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mercredi 22 mai 2013
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IRAK: Quel avenir pour les enfants d’Al-Qaida ?
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Heba Aly/IRIN
Une vie de solitude
BAQUBA, 20 décembre 2012 (IRIN) - Amir, un garçon de six ans, joue au football avec ses amis dans un bidonville de l’est de l’Irak, non loin d’un marécage dans lequel s’écoulent des eaux usées. Il n’est pas conscient de la menace qui pèse sur sa vie.
Son père – qui a été tué quatre mois avant sa naissance – était un haut dirigeant d’Al-Qaida.
La naissance d’Amir, comme celle de dizaines d’autres enfants nés de l’union d’une irakienne et d’un insurgé de la province de Diyala, n’a pas été enregistrée. Amir n’a pas de carte d’identité ni de nationalité, il n’a pas accès aux services publics et sa mère craint pour son futur.
Diyala était l’une des zones les plus dangereuses du pays pendant la guerre civile de 2006-2007. Comme d’autres provinces du nord et de l’ouest de Bagdad, Diyala était sous le contrôle d’Al-Qaida.
Sous la pression des insurgés, certaines familles ont donné leur fille en mariage pendant la guerre ; d’autres l’ont fait en signe de gratitude envers les combattants étrangers venus défendre l’Irak contre les occupants. Ces mariages n’ont pas été enregistrés dans les tribunaux, mais sous la loi islamique, en présence d’un imam et de deux témoins seulement. (Au terme de la loi irakienne, il est nécessaire de présenter un extrait d’acte de mariage pour établir un acte de naissance.)
Selon des membres de la société civile et des députés, le sort de plus de 70 enfants de Diyala, l’une des provinces les plus sévèrement affectées par le conflit, est en suspens. Aucune statistique nationale n’est disponible.
Malédiction
La mère d’Amir, qui est âgée de 28 ans, porte des vêtements noirs en signe de tristesse. Elle dit que sa famille l’a forcée à épouser un djihadiste syrien qui, selon ses propres termes, luttait contre les forces d’occupations: « Je n’ai pas pu choisir mon mari ».
Cet homme dirigeait une cellule composée d’une dizaine de personnes avant d’être tué dans des combats avec l’armée américaine en 2006. Il était considéré comme un « prince », pour reprendre le vocabulaire d’Al-Qaida, car il avait tué plus de dix personnes.
Amir et sa mère ont déménagé à de multiples reprises pour échapper aux représailles entreprises par les familles des victimes de son père. Ils vivent désormais dans une petite maison construite avec de la boue, de l’étain et des tiges de palmier, qui comprend une pièce et une cuisine.
« Il est entré dans ma vie comme une malédiction », a dit à IRIN la mère d’Amir. « La douleur ne m’a pas quittée, même depuis son décès. J’ai des difficultés à élever Amir, qui n’existe même pas aux yeux du monde, qui n’a pas d’identité ».
Donner une légitimité aux fils d’Al-Qaida ?
Des députés essayent de faire évoluer la situation – ils font pression pour l’adoption d’une loi qui donnerait aux enfants des insurgés une légitimité en tant que citoyens irakiens.
« Ce sont des victimes d’Al-Qaida », a dit Hassan Sulaiman, membre d’Iraqiya, le plus important bloc politique irakien qui bénéficie du soutien des sunnites, à Diyala.
Selon lui, bon nombre de femmes ont été obligées de se marier ; d’autres sont tombées dans l’oubli lorsque leur mari est mort ou a fui.
« Nous essayons de trouver une solution à ce problème », a-t-il dit à IRIN. « [Ces enfants] seront considérés comme une menace plus tard ».
Il a indiqué que les législateurs poursuivraient les débats jusqu’à ce que « nous trouvions une solution pour eux », et a laissé entendre que le placement en orphelinat était une solution.
Les chiites, qui sont majoritaires au parlement, ont rejeté l’idée de l’octroi de la nationalité, soutenant qu’Al-Qaida – un groupe sunnite – a commis de nombreux crimes et tué bon nombre d’Irakiens innocents.
« Nous ne pouvons pas l’accepter », a dit Hakim al-Zamili, un des leaders du mouvement chiite de Moqtada Sadr et un membre du comité de sécurité du parlement. « Al-Qaida a du sang irakien [sur les mains]. Nous ne leur accorderons rien ».
L’organisation Al-Qaida reconnait l’existence du problème, selon un combattant de l’organisation, qui n’a donné que son surnom, Abu Yousif, pour des raisons de sécurité.
« Ils seront le cœur d’Al-Qaida, non pas parce qu’ils le souhaitent, mais parce que la société et le gouvernement les ont abandonnés. Ils ne leur laissent pas d’autre choix »
Il y a quelques mois, a-t-il dit, Al-Qaida a lancé une fatwa pour demander à ses membres qui n’étaient pas encore recherchés par le gouvernement d’épouser les femmes des combattants emprisonnés et d’apporter un soutien financier à leurs enfants.
« Il faut assurer la sécurité des familles et éduquer leurs fils, car nous aurons besoin d’eux à l’avenir », a-t-il dit à IRIN. « Nous devons élever nos générations [correctement] pour que notre message soit entendu dans le monde entier. Notre guerre contre les infidèles vient de commencer et nous gagnons en puissance ».
Une vie de dénuement
Malgré cette rhétorique, certains segments de la société considèrent toujours ces enfants comme les conséquences de « viols non violents », et ils seraient destinés à mener une vie de dénuement.
« Certaines veuves se prostituent, car elles veulent gagner de l’argent », a dit Haneen al-Salihy, une activiste de la société civile de Diyala. « La société les rejette … Même si les tribunaux commencent à les enregistrer et à leur accorder des cartes d’identité, les choses ne changeront pas pour elles. Les gens les ont abandonnés et leurs familles ont honte d’elles, même si elles étaient responsables des mariages [en premier lieu] ».
Des enfants en âge d’aller à l’école se retrouvent désormais dans la rue au lieu d’aller en classe, ils ne reçoivent pas de soins de santé et ils n’auront aucune opportunité de travail.
Alia Talib, une chercheuse et militante de la société civile à la tête du magazine Nargis, dit que ce style de vie sera la cause de problèmes en Irak.
« Nous aurons une génération d’analphabètes … Les maintenir dans cette situation représente une grande menace pour le futur de la société, car ils risquent de devenir des criminels, des terroristes, des vendeurs de drogue et des assassins.
« Ils seront le cœur d’Al-Qaida », a-t-elle ajouté, « non pas parce qu’ils le souhaitent, mais parce que la société et le gouvernement les ont abandonnés. Ils ne leur laissent pas d’autre choix ».
Mme Talib a dit que le ministère de l’Éducation lui avait promis que la question serait abordée au parlement, mais jusqu’à présent, a-t-elle dit, les discussions n’ont pas abouti, « et je ne pense pas qu’elles mèneront à quoi que ce soit ».
Entretemps, ces enfants continuent de vivre dans le secret.
Zaineb, sept ans, récupère des bouteilles en plastique dans une poubelle dans les environs de la capitale de Diyala, Baqubah. Son père, un leader saoudien d’Al-Qaida, a été tué lors des affrontements avec l’armée américaine en 2005.
Sa mère a réussi à obtenir de faux papiers d’identité pour elle, mais elle a tellement peur d’être arrêtée qu’elle ne les utilise pas. Zaineb ne connait pas l’identité de son père et ne sait pas qu’il est mort ; elle croit qu’il est parti en voyage et ne pose jamais de questions à son sujet.
« Dans ma vie, je n’ai connu que les armes et la guerre », a dit à IRIN sa mère, qui a 30 ans. « Je n’ai aucun espoir. J’aimerais mieux mourir, mais je ne peux pas laisser Zaineb toute seule ».
da/ha/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Enfants
,
Démocratie et gouvernance
,
Paix et sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Son père – qui a été tué quatre mois avant sa naissance – était un haut dirigeant d’Al-Qaida.
La naissance d’Amir, comme celle de dizaines d’autres enfants nés de l’union d’une irakienne et d’un insurgé de la province de Diyala, n’a pas été enregistrée. Amir n’a pas de carte d’identité ni de nationalité, il n’a pas accès aux services publics et sa mère craint pour son futur.
Diyala était l’une des zones les plus dangereuses du pays pendant la guerre civile de 2006-2007. Comme d’autres provinces du nord et de l’ouest de Bagdad, Diyala était sous le contrôle d’Al-Qaida.
Sous la pression des insurgés, certaines familles ont donné leur fille en mariage pendant la guerre ; d’autres l’ont fait en signe de gratitude envers les combattants étrangers venus défendre l’Irak contre les occupants. Ces mariages n’ont pas été enregistrés dans les tribunaux, mais sous la loi islamique, en présence d’un imam et de deux témoins seulement. (Au terme de la loi irakienne, il est nécessaire de présenter un extrait d’acte de mariage pour établir un acte de naissance.)
Selon des membres de la société civile et des députés, le sort de plus de 70 enfants de Diyala, l’une des provinces les plus sévèrement affectées par le conflit, est en suspens. Aucune statistique nationale n’est disponible.
Malédiction
La mère d’Amir, qui est âgée de 28 ans, porte des vêtements noirs en signe de tristesse. Elle dit que sa famille l’a forcée à épouser un djihadiste syrien qui, selon ses propres termes, luttait contre les forces d’occupations: « Je n’ai pas pu choisir mon mari ».
Cet homme dirigeait une cellule composée d’une dizaine de personnes avant d’être tué dans des combats avec l’armée américaine en 2006. Il était considéré comme un « prince », pour reprendre le vocabulaire d’Al-Qaida, car il avait tué plus de dix personnes.
Amir et sa mère ont déménagé à de multiples reprises pour échapper aux représailles entreprises par les familles des victimes de son père. Ils vivent désormais dans une petite maison construite avec de la boue, de l’étain et des tiges de palmier, qui comprend une pièce et une cuisine.
« Il est entré dans ma vie comme une malédiction », a dit à IRIN la mère d’Amir. « La douleur ne m’a pas quittée, même depuis son décès. J’ai des difficultés à élever Amir, qui n’existe même pas aux yeux du monde, qui n’a pas d’identité ».
Donner une légitimité aux fils d’Al-Qaida ?
Des députés essayent de faire évoluer la situation – ils font pression pour l’adoption d’une loi qui donnerait aux enfants des insurgés une légitimité en tant que citoyens irakiens.
« Ce sont des victimes d’Al-Qaida », a dit Hassan Sulaiman, membre d’Iraqiya, le plus important bloc politique irakien qui bénéficie du soutien des sunnites, à Diyala.
Selon lui, bon nombre de femmes ont été obligées de se marier ; d’autres sont tombées dans l’oubli lorsque leur mari est mort ou a fui.
« Nous essayons de trouver une solution à ce problème », a-t-il dit à IRIN. « [Ces enfants] seront considérés comme une menace plus tard ».
Il a indiqué que les législateurs poursuivraient les débats jusqu’à ce que « nous trouvions une solution pour eux », et a laissé entendre que le placement en orphelinat était une solution.
Les chiites, qui sont majoritaires au parlement, ont rejeté l’idée de l’octroi de la nationalité, soutenant qu’Al-Qaida – un groupe sunnite – a commis de nombreux crimes et tué bon nombre d’Irakiens innocents.
« Nous ne pouvons pas l’accepter », a dit Hakim al-Zamili, un des leaders du mouvement chiite de Moqtada Sadr et un membre du comité de sécurité du parlement. « Al-Qaida a du sang irakien [sur les mains]. Nous ne leur accorderons rien ».
L’organisation Al-Qaida reconnait l’existence du problème, selon un combattant de l’organisation, qui n’a donné que son surnom, Abu Yousif, pour des raisons de sécurité.
« Ils seront le cœur d’Al-Qaida, non pas parce qu’ils le souhaitent, mais parce que la société et le gouvernement les ont abandonnés. Ils ne leur laissent pas d’autre choix »
Il y a quelques mois, a-t-il dit, Al-Qaida a lancé une fatwa pour demander à ses membres qui n’étaient pas encore recherchés par le gouvernement d’épouser les femmes des combattants emprisonnés et d’apporter un soutien financier à leurs enfants.
« Il faut assurer la sécurité des familles et éduquer leurs fils, car nous aurons besoin d’eux à l’avenir », a-t-il dit à IRIN. « Nous devons élever nos générations [correctement] pour que notre message soit entendu dans le monde entier. Notre guerre contre les infidèles vient de commencer et nous gagnons en puissance ».
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Malgré cette rhétorique, certains segments de la société considèrent toujours ces enfants comme les conséquences de « viols non violents », et ils seraient destinés à mener une vie de dénuement.
« Certaines veuves se prostituent, car elles veulent gagner de l’argent », a dit Haneen al-Salihy, une activiste de la société civile de Diyala. « La société les rejette … Même si les tribunaux commencent à les enregistrer et à leur accorder des cartes d’identité, les choses ne changeront pas pour elles. Les gens les ont abandonnés et leurs familles ont honte d’elles, même si elles étaient responsables des mariages [en premier lieu] ».
Des enfants en âge d’aller à l’école se retrouvent désormais dans la rue au lieu d’aller en classe, ils ne reçoivent pas de soins de santé et ils n’auront aucune opportunité de travail.
Alia Talib, une chercheuse et militante de la société civile à la tête du magazine Nargis, dit que ce style de vie sera la cause de problèmes en Irak.
« Nous aurons une génération d’analphabètes … Les maintenir dans cette situation représente une grande menace pour le futur de la société, car ils risquent de devenir des criminels, des terroristes, des vendeurs de drogue et des assassins.
« Ils seront le cœur d’Al-Qaida », a-t-elle ajouté, « non pas parce qu’ils le souhaitent, mais parce que la société et le gouvernement les ont abandonnés. Ils ne leur laissent pas d’autre choix ».
Mme Talib a dit que le ministère de l’Éducation lui avait promis que la question serait abordée au parlement, mais jusqu’à présent, a-t-elle dit, les discussions n’ont pas abouti, « et je ne pense pas qu’elles mèneront à quoi que ce soit ».
Entretemps, ces enfants continuent de vivre dans le secret.
Zaineb, sept ans, récupère des bouteilles en plastique dans une poubelle dans les environs de la capitale de Diyala, Baqubah. Son père, un leader saoudien d’Al-Qaida, a été tué lors des affrontements avec l’armée américaine en 2005.
Sa mère a réussi à obtenir de faux papiers d’identité pour elle, mais elle a tellement peur d’être arrêtée qu’elle ne les utilise pas. Zaineb ne connait pas l’identité de son père et ne sait pas qu’il est mort ; elle croit qu’il est parti en voyage et ne pose jamais de questions à son sujet.
« Dans ma vie, je n’ai connu que les armes et la guerre », a dit à IRIN sa mère, qui a 30 ans. « Je n’ai aucun espoir. J’aimerais mieux mourir, mais je ne peux pas laisser Zaineb toute seule ».
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