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jeudi 23 mai 2013
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Un rapport exhorte les organisations humanitaires à tenir compte de l’avis des bénéficiaires
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UNHCR/P.Behan
L’implication des bénéficiaires peut permettre d’améliorer l’aide et le développement
LONDRES, 22 janvier 2013 (IRIN) - Les travailleurs humanitaires qui tentent d’apporter une aide rapide et efficace ont très peu de temps pour réfléchir, discuter et écouter. Or, selon un nouveau rapport du CDA Collaborative Learning Projects, un organisme basé aux États-Unis, il sera, à l’avenir, absolument nécessaire de prendre le temps de le faire pour améliorer la qualité et la durabilité des efforts d’
aide internationale
.
« Ce n’est qu’après trois semaines dans un village que j’ai eu l’impression d’obtenir de vraies informations concernant les véritables besoins et souhaits de la communauté », a dit aux chercheurs un travailleur humanitaire au Liban.
L’équipe de chercheurs a elle-même consacré beaucoup de temps à l’établissement d’un dialogue avec les bénéficiaires de l’aide et les représentants d’organisations d’aide humanitaire et d’organisations non gouvernementales (ONG) dans 20 pays différents. Plus de 6 000 personnes ont été interrogées et leurs opinions sont présentées dans le nouveau rapport, intitulé ‘
Time to Listen
’.
Dayna Brown, qui a travaillé sur le rapport, s’est dite très surprise de l’homogénéité des réponses. « Les expériences des processus d’aide internationale décrites par les participants étaient très similaires », a-t-elle dit. « Et ils ont expliqué comment ces processus compromettaient souvent l’atteinte des objectifs de l’aide dans des endroits aussi différents que le Zimbabwe, le Myanmar, l’Angola ou le Timor-Leste.
« Dans l’ensemble, nous avons découvert que l’aide internationale était une bonne chose et qu’elle était appréciée, mais qu’elle n’atteignait pas son but dans sa forme actuelle. Les changements nécessaires sont cependant possibles et faisables. »
Perspective des bénéficiaires
« Nous sommes très reconnaissants pour toute l’aide que nous avons obtenue de la part de la communauté internationale. Même si nous sommes ici, loin d’eux, nous apprécions le fait qu’ils pensent à nous », a dit un travailleur de la santé aux Philippines.
Selon le rapport, ce sentiment est partagé par un grand nombre de personnes, en particulier au départ, lorsque l’aide arrive. Les bénéficiaires peuvent cependant aussi ressentir de la frustration lorsqu’ils se rendent compte qu’ils n’ont que peu d’occasions d’établir une forme de relation mutuelle, quelle qu’elle soit, avec leurs bienfaiteurs.
L’aide doit souvent passer par une série d’intermédiaires – bailleurs de fonds, organisations d’aide humanitaire internationales, ONG locales et organisations communautaires – avant d’atteindre sa destination. En général, les évaluations des besoins menées par les organisations, les visites d’évaluation des projets et les réunions destinées à favoriser la participation de la communauté ne prévoient pas suffisamment de temps et d’espace pour l’établissement d’un véritable dialogue.
Mme Brown et ses collègues ont découvert que les projets individuels étaient généralement considérés comme bénéfiques, mais que les bénéficiaires, lorsqu’on leur donnait l’occasion de s’exprimer au sujet de leur expérience globale, étaient beaucoup plus critiques, en particulier ceux qui avaient été témoins de plusieurs projets mis en œuvre par différentes organisations ou qui avaient reçu une aide internationale pendant plusieurs années.
« Trop souvent, les gens décrivent de quelle façon l’aide apportée alimente la dépendance au fil du temps, par cumul, projet après projet. Dans un système d’aide axé sur la collaboration, les membres des communautés seraient considérés comme des collègues et des moteurs de leur propre développement, et non plus seulement comme des destinataires et des bénéficiaires. »
Au lieu d’identifier et de favoriser le développement des forces existantes, la plupart des programmes d’aide évaluent les besoins et fournissent ensuite les denrées et les services pour combler les lacunes, indique le rapport. Les chercheurs ont également découvert que les bénéficiaires faisaient généralement preuve de pragmatisme et acceptaient ce qu’on leur offrait même s’il ne s’agissait pas d’une priorité pour eux.
« L’organisme donateur ne nous a jamais demandé ce dont nous avions réellement besoin ou ce que nous souhaitions »
Au Kosovo, un jeune homme a dit à l’équipe de chercheurs : « L’organisme donateur ne nous a jamais demandé ce dont nous avions réellement besoin ou ce que nous souhaitions, et la communauté ne voulait pas refuser une offre généreuse même si ce qu’on lui offrait n’était pas utile à ce moment-là. Nous espérions qu’un jour nous aurions un médecin et que le nouveau centre de santé pourrait ouvrir ses portes. »
L’idée générale du rapport est que les bénéficiaires auraient pu contribuer à fournir une aide mieux ciblée, plus efficace et plus transparente s’ils avaient été inclus dans les discussions. Ils craindraient moins que des fonds soient détournés si les organisations d’aide humanitaire et les ONG faisaient preuve d’une plus grande transparence budgétaire. Et ils ne se sentiraient pas abandonnés et pourraient planifier en conséquence s’ils étaient informés de l’échéance probable des projets.
Mme Brown et ses collègues ont constaté que les répondants qui souhaitaient davantage d’aide étaient rares et que nombreux étaient ceux qui en demandaient moins. Les bénéficiaires souhaitaient aussi que les travailleurs humanitaires reviennent voir les conséquences de leur travail – bonnes et mauvaises – à long terme. Trop souvent, les projets se terminent une fois que les fonds disponibles sont épuisés et ils sont considérés comme réussis lorsqu’ils ont été réalisés dans les délais fixés et avec le budget imparti, qu’ils aient entraîné ou non un véritable développement. « Ce n’est pas parce qu’on peut mesurer quelque chose que c’est ce qui doit être évalué », indique le rapport.
Besoin de flexibilité
Les bailleurs de fonds peuvent influencer fortement les priorités et les processus des organisations d’aide humanitaire. Les projets financés par les gouvernements, par exemple, accordent souvent une importance particulière à la redevabilité et à la rentabilité, a dit Mme Brown. Les cycles de financement, la division des fonds en plusieurs versements et la demande constante de propositions de projets et de rapports sont quelques-unes des contraintes qui peuvent peser sur ces projets.
Mme Brown a dit à IRIN qu’elle avait constaté des différences importantes entre les projets financés par les gouvernements et ceux financés par les bailleurs de fonds privés au sein d’une même organisation. Elle a ajouté que ces organisations pouvaient se permettre de prendre plus de temps et de faire preuve d’une plus grande flexibilité lorsqu’elles dépensaient les fonds qu’elles avaient elles-mêmes collectés.
Selon Sean Lowrie, directeur du Consortium des agences humanitaires britanniques, la mentalité des travailleurs humanitaires est aussi à blâmer.
« Nous avons développé un modèle mental pour la réponse d’urgence. Nous avons l’impression que nous devons agir précipitamment pour sauver des vies. Et c’est plutôt pratique, car cela nous autorise à intervenir sans avoir à faire l’effort de demander leur avis aux bénéficiaires », a-t-il dit.
« Par ailleurs, les bailleurs de fonds ont adhéré au mythe selon lequel ils doivent concentrer leurs efforts pour être efficaces, et cela se traduit par des conditions et des affectations de fonds. Celles-ci se répercutent sur les Nations Unies et les ONG internationales et locales et, lorsque l’argent arrive finalement sur le terrain, il est très difficile de répondre aux priorités locales », a ajouté M. Lowrie.
Il a dit que son organisation tentait de persuader les donateurs de verser des contributions sans affectation spécifique. « Ces sommes nous ont permis de sauver davantage de vies humaines », a-t-il dit.
Wendy Fenton, coordinatrice du Réseau des pratiques humanitaires (Humanitarian Practice Network, HPN), œuvre depuis 25 ans dans le domaine de l’aide humanitaire et du développement international. Elle estime que les idées exprimées dans ‘Time to Listen’ sont importantes et arrivent au bon moment. « Je crois que nous devrions les considérer sérieusement », a-t-elle dit à IRIN.
« Le rapport vient du groupe, dirigé par Mary Anderson, qui est à l’origine du principe ‘
Ne pas nuire
’ dans le domaine de l’aide internationale. Ce principe est toujours d’actualité et sa création a eu un impact. Je suis confiante que le rapport aura le même genre d’impact, car les problèmes liés au manque d’écoute ont été régulièrement abordés au cours des cinq dernières années. ‘Time to Listen’ trouvera certainement un écho auprès de la population : ces questions sont déjà au cœur des discussions de la communauté humanitaire. »
eb/rz-gd/amz
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Politique
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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L’implication des bénéficiaires peut permettre d’améliorer l’aide et le développement
LONDRES, 22 janvier 2013 (IRIN) - Les travailleurs humanitaires qui tentent d’apporter une aide rapide et efficace ont très peu de temps pour réfléchir, discuter et écouter. Or, selon un nouveau rapport du CDA Collaborative Learning Projects, un organisme basé aux États-Unis, il sera, à l’avenir, absolument nécessaire de prendre le temps de le faire pour améliorer la qualité et la durabilité des efforts d’
aide internationale
.
« Ce n’est qu’après trois semaines dans un village que j’ai eu l’impression d’obtenir de vraies informations concernant les véritables besoins et souhaits de la communauté », a dit aux chercheurs un travailleur humanitaire au Liban.
L’équipe de chercheurs a elle-même consacré beaucoup de temps à l’établissement d’un dialogue avec les bénéficiaires de l’aide et les représentants d’organisations d’aide humanitaire et d’organisations non gouvernementales (ONG) dans 20 pays différents. Plus de 6 000 personnes ont été interrogées et leurs opinions sont présentées dans le nouveau rapport, intitulé ‘
Time to Listen
’.
Dayna Brown, qui a travaillé sur le rapport, s’est dite très surprise de l’homogénéité des réponses. « Les expériences des processus d’aide internationale décrites par les participants étaient très similaires », a-t-elle dit. « Et ils ont expliqué comment ces processus compromettaient souvent l’atteinte des objectifs de l’aide dans des endroits aussi différents que le Zimbabwe, le Myanmar, l’Angola ou le Timor-Leste.
« Dans l’ensemble, nous avons découvert que l’aide internationale était une bonne chose et qu’elle était appréciée, mais qu’elle n’atteignait pas son but dans sa forme actuelle. Les changements nécessaires sont cependant possibles et faisables. »
Perspective des bénéficiaires
« Nous sommes très reconnaissants pour toute l’aide que nous avons obtenue de la part de la communauté internationale. Même si nous sommes ici, loin d’eux, nous apprécions le fait qu’ils pensent à nous », a dit un travailleur de la santé aux Philippines.
Selon le rapport, ce sentiment est partagé par un grand nombre de personnes, en particulier au départ, lorsque l’aide arrive. Les bénéficiaires peuvent cependant aussi ressentir de la frustration lorsqu’ils se rendent compte qu’ils n’ont que peu d’occasions d’établir une forme de relation mutuelle, quelle qu’elle soit, avec leurs bienfaiteurs.
L’aide doit souvent passer par une série d’intermédiaires – bailleurs de fonds, organisations d’aide humanitaire internationales, ONG locales et organisations communautaires – avant d’atteindre sa destination. En général, les évaluations des besoins menées par les organisations, les visites d’évaluation des projets et les réunions destinées à favoriser la participation de la communauté ne prévoient pas suffisamment de temps et d’espace pour l’établissement d’un véritable dialogue.
Mme Brown et ses collègues ont découvert que les projets individuels étaient généralement considérés comme bénéfiques, mais que les bénéficiaires, lorsqu’on leur donnait l’occasion de s’exprimer au sujet de leur expérience globale, étaient beaucoup plus critiques, en particulier ceux qui avaient été témoins de plusieurs projets mis en œuvre par différentes organisations ou qui avaient reçu une aide internationale pendant plusieurs années.
« Trop souvent, les gens décrivent de quelle façon l’aide apportée alimente la dépendance au fil du temps, par cumul, projet après projet. Dans un système d’aide axé sur la collaboration, les membres des communautés seraient considérés comme des collègues et des moteurs de leur propre développement, et non plus seulement comme des destinataires et des bénéficiaires. »
Au lieu d’identifier et de favoriser le développement des forces existantes, la plupart des programmes d’aide évaluent les besoins et fournissent ensuite les denrées et les services pour combler les lacunes, indique le rapport. Les chercheurs ont également découvert que les bénéficiaires faisaient généralement preuve de pragmatisme et acceptaient ce qu’on leur offrait même s’il ne s’agissait pas d’une priorité pour eux.
« L’organisme donateur ne nous a jamais demandé ce dont nous avions réellement besoin ou ce que nous souhaitions »
Au Kosovo, un jeune homme a dit à l’équipe de chercheurs : « L’organisme donateur ne nous a jamais demandé ce dont nous avions réellement besoin ou ce que nous souhaitions, et la communauté ne voulait pas refuser une offre généreuse même si ce qu’on lui offrait n’était pas utile à ce moment-là. Nous espérions qu’un jour nous aurions un médecin et que le nouveau centre de santé pourrait ouvrir ses portes. »
L’idée générale du rapport est que les bénéficiaires auraient pu contribuer à fournir une aide mieux ciblée, plus efficace et plus transparente s’ils avaient été inclus dans les discussions. Ils craindraient moins que des fonds soient détournés si les organisations d’aide humanitaire et les ONG faisaient preuve d’une plus grande transparence budgétaire. Et ils ne se sentiraient pas abandonnés et pourraient planifier en conséquence s’ils étaient informés de l’échéance probable des projets.
Mme Brown et ses collègues ont constaté que les répondants qui souhaitaient davantage d’aide étaient rares et que nombreux étaient ceux qui en demandaient moins. Les bénéficiaires souhaitaient aussi que les travailleurs humanitaires reviennent voir les conséquences de leur travail – bonnes et mauvaises – à long terme. Trop souvent, les projets se terminent une fois que les fonds disponibles sont épuisés et ils sont considérés comme réussis lorsqu’ils ont été réalisés dans les délais fixés et avec le budget imparti, qu’ils aient entraîné ou non un véritable développement. « Ce n’est pas parce qu’on peut mesurer quelque chose que c’est ce qui doit être évalué », indique le rapport.
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Les bailleurs de fonds peuvent influencer fortement les priorités et les processus des organisations d’aide humanitaire. Les projets financés par les gouvernements, par exemple, accordent souvent une importance particulière à la redevabilité et à la rentabilité, a dit Mme Brown. Les cycles de financement, la division des fonds en plusieurs versements et la demande constante de propositions de projets et de rapports sont quelques-unes des contraintes qui peuvent peser sur ces projets.
Mme Brown a dit à IRIN qu’elle avait constaté des différences importantes entre les projets financés par les gouvernements et ceux financés par les bailleurs de fonds privés au sein d’une même organisation. Elle a ajouté que ces organisations pouvaient se permettre de prendre plus de temps et de faire preuve d’une plus grande flexibilité lorsqu’elles dépensaient les fonds qu’elles avaient elles-mêmes collectés.
Selon Sean Lowrie, directeur du Consortium des agences humanitaires britanniques, la mentalité des travailleurs humanitaires est aussi à blâmer.
« Nous avons développé un modèle mental pour la réponse d’urgence. Nous avons l’impression que nous devons agir précipitamment pour sauver des vies. Et c’est plutôt pratique, car cela nous autorise à intervenir sans avoir à faire l’effort de demander leur avis aux bénéficiaires », a-t-il dit.
« Par ailleurs, les bailleurs de fonds ont adhéré au mythe selon lequel ils doivent concentrer leurs efforts pour être efficaces, et cela se traduit par des conditions et des affectations de fonds. Celles-ci se répercutent sur les Nations Unies et les ONG internationales et locales et, lorsque l’argent arrive finalement sur le terrain, il est très difficile de répondre aux priorités locales », a ajouté M. Lowrie.
Il a dit que son organisation tentait de persuader les donateurs de verser des contributions sans affectation spécifique. « Ces sommes nous ont permis de sauver davantage de vies humaines », a-t-il dit.
Wendy Fenton, coordinatrice du Réseau des pratiques humanitaires (Humanitarian Practice Network, HPN), œuvre depuis 25 ans dans le domaine de l’aide humanitaire et du développement international. Elle estime que les idées exprimées dans ‘Time to Listen’ sont importantes et arrivent au bon moment. « Je crois que nous devrions les considérer sérieusement », a-t-elle dit à IRIN.
« Le rapport vient du groupe, dirigé par Mary Anderson, qui est à l’origine du principe ‘
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