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Les attaques de Boko Haram paralysent l’économie du nord du Nigeria
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Aminu Abubakar/IRIN
Dégâts causés par la milice Boko Haram au quartier général de la police de Kano (photo d’archives)
KANO, 13 février 2013 (IRIN) - Selon le syndicat des commerçants de Kano, plaque tournante du commerce du nord-est du Nigeria, les affaires ont diminué de moitié depuis 2012, en raison de la campagne de violence menée par le mouvement terroriste Boko Haram et des efforts du gouvernement pour les arrêter.
« Le Nord enregistre d’importantes pertes à cause des violences. Si vous déstabilisez Kano, qui est le centre névralgique des échanges commerciaux dans le Nord, vous menacez le bien-être socioéconomique de la région », a dit le ministre de l’Information du Nigeria, Labaran Maku, aux journalistes en février 2012.
Danbature Abdulazeez, directeur du syndicat National Harmonized Traders’ Union, estime que les échanges commerciaux à Kano ont diminué de moitié en raison de la fermeture des frontières avec le Niger, le Cameroun et le Tchad, de la fermeture des négoces ou de leur délocalisation vers le Sud par crainte des violences, des déplacements forcés, des couvre-feux et de l’interdiction des motos-taxis, qui sont le principal moyen de transport de la ville.
Boko Haram a mené une campagne de violences dans le nord du Nigeria, faisant 3 000 morts depuis début 2009, selon Human Rights Watch. Les attaques se sont principalement concentrées dans le nord-est du Nigeria. Maiduguri, Damaturu et Potiskum sont les villes qui ont été les plus durement touchées. Le 20 janvier 2012, les violences ont toutefois atteint Kano, où des explosions et des fusillades coordonnées ont fait 185 morts, ce qui en fait l’attentat le plus meurtrier perpétré par Boko Haram à ce jour.
Depuis, la population de Kano a été la cible de fusillades et d’attentats à la bombe réguliers liés à Boko Haram. Les habitants ont donc dû se terrer chez eux ou abandonner la ville. Au cours de l’année passée, des centaines de commerces ont fermé ou déménagé.
« Les affaires ont ralenti l’année passée et il est de plus en plus difficile de joindre les deux bouts », a dit Yahuza Salisu, un marchand de tissus du marché de Kantin Kwari. « Parfois, je passe ma journée au marché sans rien vendre, car les commerçants ne viennent plus à cause des attentats [de Boko Haram]. Le peu de ventes que je réalise me sert à nourrir ma famille. »
M. Salisu prévoit de retirer ses enfants de l’école privée et de les inscrire dans une école publique, car il n’a plus les moyens de payer les frais de scolarité.
Pius Uche, un menuisier de Kano, a dit à IRIN : « J’ai déménagé mon atelier à Abuja, car je sens que c’est devenu dangereux de rester travailler ici. Des gens que je connais ont été tués dans des attentats de Boko Haram et je ne veux pas être le prochain. »
Liti Kulkul, directeur de la Kwari Textile Traders’ Association, a dit à IRIN que son chiffre d’affaires annuel avait baissé de 62 pour cent.
Usines et magasins fermés
Les quelques usines encore ouvertes à Kano, dont la plupart produisent des aliments, des boissons, du cuir ou des objets en plastique, sont passées de deux quarts par jour à un seul à cause du couvre-feu instauré récemment à la suite d’attaques de Boko Haram. Ali Madugu, vice-président de la Manufacturers’ Association of Nigeria (MAN) estime que les usines ne fonctionnent plus qu’à 30 pour cent de leur capacité.
« Des gens que je connais ont été tués dans des attentats de Boko Haram et je ne veux pas être le prochain »
Les commerces proches des commissariats de police ont dû mettre la clef sous la porte en janvier 2012 par crainte des attentats.
Ahmad Musa possédait une épicerie dans une allée de deux douzaines de boutiques contiguës au siège de la police antiémeute nigériane, dans le quartier d’Hotoro, à Kano. « J’ai perdu tout mon capital, car on nous a interdit, aux autres commerçants et à moi-même, d’ouvrir nos magasins, ne serait-ce que pour emporter notre stock », a-t-il dit à IRIN.
Selon Badamasi Usman, professeur d’économie à l’université Bayero de Kano, les coûts de production élevés et les coupures de courant nuisaient déjà à la centaine d’usines de la ville encore en activité. Environ 15 milliards de dollars circulaient pourtant chaque année sur les marchés de Kano et deux millions de commerçants arrivaient chaque jour de tout le Nigeria et des pays voisins (Niger, Tchad, Cameroun et République centrafricaine) pour vendre des produits fabriqués dans le Sud ou importés d’Asie.
Motos interdites
Les déplacements dans Kano sont rendus plus difficiles par les postes de contrôle militaires et policier qui parsèment la ville, par le couvre-feu qui concerne tout le centre urbain et par l’interdiction de rouler de nuit appliquée aux motos-taxis (« achabas »), le moyen de transport urbain le plus populaire. Des interdictions similaires ont été imposées dans les états de Borno, Yobe, Adamawa, Gombe, Plateau, Lagos et Rivers.
Selon Muhammad Sani, président de l’Amalgamated Commercial Owners and Riders Association (ACOMORAN) de Kano, l’interdiction coûte neuf millions de dollars par jour aux conducteurs d’achabas. Selon l’ACOMORAN, les 1,5 million de conducteurs de motos-taxis de Kano gagnaient chacun 12 dollars par jour en moyenne.
Les autorités de Kano ont imposé cette interdiction à la suite d’un attentat perpétré le 19 janvier 2013 contre le chef traditionnel et spirituel Ado Bayero, émir de Kano, par un groupe d’hommes armés en moto. Cinq personnes ont été tuées, dont le chauffeur et deux gardes du corps de l’émir, mais pas ce dernier.
Le chômage qui touche de plus en plus de commerçants, de chauffeurs de taxi et d’autres habitants ne va faire qu’alimenter les violences, a averti M. Usman. « Ces jeunes sont frustrés et peuvent tomber dans la délinquance et aggraver encore davantage le cauchemar auquel nous sommes confrontés en matière de sécurité. »
Cessez-le-feu ?
Le 28 janvier, le commandant autoproclamé de Boko Haram, Mohammed Abudlazeez Ibn Idriss, a annoncé que le groupe allait cesser ses attaques en raison de la situation humanitaire difficile causée par les violences.
Il a appelé le gouvernement nigérian à libérer tous les membres de la secte détenus afin de faire place au dialogue et à une paix durable. Certains habitants de Kano ont salué cette annonce, tandis que d’autres affirment ne pas y croire.
L’armée nigériane a dit qu’elle avait besoin d’une garantie de paix d’un mois avant de prendre le cessez-le-feu au sérieux.
aa/aj/cb- ld/amz
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Economie
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Démocratie et gouvernance
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Dégâts causés par la milice Boko Haram au quartier général de la police de Kano (photo d’archives)
KANO, 13 février 2013 (IRIN) - Selon le syndicat des commerçants de Kano, plaque tournante du commerce du nord-est du Nigeria, les affaires ont diminué de moitié depuis 2012, en raison de la campagne de violence menée par le mouvement terroriste Boko Haram et des efforts du gouvernement pour les arrêter.
« Le Nord enregistre d’importantes pertes à cause des violences. Si vous déstabilisez Kano, qui est le centre névralgique des échanges commerciaux dans le Nord, vous menacez le bien-être socioéconomique de la région », a dit le ministre de l’Information du Nigeria, Labaran Maku, aux journalistes en février 2012.
Danbature Abdulazeez, directeur du syndicat National Harmonized Traders’ Union, estime que les échanges commerciaux à Kano ont diminué de moitié en raison de la fermeture des frontières avec le Niger, le Cameroun et le Tchad, de la fermeture des négoces ou de leur délocalisation vers le Sud par crainte des violences, des déplacements forcés, des couvre-feux et de l’interdiction des motos-taxis, qui sont le principal moyen de transport de la ville.
Boko Haram a mené une campagne de violences dans le nord du Nigeria, faisant 3 000 morts depuis début 2009, selon Human Rights Watch. Les attaques se sont principalement concentrées dans le nord-est du Nigeria. Maiduguri, Damaturu et Potiskum sont les villes qui ont été les plus durement touchées. Le 20 janvier 2012, les violences ont toutefois atteint Kano, où des explosions et des fusillades coordonnées ont fait 185 morts, ce qui en fait l’attentat le plus meurtrier perpétré par Boko Haram à ce jour.
Depuis, la population de Kano a été la cible de fusillades et d’attentats à la bombe réguliers liés à Boko Haram. Les habitants ont donc dû se terrer chez eux ou abandonner la ville. Au cours de l’année passée, des centaines de commerces ont fermé ou déménagé.
« Les affaires ont ralenti l’année passée et il est de plus en plus difficile de joindre les deux bouts », a dit Yahuza Salisu, un marchand de tissus du marché de Kantin Kwari. « Parfois, je passe ma journée au marché sans rien vendre, car les commerçants ne viennent plus à cause des attentats [de Boko Haram]. Le peu de ventes que je réalise me sert à nourrir ma famille. »
M. Salisu prévoit de retirer ses enfants de l’école privée et de les inscrire dans une école publique, car il n’a plus les moyens de payer les frais de scolarité.
Pius Uche, un menuisier de Kano, a dit à IRIN : « J’ai déménagé mon atelier à Abuja, car je sens que c’est devenu dangereux de rester travailler ici. Des gens que je connais ont été tués dans des attentats de Boko Haram et je ne veux pas être le prochain. »
Liti Kulkul, directeur de la Kwari Textile Traders’ Association, a dit à IRIN que son chiffre d’affaires annuel avait baissé de 62 pour cent.
Usines et magasins fermés
Les quelques usines encore ouvertes à Kano, dont la plupart produisent des aliments, des boissons, du cuir ou des objets en plastique, sont passées de deux quarts par jour à un seul à cause du couvre-feu instauré récemment à la suite d’attaques de Boko Haram. Ali Madugu, vice-président de la Manufacturers’ Association of Nigeria (MAN) estime que les usines ne fonctionnent plus qu’à 30 pour cent de leur capacité.
« Des gens que je connais ont été tués dans des attentats de Boko Haram et je ne veux pas être le prochain »
Les commerces proches des commissariats de police ont dû mettre la clef sous la porte en janvier 2012 par crainte des attentats.
Ahmad Musa possédait une épicerie dans une allée de deux douzaines de boutiques contiguës au siège de la police antiémeute nigériane, dans le quartier d’Hotoro, à Kano. « J’ai perdu tout mon capital, car on nous a interdit, aux autres commerçants et à moi-même, d’ouvrir nos magasins, ne serait-ce que pour emporter notre stock », a-t-il dit à IRIN.
Selon Badamasi Usman, professeur d’économie à l’université Bayero de Kano, les coûts de production élevés et les coupures de courant nuisaient déjà à la centaine d’usines de la ville encore en activité. Environ 15 milliards de dollars circulaient pourtant chaque année sur les marchés de Kano et deux millions de commerçants arrivaient chaque jour de tout le Nigeria et des pays voisins (Niger, Tchad, Cameroun et République centrafricaine) pour vendre des produits fabriqués dans le Sud ou importés d’Asie.
Motos interdites
Les déplacements dans Kano sont rendus plus difficiles par les postes de contrôle militaires et policier qui parsèment la ville, par le couvre-feu qui concerne tout le centre urbain et par l’interdiction de rouler de nuit appliquée aux motos-taxis (« achabas »), le moyen de transport urbain le plus populaire. Des interdictions similaires ont été imposées dans les états de Borno, Yobe, Adamawa, Gombe, Plateau, Lagos et Rivers.
Selon Muhammad Sani, président de l’Amalgamated Commercial Owners and Riders Association (ACOMORAN) de Kano, l’interdiction coûte neuf millions de dollars par jour aux conducteurs d’achabas. Selon l’ACOMORAN, les 1,5 million de conducteurs de motos-taxis de Kano gagnaient chacun 12 dollars par jour en moyenne.
Les autorités de Kano ont imposé cette interdiction à la suite d’un attentat perpétré le 19 janvier 2013 contre le chef traditionnel et spirituel Ado Bayero, émir de Kano, par un groupe d’hommes armés en moto. Cinq personnes ont été tuées, dont le chauffeur et deux gardes du corps de l’émir, mais pas ce dernier.
Le chômage qui touche de plus en plus de commerçants, de chauffeurs de taxi et d’autres habitants ne va faire qu’alimenter les violences, a averti M. Usman. « Ces jeunes sont frustrés et peuvent tomber dans la délinquance et aggraver encore davantage le cauchemar auquel nous sommes confrontés en matière de sécurité. »
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Le 28 janvier, le commandant autoproclamé de Boko Haram, Mohammed Abudlazeez Ibn Idriss, a annoncé que le groupe allait cesser ses attaques en raison de la situation humanitaire difficile causée par les violences.
Il a appelé le gouvernement nigérian à libérer tous les membres de la secte détenus afin de faire place au dialogue et à une paix durable. Certains habitants de Kano ont salué cette annonce, tandis que d’autres affirment ne pas y croire.
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