MONDE: « Il ne me reste plus rien »
WASHINGTON DC, 13 novembre 2007 (PlusNews) - Teodros*, réfugié éthiopien, vit à Washington DC, aux Etats-Unis. Lorsqu’il a dû fuir l’Ethiopie pour des raisons politiques, l’emploi qui lui était offert dans les Emirats arabes unis (EAU) lui est apparu comme la meilleure porte de sortie. Mais parce qu’il a été déclaré séropositif, Teodros n’a pas pu remplir les critères imposés par la loi des EAU sur l’immigration, qui exige un diagnostic de séronégativité pour autoriser l’octroi d’un permis de travail.
Des années plus tard, à des milliers de kilomètres, Teodros a confié à IRIN/PlusNews qu’il luttait encore pour assumer son statut VIH.
« Un des membres de ma famille a été emprisonné avec l’ancien Premier ministre éthiopien, qui était également le ministre de la Défense. De fil en aiguille, ça a commencé à tourner au vinaigre. C’est à ce moment-là que j’ai eu un emploi à Dubaï ».
« La seule chose, c’était que la loi des Emirats exigeait un dépistage de l’hépatite et du VIH. J’ai dit d’accord, pas de problème. J’ai appelé ma femme, à Addis Abeba [la capitale éthiopienne] et je lui ai proposé de venir avec notre fils, pour qu’on le fasse, mais elle était très réticente. Je ne comprenais pas pourquoi ».
« Je suis allé me faire dépister sans eux à l’hôpital de Nairobi, la Rolls Royce des hôpitaux. Il est très cher, mais c’est le meilleur. Ils m’ont dit qu’ils avaient effectué plusieurs analyses et ne communiquaient pas les résultats de leurs tests sans un conseil psychosocial, alors j’ai dû attendre 48 heures ».
« Le médecin qui m’avait fait le test est même revenu à l’hôpital, alors qu’il était en congé ce jour-là, pour me communiquer les résultats. J’étais inquiet, mais je me sentais immunisé contre le VIH. Il tenait une enveloppe et voulait me la lire, mais je lui ai dit de me la donner, et j’ai alors vu que j’étais séropositif ».
« J’en ai comme perdu le souffle, et tout s’est arrêté autour de moi. Vous voyez ce que je veux dire ? ».
« J’ai appelé un ami à l’ambassade américaine d’Addis pour me faire rapatrier du Kenya vers l’Ethiopie. Et en effet, il a réussi à remplacer mon nom sur la liste de surveillance du gouvernement ».
« Mon cœur cognait à l’intérieur de ma poitrine tandis que je [passais] la douane et les services d’immigration. Je ne voulais pas que ma femme sache que j’arrivais ; Je voulais juste apparaître [devant sa porte].
« Nous avions eu une violente dispute lorsque je lui avais dit que j’étais séropositif. Je voulais qu’elle me dise quelque chose, n’importe quoi, mais elle a dit qu’elle ne savait pas de quoi je voulais parler. Juste après ça, les autorités sont venues et m’ont arrêté. J’ai tout vendu et avec l’aide de quelques amis, je leur ai versé un pot-de-vin pour qu’ils me laissent un peu de marge pour fuir ».
« C’est comme une renaissance. D’abord, vous découvrez que votre mariage est un mensonge total. Ensuite, que toute votre vie est un mensonge. Vous devez tout recommencer à zéro. Il ne me reste rien ».
« Ne pas être capable de tenir sa maison, que vous soyez homme ou femme, c’est humiliant dans notre culture. Je ne sais toujours pas si mon fils est séropositif et je n’ai pas le courage de le faire dépister ».
« Ici, je ne suis payé que 40 heures de travail par semaine, mais je travaille sept jours par semaine parce que cela me permet de tenir debout. Si vous autorisez votre esprit à s’ouvrir et à se laisser aller à l’oisiveté, vous donnez l’occasion à d’autres choses de vous envahir. Si on me dit de faire une pause, je bois à n’en plus finir, même si je ne devrais pas. Je n’ai pas trouvé d’autre moyen d’assumer ma situation ».
llg/kn/nh/ail
*un nom d’emprunt
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