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Les migrants empruntent des itinéraires plus dangereux pour traverser le Malawi
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Photo:
Kristy Siegfried/IRIN
Les migrants qui demandent l’asile sont transférés au camp de réfugiés de Dzaleka
KARONGA, 22 janvier 2013 (IRIN) - Le 20 juin 2012, des migrants éthiopiens sans papiers ont pris place à bord d’une embarcation et se sont lancés dans la traversée vers le sud du lac Malawi. Quelques minutes après leur départ, le bateau surchargé a coulé et 49 de ses passagers se sont noyés.
« Depuis la rive du lac, on pouvait apercevoir quelque chose qui ressemblait à un bout de papier flottant sur l’eau. Mais lorsque des pêcheurs sont allés vérifier en canoë, ils ont découvert plusieurs cadavres », a raconté Grecian Mbewe, coordinateur du Centre pour les droits de l’homme et le rétablissement dans le district de Karonga, au nord du Malawi.
Joseph Mwandege* prétend appartenir à une organisation qui aide les migrants, principalement originaires de la Corne de l’Afrique, à traverser le pays pour se rendre en
Afrique du Sud
. Selon lui, la traversée du lac Malawi en bateau est devenue plus populaire lorsque les itinéraires terrestres sont devenus trop dangereux.
« Nous travaillons avec un groupe de policiers. Ce sont eux qui nous donnent des conseils sur les lieux les plus sûrs. Malheureusement, il arrive que [des policiers] ne faisant pas affaire avec notre organisation [installent des postes] de contrôle », a-t-il expliqué. « Lorsque cela arrive, les [migrants] peuvent être interceptés à tout moment, car les itinéraires qu’ils empruntent sont choisis sur la base de conseils fournis par nos amis policiers. »
Traverser le lac de nuit est donc devenu l’option privilégiée.
Selon M. Mwandege, des groupes de migrants sont entrés au Malawi depuis la Tanzanie près du poste-frontière de Songwe, dans le district de Karonga. Avec l’aide de personnes comme lui et d’agents de police, ils ont attendu la tombée de la nuit pour monter dans de petites embarcations et continuer leur voyage vers le sud. Après avoir contourné plusieurs postes de contrôle installés le long de la route, ils ont accosté et se sont rapidement dirigés vers les collines environnantes pour se cacher.
Mesures énergiques
Les évènements du 20 juin ont cependant attiré l’attention sur la question de l’immigration illégale. Sous la pression du président Joyce Banda, les services de police malawites ont pris des mesures énergiques contre les personnes soupçonnées d’être impliquées dans la noyade.
Des policiers ont été suspendus de leurs fonctions et d’autres ont été transférés. Trois personnes soupçonnées d’avoir été en lien avec les migrants décédés ont été arrêtées et accusées, dans un premier temps, d’avoir aidé des personnes à entrer illégalement dans le pays. L’acte d’accusation a ensuite été modifié pour inclure l’homicide.
Selon Solemn Chunga, porte-parole de la police du district de Chitipa, région du Malawi frontalière avec la Tanzanie, la campagne de répression policière a entraîné une modification des mouvements migratoires. Les migrants illégaux empruntent désormais des itinéraires dangereux à travers la brousse.
D’après M. Chunga, l’une des principales zones choisies pour un « passage plus en douceur » est le parc national de Nyika, une grande réserve sauvage qui s’étend sur près de 3 200 km2. Situé sur le plateau de Nyika, à environ 2 600 m au-dessus du niveau de la mer, le parc est noyé dans la brume une bonne partie de l’année et abrite un certain nombre d’animaux sauvages dangereux comme des léopards, des lions et des serpents.
Depuis le mois de juin, la police de Chitipa a intercepté sept groupes de migrants qui se dirigeaient vers Nyika. En septembre, elle a arrêté 47 migrants et leur guide malawite alors qu’ils tentaient d’entrer dans le parc par le nord. Près d’une semaine plus tard, 74 autres migrants ont été surpris entassés à l’arrière d’un camion. Ils se rendaient dans la même direction. Lors de leur interpellation, l’un des migrants a donné aux autorités un numéro de téléphone qui s’est révélé appartenir à un agent de police de Karonga.
Une fois arrêtés, les migrants sont traduits en justice et inculpés pour entrée illégale sur le territoire, a dit Enock Livasoni, porte-parole des services de police de Karonga. Les migrants sans papiers encourent généralement une amende allant jusqu’à 25 000 kwachas (71 dollars) ou une peine de trois mois d’emprisonnement accompagnée de travaux forcés. Lorsque les migrants ont payé l’amende ou purgé leur sentence, ils sont remis par la police aux services d’immigration pour être expulsés. « Les services d’immigration s’assurent simplement que ces personnes quittent le territoire malawite et ne les renvoient pas nécessairement dans leur pays d’origine », a précisé M. Livasoni.
IRIN a vu des véhicules emmener des migrants vers la région frontalière de Songwe, d’où ils allaient probablement être expulsés vers la
Tanzanie
. Les migrants interceptés par la police en Tanzanie passent généralement plusieurs mois en prison avant d’être rapatriés dans leur pays d’origine.
Réfugiés et demandeurs d’asile
Les groupes de migrants qui quittent la Corne de l’Afrique pour se rendre en Afrique du Sud comprennent souvent des demandeurs d’asile et des réfugiés qui suivent les mêmes itinéraires et ont recours aux mêmes réseaux de passeurs que les migrants économiques. Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), il est souvent difficile, en raison de ce phénomène de «
migration mixte
», de distinguer les personnes pouvant prétendre au droit d’asile de celles soumises à la législation locale en matière d’immigration.
« Au Malawi [...], nous tentons d’aider le gouvernement en lui apportant soutien et conseils techniques pour faire le tri à la frontière et pouvoir aider les demandeurs d’asile. Cela n’est cependant pas toujours possible, car les ressources sont limitées », a dit George Kuchio, représentant du HCR au Malawi.
Le HCR concentre actuellement ses efforts sur la formation des agents d’immigration nouvellement recrutés et l’offre « d’outils pratiques pouvant être facilement utilisés par les autorités frontalières pour distinguer les demandeurs d’asile [des autres migrants]. »
La Croix-Rouge du Malawi, qui a aidé à remettre en contact un certain nombre de survivants de l’accident du 20 juin avec leur famille, a dit à IRIN qu’elle n’avait traité aucun nouveau dossier concernant des migrants sans papiers.
« Nous pensons que cela est dû au fait que les services de police ont renforcé les mesures de sécurité aux points d’entrée présumés », a dit Horace Nyaka, chargé de communication de la Croix-Rouge du Malawi. « Nous avons l’impression que cette sécurité renforcée dissuade les immigrants illégaux de passer par le Malawi. Ils ont peut-être trouvé d’autres itinéraires pour atteindre leur destination. »
*nom d’emprunt
km/ks/rz-ld/amz
Theme (s)
:
Migration
,
Sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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KARONGA, 22 janvier 2013 (IRIN) - Le 20 juin 2012, des migrants éthiopiens sans papiers ont pris place à bord d’une embarcation et se sont lancés dans la traversée vers le sud du lac Malawi. Quelques minutes après leur départ, le bateau surchargé a coulé et 49 de ses passagers se sont noyés.
« Depuis la rive du lac, on pouvait apercevoir quelque chose qui ressemblait à un bout de papier flottant sur l’eau. Mais lorsque des pêcheurs sont allés vérifier en canoë, ils ont découvert plusieurs cadavres », a raconté Grecian Mbewe, coordinateur du Centre pour les droits de l’homme et le rétablissement dans le district de Karonga, au nord du Malawi.
Joseph Mwandege* prétend appartenir à une organisation qui aide les migrants, principalement originaires de la Corne de l’Afrique, à traverser le pays pour se rendre en
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. Selon lui, la traversée du lac Malawi en bateau est devenue plus populaire lorsque les itinéraires terrestres sont devenus trop dangereux.
« Nous travaillons avec un groupe de policiers. Ce sont eux qui nous donnent des conseils sur les lieux les plus sûrs. Malheureusement, il arrive que [des policiers] ne faisant pas affaire avec notre organisation [installent des postes] de contrôle », a-t-il expliqué. « Lorsque cela arrive, les [migrants] peuvent être interceptés à tout moment, car les itinéraires qu’ils empruntent sont choisis sur la base de conseils fournis par nos amis policiers. »
Traverser le lac de nuit est donc devenu l’option privilégiée.
Selon M. Mwandege, des groupes de migrants sont entrés au Malawi depuis la Tanzanie près du poste-frontière de Songwe, dans le district de Karonga. Avec l’aide de personnes comme lui et d’agents de police, ils ont attendu la tombée de la nuit pour monter dans de petites embarcations et continuer leur voyage vers le sud. Après avoir contourné plusieurs postes de contrôle installés le long de la route, ils ont accosté et se sont rapidement dirigés vers les collines environnantes pour se cacher.
Mesures énergiques
Les évènements du 20 juin ont cependant attiré l’attention sur la question de l’immigration illégale. Sous la pression du président Joyce Banda, les services de police malawites ont pris des mesures énergiques contre les personnes soupçonnées d’être impliquées dans la noyade.
Des policiers ont été suspendus de leurs fonctions et d’autres ont été transférés. Trois personnes soupçonnées d’avoir été en lien avec les migrants décédés ont été arrêtées et accusées, dans un premier temps, d’avoir aidé des personnes à entrer illégalement dans le pays. L’acte d’accusation a ensuite été modifié pour inclure l’homicide.
Selon Solemn Chunga, porte-parole de la police du district de Chitipa, région du Malawi frontalière avec la Tanzanie, la campagne de répression policière a entraîné une modification des mouvements migratoires. Les migrants illégaux empruntent désormais des itinéraires dangereux à travers la brousse.
D’après M. Chunga, l’une des principales zones choisies pour un « passage plus en douceur » est le parc national de Nyika, une grande réserve sauvage qui s’étend sur près de 3 200 km2. Situé sur le plateau de Nyika, à environ 2 600 m au-dessus du niveau de la mer, le parc est noyé dans la brume une bonne partie de l’année et abrite un certain nombre d’animaux sauvages dangereux comme des léopards, des lions et des serpents.
Depuis le mois de juin, la police de Chitipa a intercepté sept groupes de migrants qui se dirigeaient vers Nyika. En septembre, elle a arrêté 47 migrants et leur guide malawite alors qu’ils tentaient d’entrer dans le parc par le nord. Près d’une semaine plus tard, 74 autres migrants ont été surpris entassés à l’arrière d’un camion. Ils se rendaient dans la même direction. Lors de leur interpellation, l’un des migrants a donné aux autorités un numéro de téléphone qui s’est révélé appartenir à un agent de police de Karonga.
Une fois arrêtés, les migrants sont traduits en justice et inculpés pour entrée illégale sur le territoire, a dit Enock Livasoni, porte-parole des services de police de Karonga. Les migrants sans papiers encourent généralement une amende allant jusqu’à 25 000 kwachas (71 dollars) ou une peine de trois mois d’emprisonnement accompagnée de travaux forcés. Lorsque les migrants ont payé l’amende ou purgé leur sentence, ils sont remis par la police aux services d’immigration pour être expulsés. « Les services d’immigration s’assurent simplement que ces personnes quittent le territoire malawite et ne les renvoient pas nécessairement dans leur pays d’origine », a précisé M. Livasoni.
IRIN a vu des véhicules emmener des migrants vers la région frontalière de Songwe, d’où ils allaient probablement être expulsés vers la
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. Les migrants interceptés par la police en Tanzanie passent généralement plusieurs mois en prison avant d’être rapatriés dans leur pays d’origine.
Réfugiés et demandeurs d’asile
Les groupes de migrants qui quittent la Corne de l’Afrique pour se rendre en Afrique du Sud comprennent souvent des demandeurs d’asile et des réfugiés qui suivent les mêmes itinéraires et ont recours aux mêmes réseaux de passeurs que les migrants économiques. Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), il est souvent difficile, en raison de ce phénomène de «
migration mixte
», de distinguer les personnes pouvant prétendre au droit d’asile de celles soumises à la législation locale en matière d’immigration.
« Au Malawi [...], nous tentons d’aider le gouvernement en lui apportant soutien et conseils techniques pour faire le tri à la frontière et pouvoir aider les demandeurs d’asile. Cela n’est cependant pas toujours possible, car les ressources sont limitées », a dit George Kuchio, représentant du HCR au Malawi.
Le HCR concentre actuellement ses efforts sur la formation des agents d’immigration nouvellement recrutés et l’offre « d’outils pratiques pouvant être facilement utilisés par les autorités frontalières pour distinguer les demandeurs d’asile [des autres migrants]. »
La Croix-Rouge du Malawi, qui a aidé à remettre en contact un certain nombre de survivants de l’accident du 20 juin avec leur famille, a dit à IRIN qu’elle n’avait traité aucun nouveau dossier concernant des migrants sans papiers.
« Nous pensons que cela est dû au fait que les services de police ont renforcé les mesures de sécurité aux points d’entrée présumés », a dit Horace Nyaka, chargé de communication de la Croix-Rouge du Malawi. « Nous avons l’impression que cette sécurité renforcée dissuade les immigrants illégaux de passer par le Malawi. Ils ont peut-être trouvé d’autres itinéraires pour atteindre leur destination. »
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