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Analyse: Évaluation de la coordination de l’aide humanitaire en cas de catastrophe en Asie du Sud-Est
Photo:
Shermaine Ho/IRIN
Prêts pour une nouvelle inondation ?
Le système sectoriel exclut les groupes locaux
Une aide humanitaire irréfléchie en Indonésie
Une alerte précoce sauve des vies aux Philippines
La Thaïlande a « tiré des leçons » des inondations
JAKARTA, 10 décembre 2012 (IRIN) - Selon les gouvernements d’Asie du Sud-Est et les organisations humanitaires présentes dans cette région du monde la plus exposée aux risques de catastrophes naturelles, une plus grande coordination est nécessaire pour se préparer et répondre aux urgences.
L’Asie est la région du monde qui a enregistré
le plus grand nombre de victimes
de catastrophes naturelles entre 1975 et 2011, soit 1,5 million de morts. L’Indonésie, la Thaïlande et les Philippines font partie des pays les plus vulnérables de la région.
Selon le
Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes
(CRED), un organisme belge associé à l’Organisation mondiale de la Santé, ces pays ont été touchés en 2011 par 55 catastrophes naturelles, allant des tremblements de terre aux inondations en passant par les tempêtes tropicales et les éruptions volcaniques, faisant près de 3000 morts au total.
Alors que le typhon Bopha, le plus important à avoir touché les Philippines cette année, balayait le sud du pays, IRIN a demandé à des travailleurs chargés des interventions d’urgence en Indonésie, en Thaïlande et aux Philippines ce qui fonctionnait ou pas dans la coordination de l’aide en période de crise.
Indonésie
Jimmy Nadapdap, qui a dirigé la réponse aux catastrophes de Vision Mondiale en Indonésie pendant de nombreuses années, estime que l’afflux d’organisations humanitaires après le tsunami qui a frappé l’Océan indien en 2004, bien qu’utile à plusieurs égards, a engendré de nouvelles difficultés.
« L’aide ne provenait pas seulement de grandes ONG [Organisations non gouvernementales] internationales, mais également de mouvements associatifs et de groupes religieux », a-t-il dit. « Mais ces groupes ne comprenaient pas l’importance de coordonner l’aide. Il existe des normes bien spécifiques concernant la manière de porter secours, comme les standards Sphère, par exemple. Avant de distribuer de l’aide, il faut évaluer les besoins. Sans quoi c’est le chaos, car certaines communautés reçoivent deux fois plus d’aide que d’autres, ce qui peut causer plus de mal que de bien ».
Les standards Sphère
, définis en 1997, sont des recommandations non contraignantes visant à améliorer les interventions en cas de catastrophe.
Selon M. Nadapdap,
les inondations de 2007
à Jakarta, la capitale du pays, ont illustré les dangers d’apporter de l’aide sans réfléchir.
« Certains groupes locaux venaient [...] sans savoir qu’un processus d’inscription approprié était nécessaire pour vérifier que l’aide était bien distribuée aux bénéficiaires visés. »
Selon M. Nadapdap,
le système de groupes sectoriels des Nations Unies
qui, depuis 2005, réunit des agences des Nations Unies et des organisations humanitaires afin d’organiser les interventions d’urgence, a amélioré la coordination.
« Depuis le séisme qui a frappé Yogyakarta en 2006, ce système nous a permis d’éviter un chevauchement de l’aide sur le terrain en sachant qui fait quoi, où et quand. »
Photo:
Jefri Aries/IRIN
Décombres d’une mosquée après le séisme de 2009 à Padang
Pourtant, selon M. Nadapdap, les groupes locaux doivent être mieux intégrés à ce système. « Les groupes locaux sont ceux qui connaissent le mieux leur région, mais les réunions des groupes sectoriels avancent vite, les étrangers y sont plus nombreux et des priorités concurrentes sont mises sur la table. Les opinions des intervenants locaux ne sont donc parfois pas entendues. Cela a notamment été le cas lors du séisme de Padang en 2009. »
En ce qui concerne la préparation, Iwan Gunawan, un spécialiste chevronné des catastrophes naturelles basé à Jakarta et travaillant pour la Banque mondiale, a dit que l’agence indonésienne de gestion des catastrophes (
BNPB
) avait fait d’importants progrès ces dernières années.
« La BNPB a acquis une expérience essentielle lors de l’éruption du
volcan Merapi en 2010
», a dit M. Gunawan. « Elle dispose désormais d’un ensemble de PON [procédures opérationnelles normalisées] dans le cadre desquelles elle cherche à compléter l’aide apportée par d’autres organisations et à combler les lacunes. »
Mais M. Gunawan a fait remarquer que la capacité d’intervention de la BNPB en cas d’urgence n’avait pas encore été réellement testée.
« Le pays est prêt pour des catastrophes de moyenne ampleur qui ne portent pas atteinte au fonctionnement des gouvernements provinciaux », a précisé M. Gunawan. « Mais en cas de catastrophe plus importante, [la capacité du gouvernement] reste à démontrer. »
Dody Ruswandi, responsable adjoint des interventions d’urgence de la BNPB, a dit à IRIN que le renforcement des capacités locales était encore problématique. « Nous devons encourager les bureaux provinciaux à mettre au point leurs propres systèmes de coordination de l’aide, car, pour l’instant, il est difficile de savoir quel système ils ont établi. »
Des bureaux de la BPBD ont été ouverts dans l’ensemble des 33 provinces d’Indonésie, mais dans seulement 70 pour cent des 500 districts du pays, a précisé M. Ruswandi.
« Nous devons faire en sorte d’ouvrir des bureaux dans les districts restants, car ce sont eux [qui] doivent coordonner l’aide lorsque leur région est touchée par une catastrophe », a-t-il ajouté.
Philippines
Les groupes locaux qui ne suivent pas les normes humanitaires internationales posent également problème aux Philippines, a dit Matilde Nida Vilches, conseillère en gestion des urgences et réduction des risques de catastrophe pour
Save the Children
à Makati, dans l’agglomération de Manille, la capitale.
Selon Mme Vilches, les groupes sectoriels n’ont pas réussi à intégrer les groupes locaux au lendemain de la
tempête tropicale Washi
, qui a frappé le nord de Mindanao, à 900 km au sud de Manille, en décembre 2011.
« Les groupes sectoriels ont des listes d’articles à mettre dans les kits d’aide, mais les groupes locaux ne respectaient pas ces listes et leurs kits n’étaient pas complets », a-t-elle relaté. « Cela a causé des tensions sur le terrain entre ceux qui recevaient de l’aide des groupes locaux et ceux qui l’obtenaient d’organisations participant au groupe sectoriel. »
Cependant, selon Mme Vilches, l’approche sectorielle adoptée et menée par le gouvernement philippin a bien fonctionné à l’échelle nationale.
Mme Vilches a donné comme exemple les simulations d’interventions d’urgence menées chaque année par le Conseil national de réduction et de gestion des risques (National Disaster Risk Reduction and Management Council,
NDRRMC
), qui travaille avec une centaine d’organisations différentes, dont des agences des Nations Unies et des ONG.
Selon Edgardo Ollet, responsable du centre des opérations du NDRRMC, malgré les difficultés rencontrées lors de Washi, l’adoption en 2010 d’une
loi
et de
directives
visant à renforcer la réduction des risques de catastrophes a amélioré la coordination de l’aide. Les directives ont autorisé l’importation et les dons de nourriture, de vêtements, de médicaments et de matériel pour l’aide d’urgence et attribué au NDRRMC la charge de contrôler l’aide provenant de l’étranger.
Le
plan national de gestion des catastrophes
est régulièrement évalué et modifié en fonction des meilleures pratiques. Pourtant, selon Gwen Pang, secrétaire général de la Croix-Rouge philippine, certaines organisations humanitaires n’ont pas connaissance de ce plan, car l’information n’a pas été suffisamment diffusée.
« Il est très important que nous planifiions qui va faire quoi et qui peut faire quoi et que nous attribuions chaque action d’urgence à l’agence ou l’organisation adéquate », a-t-elle expliqué.
Il est par ailleurs difficile d’obtenir un soutien de la part d’organisations internationales en l’absence de déclaration de situation d’urgence nationale. C’est le problème qu’a rencontré le pays après les typhons
Nesat
et Nelgae, qui ont touché l’île de Luzon, au nord de l’archipel, en septembre 2011.
Photo:
Jason Gutierrez/IRIN
Un enfant fouille dans les décombres après le passage du typhon Ketsana en 2009
« Certaines organisations ne peuvent pas libérer des fonds si elles n’entendent pas d’annonce du gouvernement, ce qui empêche de répondre aux besoins sur le terrain », a expliqué Mme Pang.
Pourtant, Mme Pang a remarqué qu’un an plus tard, les organisations humanitaires répondaient différemment au typhon Bopha (connu localement sous le nom de Pablo), qui a entraîné des glissements de terrain le 4 décembre. L’État n’a pas déclaré de situation d’urgence et pourtant, les ONG humanitaires internationales, dont Save the Children, sont déjà sur le terrain.
Les avertissements préalables du gouvernement concernant l’intensité et la trajectoire de Bopha ont été diffusés plus tôt que lors des précédents typhons et ont permis de gagner quatre jours, a dit Mme Pang.
« Cela nous a permis d’acheminer l’aide plus rapidement vers les zones où les besoins étaient les plus importants, avant même que le typhon n’atteigne la côte », a-t-elle dit. « Pour Washi, Nesat et Nelgae, les informations concernant l’intensité ou la trajectoire n’ont pas été transmises à temps, mais cette fois [...] nous avons pu prévoir l’ampleur de l’aide requise. »
Au 6 décembre, le gouvernement avait
enregistré
327 victimes, tandis que l’année dernière, le typhon Washi avait fait près de 1 400 morts.
« La coordination n’a pas encore posé de difficulté et nous envisageons de fournir de l’aide dans d’autres provinces », a ajouté Mme Pang.
Thaïlande
De grandes inondations ont frappé 66 des 77 provinces de Thaïlande au cours du deuxième semestre de 2011. De larges zones de la capitale, Bangkok, ont été touchées. Selon un
rapport conjoint
du ministère des Finances et de la Banque mondiale publié en 2012, la catastrophe s’est soldée par 680 morts et 13 millions de personnes touchées.
Selon le rapport, les habitants n’ont pas pu déterminer les risques en raison des informations contradictoires diffusées par le gouvernement. Plus de dix ministères ont procédé à des évaluations des risques.
Adthaporn Singhawichai, directeur du bureau de recherche et de coopération internationale du département de la Prévention et de l’Atténuation des catastrophes, a reconnu que la communication des risques avait été source de confusions. Pourtant, selon lui, cela était dû à une mauvaise gestion des informations plutôt qu’au nombre de ministères impliqués.
« C’est pour cette raison que le gouvernement a mis en place un organe unique pour répondre en priorité aux risques liés aux inondations », a-t-il dit à IRIN.
Le Centre des opérations de secours en cas d’inondation (Flood Relief Operation Centre, FROC), créé en août 2011, un mois après la catastrophe, a amélioré les choses, a-t-il remarqué. « Le porte-parole du FROC était la seule personne mandatée pour informer le public [au sujet des inondations] deux fois par jour à la télévision », a-t-il expliqué. « Le problème, c’est que nous ne pouvions pas gérer d’autres sources d’informations dans les médias et sur Internet. »
Pourtant, selon Nidhirat Srisirirojanakorn, analyste auprès du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) en Thaïlande, des déclarations publiques contradictoires étaient toujours diffusées.
« Beaucoup d’informations circulaient concernant la localisation des inondations et les zones touchées à Bangkok », a-t-il dit.
Le FROC n’était qu’un comité national de réponse aux catastrophes parmi d’autres et son rôle et ses responsabilités étaient flous, a indiqué un rapport de la Banque mondiale et du ministère des Finances.
Au plus fort des inondations à Bangkok, des désaccords ont surgi entre le FROC (dirigé par le gouvernement national) et l’administration métropolitaine de Bangkok (dirigée par le gouverneur de Bangkok), au sujet des avertissements de crue et de la réponse à apporter. Le gouverneur a
refusé une demande du FROC
d’ouvrir une vanne, car il estimait que cela aurait entraîné de nouvelles inondations à Bangkok.
Selon M. Srisirirojanakorn, de l’OCHA, même si le gouvernement n’a pas fait appel à l’aide internationale pendant les inondations, un groupe sectoriel informel a été mis en place pour aider 20 000 migrants
bloqués par les inondations
et qui n’avaient reçu aucun secours.
M. Singhawichai, du gouvernement thaïlandais, a dit que l’État était conscient des problèmes de coordination et réfléchissait à des manières d’y remédier.
« Le gouvernement et ses partenaires ont compris la leçon », a-t-il dit. « Nous sommes convaincus que nous pouvons maintenant mieux gérer des inondations d’une ampleur similaire à celles de l’année dernière. »
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Alerte précoce
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Catastrophes naturelles
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Analyse: Évaluation de la coordination de l’aide humanitaire en cas de catastrophe en Asie du Sud-Est
Photo:
Shermaine Ho/IRIN
Prêts pour une nouvelle inondation ?
Le système sectoriel exclut les groupes locaux
Une aide humanitaire irréfléchie en Indonésie
Une alerte précoce sauve des vies aux Philippines
La Thaïlande a « tiré des leçons » des inondations
JAKARTA, 10 décembre 2012 (IRIN) - Selon les gouvernements d’Asie du Sud-Est et les organisations humanitaires présentes dans cette région du monde la plus exposée aux risques de catastrophes naturelles, une plus grande coordination est nécessaire pour se préparer et répondre aux urgences.
L’Asie est la région du monde qui a enregistré
le plus grand nombre de victimes
de catastrophes naturelles entre 1975 et 2011, soit 1,5 million de morts. L’Indonésie, la Thaïlande et les Philippines font partie des pays les plus vulnérables de la région.
Selon le
Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes
(CRED), un organisme belge associé à l’Organisation mondiale de la Santé, ces pays ont été touchés en 2011 par 55 catastrophes naturelles, allant des tremblements de terre aux inondations en passant par les tempêtes tropicales et les éruptions volcaniques, faisant près de 3000 morts au total.
Alors que le typhon Bopha, le plus important à avoir touché les Philippines cette année, balayait le sud du pays, IRIN a demandé à des travailleurs chargés des interventions d’urgence en Indonésie, en Thaïlande et aux Philippines ce qui fonctionnait ou pas dans la coordination de l’aide en période de crise.
Indonésie
Jimmy Nadapdap, qui a dirigé la réponse aux catastrophes de Vision Mondiale en Indonésie pendant de nombreuses années, estime que l’afflux d’organisations humanitaires après le tsunami qui a frappé l’Océan indien en 2004, bien qu’utile à plusieurs égards, a engendré de nouvelles difficultés.
« L’aide ne provenait pas seulement de grandes ONG [Organisations non gouvernementales] internationales, mais également de mouvements associatifs et de groupes religieux », a-t-il dit. « Mais ces groupes ne comprenaient pas l’importance de coordonner l’aide. Il existe des normes bien spécifiques concernant la manière de porter secours, comme les standards Sphère, par exemple. Avant de distribuer de l’aide, il faut évaluer les besoins. Sans quoi c’est le chaos, car certaines communautés reçoivent deux fois plus d’aide que d’autres, ce qui peut causer plus de mal que de bien ».
Les standards Sphère
, définis en 1997, sont des recommandations non contraignantes visant à améliorer les interventions en cas de catastrophe.
Selon M. Nadapdap,
les inondations de 2007
à Jakarta, la capitale du pays, ont illustré les dangers d’apporter de l’aide sans réfléchir.
« Certains groupes locaux venaient [...] sans savoir qu’un processus d’inscription approprié était nécessaire pour vérifier que l’aide était bien distribuée aux bénéficiaires visés. »
Selon M. Nadapdap,
le système de groupes sectoriels des Nations Unies
qui, depuis 2005, réunit des agences des Nations Unies et des organisations humanitaires afin d’organiser les interventions d’urgence, a amélioré la coordination.
« Depuis le séisme qui a frappé Yogyakarta en 2006, ce système nous a permis d’éviter un chevauchement de l’aide sur le terrain en sachant qui fait quoi, où et quand. »
Photo:
Jefri Aries/IRIN
Décombres d’une mosquée après le séisme de 2009 à Padang
Pourtant, selon M. Nadapdap, les groupes locaux doivent être mieux intégrés à ce système. « Les groupes locaux sont ceux qui connaissent le mieux leur région, mais les réunions des groupes sectoriels avancent vite, les étrangers y sont plus nombreux et des priorités concurrentes sont mises sur la table. Les opinions des intervenants locaux ne sont donc parfois pas entendues. Cela a notamment été le cas lors du séisme de Padang en 2009. »
En ce qui concerne la préparation, Iwan Gunawan, un spécialiste chevronné des catastrophes naturelles basé à Jakarta et travaillant pour la Banque mondiale, a dit que l’agence indonésienne de gestion des catastrophes (
BNPB
) avait fait d’importants progrès ces dernières années.
« La BNPB a acquis une expérience essentielle lors de l’éruption du
volcan Merapi en 2010
», a dit M. Gunawan. « Elle dispose désormais d’un ensemble de PON [procédures opérationnelles normalisées] dans le cadre desquelles elle cherche à compléter l’aide apportée par d’autres organisations et à combler les lacunes. »
Mais M. Gunawan a fait remarquer que la capacité d’intervention de la BNPB en cas d’urgence n’avait pas encore été réellement testée.
« Le pays est prêt pour des catastrophes de moyenne ampleur qui ne portent pas atteinte au fonctionnement des gouvernements provinciaux », a précisé M. Gunawan. « Mais en cas de catastrophe plus importante, [la capacité du gouvernement] reste à démontrer. »
Dody Ruswandi, responsable adjoint des interventions d’urgence de la BNPB, a dit à IRIN que le renforcement des capacités locales était encore problématique. « Nous devons encourager les bureaux provinciaux à mettre au point leurs propres systèmes de coordination de l’aide, car, pour l’instant, il est difficile de savoir quel système ils ont établi. »
Des bureaux de la BPBD ont été ouverts dans l’ensemble des 33 provinces d’Indonésie, mais dans seulement 70 pour cent des 500 districts du pays, a précisé M. Ruswandi.
« Nous devons faire en sorte d’ouvrir des bureaux dans les districts restants, car ce sont eux [qui] doivent coordonner l’aide lorsque leur région est touchée par une catastrophe », a-t-il ajouté.
Philippines
Les groupes locaux qui ne suivent pas les normes humanitaires internationales posent également problème aux Philippines, a dit Matilde Nida Vilches, conseillère en gestion des urgences et réduction des risques de catastrophe pour
Save the Children
à Makati, dans l’agglomération de Manille, la capitale.
Selon Mme Vilches, les groupes sectoriels n’ont pas réussi à intégrer les groupes locaux au lendemain de la
tempête tropicale Washi
, qui a frappé le nord de Mindanao, à 900 km au sud de Manille, en décembre 2011.
« Les groupes sectoriels ont des listes d’articles à mettre dans les kits d’aide, mais les groupes locaux ne respectaient pas ces listes et leurs kits n’étaient pas complets », a-t-elle relaté. « Cela a causé des tensions sur le terrain entre ceux qui recevaient de l’aide des groupes locaux et ceux qui l’obtenaient d’organisations participant au groupe sectoriel. »
Cependant, selon Mme Vilches, l’approche sectorielle adoptée et menée par le gouvernement philippin a bien fonctionné à l’échelle nationale.
Mme Vilches a donné comme exemple les simulations d’interventions d’urgence menées chaque année par le Conseil national de réduction et de gestion des risques (National Disaster Risk Reduction and Management Council,
NDRRMC
), qui travaille avec une centaine d’organisations différentes, dont des agences des Nations Unies et des ONG.
Selon Edgardo Ollet, responsable du centre des opérations du NDRRMC, malgré les difficultés rencontrées lors de Washi, l’adoption en 2010 d’une
loi
et de
directives
visant à renforcer la réduction des risques de catastrophes a amélioré la coordination de l’aide. Les directives ont autorisé l’importation et les dons de nourriture, de vêtements, de médicaments et de matériel pour l’aide d’urgence et attribué au NDRRMC la charge de contrôler l’aide provenant de l’étranger.
Le
plan national de gestion des catastrophes
est régulièrement évalué et modifié en fonction des meilleures pratiques. Pourtant, selon Gwen Pang, secrétaire général de la Croix-Rouge philippine, certaines organisations humanitaires n’ont pas connaissance de ce plan, car l’information n’a pas été suffisamment diffusée.
« Il est très important que nous planifiions qui va faire quoi et qui peut faire quoi et que nous attribuions chaque action d’urgence à l’agence ou l’organisation adéquate », a-t-elle expliqué.
Il est par ailleurs difficile d’obtenir un soutien de la part d’organisations internationales en l’absence de déclaration de situation d’urgence nationale. C’est le problème qu’a rencontré le pays après les typhons
Nesat
et Nelgae, qui ont touché l’île de Luzon, au nord de l’archipel, en septembre 2011.
Photo:
Jason Gutierrez/IRIN
Un enfant fouille dans les décombres après le passage du typhon Ketsana en 2009
« Certaines organisations ne peuvent pas libérer des fonds si elles n’entendent pas d’annonce du gouvernement, ce qui empêche de répondre aux besoins sur le terrain », a expliqué Mme Pang.
Pourtant, Mme Pang a remarqué qu’un an plus tard, les organisations humanitaires répondaient différemment au typhon Bopha (connu localement sous le nom de Pablo), qui a entraîné des glissements de terrain le 4 décembre. L’État n’a pas déclaré de situation d’urgence et pourtant, les ONG humanitaires internationales, dont Save the Children, sont déjà sur le terrain.
Les avertissements préalables du gouvernement concernant l’intensité et la trajectoire de Bopha ont été diffusés plus tôt que lors des précédents typhons et ont permis de gagner quatre jours, a dit Mme Pang.
« Cela nous a permis d’acheminer l’aide plus rapidement vers les zones où les besoins étaient les plus importants, avant même que le typhon n’atteigne la côte », a-t-elle dit. « Pour Washi, Nesat et Nelgae, les informations concernant l’intensité ou la trajectoire n’ont pas été transmises à temps, mais cette fois [...] nous avons pu prévoir l’ampleur de l’aide requise. »
Au 6 décembre, le gouvernement avait
enregistré
327 victimes, tandis que l’année dernière, le typhon Washi avait fait près de 1 400 morts.
« La coordination n’a pas encore posé de difficulté et nous envisageons de fournir de l’aide dans d’autres provinces », a ajouté Mme Pang.
Thaïlande
De grandes inondations ont frappé 66 des 77 provinces de Thaïlande au cours du deuxième semestre de 2011. De larges zones de la capitale, Bangkok, ont été touchées. Selon un
rapport conjoint
du ministère des Finances et de la Banque mondiale publié en 2012, la catastrophe s’est soldée par 680 morts et 13 millions de personnes touchées.
Selon le rapport, les habitants n’ont pas pu déterminer les risques en raison des informations contradictoires diffusées par le gouvernement. Plus de dix ministères ont procédé à des évaluations des risques.
Adthaporn Singhawichai, directeur du bureau de recherche et de coopération internationale du département de la Prévention et de l’Atténuation des catastrophes, a reconnu que la communication des risques avait été source de confusions. Pourtant, selon lui, cela était dû à une mauvaise gestion des informations plutôt qu’au nombre de ministères impliqués.
« C’est pour cette raison que le gouvernement a mis en place un organe unique pour répondre en priorité aux risques liés aux inondations », a-t-il dit à IRIN.
Le Centre des opérations de secours en cas d’inondation (Flood Relief Operation Centre, FROC), créé en août 2011, un mois après la catastrophe, a amélioré les choses, a-t-il remarqué. « Le porte-parole du FROC était la seule personne mandatée pour informer le public [au sujet des inondations] deux fois par jour à la télévision », a-t-il expliqué. « Le problème, c’est que nous ne pouvions pas gérer d’autres sources d’informations dans les médias et sur Internet. »
Pourtant, selon Nidhirat Srisirirojanakorn, analyste auprès du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) en Thaïlande, des déclarations publiques contradictoires étaient toujours diffusées.
« Beaucoup d’informations circulaient concernant la localisation des inondations et les zones touchées à Bangkok », a-t-il dit.
Le FROC n’était qu’un comité national de réponse aux catastrophes parmi d’autres et son rôle et ses responsabilités étaient flous, a indiqué un rapport de la Banque mondiale et du ministère des Finances.
Au plus fort des inondations à Bangkok, des désaccords ont surgi entre le FROC (dirigé par le gouvernement national) et l’administration métropolitaine de Bangkok (dirigée par le gouverneur de Bangkok), au sujet des avertissements de crue et de la réponse à apporter. Le gouverneur a
refusé une demande du FROC
d’ouvrir une vanne, car il estimait que cela aurait entraîné de nouvelles inondations à Bangkok.
Selon M. Srisirirojanakorn, de l’OCHA, même si le gouvernement n’a pas fait appel à l’aide internationale pendant les inondations, un groupe sectoriel informel a été mis en place pour aider 20 000 migrants
bloqués par les inondations
et qui n’avaient reçu aucun secours.
M. Singhawichai, du gouvernement thaïlandais, a dit que l’État était conscient des problèmes de coordination et réfléchissait à des manières d’y remédier.
« Le gouvernement et ses partenaires ont compris la leçon », a-t-il dit. « Nous sommes convaincus que nous pouvons maintenant mieux gérer des inondations d’une ampleur similaire à celles de l’année dernière. »
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