L’Afrique doit trouver ses propres solutions face au sida

L’Afrique est déterminée à jouer son rôle dans la lutte contre le VIH/SIDA, a dit l’Union africaine, un engagement que les Nations unies juge vital pour les populations du continent.

«Nous devons relever le défi de travailler ensemble avec la communauté internationale pour trouver une solution [au VIH/SIDA] qui est une préoccupation majeure pour l’humanité», a dit Denis Sassou Nguesso, le président congolais et président en exercice de l’Union africaine (UA), mercredi à Abuja.

M. Nguesso s’exprimait lors de la cérémonie d’ouverture du sommet des chefs d’Etat de l’UA intitulé «L’accès universel d’ici 2010 aux services de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme par une Afrique unie», qui se tient jeudi dans la capitale nigériane.

«Le temps est venu pour l’Afrique de faire face à ce défi en harmonisant [ses] stratégies dans le secteur de la santé publique et en s’efforçant d’être efficace», a insisté M. Nguesso, devant un parterre composé de hauts responsables africains, dont huit chefs d’Etat, de partenaires internationaux et de représentants de la société civile.

M. Nguesso a affirmé que les dirigeants africains participeraient activement à la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies (Ungass, en anglais) sur le sida, qui se tiendra du 31 mai au 2 juin à New-York aux Etats-Unis, afin de montrer leur «résolution à trouver une solution à ce problème [du sida] qui menace l’humanité».

L’hôte de cette rencontre -- qui intervient cinq ans après le premier sommet de l’Union africaine sur le sida à Abuja --, le président nigérian Olusegun Obasanjo, a souligné sa détermination à faire en sorte qu’aucun pays du continent ne soit oublié.

«Notre but est très clair et très réaliste, nous sommes déterminés à nous assurer qu’à tous les niveaux, nous prenons les mesures idoines pour garantir les ressources et les fonds nécessaires [à la lutte]», a-t-il affirmé.

En 2001, les Etats africains s’étaient engagés à consacrer 15 pour cent de leur budget annuel à la santé. Cinq ans plus tard, «un tiers des pays [a] consacré 10 pour cent ou plus de [son] budget national au secteur de la santé», a révélé un rapport récent de l’UA.

Le Botswana est cité par ce rapport comme le seul pays à avoir respecté ses engagements, tandis que le Nigeria, le Burundi et l’Ethiopie figurent parmi les ‘plus mauvais élèves’, avec respectivement quatre, trois et deux pour cent de leur budget annuel consacré au secteur de la santé.

Selon les Nations unies, cet engagement des dirigeants africains est de toute façon vital si l’Afrique veut atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), définis par les Nations unies lors de l’Ungass-sida en 2001.

Les responsables africains n’ont pas d’autre choix que de s’engager

Dans le domaine de la lutte contre le sida, les OMD prévoient l’accès universel au traitement en 2010 puis l’inversion de la propagation de l’épidémie à l’horizon 2015.

En décembre 2005, 810 000 personnes vivant avec le virus recevaient des ARV, soit 17 pour cent des personnes en attente de traitement contre le sida sur le continent, contre moins de 10 000 personnes il y a cinq ans, selon le «Rapport sur l'initiative '3 millions d'ici 2005'» (trois millions de personnes sous ARV d’ici fin 2005 dans les pays en développement) de l’organisation mondiale de la santé (OMS).

Avec la création du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, les financements internationaux alloués à la lutte contre les trois épidémies ont plus que quadruplé en quatre ans, pour atteindre 8,4 milliards de dollars.

Les ARV qui permettent de prolonger la vie des personnes vivant avec le VIH constituent la majorité des dépenses.

Ces statistiques montrent que les avancées dans la lutte sont considérables, a estimé le docteur Peter Piot, directeur exécutif du Programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida.

Mais la majorité des traitements en Afrique subsaharienne sont financés grâce à des fonds internationaux, ce qui pose la question de l’accélération de l’accès aux traitements et de la pérennité des programmes de distribution d’ARV, a-t-il souligné.

«Nous voulons que les gens qui commencent un traitement aujourd’hui soient toujours en vie dans 30 ans. Qui va payer pour ça ?», a demandé M. Piot. «Si je prends des ARV et que mes bailleurs de fonds arrêtent de payer, quelle qu’en soit la raison, je vais mourir dans les six mois. Que cela signifie-t-il pour la souveraineté d’un pays ?»

A terme, a ajouté M. Piot, «le plus de financements possibles pour les traitements devront être pris en charge par les Etats... C’est une question de priorités».

Arch Halima Tayo Alao, secrétaire d’Etat nigériane à la Santé, a rappelé mardi à Abuja que l’un des défis majeurs à relever pour réussir à atteindre les objectifs du millénaire de la lutte contre le sida, au-delà de la nécessité de trouver des financements, était de combler la pénurie de professionnels de la santé à laquelle l’Afrique est confrontée.

Bien que l’Afrique supporte près d’un quart de la charge mondiale de morbidité et abrite 60 pour cent des personnes infectées au VIH dans le monde, elle ne possède que trois pour cent du personnel sanitaire à l’échelle de la planète avec des dépenses de santé qui représentent moins d’un pour cent du total mondial, a déploré l’OMS dans un rapport publié le 7 avril dernier pour la journée mondiale de la santé.

«Il est clair qu’en dépit des progrès significatifs réalisés dans le contrôle des trois épidémies, elles continuent à être source de grande inquiétude», a-t-elle dit.

«Tout en reconnaissant ces progrès, nous devons aussi admettre qu’il faut faire beaucoup plus. Nous devons regarder avec un esprit critique les facteurs qui expliquent la lenteur des progrès réalisés pour atteindre les objectifs fixés en 2001.»