Le parlement passe un projet de loi sévère sur les médias

Le parlement gambien a passé mercredi un projet de loi sévère sur les médias, deux mois après que le président Yahya Jammeh a réfusé de signer une version antérieure et l’a retournée aux législateurs pour amendement.

Le projet a été adopté par 53 voix contre trois, les membres du parlement appartenant au parti au pouvoir entendant ainsi pénaliser les médias indépendants pour être « non patriotiques » et de toujours informer sur le « mauvais côté » du gouvernement.

L’Union de la Presse de Gambie est opposée au projet de loi qui prévoit l’établissement d’une commission sur les médias jouissant d’une autorité équivalente à celle d’un tribunal de haute instance. La commission enregistrerait tous les journalistes, serait autorisée à obliger à identifier les sources et disposerait du pouvoir d’imposer de « lourdes amendes » pour la publication « d’articles non autorisés par le gouvernement ». Elle pourra également condamner les journalistes à des peines de prison pour diffamation, fermer des publications si celles-ci ne se conforment pas à ses ordres et admettre des preuves inadmissibles devant des tribunaux ordinaires.

Selon le projet de loi, la commission «garantira l’impartialité, le profesionnalisme et l’indépendance des médias, veillera à promouvoir l’établissement et le maintien des normes journalistiques les plus élevées dans les mass médias [et] facilitera l’enregistrement des quotidiens et des stations de radiodiffusion conformément à la constitution ».

M. Jammeh a renvoyé le projet de loi à la chambre des représentants en exigeant un changement dans le mode proposé de sélection des membres de la commission. La version précédente octroyait au président le pouvoir de nommer le président de la commission sur les médias, mais il désirait un amendement chargeant le premier juge de désigner un juge d’un tribunal de haute instance pour présider la commission.

L’Union de la Presse de Gambie a indiqué mercredi que si M. Jammeh signait le projet en loi, elle remettra en question sa constitutionnalité. Le président de l’Union, Demba Jawo, a déclaré : « certaines de ses dispositions sont incompatibles avec celles de la constitution gambienne ».

Le 13 mai, L’Association Mondiale des Journaux, sise à Paris, a exprimé son inquiétude au sujet du projet de loi sur les médias en soulignant qu’il constituait une menace pour la liberté de la presse en Gambie et qu’il ne devait pas être promulgué.