Nourrir pour le futur

L'école primaire de Achada Furna est située dans les montagnes de l'île du Cap Vert, à Fogo. Les familles locales y vivent principalement de l'agriculture, de la vente des légumes, de bétails et de fromage. Lorsqu'il y a un excédent, les fermiers le donnent éventuellement à l'école, apportant ainsi leur contribution à un programme de cantines scolaires, administré par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) des Nations-Unies.

La directrice de l'école, Vanda Lucia Alves, âgée de 26 ans, est habituée à surveiller les pauses-repas et les cours. Tous les matins et après-midi, des douzaines d'enfants, dont l'âge varie de 6 à 14 ans, se mettent en rang devant la cantine de l'école pour un plat de riz accompagné d'un ragoût de haricots. Quelquefois, une portion supplémentaire de viande en conserve y est ajoutée.

Mme Alves a relevé que ces repas gratuits étaient vitaux pour garder les enfants à l'école. "Les conditions financières des personnes qui vivent dans cette région ne permettent pas d'offrir de la bonne nourriture à la maison. Vous pourrez constater que les enfants qui arrivent ici sont souvent affamés," a-t-elle décrit à IRIN.

Elle a insisté sur le fait que des enfants bien nourris produisaient considérablement de meilleurs résultats en classe. "Ils sont plus brillants, beaucoup plus alertes. On peut percevoir une parfaite différence une fois qu'ils ont été nourris," a-t-elle expliqué.

Le PAM offre la nourriture gratuitement, et les repas sont servis dans 450 écoles primaires et pré-scolaires dans les îles du Cap Vert, un archipel composé d'îles arides et volcaniques baignant dans l'océan atlantique, au large de la côte ouest-africaine.

Dans un pays aux activités agricoles très modestes, extrêmement dépendant des importations alimentaires, le service de repas gratuits a fait ses preuves en renforçant la scolarisation des enfants. Le Cap Vert a atteint le record d'assiduité de presque 100 % dans les écoles primaires, l'un des meilleurs en Afrique subsaharienne.

Avec une population de 40 % âgée de moins de 14 ans, le Cap Vert a dû investir dans l'éducation, essayant également d'assurer l'accès à l'école aux filles comme aux garçons.

Les enseignants expriment leur joie de voir les classes remplies, mais attirent l'attention sur les conditions de travail qui demeurent extrêmement difficiles.

"Il y a toujours beaucoup de choses ici qui ne marchent pas comme cela devrait," a soulevé Alcides Andrade Mendes, le jeune directeur de l'école primaire de Monte Grande, un autre village de Fogo. "L'état des bâtiments cause des soucis. Ensuite le matériel didactique est inexistant. Nous avons beaucoup à faire."

Le Ministre de l'Education du Cap Vert, Victor Borges, ne fait aucune difficulté pour reconnaître et admettre que le Cap Vert a utilisé des solutions "peu orthodoxes", pour s'assurer que chaque enfant reçoive au moins une instruction académique.

Le gouvernement a loué des bâtiments pour les utiliser comme des classes supplémentaires, et a constitué deux et même trois équipes plétoriques de roulement dans chaque école. Il a recruté des enseignants peu-qualifiés, mais, "tout cela, dans l'optique de ne laisser aucun enfant en dehors du système scolaire", a souligné M. Borges.

Dans les années 80, le Cap Vert avait fixé la durée de l'école obligatoire à 4 ans pour chaque enfant des 9 îles habitées de l'archipel. Cette disposition est passée à 6 ans dans les années 90. Cependant, M. Borges a averti qu'un accès généralisé à l'éducation devrait progresser de paire avec la qualité.

L’importance de l'éducation est largement admise au Cap Vert, cependant, de façon contradictoire, les élèves sortants n'ont aucune opportunité de trouver du travail et souhaitent ardemment émigrer vers l'Europe ou les Etats-Unis.

Il y a 15 ans, Veronica Maria Lopes Tavarez, surnommée ‘Vera’ par sa famille et ses amis, a été la vedette d'un documentaire vidéo du PAM sur le programme des cantines scolaires, à l'âge de 6 ans.

Aujourd'hui, à 21 ans, Vera a passé les trois dernières années chez elle, dans le village de Sao Domingos Pinha sur l'île de Santiago, dans l'attente vaine d'une bourse ou allocation qui lui permettrait de continuer ses études.

Vera ne regrette pas les années passées à étudier, pas plus qu'elle n'envie la bonne fortune de ses camarades d'école qui étudient au Portugal ou au Brésil.

"Ils avaient de l'argent et nous n'en avons pas," a-telle expliqué, l'air résigné. Sa famille vit des revenus de la terre et de l'élevage.

Le chômage de la jeunesse à Sao Domingos, comme partout au Cap Vert, est élevé. Vera pense qu’il serait préférable de travailler maintenant, plutôt que de demeurer dans l’attente d’aller au collège. "Je connais les besoins de ma famille et c'est la meilleure manière de les aider," a-t-elle estimé.