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samedi 25 mai 2013
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JORDANIE: Travail des enfants syriens — question de culture ou de survie ?
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Areej Abu Qudairi/IRIN
Un jeune réfugié syrien vend des articles d’épicerie et des produits d’entretien à l’ombre de toilettes publiques, dans le camp de Za’atari
MAFRAQ, 18 décembre 2012 (IRIN) - Installé en plein soleil, entre deux tentes secouées par le vent, dans le camp de réfugiés de Za’atari, au nord de la Jordanie, Samir* vend des paquets de chips. Il se souvient du temps où il pouvait encore aller à l’école, en Syrie.
« J’aimais bien quand j’allais à l’école et que je lisais mes livres », a dit l’enfant de 12 ans à IRIN. « [Ici], je dois vendre tout ce qui se trouve dans cette boîte avant de pouvoir déjeuner », a-t-il dit.
Plus de la moitié des réfugiés syriens en Jordanie ont moins de 18 ans. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dit avoir observé une « tendance » au travail des enfants syriens dans le camp de Za’atari. L’organisation ne dispose pas de données chiffrées, mais mènera bientôt une évaluation sur la protection de l’enfance dans les communautés d’accueil de Jordanie afin de mieux comprendre cette tendance.
Établi en juillet à 80 km au nord d’Amman, la capitale, le long de la frontière syrienne, le camp héberge actuellement au moins 42 000 Syriens. Les enfants y vendent de tout : des cigarettes, des bonbons, des légumes, des vêtements, etc.
La mère de Samir est consciente de l’importance de l’école, mais elle dit que le travail de son fils permet à sa famille de survivre.
« Nous voulons vivre. Regardez comme nous vivons dans cet endroit misérable. Comment puis-je subvenir aux besoins de mes enfants alors que je suis toute seule ? » a-t-elle demandé. Son mari est mort dans le conflit qui fait toujours rage en Syrie.
Cette femme âgée de 32 ans dit qu’elle se sert du revenu de son fils pour acheter des produits que « les organisations humanitaires n’ont pas fournis. Elles ne nous apportent que des boîtes de thon, du riz et du boulgour. Mes enfants doivent manger des légumes et des fruits. Nous avons besoin de vêtements chauds et de couvertures », a-t-elle expliqué.
Selon Samir Badran, chargé de communication pour l’UNICEF en Jordanie, certains de ces enfants qui travaillent sont le seul soutien de leur famille, car leur père est soit décédé, soit encore en Syrie.
Nasser Ahmad a été blessé durant le conflit syrien et a perdu une jambe. Il dépend de sa fille de 15 ans qu’il a envoyée travailler comme femme de ménage dans des bâtiments du camp.
« Je ne peux pas subvenir aux besoins de mes enfants et ça me fend le cœur de les voir comme ça, mal nourris et mal vêtus. C’est pourquoi je commande des légumes en dehors du camp et les donne à mes enfants [ses fils] pour qu’ils les vendent », a expliqué cet homme de 27 ans.
Une vieille tradition
Pour certains réfugiés, le travail des enfants est davantage une vieille tradition qu’une conséquence du désespoir engendré par le conflit.
« Je vois des enfants traîner dans le camp et lorsque je leur demande pourquoi ils ne vont pas à l’école, ils répondent qu’ils doivent travailler ou bien qu’ils ne seraient pas inscrits à l’école en Syrie de toute façon », a dit un travailleur humanitaire sous couvert d’anonymat.
« C’est notre culture », a dit Khaled*, qui tient un café à chicha dans le camp, où ses enfants vendent également des en-cas. « Nous formons nos enfants à certaines professions dès l’âge de 10 ans. »
L’UNICEF se base sur la construction d’un nouveau complexe éducatif ultramoderne, de meilleure qualité que de nombreuses écoles syriennes, pour encourager l’inscription des enfants, même s’ils n’étaient pas scolarisés en Syrie.
« Nous essayons de changer une mentalité, une culture qui a véhiculé l’idée que les jeunes garçons doivent travailler »
L’école, qui a ouvert en novembre, compte actuellement 3 500 élèves, de la 1re à la 11e année. Certains travailleurs humanitaires s’attendaient pourtant à un nombre d’inscriptions plus élevé. L’école peut en effet accueillir 1 000 élèves de plus. (Avant la construction du complexe, les élèves étudiaient dans des tentes.)
L’UNICEF tente de sensibiliser les habitants du camp à l’importance de l’éducation par le biais des comités du camp et des espaces d’accueil pour les enfants tenus par l’organisation non gouvernementale (ONG) Save the Children. Pour encourager les inscriptions, l’agence fournit également des uniformes, des livres et des crayons et offrira bientôt des cours de rattrapage pour aider les enfants qui ont manqué des cours à combler leur retard.
Une routine saine
« Il est très important que les enfants retournent à l’école et poursuivent leur éducation », a dit M. Badran à IRIN. Les enfants sont « l’avenir de la Syrie », a-t-il dit. « [L’éducation] est la chose la plus importante qu’ils auront lorsqu’ils rentreront dans leur pays. »
Selon M. Badran, l’école apporte une routine « très saine » aux enfants réfugiés et à leur famille.
« L’éducation apporte aux enfants et à leur famille un sentiment de retour à la normalité. Lorsqu’ils retournent dans leur tente, ils ont des devoirs à faire, au lieu d’être désœuvrés, ce qui serait source de tensions pour eux et leur famille », a-t-il expliqué.
Le nombre d’enfants travaillant dans le camp est peu élevé, a précisé M. Badran, mais il est probablement supérieur en milieu urbain, où résident 150 000 autres Syriens.
Mohammad*, un enfant âgé de 13 ans, se tient à un feu rouge de l’une des rues les plus passantes d’Amman, où il tente de gagner de quoi vivre.
« Je vends des chewing-gums et parfois de l’eau. Je fais de mon mieux pour aider ma famille, car le loyer est trop élevé ici », a-t-il dit.
Mais cette pratique n’est pas réservée aux réfugiés. Selon une étude réalisée en 2007 par le service national des statistiques et l’Organisation mondiale du travail, près de 30 000 enfants travaillent en Jordanie, principalement dans des boutiques, des cafés et des restaurants.
Afin de répondre à ce problème qui touche l’ensemble de la société jordanienne, l’UNICEF collabore avec le ministère du Travail et l’ONG Quest Scope pour offrir des formations professionnelles aux enfants qui ont abandonné l’école et les réinsérer dans le système éducatif. Ce programme va maintenant être étendu pour intégrer les Syriens, a dit M. Badran.
Les Syriens vivant en dehors des camps peuvent s’inscrire gratuitement dans les écoles jordaniennes à condition qu’ils soient enregistrés auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). L’UNICEF prend alors en charge leurs frais d’inscription ainsi que les salaires des enseignants supplémentaires et le coût de l’agrandissement des écoles.
L’UNICEF et le ministère du Travail prévoient de former des travailleurs intervenant à Mafraq, au nord du pays, aux conséquences psychosociales du travail des enfants, à la législation interdisant le travail des enfants en Jordanie et aux possibilités en matière d’éducation qui s’offrent aux enfants en décrochage scolaire. Ces intervenants seront ensuite chargés de sensibiliser la population aux dangers du travail des enfants.
« Nous essayons de changer une mentalité, une culture qui a véhiculé l’idée que les jeunes garçons doivent travailler », a dit M. Badran.
*noms d’emprunt
aa/jj/ha/cb-ld/amz
Theme (s)
:
Enfants
,
Economie
,
Paix et sécurité
,
Réfugiés et déplacés
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MAFRAQ, 18 décembre 2012 (IRIN) - Installé en plein soleil, entre deux tentes secouées par le vent, dans le camp de réfugiés de Za’atari, au nord de la Jordanie, Samir* vend des paquets de chips. Il se souvient du temps où il pouvait encore aller à l’école, en Syrie.
« J’aimais bien quand j’allais à l’école et que je lisais mes livres », a dit l’enfant de 12 ans à IRIN. « [Ici], je dois vendre tout ce qui se trouve dans cette boîte avant de pouvoir déjeuner », a-t-il dit.
Plus de la moitié des réfugiés syriens en Jordanie ont moins de 18 ans. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dit avoir observé une « tendance » au travail des enfants syriens dans le camp de Za’atari. L’organisation ne dispose pas de données chiffrées, mais mènera bientôt une évaluation sur la protection de l’enfance dans les communautés d’accueil de Jordanie afin de mieux comprendre cette tendance.
Établi en juillet à 80 km au nord d’Amman, la capitale, le long de la frontière syrienne, le camp héberge actuellement au moins 42 000 Syriens. Les enfants y vendent de tout : des cigarettes, des bonbons, des légumes, des vêtements, etc.
La mère de Samir est consciente de l’importance de l’école, mais elle dit que le travail de son fils permet à sa famille de survivre.
« Nous voulons vivre. Regardez comme nous vivons dans cet endroit misérable. Comment puis-je subvenir aux besoins de mes enfants alors que je suis toute seule ? » a-t-elle demandé. Son mari est mort dans le conflit qui fait toujours rage en Syrie.
Cette femme âgée de 32 ans dit qu’elle se sert du revenu de son fils pour acheter des produits que « les organisations humanitaires n’ont pas fournis. Elles ne nous apportent que des boîtes de thon, du riz et du boulgour. Mes enfants doivent manger des légumes et des fruits. Nous avons besoin de vêtements chauds et de couvertures », a-t-elle expliqué.
Selon Samir Badran, chargé de communication pour l’UNICEF en Jordanie, certains de ces enfants qui travaillent sont le seul soutien de leur famille, car leur père est soit décédé, soit encore en Syrie.
Nasser Ahmad a été blessé durant le conflit syrien et a perdu une jambe. Il dépend de sa fille de 15 ans qu’il a envoyée travailler comme femme de ménage dans des bâtiments du camp.
« Je ne peux pas subvenir aux besoins de mes enfants et ça me fend le cœur de les voir comme ça, mal nourris et mal vêtus. C’est pourquoi je commande des légumes en dehors du camp et les donne à mes enfants [ses fils] pour qu’ils les vendent », a expliqué cet homme de 27 ans.
Une vieille tradition
Pour certains réfugiés, le travail des enfants est davantage une vieille tradition qu’une conséquence du désespoir engendré par le conflit.
« Je vois des enfants traîner dans le camp et lorsque je leur demande pourquoi ils ne vont pas à l’école, ils répondent qu’ils doivent travailler ou bien qu’ils ne seraient pas inscrits à l’école en Syrie de toute façon », a dit un travailleur humanitaire sous couvert d’anonymat.
« C’est notre culture », a dit Khaled*, qui tient un café à chicha dans le camp, où ses enfants vendent également des en-cas. « Nous formons nos enfants à certaines professions dès l’âge de 10 ans. »
L’UNICEF se base sur la construction d’un nouveau complexe éducatif ultramoderne, de meilleure qualité que de nombreuses écoles syriennes, pour encourager l’inscription des enfants, même s’ils n’étaient pas scolarisés en Syrie.
« Nous essayons de changer une mentalité, une culture qui a véhiculé l’idée que les jeunes garçons doivent travailler »
L’école, qui a ouvert en novembre, compte actuellement 3 500 élèves, de la 1re à la 11e année. Certains travailleurs humanitaires s’attendaient pourtant à un nombre d’inscriptions plus élevé. L’école peut en effet accueillir 1 000 élèves de plus. (Avant la construction du complexe, les élèves étudiaient dans des tentes.)
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Selon M. Badran, l’école apporte une routine « très saine » aux enfants réfugiés et à leur famille.
« L’éducation apporte aux enfants et à leur famille un sentiment de retour à la normalité. Lorsqu’ils retournent dans leur tente, ils ont des devoirs à faire, au lieu d’être désœuvrés, ce qui serait source de tensions pour eux et leur famille », a-t-il expliqué.
Le nombre d’enfants travaillant dans le camp est peu élevé, a précisé M. Badran, mais il est probablement supérieur en milieu urbain, où résident 150 000 autres Syriens.
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