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samedi 25 mai 2013
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SOMALIE: Principes et pragmatisme
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UN Photo/Stuart Price
Trop risquées : les aspirations humanitaires de l’AMISOM ne sont pas appréciées de tous
NAIROBI, 23 septembre 2012 (IRIN) - L’avancée des troupes de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) sur le port somalien de Kismayo, contrôlé par les insurgés, met en lumière le défi que doivent relever les travailleurs humanitaires qui interviennent dans les zones de conflit : comment aider les personnes dans le besoin sans s’associer trop étroitement aux parties au conflit, y compris celles qui jouissent d’un soutien international.
Le 19 septembre, le Commandant adjoint de la Force de l’AMISOM, le major-général Simon Karanja « a appelé les agences d’aide humanitaire à venir en aide aux personnes qui fuient [Kismayo] pour rejoindre les zones sécurisées par l’AMISOM et les forces de sécurité somaliennes », selon une déclaration de l’AMISOM.
« Nous sommes prêts à appuyer tout effort visant à soulager la souffrance de la population », a dit M. Karanja.
Kismayo est le dernier bastion des insurgés d’Al-Shabab.
Les travailleurs humanitaires à l’écart
La résolution 1772
du Conseil de sécurité des Nations Unies donne mandat à l’AMISOM pour établir « les conditions de sécurité nécessaires à la fourniture de l’aide humanitaire ».
L’AMISOM dispose d’une unité chargée des affaires humanitaires qui, selon les informations fournies sur le site Internet de la Force, travaille en étroite collaboration avec les agences des Nations Unies et des organisations non gouvernementales (ONG) « pour établir des mécanismes de coordination et le partage d’informations ».
L’AMISON fournit une escorte aux convois humanitaires des Nations Unies et des ONG. Les hôpitaux de campagne de l’AMISOM, établis afin de fournir des soins médicaux à ses troupes, ont également soigné des civils.
Cependant, bon nombre de travailleurs humanitaires manifestent une certaine méfiance à l’égard de l’AMISOM et de ses aspirations humanitaires : ils ne se sont donc pas déplacés vers les zones dont l’AMISOM et les forces gouvernementales ont repris le contrôle. Les membres du personnel des Nations Unies ne peuvent être déployés sans l’autorisation du Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies.
« Les populations qui vivent dans ces régions n’ont plus accès aux services de base, comme la santé, l’éducation et l’eau, mais depuis que [le gouvernement et les forces alliées] ont repris le contrôle …. seules quelques agences humanitaires répondent aux besoins », a dit Mohamed Farah, porte-parole du gouvernement, à
Radio Ergo
.
« Nous appelons à nouveau la communauté internationale, les agences d’aide humanitaire internationales et les Nations Unies à venir en aide à ces populations », a-t-il dit.
Les chefs d’État qui ont participé à la réunion de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) en novembre 2011 ont lancé un appel similaire afin de répondre aux besoins des « communautés touchées par la sécheresse et la famine de manière plus efficace ».
Un manque de clarté
Le manque d’intervention a été motivé par des considérations liées à la sécurité, mais également par les principes humanitaires, selon Tanja Schumer, agent de coordination pour
l’ONG somalienne Consortium
.
Si des principes tels que l’impartialité « sont préservés en tout temps, et que nous avons le soutien des communautés locales, nous serons capables de travailler et de fournir de l’aide efficacement. Le manque de clarté ou le manque de clarté perçu des objectifs humanitaires et sécuritaires constitue un risque pour la fourniture d’une aide vitale au peuple somalien », a-t-elle dit à IRIN.
« La perception selon laquelle les acteurs humanitaires sont liés aux agendas politiques et/ou militaires, y compris le soutien à l’AMISOM, ou à un agenda de stabilisation, met en danger le personnel et les fournitures humanitaires, et réduit ainsi davantage la capacité des agences humanitaires à fournir une aide à une population qui a d’importants besoins », a-t-elle dit.
Interrogé sur la manière dont les habitants de Kismayo obtiendraient de l’aide en cas de départ des insurgés d’Al-Shabab de la ville, Russell Geekie, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), a également insisté sur la nécessité pour les travailleurs humanitaires de rester « strictement indépendants des processus politiques et sécuritaires ».
« Conformément aux principes humanitaires, les plans de contingence de Kismayo sont basés sur les besoins des populations civiles et seraient mis en œuvre indépendamment de tout objectif militaire ou politique. Cependant, nous dialoguons régulièrement avec différents acteurs afin de réduire le nombre de victimes civiles, d’apaiser les souffrances et de faciliter l’accès humanitaire aux personnes dans le besoin », a-t-il dit.
Selon un membre du personnel des Nations Unies qui est intervenu en Somalie au début des années 1990 avec un autre organisme, « l’important est de conserver votre éthique – de ne causer aucun préjudice – mais d’adapter vos principes à la réalité du terrain ».
« Si des gens meurent au nom de nos principes, à cause de la manière dont nous menons nos actions, alors il est peut-être préférable de partir et de laisser d’autres personnes intervenir », a-t-il dit.
Mais, a-t-il ajouté, « les travailleurs humanitaires risquent d’être associés aux forces étrangères qui interviennent en Somalie. Al-Shabab peut en profiter, rendre leurs interventions plus difficiles. Il faut beaucoup de temps pour faire évoluer une telle perception ».
Évoquant ses expériences antérieures en Somalie, et notamment les contacts avec des seigneurs de guerre appartenant à différents clans, il a dit : « La logique était : voulez-vous sauver des vies, et quel est le prix à payer pour les sauver ? C’est un vieux débat».
Un débat désormais « très tendu », selon un responsable des Nations Unies à Mogadiscio. « Devons-nous renoncer à aider des personnes parce qu’elles vivent dans une zone de conflit et qu’elles se trouvent mêlées à la dimension politique ?
« Il est intéressant de noter que les personnes qui défendent les positions les plus extrêmes se trouvent à Nairobi [où sont installés les bureaux de plusieurs agences qui interviennent dans la crise somalienne]. Certaines de ces personnes, des acteurs humanitaires traditionnels, disent que nous devons sortir de la pensée unique et saisir les opportunités qui se présentent, que nous devons prendre des risques, et peut-être accepter de compromettre un principe ou nous ne pourrons rien faire », a-t-il dit.
« Kismayo concentre toutes ces questions, car c’est une ville très importante pour beaucoup de personnes …Si les services d’eau et d’hygiène cessent de fonctionner… la saison des pluies va bientôt arriver … Il y a des PDI [personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays] ici … doit-on les ignorer ?
« Cette situation soulève beaucoup de questions complexes auxquelles personne ne répond. Il semble ne pas y avoir de débat, juste des positions exprimées [lors de réunions]. À partir d’un moment, il faut s’asseoir et dire “Bon, que faisons-nous de ces positions ?” ».
am/kr/rz-mg/
Theme (s)
:
Démocratie et gouvernance
,
Droits de l'homme
,
Paix et sécurité
,
Sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Trop risquées : les aspirations humanitaires de l’AMISOM ne sont pas appréciées de tous
NAIROBI, 23 septembre 2012 (IRIN) - L’avancée des troupes de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) sur le port somalien de Kismayo, contrôlé par les insurgés, met en lumière le défi que doivent relever les travailleurs humanitaires qui interviennent dans les zones de conflit : comment aider les personnes dans le besoin sans s’associer trop étroitement aux parties au conflit, y compris celles qui jouissent d’un soutien international.
Le 19 septembre, le Commandant adjoint de la Force de l’AMISOM, le major-général Simon Karanja « a appelé les agences d’aide humanitaire à venir en aide aux personnes qui fuient [Kismayo] pour rejoindre les zones sécurisées par l’AMISOM et les forces de sécurité somaliennes », selon une déclaration de l’AMISOM.
« Nous sommes prêts à appuyer tout effort visant à soulager la souffrance de la population », a dit M. Karanja.
Kismayo est le dernier bastion des insurgés d’Al-Shabab.
Les travailleurs humanitaires à l’écart
La résolution 1772
du Conseil de sécurité des Nations Unies donne mandat à l’AMISOM pour établir « les conditions de sécurité nécessaires à la fourniture de l’aide humanitaire ».
L’AMISOM dispose d’une unité chargée des affaires humanitaires qui, selon les informations fournies sur le site Internet de la Force, travaille en étroite collaboration avec les agences des Nations Unies et des organisations non gouvernementales (ONG) « pour établir des mécanismes de coordination et le partage d’informations ».
L’AMISON fournit une escorte aux convois humanitaires des Nations Unies et des ONG. Les hôpitaux de campagne de l’AMISOM, établis afin de fournir des soins médicaux à ses troupes, ont également soigné des civils.
Cependant, bon nombre de travailleurs humanitaires manifestent une certaine méfiance à l’égard de l’AMISOM et de ses aspirations humanitaires : ils ne se sont donc pas déplacés vers les zones dont l’AMISOM et les forces gouvernementales ont repris le contrôle. Les membres du personnel des Nations Unies ne peuvent être déployés sans l’autorisation du Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies.
« Les populations qui vivent dans ces régions n’ont plus accès aux services de base, comme la santé, l’éducation et l’eau, mais depuis que [le gouvernement et les forces alliées] ont repris le contrôle …. seules quelques agences humanitaires répondent aux besoins », a dit Mohamed Farah, porte-parole du gouvernement, à
Radio Ergo
.
« Nous appelons à nouveau la communauté internationale, les agences d’aide humanitaire internationales et les Nations Unies à venir en aide à ces populations », a-t-il dit.
Les chefs d’État qui ont participé à la réunion de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) en novembre 2011 ont lancé un appel similaire afin de répondre aux besoins des « communautés touchées par la sécheresse et la famine de manière plus efficace ».
Un manque de clarté
Le manque d’intervention a été motivé par des considérations liées à la sécurité, mais également par les principes humanitaires, selon Tanja Schumer, agent de coordination pour
l’ONG somalienne Consortium
.
Si des principes tels que l’impartialité « sont préservés en tout temps, et que nous avons le soutien des communautés locales, nous serons capables de travailler et de fournir de l’aide efficacement. Le manque de clarté ou le manque de clarté perçu des objectifs humanitaires et sécuritaires constitue un risque pour la fourniture d’une aide vitale au peuple somalien », a-t-elle dit à IRIN.
« La perception selon laquelle les acteurs humanitaires sont liés aux agendas politiques et/ou militaires, y compris le soutien à l’AMISOM, ou à un agenda de stabilisation, met en danger le personnel et les fournitures humanitaires, et réduit ainsi davantage la capacité des agences humanitaires à fournir une aide à une population qui a d’importants besoins », a-t-elle dit.
Interrogé sur la manière dont les habitants de Kismayo obtiendraient de l’aide en cas de départ des insurgés d’Al-Shabab de la ville, Russell Geekie, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), a également insisté sur la nécessité pour les travailleurs humanitaires de rester « strictement indépendants des processus politiques et sécuritaires ».
« Conformément aux principes humanitaires, les plans de contingence de Kismayo sont basés sur les besoins des populations civiles et seraient mis en œuvre indépendamment de tout objectif militaire ou politique. Cependant, nous dialoguons régulièrement avec différents acteurs afin de réduire le nombre de victimes civiles, d’apaiser les souffrances et de faciliter l’accès humanitaire aux personnes dans le besoin », a-t-il dit.
Selon un membre du personnel des Nations Unies qui est intervenu en Somalie au début des années 1990 avec un autre organisme, « l’important est de conserver votre éthique – de ne causer aucun préjudice – mais d’adapter vos principes à la réalité du terrain ».
« Si des gens meurent au nom de nos principes, à cause de la manière dont nous menons nos actions, alors il est peut-être préférable de partir et de laisser d’autres personnes intervenir », a-t-il dit.
Mais, a-t-il ajouté, « les travailleurs humanitaires risquent d’être associés aux forces étrangères qui interviennent en Somalie. Al-Shabab peut en profiter, rendre leurs interventions plus difficiles. Il faut beaucoup de temps pour faire évoluer une telle perception ».
Évoquant ses expériences antérieures en Somalie, et notamment les contacts avec des seigneurs de guerre appartenant à différents clans, il a dit : « La logique était : voulez-vous sauver des vies, et quel est le prix à payer pour les sauver ? C’est un vieux débat».
Un débat désormais « très tendu », selon un responsable des Nations Unies à Mogadiscio. « Devons-nous renoncer à aider des personnes parce qu’elles vivent dans une zone de conflit et qu’elles se trouvent mêlées à la dimension politique ?
« Il est intéressant de noter que les personnes qui défendent les positions les plus extrêmes se trouvent à Nairobi [où sont installés les bureaux de plusieurs agences qui interviennent dans la crise somalienne]. Certaines de ces personnes, des acteurs humanitaires traditionnels, disent que nous devons sortir de la pensée unique et saisir les opportunités qui se présentent, que nous devons prendre des risques, et peut-être accepter de compromettre un principe ou nous ne pourrons rien faire », a-t-il dit.
« Kismayo concentre toutes ces questions, car c’est une ville très importante pour beaucoup de personnes …Si les services d’eau et d’hygiène cessent de fonctionner… la saison des pluies va bientôt arriver … Il y a des PDI [personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays] ici … doit-on les ignorer ?
« Cette situation soulève beaucoup de questions complexes auxquelles personne ne répond. Il semble ne pas y avoir de débat, juste des positions exprimées [lors de réunions]. À partir d’un moment, il faut s’asseoir et dire “Bon, que faisons-nous de ces positions ?” ».
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