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Le système de santé tchadien peine à combattre la malnutrition
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Otto Bakano/IRIN
Le gouvernement tchadien s’est engagé à augmenter le nombre d’agents de santé publique et à étendre la part du budget alloué au secteur
BOKORO, 27 janvier 2013 (IRIN) - La nuit tombe sur la ville de Bokoro, au centre-sud du Tchad. Une petite fille chétive quitte les installations rudimentaires de Médecins Sans Frontières (MSF). C’est la toute dernière patiente de ce dispensaire qui a soigné plus de 4 000 enfants de la région atteints de malnutrition sévère depuis juillet 2012.
« C’est une bonne nouvelle que les patients aient cessé de venir, car cela montre qu’il y a moins de malnutrition. D’un autre côté, c’est également une mauvaise nouvelle, car le retrait de MSF restreint l’accès à ce type de soins, à moins qu’une autre organisation intervienne pour aider le ministère de la Santé à plus long terme », a dit à IRIN Anja Junker, pédiatre chez MSF.
Les cases construites pour permettre à MSF de soigner les cas urgents de malnutrition à l’hôpital du district de Bokoro sont vides depuis que l’association a mis fin à son programme, le 21 janvier.
L’hôpital ne compte qu’un seul médecin pour 244 000 habitants et le programme de traitement de la malnutrition ne pourra pas être poursuivi par manque de compétence, de main-d’œuvre et d’argent. Le personnel est aussi mal équipé et peu nombreux dans les 13 autres centres de santé de la région, où il n’y a souvent qu’un infirmier pour plusieurs milliers de personnes. Seulement six de ces centres disposent d’un système de stockage réfrigéré.
Au Tchad, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 33 pour cent des enfants de 12 à 23 mois ne sont pas vaccinés contre les maladies infantiles. Le taux de malnutrition y est le plus élevé de toute la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.
« La malnutrition est la première cause sous-jacente de mortalité infantile au Tchad », a dit Bruno Maes, représentant de l’UNICEF au Tchad. « Il est impératif de renforcer le système de santé et de mettre en place des mesures de prévention et de soin pour lutter contre la mortalité infantile. L’approche strictement humanitaire a ses limites. Elle ne peut pas s’inscrire dans la durée. »
Un système de santé défaillant
On compte au Tchad moins d’un professionnel de santé qualifié pour 1 000 habitants et le gouvernement ne consacre que trois pour cent de son budget à la santé.
Lors du dernier jour d’intervention de MSF dans un autre centre de santé proche de la ville de Bokoro, l’infirmier qui y avait récemment été affecté a dit qu’il serait difficile pour le centre de prendre à sa charge le programme de traitement de la malnutrition.
Apollinaire Minadji a dit qu’il était « le seul infirmier qualifié » du centre de santé de Gambir, censé répondre aux besoins des 12 000 habitants de la localité. « Même pour l’infirmier le plus qualifié c’est beaucoup de travail. Il devrait y avoir deux infirmiers ici. »
Récurrente au Tchad, la malnutrition est responsable de plus de la moitié des décès d’enfants de moins de cinq ans. Elle s’explique par l’absence de soins de santé préventifs et primaires, notamment de soins maternels et infantiles, par la pauvreté, par la sécheresse chronique, ainsi que par les difficultés d’accès à l’alimentation et à l’eau potable.
Photo:
Otto Bakano/IRIN
Le taux de malnutrition au Tchad est le plus élevé de toute la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest
L’une des raisons pour lesquelles la malnutrition est récurrente est que lorsque les récoltes sont abondantes, les familles pauvres sont obligées d’en vendre une grande partie, souvent à des prix dérisoires en raison de l’importance de l’offre, pour honorer les dettes contractées pendant la saison sèche. Leurs réserves sont alors insuffisantes pour tenir pendant toute la période de soudure et les agriculteurs doivent à nouveau s’endetter.
« Il y a un manque de protection sociale pour les familles les plus vulnérables », a dit Stefano Argenziano, chef de mission de MSF au Tchad. « Il est fondamental de faire de la crise de malnutrition une question de santé publique [...]. Il est courant d’entendre que la malnutrition est due au manque de nourriture. C’est une vision simpliste du problème. Ce n’est pas le manque de nourriture, mais l’accès à la nourriture qui est problématique. »
Par ailleurs, en l’absence de programmes nutritionnels dans un système de santé aussi défaillant, la malnutrition infantile commence avant même la naissance, car de nombreuses mères n’ont pas assez à manger et n’ont pas accès à des soins prénataux suffisants ni à des suppléments alimentaires. Selon les chiffres de l’UNICEF, 22 pour cent des enfants tchadiens naissent donc avec une insuffisance pondérale.
« Le mode d’organisation du ministère de la Santé publique ne permet pas de traiter correctement la malnutrition », a dit à IRIN Ignabobe Passalet, médecin en chef dans le district de Bokoro.
« En réalité, dans tout le pays, le gouvernement fait des efforts pour former du personnel, mais ce n’est jamais suffisant. Chaque centre de santé du pays ne dispose que d’un infirmier et il n’y a qu’un médecin par district », a-t-il expliqué.
« Il y a un lien entre la défaillance générale du système de santé public et la malnutrition », a dit M. Argenziano, de MSF. « Il y a une relation de cause à effet. Un enfant mal nourri a de fortes chances de tomber malade et un enfant malade risque fortement d’être atteint de malnutrition. Il est impossible de traiter la malnutrition sans résoudre les problèmes de santé publique. »
Manque de matériel
Le centre de santé de Gambir, près de Bokoro, n’a pas l’eau courante. Les déchets hospitaliers sont déversés dans une fosse peu profonde et les environs sont jonchés de bouses de vache. Dans la salle d’accouchement, le lit est rouillé et les flacons et les seringues ne sont pas rangés.
« Nous ne disposons pas des équipements nécessaires, ni même du matériel d’hygiène de base. Nous utilisons de l’eau de forage », a dit M. Minadji, l’infirmier.
Devant le dispensaire, sous un toit rattaché au bâtiment principal, des femmes ont amené leurs enfants pour qu’ils reçoivent un traitement contre la malnutrition. Les enfants ont en grande partie vu leur état s’améliorer depuis que le taux de malnutrition a commencé à baisser, fin 2012. Selon des médecins, au plus fort de la crise, de nombreux enfants montraient des corps émaciés à cause de la malnutrition et des maladies.
Certaines mères souffraient elles aussi de malnutrition et avaient besoin de pâte hautement nutritive à base d’arachide pour favoriser la lactation.
« Il existe encore des cas de malnutrition à Bokoro », a dit Mme Junker, la pédiatre de MSF. « Bien qu’il y en ait moins, cela ne veut pas dire que le problème soit résolu ».
En 2012, le gouvernement tchadien s’est engagé à augmenter le nombre d’agents de santé publique et à étendre la part du budget alloué au secteur de la santé à 15 pour cent, conformément à la déclaration d’Abuja.
« C’est une réponse absolument nécessaire [...]. C’est un point crucial qui n’a pas été résolu par le passé, mais auquel on essaie maintenant de trouver une solution. La volonté d’augmenter le budget et le nombre de professionnels du secteur est là. Ça c’est positif », a dit M. Maes, de l’UNICEF.
ob/cb-ld/amz
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Enfants
,
Sécurité alimentaire
,
Santé et nutrition
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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BOKORO, 27 janvier 2013 (IRIN) - La nuit tombe sur la ville de Bokoro, au centre-sud du Tchad. Une petite fille chétive quitte les installations rudimentaires de Médecins Sans Frontières (MSF). C’est la toute dernière patiente de ce dispensaire qui a soigné plus de 4 000 enfants de la région atteints de malnutrition sévère depuis juillet 2012.
« C’est une bonne nouvelle que les patients aient cessé de venir, car cela montre qu’il y a moins de malnutrition. D’un autre côté, c’est également une mauvaise nouvelle, car le retrait de MSF restreint l’accès à ce type de soins, à moins qu’une autre organisation intervienne pour aider le ministère de la Santé à plus long terme », a dit à IRIN Anja Junker, pédiatre chez MSF.
Les cases construites pour permettre à MSF de soigner les cas urgents de malnutrition à l’hôpital du district de Bokoro sont vides depuis que l’association a mis fin à son programme, le 21 janvier.
L’hôpital ne compte qu’un seul médecin pour 244 000 habitants et le programme de traitement de la malnutrition ne pourra pas être poursuivi par manque de compétence, de main-d’œuvre et d’argent. Le personnel est aussi mal équipé et peu nombreux dans les 13 autres centres de santé de la région, où il n’y a souvent qu’un infirmier pour plusieurs milliers de personnes. Seulement six de ces centres disposent d’un système de stockage réfrigéré.
Au Tchad, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 33 pour cent des enfants de 12 à 23 mois ne sont pas vaccinés contre les maladies infantiles. Le taux de malnutrition y est le plus élevé de toute la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.
« La malnutrition est la première cause sous-jacente de mortalité infantile au Tchad », a dit Bruno Maes, représentant de l’UNICEF au Tchad. « Il est impératif de renforcer le système de santé et de mettre en place des mesures de prévention et de soin pour lutter contre la mortalité infantile. L’approche strictement humanitaire a ses limites. Elle ne peut pas s’inscrire dans la durée. »
Un système de santé défaillant
On compte au Tchad moins d’un professionnel de santé qualifié pour 1 000 habitants et le gouvernement ne consacre que trois pour cent de son budget à la santé.
Lors du dernier jour d’intervention de MSF dans un autre centre de santé proche de la ville de Bokoro, l’infirmier qui y avait récemment été affecté a dit qu’il serait difficile pour le centre de prendre à sa charge le programme de traitement de la malnutrition.
Apollinaire Minadji a dit qu’il était « le seul infirmier qualifié » du centre de santé de Gambir, censé répondre aux besoins des 12 000 habitants de la localité. « Même pour l’infirmier le plus qualifié c’est beaucoup de travail. Il devrait y avoir deux infirmiers ici. »
Récurrente au Tchad, la malnutrition est responsable de plus de la moitié des décès d’enfants de moins de cinq ans. Elle s’explique par l’absence de soins de santé préventifs et primaires, notamment de soins maternels et infantiles, par la pauvreté, par la sécheresse chronique, ainsi que par les difficultés d’accès à l’alimentation et à l’eau potable.
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Le taux de malnutrition au Tchad est le plus élevé de toute la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest
L’une des raisons pour lesquelles la malnutrition est récurrente est que lorsque les récoltes sont abondantes, les familles pauvres sont obligées d’en vendre une grande partie, souvent à des prix dérisoires en raison de l’importance de l’offre, pour honorer les dettes contractées pendant la saison sèche. Leurs réserves sont alors insuffisantes pour tenir pendant toute la période de soudure et les agriculteurs doivent à nouveau s’endetter.
« Il y a un manque de protection sociale pour les familles les plus vulnérables », a dit Stefano Argenziano, chef de mission de MSF au Tchad. « Il est fondamental de faire de la crise de malnutrition une question de santé publique [...]. Il est courant d’entendre que la malnutrition est due au manque de nourriture. C’est une vision simpliste du problème. Ce n’est pas le manque de nourriture, mais l’accès à la nourriture qui est problématique. »
Par ailleurs, en l’absence de programmes nutritionnels dans un système de santé aussi défaillant, la malnutrition infantile commence avant même la naissance, car de nombreuses mères n’ont pas assez à manger et n’ont pas accès à des soins prénataux suffisants ni à des suppléments alimentaires. Selon les chiffres de l’UNICEF, 22 pour cent des enfants tchadiens naissent donc avec une insuffisance pondérale.
« Le mode d’organisation du ministère de la Santé publique ne permet pas de traiter correctement la malnutrition », a dit à IRIN Ignabobe Passalet, médecin en chef dans le district de Bokoro.
« En réalité, dans tout le pays, le gouvernement fait des efforts pour former du personnel, mais ce n’est jamais suffisant. Chaque centre de santé du pays ne dispose que d’un infirmier et il n’y a qu’un médecin par district », a-t-il expliqué.
« Il y a un lien entre la défaillance générale du système de santé public et la malnutrition », a dit M. Argenziano, de MSF. « Il y a une relation de cause à effet. Un enfant mal nourri a de fortes chances de tomber malade et un enfant malade risque fortement d’être atteint de malnutrition. Il est impossible de traiter la malnutrition sans résoudre les problèmes de santé publique. »
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« Nous ne disposons pas des équipements nécessaires, ni même du matériel d’hygiène de base. Nous utilisons de l’eau de forage », a dit M. Minadji, l’infirmier.
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« Il existe encore des cas de malnutrition à Bokoro », a dit Mme Junker, la pédiatre de MSF. « Bien qu’il y en ait moins, cela ne veut pas dire que le problème soit résolu ».
En 2012, le gouvernement tchadien s’est engagé à augmenter le nombre d’agents de santé publique et à étendre la part du budget alloué au secteur de la santé à 15 pour cent, conformément à la déclaration d’Abuja.
« C’est une réponse absolument nécessaire [...]. C’est un point crucial qui n’a pas été résolu par le passé, mais auquel on essaie maintenant de trouver une solution. La volonté d’augmenter le budget et le nombre de professionnels du secteur est là. Ça c’est positif », a dit M. Maes, de l’UNICEF.
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