Le Polisario libère tous les prisonniers de guerre marocains

Le Front Polisario, un mouvement qui lutte pour l’indépendance du Sahara occidental, a libéré jeudi tous les prisonniers de guerre marocains, dont certains étaient détenus depuis plus de 20 ans.

Selon le Comité International de la Croix Rouge (CICR), les 404 prisonniers libérés à Tindouf, en Algérie, grâce à la médiation des Etats-Unis, ont été rapatriés au Maroc.

« Ce rapatriement met un terme à un long internement et constitue une étape importante dans le processus de résolution des conséquences humaines du conflit du Sahara occidental », a indiqué le CICR dans un communiqué.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan – qui s’était opposé ce mois-ci à la réduction des effectifs de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) –, a déclaré qu’il espérait que la libération des prisonniers, jeudi, permettrait de faire d’autres progrès dans la résolution du conflit saharaoui.

« Le secrétaire général considère que cette libération est une étape importante et espère qu’elle renforcera les relations entre les parties et contribuera à les sortir de l’impasse politique dans laquelle elles se trouvent actuellement », a fait savoir le cabinet de secrétaire général dans un communiqué.

Le conflit du Sahara occidental a éclaté il y a 30 ans, après que l’Espagne, ancienne puissance coloniale, s’est retirée du territoire en 1976. L’annexion par le Maroc de ce territoire avait alors provoqué une vive réaction du Polisario qui, pour revendiquer ses droits, s’était engagé dans la lutte pour l’indépendance du territoire.

Les prisonniers libérés jeudi font partie des quelque 2000 soldats marocains capturés au cours des 16 années de guérilla menée par le Front Polisario contre les forces armées marocaines. Les combats ont pris fin avec l’accord de cessez-le-feu signé en 1991 sous l’égide des Nations unies.

A la demande du président George W. Bush, la libération des 404 prisonniers marocains a été supervisée par le sénateur américain Dick Lugar.

Mais malgré 14 années de cessez-le-feu et la libération de tous les prisonniers marocains, le conflit politique reste d’actualité. Depuis la fin des hostilités, l’ONU a investi plus de 600 millions de dollars américains pour trouver une solution politique à ce conflit.

Le Sahara occidental compte environ 460 000 habitants, dont 150 000 vivent actuellement dans des camps de réfugiés, en Algérie, et beaucoup y ont passé les 30 dernières années.

Le mois dernier, M. Annan a désigné Peter Van Walsum, un diplomate hollandais, comme son représentant personnel au Sahara occidental.

Présenté en 2003, le plan de paix actuel prévoit une autonomie de quatre à cinq ans du Sahara occidental. Passée cette période, un référendum sera organisé pour permettre aux habitants du territoire et aux réfugiés installés dans les camps algériens de choisir entre l’intégration totale du territoire sarahoui au Maroc, la poursuite de l’autonomie dans le cadre du royaume marocain ou l’indépendance.

Le plan a été accepté par le Front Polisario, mais rejeté par le Maroc.

Le ministre délégué du Polisario chargé des Affaires européennes, Mohamed Sidati, a déclaré que son mouvement avait rempli sa part du contrat en relâchant jeudi les derniers prisonniers, et que la balle était désormais dans le camp du Maroc.

« Comme résultat de ce geste, le Front Polisario n’a plus de dettes avec personne. Il n’y a donc pas de reproches possibles à faire », a déclaré M. Sidati dans un communiqué publié sur Internet.

« Ceci contribuera, espérons-le, à générer un climat propice à une dynamique de paix que nous voudrions croire irréversible », a-t-il ajouté.

Les autorités marocaines n’ont fait aucun commentaire.