Les ARV gratuits, c’est bien mais pas suffisant, selon les activistes

La gratuité des traitements contre le sida décidée par le gouvernement a été saluée comme une étape importante par les activistes, qui demandent davantage pour les patients, pénalisés par le coût élevé des examens biologiques indispensables à une prise en charge correcte.

En décembre 2005, le président Olusegun Obasanjo a approuvé la distribution gratuite de traitements antirétroviraux (ARV) aux personnes vivant avec le virus à partir du 1er janvier 2006. Auparavant, les personnes qui bénéficiaient de ces traitements subventionnés se les procuraient au prix de 1 000 Nairas (huit dollars) par mois.

Cette gratuité, qui doit aussi concerner les femmes enceintes séropositives, était réclamée de longue date par les activistes de la lutte contre le sida au Nigeria.

Ainsi, selon une enquête menée entre août et novembre 2005 sur 122 patients qui venaient de rejoindre le programme de distribution gratuite d’ARV et de diagnostic de Médecins sans frontières, à l’hôpital général de Lagos, 44 pour cent d’entre eux avaient interrompu leur traitement à maintes reprises, ou avaient pris des doses insuffisantes de médicaments faute d’argent pour les payer.

«Même parmi ceux qui bénéficiaient des traitements, très peu arrivaient à payer les 1 000 Nairas que coûtait le traitement, en raison du niveau de pauvreté élevé», a expliqué Rolake Odetoyinbo Nwagwu, la présidente du Mouvement d’action pour les traitements (TAM, en anglais) au Nigeria.

Selon ces activistes, la gratuité n’était pas encore effective dans l’ensemble des centres du pays mi-janvier, notamment dans les établissements hospitaliers des Etats de la fédération. Par-contre, les 24 hôpitaux fédéraux l’ont déjà mise en œuvre.

«A Ibadan [dans le sud-ouest du pays], la distribution gratuite a commencé, mais les patients des centres de la capitale fédérale Abuja nous disent qu’ils ne reçoivent toujours pas les médicaments gratuitement», a dit Victor Olaore, de l’organisation Action positive pour l’accès au traitement (Pata, en anglais).

Selon M. Olaore, de nombreux centres de distribution d’ARV ont affirmé attendre la directive officielle du ministère de la Santé qui les autorise à fournir gratuitement les médicaments à leurs patients avant de commencer à offrir les traitements.

Babatunde Osotimehin, le président du Comité national de lutte contre le sida, Naca, a reconnu que la décision du gouvernement de distribuer gratuitement les ARV n’était pas encore appliquée partout, mais il a estimé à 41 le nombre de sites où les patients en bénéficiaient depuis le 1er janvier.

«L’idée étant de fournir ces traitements à davantage de personnes, nous allons augmenter le nombre de sites qui les distribuent», a-t-il affirmé.

La mise en place des programmes de distribution des ARV au Nigeria a été rendue possible grâce à des financements internationaux, notamment ceux du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui a accordé en 2003 une subvention de 70 millions de dollars sur cinq ans.

Des mesures dépendantes des financements internationaux

Avec les financements de la Banque mondiale et du Plan d’urgence du président George Bush contre le sida, le Pepfar, l’aide internationale au développement de ces programmes de distribution d’ARV atteint 300 millions de dollars.

Pourtant, Pat Matemilola, coordinateur du Réseau national des personnes vivant avec le VIH, s’est dit inquiet de la dépendance des programmes antirétroviraux du Nigeria vis-à-vis des subventions internationales.

«La majorité de nos programmes de réponse à l’épidémie sont gérés par des bailleurs de fonds internationaux, ce qui fait que nous ne pouvons pas vraiment décider de ce que nous voulons faire», a-t-il regretté.

Les activistes nigérians ont en effet estimé que la gratuité des traitements devrait s’appliquer à l’ensemble des étapes de la prise en charge, y compris les examens biologiques indispensables à la surveillance du virus et des traitements.

Actuellement, la recherche de lymphocytes CD4, qui permet de déterminer si une personne infectée au VIH doit être mise sous traitement, et la quantification de la charge virale, qui évalue si le traitement est efficace, coûtent au patient entre 15 000 et 18 000 Nairas (entre 115 et 140 dollars).

Or en fonction de l’état de santé de la personne séropositive, ces tests devraient être réalisés entre deux et quatre fois par an, selon des médecins. Le coût de ces examens est prohibitif dans un pays où deux tiers des Nigérians vivent avec moins d’un dollar par jour, selon les Nations unies.

«Ces tests sont cruciaux dans les traitements», a rappelé Mme Nwagwu. L’accès gratuit au traitement du sida va donc beaucoup plus loin que le seul accès aux ARV, a-t-elle estimé.

Actuellement, entre 40 000 et 50 000 personnes bénéficient d’ARV dans le cadre des programmes gouvernementaux au Nigeria, selon les autorités et les activistes, soit moins de 10 pour cent des personnes qui en auraient besoin, dans un pays où près de quatre millions de personnes sont infectées par le virus, d’après les Nations unies.

Les autorités se sont fixées comme objectif de soigner cinq fois plus de patients d’ici juin 2006, un objectif qui semble inatteignable aux activistes compte tenu des difficultés que rencontrent les personnes qui vivent avec le sida à être correctement soignées dans les établissements publics.

«Le défi auquel nous devons faire face est de passer de 40 000 à 250 000 personnes sous traitement en six mois dans un pays où la communauté n’a pas été préparée de façon adéquate et où il n’y a pas assez d’éducation en matière de traitements», a dit Mme Nwagwu, du TAM.