Les enfants domestiques victimes d’abus sexuels sont plus vulnérables au VIH/SIDA

Jusqu’à présent, l’exploitation des enfants utilisés comme domestiques dans le petit royaume du Lesotho avait été tenue secrète.

Or une étude récente, commandée par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) et le ministère de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs (Mogysr), exige désormais que les familles employant des domestiques mineurs envisagent sérieusement qu’ils puissent être abusés sexuellement.

Le royaume doit faire face à des taux élevés d’infection au VIH/SIDA et à une pauvreté croissante. Les enfants employés comme domestiques sont très vulnérables, peu ou pas payés et vivent souvent seuls dans des conditions précaires.

«C’est la pire forme de travail parce qu’ils ne sont souvent que des objets pour la famille qui les emploie. Ils sont totalement isolés et ignorés, ils n’ont pas de vie privée et ils ne savent même pas jouer», a dit à PlusNews Bertrand Desmoulins, le représentant de l’Unicef au Lesotho.

Leur besoin d’éducation est aussi négligé. L’étude a ainsi révélé que seulement 11 pour cent des 800 enfants interrogés vont à l’école. Presque tous ont affirmé vouloir y aller.

Bien que la plupart des enfants a entendu parler du VIH/SIDA, leur connaissance de la maladie reste limitée. «Quand on leur a demandé ce qu’ils savent du VIH et du sida, 34 pour cent ont répondu que le sida tue et 15 pour cent ont dit qu’il est incurable», a dit le rapport.

«Ils sont très en retard en matière d’information sur le sida, ce qui les rend encore plus vulnérables», a averti Selloane Mokuku, le responsable de l’étude.

Parler à des enfants âgés de 13 à 17 ans de leur expérience a été difficile, mais l’étude a encouragé ceux qui savaient écrire à tenir des journaux intimes, a dit Mokuku, ajoutant que l’utilisation du théâtre avait permis aux enfants de s’ouvrir davantage.

Les journaux intimes sont devenus un outil de communication ‘incroyablement puissant’ pour permettre aux enfants de raconter les abus sexuels ou les avances de leur employeur.

«Pour sauver mon travail et continuer d’aider ma grand-mère et mes quatre frères et sœurs, j’ai une fois accepté de caresser le pénis de mon employeur pour 100 Maluti (environ 16 dollars) de plus sur mon salaire», a ainsi écrit un orphelin de 16 ans, employé comme domestique.

Mokuku a dit à PlusNews que la grave sécheresse qui sévit au Lesotho et le manque de nourriture ont poussé encore plus d’enfants à travailler.

Engager des enfants comme domestiques est très répandu au Lesotho, où il est courant d’amener une ‘jeune fille’ comme bonne lors des déplacements à l’intérieur du pays.

Auparavant, les enfants étaient élevés dans des familles plus aisées de la ville pour venir en aide à leur famille mais aussi pour apprendre à tenir un foyer. Mais aujourd’hui les enfants sont de plus en plus exploités.

«Nous tous sommes conscients de la situation mais nous prétendons qu’elle n’existe pas. Ce sont des gens comme nous, qui conduisent des études et s’habillent correctement qui abusent des enfants domestiques», a remarqué Mokuku.

Néanmoins, compte tenu de la paupérisation croissante des adultes, on peut se demander pourquoi choisir d’employer des mineurs comme domestiques, a dit Desmoulins. «Il n’est pas normal qu’un enfant âgé de moins de 18 ans travaille 24 heures sur 24, sept jours sur sept».

Mais les délégués présents à la cérémonie de lancement du rapport dans la capitale Maseru la semaine dernière ont appris que les gens préfèrent quand les domestiques sont jeunes car elles sont plus malléables et ‘ne prennent pas les maris’.

La question des droits des enfants est désormais prise en compte dans la législation du Lesotho, le gouvernement ayant réalisé que ces enfants pouvaient être exploités.

«Nous n’avons pas besoin de ce type de secteur dans notre économie, nous devons nous en débarrasser», a dit le principal secrétaire du Mogysr, JK Thabane, au cours de la cérémonie de lancement.

Mais pour Nts’ikeng Qhubu, une ancienne employée du ministère de la Justice, toutes les décisions prises pour combattre ces pratiques «ne sortiront pas des salles de conférence».

«Les gens seront même innocentés du meurtre d’un jeune domestique en l’absence de mécanismes de suivi adéquats et d’un cadre juridique pour appliquer les lois», a t-elle dit à PlusNews.

Selon l’étude, la principale difficulté pour faire cesser ces pratiques vient des différences de perception sur ce que sont les droits d’un enfant, les communautés percevant cette notion comme extérieure à leur culture. «Les droits de l’enfant sont considérés comme pouvant les rendre irrespectueux et irresponsables», a dit Mokuku.

«Cette notion remet en question leur autorité», a dit Desmoulins, qui appelle à l’abolition de cette pratique.

Tout en évitant de prendre comme prétexte la crise humanitaire que subit le royaume, l’étude a reconnu que le Lesotho ne peut pas se permettre d’être romantique et de perdre de vue la réalité car des milliers d’enfants n’ont pas le choix, a dit Mokuku.

«Nous ne disons pas que les enfants ne doivent pas travailler, mais nous devons entreprendre des actions concrètes et faire des suggestions pratiques pour prévenir les abus. Nous ne pouvons plus faire preuve de complaisance», a t-elle ajouté.

L’étude demande une réglementation plus formelle du travail des enfants qui pourrait être appliquée par les chefs d’entreprise et les employeurs, ainsi que des méthodes éducatives plus souples, notamment pour sensibiliser au VIH/SIDA.