Le Front Polisario demande à la communauté internationale de protéger les Sahraouis

Le Front Polisario, mouvement réclamant l’indépendance du Sahara occidental, a accusé le gouvernement marocain d’avoir violemment réprimé une manifestation pacifique organisée par ses sympathisants et appelé la communauté internationale à assurer la protection des Sahraouis.

Des accrochages entre forces de l’ordre marocaines et militants sahraouis ont eu lieu la semaine dernière dans la ville de Laayoune, chef-lieu du Sahara occidental, mais les versions divergent quant au déroulement des événements.

Les autorités marocaines affirment qu’elles sont intervenues pour mettre fin à des émeutes à connotation politique tandis que le Polisario rétorque qu’il s’agissait de manifestations pacifiques.

Au cours d’une conférence de presse qu’il a tenu ce week-end, Mohamed Elgharabi, le préfet de la province d'El Ayoun, a dénoncé l’action d’une «minorité prônant le séparatisme».
Selon, lui, ces derniers ont «instrumentalisé les 21, 22, 23 et 24 mai 2005 une opération routinière de transfert d’un prisonnier de droit commun, condamné à 12 ans de prison ferme pour trafic de drogue, de la prison civile locale au pénitencier d’Aït Melloul, pour inciter des jeunes et des mineurs à perpétrer des actes de vandalisme dans un quartier de la ville».

Il a précisé que ces derniers avaient mis le feu au drapeau marocain et brandi le drapeau du Polisario.

«Nous avons arrêté 33 personnes dont deux femmes», a déclaré Elgharabi.

Le Polisario nie cette version des faits et affirme que les gens avaient organisé des manifestations pacifiques contre l’occupation marocaine et que les forces de l’ordre marocaines ont procédé à une répression violente.

«La répression des autorités marocaines, qui se poursuit toujours, a engendré actuellement 57 blessés dont 07 graves, plusieurs dizaines d’arrestations et autant de disparus... en des dizaines de maisons complètement saccagées», a déclaré le Polisario dans une lettre adressée dimanche aux Nations unies .

«Les violations des droits civils et politiques commises par les autorités marocaines... exigent une réaction ferme de l'ensemble de la communauté internationale», poursuit la lettre.

«Chaque jour de retard de la part de la communauté internationale apporte de nouvelles souffrances aux populations civiles».

Selon l’Agence France Presse, le Maroc a ouvert une enquête. Mais le Polisario réclame la mise en place d’une commission d’enquête internationale et l’ouverture du territoire sahraoui aux médias et observateurs internationaux.

Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole située entre la Mauritanie et le Maroc, a été annexé par le Maroc en 1975.

Des manifestants du Polisario



Pendant seize ans, le territoire a été le théâtre d’un conflit entre Rabat et le Front Polisario.

Un cessez-le-feu a été signé en 1991, mais aucune solution politique n’est en vue depuis.

165 000 réfugiés sahraouis vivent actuellement dans les camps en Algérie voisine tandis que 300 000 personnes sont sur le territoire, d’après les Nations unies.

La mission des Nations unies au Sahara occidental (MINURSO) a déjà consacré plus de 600 millions de dollars américains à la résolution de la crise depuis la signature du cessez-le-feu. Selon un agent de la MINURSO, les dernières émeutes sont les plus graves depuis six ans.

La tension monte

Le problème du Sahara occidental a déjà fait l’objet de polémiques le mois dernier.

La semaine dernière, le premier sommet de l’Union du Maghreb arabe (UMA) en dix ans, initialement prévu en Libye, a été reporté sine die après que le Maroc se soit offusqué de ce que l’Algérie souhaitait inscrire la question du Sahara occidental à l’ordre du jour.

En début de mois, le négociateur en chef du Polisario, Emhamed Khadad, a declaré à l’agence de presse Reuters que le mouvement séparatiste allait reprendre les armes en l’absence d’un nouvel accord de paix dans les six mois.

A la fin du mois d’avril, le Conseil de sécurité des Nations unies a prorogé le mandat de la MINURSO jusqu’au mois d’octobre, et a exhorté les deux parties à trouver le moyen de mettre fin au status quo.

«L'impasse dans laquelle se trouve ce conflit de longue date a contraint des dizaines de milliers de réfugiés sahraouis à vivre dans des conditions déplorables, comptant pour leur survie sur la générosité de la communauté internationale», a déploré Kofi Annan dans son rapport du mois d’avril.

«J’espère donc sincèrement que toutes les parties concernées manifesteront la volonté politique nécessaire pour sortir de l’impasse et permettre ainsi à l’ONU de renouveler ses efforts pour aider les parties à parvenir à une solution politique mutuellement acceptable», a-t-il poursuivi.

«Entre-temps, les deux parties doivent s’abstenir de faire des déclarations incendiaires ou de prendre des mesures, notamment juridiques, politiques ou militaires, qui auraient pour effet de compliquer davantage la recherche d’une solution ou de causer des frictions inutiles».

Le plan Baker, du nom de l’ancien envoyé spécial au Sahara occidental, prévoit l’organisation d’un référendum d’autodétermination de l’ancienne colonie espagnole, après cinq années de transition au cours desquelles les compétences seraient assurées conjointement par le Maroc et le Front Polisario.

Le plan a été accepté par le Polisario, mais rejeté par le Maroc.

L’ancien secrétaire d’état américain James Baker a démissionné il y a un an, après avoir vainement tenté, sept années durant, de mettre fin au conflit.

Au début du mois, Alvaro de Soto, qui avait remplacé Baker et occupait la fonction de Représentant spécial du Secrétaire général pour le Sahara occidental, a été nommé Envoyé Spécial pour le Moyen orient. Aucun remplaçant n’a encore été annoncé.