Le gouvernement intensifie ses efforts afin d’aider les victimes de viol

Le gouvernement du Lesotho souhaite améliorer les soins médicaux prodigués aux victimes de sévices sexuels, après que le nombre de cas de viols répertorié au cours du premier semestre de l’année 2006 avoisinait celui enregistré sur l’ensemble de l’année 2005.

Selon Motselisi Mosotho, membre de l’unité de protection de l’enfance et de la femme (Child and Gender Protection Unit -CGPU), la police du Lesotho a répertorié 484 cas de viols entre janvier et mars derniers, contre 501 cas sur l’ensemble de l’année 2005.

La CGPU fait partie des services de la police montée du Lesotho, elle est chargée de superviser les cas de sévices sexuels et de violence qui ont été commis sur les enfants ou les femmes de ce pays enclavé de deux millions d’habitants.

Une formation a été récemment dispensée par le gouvernement et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) à plus d’une quarantaine d’agents sanitaires des services privés et publics ainsi que des membres de Christian Health Association of Lesotho, une ONG confessionnelle qui gère huit hôpitaux et 70 centres de soins.

Dans le cadre de la formation, les participants ont appris à prescrire de la prophylaxie post-exposition (PPE)- un assortiment de médicaments antirétroviraux (ARV) qui permet de limiter les risques d’infection au VIH - à récolter des preuves pour mener une enquête lors d’une affaire de viol, à diagnostiquer une infection sexuellement transmissible (IST), à faire subir des tests de grossesse et de dépistage du VIH/SIDA et à apporter un soutien psychologique aux victimes.

«Cette formation est l’une des différentes campagnes de sensibilisation qui ont été mises en place afin d’amener les diverses parties à améliorer la prise en charge des victimes de viol, notamment des enfants», a expliqué Mandaba Limema, travailleur social auprès du ministère de la Santé.

Selon le docteur Hassan Elhag, un gynécologue qui travaille à l’hôpital public, la formation a été complète et pertinente dans la mesure où autrefois le personnel médical devait uniquement être capable d’identifier la présence de sperme et de diagnostiquer les IST.

«Avant, nous nous concentrions sur l’examen physique. Nous regardions les traces visibles de viol. Nous faisions également un prévèlement vaginal, qui permettait par la suite d’analyser au microscope le sperme et de détecter la présence d’une éventuelle infection. Puis nous prescrivions un traitement contre les IST et des contraceptifs d’urgence, mais jamais de PPE. Les patients recevaient des conseils certes, mais rien de très approfondi, car dans un contexte d’urgence, nous n’avions tout simplement pas le temps», a-t-il expliqué.

«Mais grâce à cette formation, la loi sur les sévices sexuels prend forme», a-t-il ajouté.

Selon l’Unicef, la manière dont les hôpitaux répertorient les cas de viols et collectent les données permet aux médecins de suivre les patients victimes de viol ou de sévices sexuels.

Cependant, «tant qu’il n’y aura pas de lignes directrices définies visant à normaliser la gestion des cas de viol et à assurer une démarche coordonnée et globale, la prise en charge des victimes dépendra entièrement d’une seule personne et ne sera souvent pas suivie d’une autre consultation.»

Dans la société patriarcale du Lesotho, la violence à l’égard des femmes est caractérisée par la honte et est considérée comme une affaire de famille. La prise en charge des victimes de viol par les services médicaux permet de soulager les ONG, qui n’ont souvent pas les moyens de s’occuper des victimes, a expliqué Mavis Mochochoko de Ministries of Insured Salvation, une ONG engagée dans la lutte des droits des femmes, basée à Maseru, la capitale.

Si l’ensemble des services était regroupé dans un seul et même centre, cela permettrait d’aider les victimes de sévices sexuels qui souffrent de traumatisme, a-t-elle ajouté.

Selon Motselisi Mosotho, les campagnes de lutte pour l’égalité des sexes ont encouragé les personnes victimes d’abus sexuels de porter plainte. «La CGPU a sensibilisé la population à ses droits et à son devoir de porter plainte en cas de viol» et est ainsi responsable de la forte augmentation du nombre de cas de viol répertorié au cours de cette année.

«Avant ces campagnes, même lorsqu’un membre violait un autre membre de la famille, le problème était réglé au sein de la famille», a expliqué Motselisi Mosotho. «Les gens comprennent maintenant que les hommes ne peuvent plus être les pères de [leurs propres petits] enfants, comme avant».