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MONDE: Le coût humanitaire du changement climatique sous-estimé


Photo: Tanvir Ahmed/IRIN
Maison détruite par un cyclone dans le sous-district de Shoronkhola, à Bagerhat, dans le sud du Bangladesh, en novembre 2007. Le passage du cyclone Sidr dans la région a fait des milliers de morts
GENEVE, 28 novembre 2007 (IRIN) - Les bailleurs devraient consacrer deux milliards de dollars de plus par an au financement des programmes d’aide d’urgence jusqu’à 2015, pour faire face aux pénuries alimentaires mondiales et à la fréquence accrue des catastrophes naturelles – conséquences du changement climatique – selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

« Le problème d’aujourd’hui sera l’urgence de demain », a déclaré à IRIN Cécile Ugaz, coordinatrice adjointe de la rédaction du Rapport du PNUD sur le développement humain. « En gros, les températures vont continuer de monter et nous devrons probablement continuer à protéger les populations vulnérables jusqu’à 2050, au moins ».

« Alors même que nous appelons à freiner le réchauffement climatique, les politiciens du monde entier doivent comprendre que la planète en subit déjà certains des effets », a-t-elle ajouté.

Mauvais timing

L’appel de fonds supplémentaire lancé par l’agence intervient à un moment où les programmes humanitaires sont déjà sous-financés, puisqu’ils se voient accorder moins de 50 pour cent du budget dont ils ont besoin, à en croire le dernier compte-rendu du Processus d’appel consolidé (CAP) des Nations Unies.

Pour Simon Maxwell, directeur de l’Overseas Development Institute (ODI) de Londres, la demande du PNUD pourrait bien être trop optimiste.


Photo: Nicholas Reader/IRIN
Avec le changement climatique, les pluies vont être plus abandonntes dans certaines régions et moins nombreuses dans d'autres - et les bailleurs de fonds vont être plus sollicités pour aider les personnes sinistrées
« Ne visons pas trop haut », a-t-il recommandé. « Certes, il faut en faire plus en matière d’aide humanitaire, mais nous aurons déjà bien avancé si nous parvenons à respecter nos engagements actuels [...] Notre première priorité consiste à empêcher les pays de manquer à leurs engagements actuels. Ne risquons pas l’échec ».

Pour les bailleurs de fonds qui financent l’aide d’urgence, cette année aura été l’une des plus coûteuses en termes de catastrophes naturelles.

Quelque 200 millions de personnes – dont 96 pour cent vivent en Afrique – sont déjà frappées chaque année par des catastrophes naturelles, selon les Nations Unies – soit plus de sept fois le nombre de personnes touchées par les conflits.

A la mi-novembre, 15 « appels d’urgence » avaient été lancés par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en vue d’obtenir des fonds pour financer des interventions d’urgence ; ce nombre sans précédent sur une période d’un an s’explique par la fréquence des crues, quatre fois plus élevée en 2007 qu’au cours de l’année précédente.

À l’exception d’un seul, tous les appels d’OCHA concernaient des catastrophes liées au climat.

L’appel d’urgence lancé en faveur du Burkina Faso, submergé par les crues, n’a été satisfait qu’à 2,3 pour cent, et la somme demandée pour la République dominicaine n’a été versée qu’à 23 pour cent ; quant à l’appel d’urgence en faveur de l’Afrique de l’Ouest, qui a subi ses crues les plus dévastatrices depuis plusieurs décennies, il n’a été financé qu’à 25 pour cent.

Concevoir de nouvelles méthodes

L’organisation non-gouvernementale (ONG) Oxfam, qui lutte contre la pauvreté, a elle aussi fait pression en faveur d’une augmentation des subventions : dans son rapport publié le 25 novembre, elle a averti que les bailleurs et les organisations humanitaires se débattaient pour faire face au défi que constituent la fréquence et l’ampleur accrues des catastrophes naturelles.

« Il faut à la fois de nouvelles méthodes d’intervention humanitaire et des fonds supplémentaires », a déclaré Oxfam. « L’intervention humanitaire reste déséquilibrée, en faveur notamment des catastrophes plus médiatisées, et elle sera sans doute lamentablement insuffisante face à la montée constante des températures mondiales, à moins que des mesures ne soient prises rapidement ».

Selon le rapport du PNUD sur le développement humain, l’augmentation, observée en 2007, de la fréquence des catastrophes naturelles va d’ailleurs se poursuivre : les cyclones, les typhons, les glissements de terrain et les crues seront plus fréquents dans les zones déjà touchées, et se produiront également dans des régions jamais frappées par de tels phénomènes.

En outre, le monde devra faire face à de nouveaux dangers, et particulièrement à la montée du niveau et de la température de la mer, dont les conséquences humanitaires restent à découvrir.

Les régions sèches, qui couvrent 60 millions d’hectares essentiellement en Afrique et en Asie, s’étaleront sur 90 millions d’hectares au cours de cette période. En l’an 2025, selon le PNUD, trois milliards de personnes vivront dans des régions touchées par les pénuries d’eau.

En Afrique subsaharienne, 85 pour cent des populations seront « pauvres en eau », contre 30 pour cent à l’heure actuelle. En Afrique du Nord, la disponibilité de l’eau sera réduite de 50 pour cent, et la Chine et l’Inde seront aussi touchées, selon les prévisions du PNUD.

D’ici à l’an 2080, la production céréalière mondiale aura diminué de 25 pour cent et le nombre de personnes atteintes de malnutrition dans le monde passera de 75 à 120 millions.

Fréquence et intensité accrues

« Nous sommes inquiets », a déclaré à la presse Jenty Kirsch-Wood, experte du changement climatique des bureaux genevois d’OCHA, le 21 novembre dernier, au sujet des conséquences prévues du changement climatique sur la situation humanitaire.

« La fréquence des catastrophes liées au climat va augmenter et s’il est vrai qu’une communauté peut savoir faire face avec efficacité à un ou deux cyclones par saison, c’est trop lui demander d’en gérer trois ou quatre ».
A l’heure actuelle, 80 pour cent des catastrophes qui se produisent dans le monde sont gérées en interne par les autorités nationales et les communautés elles-mêmes sans intervention externe. Toutefois, l’augmentation prévue de la fréquence et de l’intensité des catastrophes va changer la donne, selon Mme Kirsch-Wood d’OCHA.

« La fréquence des catastrophes liées au climat va augmenter et s’il est vrai qu’une communauté peut savoir faire face avec efficacité à un ou deux cyclones par saison, c’est trop lui demander d’en gérer trois ou quatre ».

Avec l’évolution des précipitations, certaines épidémies mortelles (malaria ou fièvre de dengue, notamment) se déclareront dans des régions auparavant considérées comme protégées. L’amenuisement des sources d’eau entraînera une recrudescence du choléra et de la diarrhée, deux causes de décès fréquentes, notamment chez les enfants.

Les problèmes, de plus en plus graves, liés aux pénuries alimentaires constitueront le plus grand défi à relever dans le cadre des opérations humanitaires actuelles, selon OCHA.

« Nous devons affiner notre compréhension de la sécurité alimentaire, étant donné que [ce thème] va sans doute influer de plus en plus souvent sur le mode de fonctionnement des interventions humanitaires », a expliqué Mme Kirsch-Wood. « Il va nous falloir réévaluer notre compréhension des risques et collaborer davantage avec la communauté scientifique ».

Se tenir prêts, une priorité

Etant donné que les catastrophes se multiplient et puisque les subventions demeureront sans doute difficiles à obtenir, la prévention des catastrophes et la préparation devraient être une priorité pour les bailleurs soucieux de maîtriser leurs dépenses, selon OCHA.

Jan Egeland, ancien coordinateur des secours d’urgence des Nations Unies, a estimé qu’un dollar consacré à la prévention des catastrophes susceptibles de toucher les populations [du monde] permet d’économiser entre quatre et sept dollars, qui seraient autrement consacrés à financer les secours d’urgence déployés à la suite d’une catastrophe.

« Nous savons qu’il faut être mieux préparés, mais je ne saurais trop insister sur le fait qu’au sein du système humanitaire mondial actuel, aucune subvention n’est clairement allouée à cela », a déploré Mme Kirsch-Wood.

nr/np/nh/ads/ail


Thèmes: (IRIN) Politique, (IRIN) Alerte précoce, (IRIN) Economie, (IRIN) Environnement, (IRIN) Sécurité alimentaire, (IRIN) Démocratie et gouvernance, (IRIN) Santé et nutrition, (IRIN) Catastrophes naturelles, (IRIN) Urbanisation

[FIN]

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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