Des lois pour lutter contre le VIH et les violences sexuelles

Lorsque Joan Booko a été violée en 2005 par deux hommes à Kitale, dans l’ouest du Kenya, elle est allée porter plainte à la police locale, mais ses agresseurs ont été relâchés quelques jours plus tard après avoir payé une amende de 300 dollars chacun.

«Je les vois de temps en temps dans la rue», a confié cette jeune fille de 19 ans. «Ce sont des hommes libres.»

A l’hôpital où elle s’est rendue pour être soignée après son agression, Joan Booko (un nom d’emprunt) n’a pas reçu de prophylaxie post-exposition (PEP), un cocktail de médicaments antirétroviraux (ARV) qui réduit les risques de contracter le VIH/SIDA de 80 pour cent s’il est administré dans les 72 heures qui suivent l’exposition au virus.

L’expérience de Joan Booko est monnaie courante au Kenya, où selon les statistiques, une femme est violée toutes les 30 minutes à Nairobi, la capitale, et où les auteurs de ces crimes sont relâchés après s’être acquittés d’une amende dont le montant peut ne pas dépasser 20 dollars.

Mais cette ère de quasi-impunité pourrait être bientôt révolue : le Parlement kenyan vient d’adopter une loi visant à sanctionner les auteurs de crimes sexuels. Cette loi prévoit une sentence minimum obligatoire et condamne la transmission volontaire du VIH.

Même si la loi n’a pas été adoptée dans sa forme initiale, Njoki Ndungu, membre du Parlement, s’est dit «ravie» que le projet de loi ait été accepté.

«Seize nouveaux délits sexuels ont été reconnus, un système de dissuasion a été mis en place et des sentences minimum obligatoires sont désormais requises contre les violeurs», a-t-elle expliqué. «Nous espérons que la loi va être appliquée le plus vite possible.»

Pourtant, tout le monde ne partage pas l’optimisme de Njoki Ndungu, craignant que la nouvelle loi ne parvienne à protéger efficacement les femmes contre les sévices sexuels.

«Une loi ne suffira pas à modifier des traditions profondément ancrées, notamment dans les régions rurales, où les femmes n’ont pas de pouvoir», a souligné Jack Nyagaya, un conseiller qui travaille à Kitale.

Jack Nyagaya a dit avoir souvent affaire à des cas de viols, et selon lui, la nouvelle loi n’est pas suffisamment orientée vers les auteurs de crimes sexuels.

«La loi qui vient d’être votée ne respecte pas le projet de loi initial», a-t-il déploré. «Nous avons besoin d’une plus grande volonté politique et la police doit être prête à infliger des peines afin que la loi s’enracine.»

Njoki Ndungu a reconnu que la loi ne révolutionnera pas le pays du jour au lendemain. «Il faut que l’on apprenne à la police la manière dont elle doit s’occuper des victimes de viols et autres sévices sexuels», a-t-elle expliqué.

«On doit également reformer les tribunaux afin qu’ils puissent être en mesure de traiter telles affaires. On doit créer un registre des délinquants sexuels, qui sera consulté. Enfin, le personnel médical sera lui aussi formé et des kits PEP seront disponibles dans les hôpitaux», a-t-elle ajouté.

Un autre projet de loi, sur le contrôle et la prévention du VIH/SIDA, proposé par Charity Ngilu, la ministre de la Santé, était en deuxième lecture au Parlement le 6 juillet.

Il propose une interdiction du dépistage systématique dans le cadre d’un entretien d’embauche, d’un mariage, d’une admission dans un établissement universitaire ou dans un pays, d’une souscription d’une assurance ou d’un prêt.

En revanche, les personnes accusées de crimes sexuels seront obligées de subir un test de dépistage du VIH/SIDA.

Si elle est adoptée, cette loi instaurera le premier cadre juridique de prévention, de contrôle et de gestion de la pandémie au Kenya.