la situation humanitaire et un appel éclair devrait être lancé dès la semaine prochaine pour solliciter une aide humanitaire d’urgence.

Les acteurs humanitaires présents sur le terrain continuent d’exprimer leurs préoccupations vis-à-vis de la vulnérabilité des populations coincées dans le sud du pays, le fief du mouvement Hezbollah et principale cible des attaques aériennes depuis le début de la campagne de bombardement menée par l’armée israélienne, le 12 juillet.

Selon les humanitaires, la région est pratiquement inaccessible en raison du récent bombardement des routes et des ponts.

« Les populations du sud sont assiégées et ne peuvent pas se déplacer », explique Kamel Mohanna, responsable d’Amel, une ONG locale. « Nous essayons de coordonner nos actions avec celles du CICR et des agences de l’ONU pour envoyer des moyens de transport afin d’évacuer la population de la région ».

Mais les tirs de barrage de l’artillerie israélienne et les frappes aériennes ne facilitent pas la tâche des services de santé qui rencontrent d’énormes difficultés pour accéder aux blessés dans le Sud Liban.

« Nous collaborons avec des ONG et des associations humanitaires pour essayer de faire face à la situation », a confié à IRIN M. Khalifa. « Mais nous avons du mal à accéder aux zones bombardées pour secourir les blessés ».

A Sidon, une localité située à 45 kms au sud de Beyrouth, le Dr. Abdel Rahim Hennawi, directeur du centre médical Hammoud, est très préoccupé par l’arrêt des dialyses.

« Nous avions la réputation d’avoir le meilleur système de dialyse du Sud Liban », explique-t-il. « Actuellement, nous manquons de sang car les routes sont fermées et les patients continuent d’affluer au centre ».

Quarante huit blessés des villes et villages du sud sont arrivés au centre. Pour la plupart, ils présentaient des brûlures ou des blessures à la tête, à l’abdomen et aux membres.

Les attaques de l’aviation israélienne ont également visé des cibles civiles dans le sud de Beyrouth, la capitale, et elles ont été si intenses dans ce secteur de la ville que de nombreux habitants ont été contraints d’abandonner leur maison.

C’est le cas de Nuridin, parti de Beyrouth Sud avec sa famille, il a trouvé refuge dans une école de Karm al-Zeytoum, un quartier en secteur chrétien, au cœur de Beyrouth Est.

Selon Mark Daou, membre de la fondation Samir Qassir, une des nombreuses ONG libanaises qui aident les populations déplacées, près de 280 déplacés des quartiers de Beyrouth Sud et du Sud du Liban vivent actuellement dans cette école.

« Les deux premiers jours, les voisins n’étaient pas très disposés à aider les déplacés », explique-t-il. « Mais lorsqu’ils ont vu les destructions provoquées par les bombardements israéliens, ils ont commencé à prendre soin des blessés. Nous venons de recevoir 250 rations alimentaires et beaucoup de gens invitent les enfants de déplacés à venir jouer chez eux ».

Hishsan Freysh et sa famille ont quitté Maroub, un village du Sud Liban près de Tyre. Réfugié à l’école Karm al-Zeytoum, il s’inquiète pour les autres membres de sa famille restés à Maroub.

« Ils pensaient pouvoir partir plus tard, mais tout a basculé », a-t-il déploré. « Les ponts et les routes ont été détruits et plus personne n’a pu partir. Ma cousine a bien tenté de s’enfuir vendredi, mais sa voiture a été touchée par un obus. Elle est morte hier des suites de ses blessures ».

A New York, le Conseil de sécurité s’est réuni lundi dernier pour aborder les questions relatives à la crise libanaise. Le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a indiqué qu’il étudierait avec les membres du Conseil une série d’actions pratiques et a exigé des protagonistes qu’ils libèrent leurs otages, l’arrêt des tirs de roquettes sur Israël et la fin des actions de représailles de l’armée israélien au Liban.

M. Anna s’est par ailleurs dit très préoccupé par l’aggravation de la situation humanitaire.