La menace de famine accélère la propagation du VIH/SIDA - étude

Les menaces de famine ou les situations de grave pénurie alimentaire augmentent les risques de propagation du VIH/SIDA, selon une nouvelle étude présentée la semaine dernière en Afrique du Sud lors de la conférence internationale sur le VIH/SIDA, la nutrition et la sécurité alimentaire.

Cette étude a été menée auprès de petits exploitants agricoles dans trois villages ruraux du district de Lilongwe, la capitale malawite. Selon ses auteurs, la famine est un facteur susceptible d’accélérer la propagation du virus, les communautés s’engageant dans des activités sexuelles à risque pour survivre.

Les petits exploitants, pour qui les cultures vivrières sont le seul moyen de subsistance, constituent la majorité des agriculteurs au Malawi. Après trois années consécutives de baisse de la production agricole, cette population est devenue “une force clairsemée et mourante”, a dit Deborah Fahy-Bryceson, co-auteur de l’étude, aux délégués réunis lors des trois jours de conférence organisée par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), basé à Washington.

Les pénuries alimentaires provoquées par la sécheresse ont eu des effets “dévastateurs sur leur mode de vie social, économique et culturel” et a mis leur existence en danger, a ajouté Fahy-Bryceson.

Pendant la période de soudure (entre deux récoltes), ces petits exploitants dépendent généralement des emplois appelés “ganyu”, c’est-à-dire de l’échange de leur travail contre des denrées alimentaires ou de l’argent chez des ménages plus riches.

L’étude, cependant, a montré que les opportunités de travail ganyu étaient de plus en plus difficiles à trouver dans les zones rurales et les femmes étaient souvent obligées de s’aventurer jusque dans la périphérie de Lilongwe, la capitale, pour travailler dans les jardins et dans les usines.

Selon Bryceson, cette pratique traditionnelle prend maintenant une nouvelle tournure. De nombreux travailleurs agricoles, en particulier les femmes et les jeunes, sont “de plus en plus impliqués dans des activités sexuelles” en échange d’argent ou de nourriture.

Parce que les femmes rapportent de quoi manger à la maison, les hommes ferment les yeux sur cette nouvelle façon de subvenir aux besoins de la famille, le risque de famine étant de loin une priorité comparé à celui de l’infection au VIH.

“Les villageois donnent la priorité au risque, pensant que cela est relativement gérable”, a dit l’étude. “Le sentiment que de toute façon ils ne peuvent rien faire pour réduire leur vulnérabilité face au VIH/SIDA les conduit à se focaliser sur des préoccupations plus immédiates, comme de subvenir chaque jour à leurs besoins alimentaires de base”.

Cependant il est important de considérer l’aspect commercial de cette activité sexuelle comme stratégie de survie, a prévenu Bryceston, dans la mesure où les femmes sont contraintes de le faire et ne s’intéressent pas aux moyens de se protéger contrairement aux travailleurs du sexe.

Leurs croyances très ancrées sont un autre facteur de risque. Selon l’étude, la perception traditionnelle, qui présente les préservatifs comme “anormaux”, et le discours chrétien très répandu sur l’utilisation “immorale” des préservatifs, fait que peu de communautés admettent l’utilisation de ces moyens de prévention du VIH/SIDA, alors qu’ils sont disponibles au niveau local.

Pour ces ménages ruraux, “le sida n’est pas vraiment une menace, comparé à la famine. En fait, la famine contribue au sida”, a dit Bryceson.

Si l’on approfondit la recherche sur le lien entre sécurité alimentaire et VIH/SIDA, il est nécessaire de se concentrer sur la manière dont les différents groupes font face à la combinaison de ces deux menaces plutôt que d’en tirer des conclusions générales, a dit Bryceston. “Nous devons toujours nous interroger sur le qui, pourquoi et comment”.