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AFGHANISTAN: Quand les écoliers de Helmand font l’école buissonnière pour travailler dans les champs de pavot


Photo: Minapal/IRIN
Non seulement les enfants qui travaillent dans les champs de pavot manquent les cours et s’acquittent de tâches pénibles pendant de longues heures, mais ils sont aussi vulnérables au phénomène de l’accoutumance à la drogue
LASHKARGAH, 20 mars 2008 (IRIN) - Le 5 mars, Esmatullah, 14 ans, souffrait de douleurs au dos et aux jambes, après avoir travaillé dans un champ de pavot de la province de Helmand, dans le sud de l’Afghanistan. Depuis cette date, il ne va plus à l’école.

Le jeune Esmatullah est originaire du district de Marja, à Helmand, où il allait à l’école ; mais en raison de l’insécurité et des attaques répétées, perpétrées contre les écoles, sa famille l’a envoyé à Lashkargah, capitale de la province, pour qu’il y poursuive ses études.

Mais lorsqu’il est retourné un week-end dans son village pour rendre visite à sa famille, son oncle lui a demandé de l’aider à désherber leurs vastes champs de pavot.

Généralement, avant la récolte de pavot du mois de mai et de juin, les paysans de la province de Helmand désherbent leurs champs de pavot – ce qui permet d’accélérer et de stimuler la pousse des fleurs de pavot et d’augmenter la production d’opium.

Selon un rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la province de Helmand a fourni à elle seule environ 40 pour cent des 8 200 tonnes d’opium produites en 2007, en Afghanistan.

« Je dois travailler et gagner de l’argent pour pouvoir payer la chambre que je loue à Lashkargah et couvrir mes autres frais pendant ma scolarité », a confié à IRIN le jeune Esmatullah.

Selon un autre élève de 12 ans, originaire de Nad Ali, un district de Helmand, son père, ses frères et lui-même travaillent comme ouvriers agricoles dans des champs de pavot pour nourrir leurs familles élargies et payer sa scolarité à Lashkargah.

« Nous ne possédons pas de terre, mais nous gagnons 200 à 250 afghanis [quatre à cinq dollars américains] par personne pour une journée de travail dans les plantations d’autres propriétaires », a expliqué Gul.

Des centaines d’élèves absents de l’école

La province de Helmand est particulièrement touchée par les violences perpétrées par les insurgés et des dizaines d’écoles sont fermées – dans les zones rurales en particulier – en raison des fréquentes attaques dont font l’objet les établissements scolaires, les maîtres et les élèves.

En conséquence, des centaines d’élèves originaires des zones rurales ont afflué vers les écoles de Lashkargah, restées ouvertes malgré les nombreux risques de sécurité. Bon nombre de ces élèves vivent dans des chambres louées à Lashkargah et, pour des raisons financières et de sécurité, ils ne peuvent pas retourner régulièrement dans leurs villages.

« Je paie 4 000 afghanis [80 dollars] par mois pour une chambre en colocation à Lashkargah », a expliqué Abdoul Hadi, un élève originaire du district de Marja, ajoutant qu’il devait travailler dans des champs de pavot pour payer sa scolarité parce que ses parents n’ont pas les moyens de lui venir en aide.

En ce mois de mars 2008, la plupart des élèves des écoles de Lashkargah seraient absents des cours, a confirmé le service provincial de l’Education (SE).

« C’est très regrettable […] des centaines d’élèves sont allés travailler dans des champs de pavot pour gagner de l’argent », a déclaré M. Rahimullah, directeur du SE de la province de Helmand.

Manque d’information et vulnérabilité

Très peu de rapports humanitaires ont été publiés sur le sort des enfants vivant dans les provinces du sud de l’Afghanistan, touchées par les violences, en particulier dans la province de Helmand. Pour certains travailleurs humanitaires et journalistes, cela s’explique par le manque de données, de statistiques et d’informations fiables.

Par ailleurs, pour des raisons de sécurité, aucune organisation non-gouvernementale (ONG) œuvrant dans le domaine de la protection et du droit des enfants, y compris le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), n’est présente dans la province de Helmand.

Les agences des Nations Unies et les autres organisations humanitaires comptent sur les capacités limitées des organismes publics de la province pour effectuer des évaluations, distribuer l’aide et mettre en œuvre des projets de développement.


Photo: Minapal/IRIN
La province de Helmand a fourni à elle seule environ 40 pour cent des 8 200 tonnes d’opium produites en 2007, en Afghanistan.
« Le manque d’accès est notre principal problème », a reconnu Shamsullah Tanwer, spécialiste du droit des enfants des provinces de Helmand et de Kandahar au sein de la Commission indépendante afghane des droits humains (AIHRC).

« Le travail des enfants dans les champs de pavot est un sérieux problème », a expliqué M. Tanwer à IRIN, au cours d’un entretien téléphonique depuis son bureau de Kandahar. « Tous les enfants ont le droit d’aller à l’école […] et le travail des enfants est illégal, surtout lorsqu’il s’agit de champs de pavot, un produit illicite », a-t-il affirmé.

Non seulement les enfants qui travaillent dans les champs de pavot manquent les cours et s’acquittent de tâches pénibles pendant de longues heures, mais ils sont aussi vulnérables au phénomène de l’accoutumance à la drogue, notamment pendant la saison de la récolte, selon certains experts.

« Toute la question est de savoir comment parvenir à contacter, à aider et à soutenir ces élèves », a indiqué M. Tanwer de l’AIHRC.

Selon les estimations de l’ONUDC, la production d’opium de l’Afghanistan représente 93 pour cent du marché mondial illicite des opiacés.

mm/ad/at/cb/ads/nh


Thèmes: (IRIN) Enfants, (IRIN) Economie, (IRIN) Droits de l'homme

[FIN]

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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