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Les Jordaniens s’enfoncent dans la pauvreté
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Areej Abuqudairi/IRIN
Des enfants dans le village de Fifa, un des régions les plus pauvres de la Jordanie
Vallée du Jourdain, 25 février 2013 (IRIN) - Les 4 000 habitants du village de Fifa, situé au nord-ouest de la Jordanie, dépendent du travail agricole saisonnier dans la vallée du Jourdain, de l’élevage des moutons, ainsi que de l’aide financière et matérielle offerte par le ministère du Développement social, mais comme bon nombre de Jordaniens, ils s’enfoncent dans la pauvreté.
L’augmentation du prix des carburants, la hausse antérieure des prix alimentaires, les retombées de la crise syrienne et le ralentissement du travail des organisations caritatives après la récession ont contribué à l’aggravation de la pauvreté et de la sécurité alimentaire dans un pays déjà confronté au manque de systèmes et de stratégies de soutien aux populations pauvres, indiquent des organisations caritatives locales.
Depuis la suppression par le gouvernement de la subvention sur les carburants en novembre 2012, les prix de certains carburants ont augmenté de près de 40 pour cent, si bien que Salha* (50 ans et sans emploi) n’a plus les moyens de chauffer son logement. Elle souffre également du ralentissement, voire de la suspension des distributions alimentaires organisées par des organisations caritatives locales.
« Je n’ai plus ni pain, ni farine, ni sucre », a-t-elle dit à IRIN.
Le gouvernement a décidé de supprimer la subvention sur les carburants afin de réduire le déficit budgétaire et d’obtenir un prêt de deux milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI). Le prix de la bonbonne de gaz, utilisé pour la cuisine et le chauffage, est passé de 6,50 dinars jordaniens à 10 dinars jordaniens.
Certains prix alimentaires – qui avaient déjà grimpé en raison de la
perturbation de la chaîne d’approvisionnement et de la chaîne d’exportation
occasionnée par la crise syrienne – ont continué d’augmenter.
Les prix de la volaille et des œufs, par exemple, ont augmenté de 25 pour cent depuis novembre, selon la Foodstuff Traders Association, car l’élevage de la volaille entraîne des frais de chauffage élevés.
Dans l’ensemble, l’indice moyen des prix à la consommation a enregistré une augmentation régulière entre 2009 et 2012, selon le Département des statistiques de Jordanie, bien qu'il y ait des variations saisonnières et que les prix des céréales soient restés stables.
Tensions et mécanismes d’adaptation
Plusieurs familles du village de Fifa ont passé l’hiver sans chauffage, a dit Fadyah Saaden, présidente de l’Association caritative des femmes du village de Fifa.
« Comment une personne, par exemple, une femme âgée et seule, qui survit avec les 70 dinars d’aide versés par le gouvernement peut-elle se chauffer l’hiver ? Que lui resterait-il pour payer la nourriture et le reste ? », a-t-elle dit à IRIN.
Quant à l’alimentation, « les gens mangent de moins en moins », a dit Mme Saaden, « mais leur régime était [déjà] pauvre, ce qui veut dire que les gens mangent du poulet ou de la viande une fois tous les deux mois au lieu d’une fois par mois ».
Selon Mutasem Hayarai, coordinateur de l’Alliance nationale contre la faim et la malnutrition (National Alliance Against Hunger and Malnutrition, NAJMAH), un organisme semi-public créé en 2004 pour coordonner les efforts nationaux déployés pour combattre la famine et la malnutrition, près d’un quart des enfants du village de Fifa souffraient déjà d’anémie avant l’envolée des prix.
Aujourd’hui, ils sont encore plus vulnérables. Pour améliorer l’alimentation des enfants, la NAJMAH a donné des brebis à quelques familles afin de leur permettre de produire des produits laitiers.
Une concurrence croissante sur le marché de l’emploi
L’afflux d’au moins 230 000 réfugiés fuyant le conflit syrien a également entraîné une concurrence accrue sur le marché du travail.
« Aujourd’hui, on a du mal à trouver du travail dans les fermes », a dit Jumana Bawaz, 23 ans. « Il y a tellement de réfugiés ici. C’est plus facile pour un employeur d’embaucher une famille [syrienne], car cela lui coûte moins cher ».
La présence des réfugiés crée des tensions au sein des familles hôtes et exerce une pression sur la fourniture des services publics, comme l’eau, la santé et l’éducation.
« L’afflux de réfugiés exerce une énorme pression sur les communautés locales », a dit Dominique Hyde, représentant du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en Jordanie. « Les réfugiés ont été accueillis avec empathie, notamment si l’on songe aux niveaux de pauvreté dans ce pays ».
Des statistiques incomplètes
Les chiffres fournis par le ministère de la Planification reflètent une augmentation des taux de pauvreté, qui sont passés de 13,3 pour cent en 2008 à 14,4 pour cent en 2010. L’étude fixe le seuil de pauvreté à 68 dinars jordaniens (3,20 dollars par jour) par mois pour une personne.
Des experts indiquent toutefois que l’ampleur de la pauvreté est probablement plus importante que les chiffres officiels ne le laissent supposer, étant donné les changements intervenus au cours de ces deux dernières années.
« [La situation économique] s’est aggravée, les prix alimentaires ont grimpé, le chômage a augmenté », a dit Jumana Ghoniemat, économiste et rédactrice en chef du journal al-Ghad.
Elle a indiqué que le pays compte au moins 45 poches de pauvreté – les zones où les taux de pauvreté sont supérieurs à 20 pour cent, d’après la définition du ministère de la Planification – alors que les chiffres officiels évoquent 32 poches.
Les opportunités d’emploi sont plus nombreuses dans les zones urbaines, comme la capitale, mais l’augmentation du coût de la vie se traduit par une dégradation des conditions de vie des familles pauvres.
« Ma femme et mon bébé n’ont pas de chauffage pendant la journée. Nous le mettons en marche lorsque je reviens du travail et que nos trois autres enfants rentrent de l’école », a dit Ahmad Khaldi, un habitant d’Amman. Électricien, il gagne 180 dinars jordaniens par mois.
Haifa Haider, coordinatrice des programmes de l’Association de développement familial (Family Development Association, FDA), une organisation caritative locale qui vient en aide aux nécessiteux de l’est d’Amman, a indiqué que les familles pauvres de la capitale ont recours à d’autres mécanismes d’adaptation.
« La plupart des familles que nous rencontrons servent un repas à leurs enfants l’après-midi et ne leur servent pas de dîner. Les parents disent qu’ils ne peuvent pas offrir de repas riches en protéines à leurs enfants, car la viande et les œufs sont très chers aujourd’hui », a-t-elle dit à IRIN.
En 2008, 36,5 pour cent des dépenses d’une famille jordanienne moyenne étaient consacrées à la nourriture, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Une
étude
sur la sécurité alimentaire réalisée par l’organisation dans les poches de pauvreté en Jordanie en 2008 a conclu que 60 pour cent des ménages de ces zones avaient un accès à l’alimentation à peine suffisant, médiocre ou très médiocre – une mesure de leur capacité à faire face aux chocs et à couvrir des dépenses en nourriture minimales. Près de 11 pour cent des ménages vivant dans les poches de pauvreté dépendaient entièrement des dons et des offrandes.
Trouver des solutions
Certains analystes pointent du doigt le gouvernement.
« Au cours de ces dernières années, le gouvernement n’a pas réussi à lancer des projets de développement pour atténuer la pauvreté et créer des emplois », a dit Mme Ghoniemat. « L’augmentation des prix alimentaires associée au taux de chômage élevé a poussé les familles de la classe moyenne et de la classe moyenne inférieure sous le seuil de pauvreté ; elles ne sont plus capables de satisfaire leurs besoins. Ainsi, le nombre de pauvres a augmenté ».
Selon Qasim Hammouri, économiste et professeur à l’université de Yarmouk, la croissance inéquitable est à l’origine du problème.
« La plupart des projets de développement concernent la capitale et les principales villes du Nord, comme Irbid et Zarqa. Dans le Sud, il n’y a ni opportunités d’emplois ni infrastructures adaptées », a-t-il dit à IRIN.
En janvier, le ministère du Développement social a annoncé la mise en place d’une stratégie de sept ans visant à faire passer le taux de pauvreté de 14 pour cent à 7 pour cent d’ici à 2020.
Selon le porte-parole du ministère des Affaires sociales, Fawaz Ratrut, la stratégie sera axée sur la création d’emploi et l’amélioration des infrastructures. « Nous nous intéressons également aux efforts de coordination entre les organes de l’État chargés de trouver une solution à la pauvreté, mais aussi aux problèmes d’infrastructure, d’aide, de formation et de recherche de travail », a-t-il dit à IRIN.
Mais le premier défi, a-t-il dit, est de trouver des fonds pour financer la mise en œuvre de la stratégie.
Des associations caritatives débordées
Les associations caritatives qui viennent en aide aux nécessiteux en Jordanie indiquent qu’elles ont des difficultés à faire face au nombre croissant de familles dans le besoin.
M. Hayarai, de la NAJMAH, a indiqué que les fonds alloués pour l’aide aux pauvres et les dons du secteur privé ont « fortement » diminué au cours des dernières années en raison de la crise financière mondiale.
La « National Goodwill Campaign », lancée par la NAJMAH, permettait auparavant de venir en aide à quelque 25 000 familles chaque année, mais « a aujourd’hui du mal à atteindre ces chiffres, alors que le nombre de familles pauvres a augmenté ».
Mme Saaden, de l’association caritative du village de Fifa, a indiqué que son association n’avait distribué que quelques repas pendant le Ramadan 2012 : « On ne reçoit plus beaucoup d’aide ».
L’absence de coordination entre les efforts locaux et internationaux visant à combattre la pauvreté constitue un autre défi majeur.
« Il y a tellement de programmes destinés à répondre au problème de la pauvreté, mais ils seraient plus efficaces s’ils étaient coordonnés », a dit Abdullah Zubi de la NAJMAH. « Il arrive que plusieurs projets soient mis en œuvre dans une zone et qu’une autre zone ne bénéficie d’aucun projet ».
Un
rapport
réalisé en 2012 par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) conclut que, pour réduire la pauvreté et améliorer la sécurité alimentaire, les pays du monde arabe devraient améliorer les données afin de prendre des décisions éclairées en matière de politiques ; miser sur la croissance économique en promouvant le secteur manufacturier et le secteur des services plutôt que le secteur agricole ; réformer l’allocation des dépenses publiques ; et organiser des débats nationaux sur les stratégies de développement économique.
*nom d’emprunt
aa/ha/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Alerte précoce
,
Economie
,
Sécurité alimentaire
,
Réfugiés et déplacés
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Areej Abuqudairi/IRIN
Des enfants dans le village de Fifa, un des régions les plus pauvres de la Jordanie
Vallée du Jourdain, 25 février 2013 (IRIN) - Les 4 000 habitants du village de Fifa, situé au nord-ouest de la Jordanie, dépendent du travail agricole saisonnier dans la vallée du Jourdain, de l’élevage des moutons, ainsi que de l’aide financière et matérielle offerte par le ministère du Développement social, mais comme bon nombre de Jordaniens, ils s’enfoncent dans la pauvreté.
L’augmentation du prix des carburants, la hausse antérieure des prix alimentaires, les retombées de la crise syrienne et le ralentissement du travail des organisations caritatives après la récession ont contribué à l’aggravation de la pauvreté et de la sécurité alimentaire dans un pays déjà confronté au manque de systèmes et de stratégies de soutien aux populations pauvres, indiquent des organisations caritatives locales.
Depuis la suppression par le gouvernement de la subvention sur les carburants en novembre 2012, les prix de certains carburants ont augmenté de près de 40 pour cent, si bien que Salha* (50 ans et sans emploi) n’a plus les moyens de chauffer son logement. Elle souffre également du ralentissement, voire de la suspension des distributions alimentaires organisées par des organisations caritatives locales.
« Je n’ai plus ni pain, ni farine, ni sucre », a-t-elle dit à IRIN.
Le gouvernement a décidé de supprimer la subvention sur les carburants afin de réduire le déficit budgétaire et d’obtenir un prêt de deux milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI). Le prix de la bonbonne de gaz, utilisé pour la cuisine et le chauffage, est passé de 6,50 dinars jordaniens à 10 dinars jordaniens.
Certains prix alimentaires – qui avaient déjà grimpé en raison de la
perturbation de la chaîne d’approvisionnement et de la chaîne d’exportation
occasionnée par la crise syrienne – ont continué d’augmenter.
Les prix de la volaille et des œufs, par exemple, ont augmenté de 25 pour cent depuis novembre, selon la Foodstuff Traders Association, car l’élevage de la volaille entraîne des frais de chauffage élevés.
Dans l’ensemble, l’indice moyen des prix à la consommation a enregistré une augmentation régulière entre 2009 et 2012, selon le Département des statistiques de Jordanie, bien qu'il y ait des variations saisonnières et que les prix des céréales soient restés stables.
Tensions et mécanismes d’adaptation
Plusieurs familles du village de Fifa ont passé l’hiver sans chauffage, a dit Fadyah Saaden, présidente de l’Association caritative des femmes du village de Fifa.
« Comment une personne, par exemple, une femme âgée et seule, qui survit avec les 70 dinars d’aide versés par le gouvernement peut-elle se chauffer l’hiver ? Que lui resterait-il pour payer la nourriture et le reste ? », a-t-elle dit à IRIN.
Quant à l’alimentation, « les gens mangent de moins en moins », a dit Mme Saaden, « mais leur régime était [déjà] pauvre, ce qui veut dire que les gens mangent du poulet ou de la viande une fois tous les deux mois au lieu d’une fois par mois ».
Selon Mutasem Hayarai, coordinateur de l’Alliance nationale contre la faim et la malnutrition (National Alliance Against Hunger and Malnutrition, NAJMAH), un organisme semi-public créé en 2004 pour coordonner les efforts nationaux déployés pour combattre la famine et la malnutrition, près d’un quart des enfants du village de Fifa souffraient déjà d’anémie avant l’envolée des prix.
Aujourd’hui, ils sont encore plus vulnérables. Pour améliorer l’alimentation des enfants, la NAJMAH a donné des brebis à quelques familles afin de leur permettre de produire des produits laitiers.
Une concurrence croissante sur le marché de l’emploi
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« Aujourd’hui, on a du mal à trouver du travail dans les fermes », a dit Jumana Bawaz, 23 ans. « Il y a tellement de réfugiés ici. C’est plus facile pour un employeur d’embaucher une famille [syrienne], car cela lui coûte moins cher ».
La présence des réfugiés crée des tensions au sein des familles hôtes et exerce une pression sur la fourniture des services publics, comme l’eau, la santé et l’éducation.
« L’afflux de réfugiés exerce une énorme pression sur les communautés locales », a dit Dominique Hyde, représentant du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en Jordanie. « Les réfugiés ont été accueillis avec empathie, notamment si l’on songe aux niveaux de pauvreté dans ce pays ».
Des statistiques incomplètes
Les chiffres fournis par le ministère de la Planification reflètent une augmentation des taux de pauvreté, qui sont passés de 13,3 pour cent en 2008 à 14,4 pour cent en 2010. L’étude fixe le seuil de pauvreté à 68 dinars jordaniens (3,20 dollars par jour) par mois pour une personne.
Des experts indiquent toutefois que l’ampleur de la pauvreté est probablement plus importante que les chiffres officiels ne le laissent supposer, étant donné les changements intervenus au cours de ces deux dernières années.
« [La situation économique] s’est aggravée, les prix alimentaires ont grimpé, le chômage a augmenté », a dit Jumana Ghoniemat, économiste et rédactrice en chef du journal al-Ghad.
Elle a indiqué que le pays compte au moins 45 poches de pauvreté – les zones où les taux de pauvreté sont supérieurs à 20 pour cent, d’après la définition du ministère de la Planification – alors que les chiffres officiels évoquent 32 poches.
Les opportunités d’emploi sont plus nombreuses dans les zones urbaines, comme la capitale, mais l’augmentation du coût de la vie se traduit par une dégradation des conditions de vie des familles pauvres.
« Ma femme et mon bébé n’ont pas de chauffage pendant la journée. Nous le mettons en marche lorsque je reviens du travail et que nos trois autres enfants rentrent de l’école », a dit Ahmad Khaldi, un habitant d’Amman. Électricien, il gagne 180 dinars jordaniens par mois.
Haifa Haider, coordinatrice des programmes de l’Association de développement familial (Family Development Association, FDA), une organisation caritative locale qui vient en aide aux nécessiteux de l’est d’Amman, a indiqué que les familles pauvres de la capitale ont recours à d’autres mécanismes d’adaptation.
« La plupart des familles que nous rencontrons servent un repas à leurs enfants l’après-midi et ne leur servent pas de dîner. Les parents disent qu’ils ne peuvent pas offrir de repas riches en protéines à leurs enfants, car la viande et les œufs sont très chers aujourd’hui », a-t-elle dit à IRIN.
En 2008, 36,5 pour cent des dépenses d’une famille jordanienne moyenne étaient consacrées à la nourriture, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Une
étude
sur la sécurité alimentaire réalisée par l’organisation dans les poches de pauvreté en Jordanie en 2008 a conclu que 60 pour cent des ménages de ces zones avaient un accès à l’alimentation à peine suffisant, médiocre ou très médiocre – une mesure de leur capacité à faire face aux chocs et à couvrir des dépenses en nourriture minimales. Près de 11 pour cent des ménages vivant dans les poches de pauvreté dépendaient entièrement des dons et des offrandes.
Trouver des solutions
Certains analystes pointent du doigt le gouvernement.
« Au cours de ces dernières années, le gouvernement n’a pas réussi à lancer des projets de développement pour atténuer la pauvreté et créer des emplois », a dit Mme Ghoniemat. « L’augmentation des prix alimentaires associée au taux de chômage élevé a poussé les familles de la classe moyenne et de la classe moyenne inférieure sous le seuil de pauvreté ; elles ne sont plus capables de satisfaire leurs besoins. Ainsi, le nombre de pauvres a augmenté ».
Selon Qasim Hammouri, économiste et professeur à l’université de Yarmouk, la croissance inéquitable est à l’origine du problème.
« La plupart des projets de développement concernent la capitale et les principales villes du Nord, comme Irbid et Zarqa. Dans le Sud, il n’y a ni opportunités d’emplois ni infrastructures adaptées », a-t-il dit à IRIN.
En janvier, le ministère du Développement social a annoncé la mise en place d’une stratégie de sept ans visant à faire passer le taux de pauvreté de 14 pour cent à 7 pour cent d’ici à 2020.
Selon le porte-parole du ministère des Affaires sociales, Fawaz Ratrut, la stratégie sera axée sur la création d’emploi et l’amélioration des infrastructures. « Nous nous intéressons également aux efforts de coordination entre les organes de l’État chargés de trouver une solution à la pauvreté, mais aussi aux problèmes d’infrastructure, d’aide, de formation et de recherche de travail », a-t-il dit à IRIN.
Mais le premier défi, a-t-il dit, est de trouver des fonds pour financer la mise en œuvre de la stratégie.
Des associations caritatives débordées
Les associations caritatives qui viennent en aide aux nécessiteux en Jordanie indiquent qu’elles ont des difficultés à faire face au nombre croissant de familles dans le besoin.
M. Hayarai, de la NAJMAH, a indiqué que les fonds alloués pour l’aide aux pauvres et les dons du secteur privé ont « fortement » diminué au cours des dernières années en raison de la crise financière mondiale.
La « National Goodwill Campaign », lancée par la NAJMAH, permettait auparavant de venir en aide à quelque 25 000 familles chaque année, mais « a aujourd’hui du mal à atteindre ces chiffres, alors que le nombre de familles pauvres a augmenté ».
Mme Saaden, de l’association caritative du village de Fifa, a indiqué que son association n’avait distribué que quelques repas pendant le Ramadan 2012 : « On ne reçoit plus beaucoup d’aide ».
L’absence de coordination entre les efforts locaux et internationaux visant à combattre la pauvreté constitue un autre défi majeur.
« Il y a tellement de programmes destinés à répondre au problème de la pauvreté, mais ils seraient plus efficaces s’ils étaient coordonnés », a dit Abdullah Zubi de la NAJMAH. « Il arrive que plusieurs projets soient mis en œuvre dans une zone et qu’une autre zone ne bénéficie d’aucun projet ».
Un
rapport
réalisé en 2012 par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) conclut que, pour réduire la pauvreté et améliorer la sécurité alimentaire, les pays du monde arabe devraient améliorer les données afin de prendre des décisions éclairées en matière de politiques ; miser sur la croissance économique en promouvant le secteur manufacturier et le secteur des services plutôt que le secteur agricole ; réformer l’allocation des dépenses publiques ; et organiser des débats nationaux sur les stratégies de développement économique.
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