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lundi 20 mai 2013
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Heba Aly, journaliste d’IRIN
, s'est récemment rendu à Damas, la capitale syrienne, pour rendre compte de l'impact humanitaire du conflit dans le pays. Voici son témoignage.
SYRIE: Dix jours à Damas
Photo:
Heba Aly/IRIN
Entrée en Syrie
DAMAS, 10 décembre 2012 (IRIN) - On m’a dit que la route de l’aéroport international de Damas est dangereuse (au cours des quelques jours qui ont suivi mon arrivée, les rebelles ont attaqué l’aéroport à plusieurs reprises). J’entre donc en Syrie par le Liban. Après avoir zigzagué à travers les montagnes embrumées, parsemées de petits villages et de cultures en terrasses, notre chauffeur, un collègue et moi arrivons à la frontière.
À la douane, une longue file de voitures, remplies de tout ce que les familles ont réussi à emporter, fait la queue pour entrer au Liban. Dans notre sens, le trafic est bien plus fluide.
Cachet de sortie en main, nous nous engageons dans les terres rouges du no man’s land rocailleux long de cinq kilomètres qui sépare la frontière libanaise de la frontière syrienne. La route est bordée de montagnes couvertes d’arbustes et nous sommes salués par un panneau d’affichage présentant le président syrien Bachar Al-Assad nous disant : « Je crois en la Syrie ! »
Notre dernier arrêt avant la Syrie est une boutique duty free proposant toutes sortes de produits, allant des chocolats suisses aux écrans plats, en passant par les animaux empaillés. Le Dunkin Donuts voisin ne vend aucun donut.
Après avoir passé la frontière, nous roulons encore pendant 45 minutes sur l’axe Beyrouth-Damas avant d’arriver en ville. La route, presque déserte avant la prière du vendredi, est relativement peu dangereuse et le paysage magnifique. Nous croisons un berger et son nombreux troupeau, ainsi que plusieurs postes de contrôle endormis, dont les soldats vêtus de blousons pour se protéger du crachin nous font signe de passer sans trop se déranger.
Arrivés à Damas, alors que nous traversons le quartier de Mezze où les premières manifestations de la ville ont eu lieu il y a des mois, nous entendons des bombardements au loin.
« Nous avons appris à distinguer ces bruits », nous dit le chauffeur. « Nous savons maintenant s’il s’agit de tirs de mortiers, d’artillerie ou de tanks. »
« Parfois je regrette de m’être marié. Si j’étais célibataire, je pourrais aider les autres. Mais maintenant, je ne peux même pas aider mes enfants et moi-même »
Nous nous garons près du rond-point d’Umayyad, au centre de la ville. Devant se dresse le bâtiment décrépit du ministère de la Défense, encerclé par des barrières et couvert de draps cachant les dégâts subits en octobre, lorsque des rebelles ont fait sauter deux bombes artisanales, d’abord devant le bâtiment, puis à l’intérieur, avant de l’occuper puis d’être finalement mis dehors par les forces de sécurité du gouvernement, après cinq heures d’affrontements.
Mon hôtel se trouve de l’autre côté du rond-point. Il propose des chambres à un prix imbattable : 1 100 dollars le mois, petit-déjeuner et Internet compris. Je défais mes bagages dans la froideur de la chambre et relève mes courriels.
« Asma Basher, première dame de Syrie » me fait une proposition et me demande de la contacter à son adresse électronique personnelle pour plus de détails. Même en temps de guerre, on reçoit toujours des spams.
C’est vendredi soir. Les rues sont calmes — plus calmes que jamais depuis que les rebelles ont tenté de s’emparer de la capitale en juillet. Quelques restaurants et cafés à chicha ont gardé leur clientèle, mais de nombreux magasins sont fermés et des postes de contrôle impromptus apparaissent à des coins de rue jusqu’alors sans surveillance.
Ces postes de contrôle sont tenus par des hommes armés, vêtus de jeans et de vestes de camouflage. À une intersection, l’homme de garde porte un costume cravate, la Kalashnikov nonchalamment passée en bandoulière. Je passe à côté d’un parc, dans le quartier chic d’Abu Rumanah, où un obus de mortier a atterri plus tôt dans la semaine, faisant voler en éclats les vitres de deux voitures stationnées là et projetant des éclats d’obus dans une camionnette. Les dégâts restent exposés là, comme en souvenir.
Dans les restaurants de luxe de la ville, la guerre semble loin. Pourtant, certains détails rappellent qu’elle est toujours là : de petits autocollants annotés à la main rectifient les prix sur les menus. Tout est plus cher maintenant, surtout la nourriture.
Seule exception à la règle, les magasins et les galeries marchandes à l’occidentale arborent des pancartes indiquant des réductions de 70 pour cent. Les clients se font rares dans les bijouteries et les magasins de chaussures de luxe.
Photo:
Heba Aly/IRIN
Un commerçant solitaire dans le vieux marché de Damas
Dans le centre historique, les sites touristiques sont fermés et des postes de contrôle protégés par des sacs de sable font leur apparition. Dans les rues pavées du souk, un vieil homme est assis sur un tabouret devant un magasin de narguilés que sont grand-père a ouvert il y a des décennies. C’est la seule boutique ouverte dans ce coin du marché. La plupart des commerces ferment le vendredi, d’autant plus que c’est le jour le plus populaire pour manifester, ce qui augmente l’insécurité. Mais cet homme a désespérément besoin de clients. Sa boutique lui rapportait auparavant 100 000 lires syriennes par jour. Aujourd’hui, lorsqu’il a de la chance, il fait 6 000 livres de recettes.
Le chômage a monté en flèche, car les usines ferment et les commerces peinent à maintenir leur activité en raison du conflit, de l’exode des touristes et des sanctions internationales. Les pharmacies manquent de médicaments et les prix des denrées alimentaires ont doublé, voire triplé dans certains cas. Une course à l’épicerie peut maintenant coûter un mois de salaire à une fonctionnaire. Certains produits peuvent parfois être difficiles à se procurer dans les supermarchés, même la farine. En outre, alors que l’hiver approche, le mazout utilisé pour le chauffage a disparu du marché depuis plus d’une semaine. Les files d’attente sont souvent longues devant les stations-service.
Les organisations humanitaires et les œuvres de bienfaisance locales peinent à répondre à l’augmentation rapide des besoins et certaines personnes sont inévitablement laissées pour compte. Dans les bureaux de l’antenne du Croissant-Rouge arabe syrien à Damas, qui concentre désormais son action sur l’aide aux personnes déplacées par les violences, deux femmes âgées demandent de l’aide pour leurs familles. Elles n’ont pas été touchées directement par le conflit, mais leurs fils sont sans travail depuis huit mois. Selon leur témoignage, leurs familles n’ont rien mangé d’autre que du boulgour (blé concassé) depuis des jours.
« Avant, les œuvres de bienfaisance aident les pauvres », a dit un Damascène. « Mais maintenant, tout le monde est pauvre ».
Des Syriens qui ont fui les violences dans d’autres régions du pays affluent toujours à Damas. Dans les bureaux d’une petite organisation humanitaire, des personnes qui appartenaient auparavant à la classe moyenne attendent patiemment qu’on leur délivre des sacs de nourriture. Lorsque le temps était plus clément, certains déplacés dormaient dans les jardins publics de la ville. Ils sont maintenant obligés de trouver refuge dans des écoles et des bâtiments publics qui se remplissent rapidement.
Leurs conditions de vie sont malgré tout bien meilleures que celles des personnes vivant dans des zones directement touchées par les affrontements où, selon un employé des Nations Unies qui a récemment visité des régions contrôlées par les rebelles, « il n’y a pas de services essentiels, pas de combustible, pas d’électricité, pas d’eau, absolument rien. »
Un hélicoptère de l’armée bourdonne au-dessus de ma tête alors que je déjeune dans le jardin du bureau. La voix d’un imam résonne depuis un haut-parleur voisin, interrompue par les bombardements intermittents. Le bruit des pilonnages fait désormais partie du quotidien, mais il semble parfois qu’il provient de votre propre balcon. Lorsque les gens entendent un bombardement plus fort ou plus proche qu’à l’accoutumée, ils se regardent en frémissant. Dans un café en plein air, la serveuse fait un signe de croix sur sa poitrine, tandis que les clients se demandent s’ils devraient se réfugier à l’intérieur.
« Chaque fois que j’entends ça, je me demande combien d’enfants sont morts cette fois », dit un travailleur humanitaire.
Le journal du soir fait état d’affrontements violents dans la capitale et aux alentours et compte 21 morts. Il faut regarder la télévision pour être au courant. Même lorsque les combats sont aussi proches, Damas peut donner l’impression d’être une sorte de bulle.
La télévision syrienne repasse quotidiennement une vidéo militaire patriotique montrant des soldats qui s’entraînent, des hélicoptères qui décollent et des navires qui lancent des roquettes. Ensuite, l’image laisse place à une histoire culturelle de la vieille ville.
Les habitants continuent d’aller au parc avec leurs enfants, afin de garder un semblant de normalité dans leur vie. Mais l’inquiétude est palpable.
L’accès aux infrastructures gouvernementales d’importance est bloqué par des barrières en ciment ou des tiges d’acier assemblées en forme d’étoile. Les déplacements dans Damas restent assez aisés, mais le nombre de postes de contrôle augmente et cela ralentit sérieusement le trafic, surtout en fin de journée.
Photo:
Heba Aly/IRIN
Sortie de Syrie
Dans ce climat, un militant pacifique opposé au gouvernement a préparé ses enfants à devenir des orphelins. Il a mis de l’argent de côté, téléchargé tous ses documents importants sur Internet, préparé des visas pour sa famille et donné des instructions à sa femme sur ce qu’elle devait faire s’il se faisait arrêter ou tuer.
Malgré tout, les Syriens restent un peuple fort et accueillant. Dans un restaurant vide de la vieille ville, un serveur élégamment vêtu insiste pour que la boisson commandée par une cliente étrangère soit offerte par la maison, alors que la situation économique du pays n’a pas été aussi basse depuis des décennies.
Lorsque la cliente proteste, le serveur lui rappelle un dicton arabe : « une petite maison peut accueillir mille amis ».
Nombreux sont pourtant ceux qui sont gagnés par le pessimisme et s’en remettent à Dieu pour améliorer la situation du pays. Mais ils ont peu d’espoir.
« Parfois je regrette de m’être marié », dit un homme qui a dû quitter sa maison dans une banlieue stratégique de Damas lorsque l’armée s’en est emparée. « Si j’étais célibataire, je pourrais aider les autres. Mais maintenant, je ne peux même pas aider mes enfants et moi-même. »
Alors que je m’apprête à quitter la Syrie, je me demande si je retrouverai mes collègues sains et saufs si je reviens. Dans le sens de la sortie, la frontière avec le Liban est plus désordonnée. Des bébés hurlent alors que leurs mères se disputent leur tour au guichet pour une vie meilleure à l’étranger. Nous nous frayons un chemin parmi les taxis et les voitures personnelles transportant des valises sur le toit et, comme les réfugiés, nous laissons derrière nous un pays à l’avenir imprévisible et des habitants aux besoins toujours croissants.
ha/cb-ld/amz
Theme (s)
:
Economie
,
Sécurité alimentaire
,
Paix et sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 671 17 mai 2013
Heba Aly, journaliste d’IRIN
, s'est récemment rendu à Damas, la capitale syrienne, pour rendre compte de l'impact humanitaire du conflit dans le pays. Voici son témoignage.
SYRIE: Dix jours à Damas
Photo:
Heba Aly/IRIN
Entrée en Syrie
DAMAS, 10 décembre 2012 (IRIN) - On m’a dit que la route de l’aéroport international de Damas est dangereuse (au cours des quelques jours qui ont suivi mon arrivée, les rebelles ont attaqué l’aéroport à plusieurs reprises). J’entre donc en Syrie par le Liban. Après avoir zigzagué à travers les montagnes embrumées, parsemées de petits villages et de cultures en terrasses, notre chauffeur, un collègue et moi arrivons à la frontière.
À la douane, une longue file de voitures, remplies de tout ce que les familles ont réussi à emporter, fait la queue pour entrer au Liban. Dans notre sens, le trafic est bien plus fluide.
Cachet de sortie en main, nous nous engageons dans les terres rouges du no man’s land rocailleux long de cinq kilomètres qui sépare la frontière libanaise de la frontière syrienne. La route est bordée de montagnes couvertes d’arbustes et nous sommes salués par un panneau d’affichage présentant le président syrien Bachar Al-Assad nous disant : « Je crois en la Syrie ! »
Notre dernier arrêt avant la Syrie est une boutique duty free proposant toutes sortes de produits, allant des chocolats suisses aux écrans plats, en passant par les animaux empaillés. Le Dunkin Donuts voisin ne vend aucun donut.
Après avoir passé la frontière, nous roulons encore pendant 45 minutes sur l’axe Beyrouth-Damas avant d’arriver en ville. La route, presque déserte avant la prière du vendredi, est relativement peu dangereuse et le paysage magnifique. Nous croisons un berger et son nombreux troupeau, ainsi que plusieurs postes de contrôle endormis, dont les soldats vêtus de blousons pour se protéger du crachin nous font signe de passer sans trop se déranger.
Arrivés à Damas, alors que nous traversons le quartier de Mezze où les premières manifestations de la ville ont eu lieu il y a des mois, nous entendons des bombardements au loin.
« Nous avons appris à distinguer ces bruits », nous dit le chauffeur. « Nous savons maintenant s’il s’agit de tirs de mortiers, d’artillerie ou de tanks. »
« Parfois je regrette de m’être marié. Si j’étais célibataire, je pourrais aider les autres. Mais maintenant, je ne peux même pas aider mes enfants et moi-même »
Nous nous garons près du rond-point d’Umayyad, au centre de la ville. Devant se dresse le bâtiment décrépit du ministère de la Défense, encerclé par des barrières et couvert de draps cachant les dégâts subits en octobre, lorsque des rebelles ont fait sauter deux bombes artisanales, d’abord devant le bâtiment, puis à l’intérieur, avant de l’occuper puis d’être finalement mis dehors par les forces de sécurité du gouvernement, après cinq heures d’affrontements.
Mon hôtel se trouve de l’autre côté du rond-point. Il propose des chambres à un prix imbattable : 1 100 dollars le mois, petit-déjeuner et Internet compris. Je défais mes bagages dans la froideur de la chambre et relève mes courriels.
« Asma Basher, première dame de Syrie » me fait une proposition et me demande de la contacter à son adresse électronique personnelle pour plus de détails. Même en temps de guerre, on reçoit toujours des spams.
C’est vendredi soir. Les rues sont calmes — plus calmes que jamais depuis que les rebelles ont tenté de s’emparer de la capitale en juillet. Quelques restaurants et cafés à chicha ont gardé leur clientèle, mais de nombreux magasins sont fermés et des postes de contrôle impromptus apparaissent à des coins de rue jusqu’alors sans surveillance.
Ces postes de contrôle sont tenus par des hommes armés, vêtus de jeans et de vestes de camouflage. À une intersection, l’homme de garde porte un costume cravate, la Kalashnikov nonchalamment passée en bandoulière. Je passe à côté d’un parc, dans le quartier chic d’Abu Rumanah, où un obus de mortier a atterri plus tôt dans la semaine, faisant voler en éclats les vitres de deux voitures stationnées là et projetant des éclats d’obus dans une camionnette. Les dégâts restent exposés là, comme en souvenir.
Dans les restaurants de luxe de la ville, la guerre semble loin. Pourtant, certains détails rappellent qu’elle est toujours là : de petits autocollants annotés à la main rectifient les prix sur les menus. Tout est plus cher maintenant, surtout la nourriture.
Seule exception à la règle, les magasins et les galeries marchandes à l’occidentale arborent des pancartes indiquant des réductions de 70 pour cent. Les clients se font rares dans les bijouteries et les magasins de chaussures de luxe.
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Heba Aly/IRIN
Un commerçant solitaire dans le vieux marché de Damas
Dans le centre historique, les sites touristiques sont fermés et des postes de contrôle protégés par des sacs de sable font leur apparition. Dans les rues pavées du souk, un vieil homme est assis sur un tabouret devant un magasin de narguilés que sont grand-père a ouvert il y a des décennies. C’est la seule boutique ouverte dans ce coin du marché. La plupart des commerces ferment le vendredi, d’autant plus que c’est le jour le plus populaire pour manifester, ce qui augmente l’insécurité. Mais cet homme a désespérément besoin de clients. Sa boutique lui rapportait auparavant 100 000 lires syriennes par jour. Aujourd’hui, lorsqu’il a de la chance, il fait 6 000 livres de recettes.
Le chômage a monté en flèche, car les usines ferment et les commerces peinent à maintenir leur activité en raison du conflit, de l’exode des touristes et des sanctions internationales. Les pharmacies manquent de médicaments et les prix des denrées alimentaires ont doublé, voire triplé dans certains cas. Une course à l’épicerie peut maintenant coûter un mois de salaire à une fonctionnaire. Certains produits peuvent parfois être difficiles à se procurer dans les supermarchés, même la farine. En outre, alors que l’hiver approche, le mazout utilisé pour le chauffage a disparu du marché depuis plus d’une semaine. Les files d’attente sont souvent longues devant les stations-service.
Les organisations humanitaires et les œuvres de bienfaisance locales peinent à répondre à l’augmentation rapide des besoins et certaines personnes sont inévitablement laissées pour compte. Dans les bureaux de l’antenne du Croissant-Rouge arabe syrien à Damas, qui concentre désormais son action sur l’aide aux personnes déplacées par les violences, deux femmes âgées demandent de l’aide pour leurs familles. Elles n’ont pas été touchées directement par le conflit, mais leurs fils sont sans travail depuis huit mois. Selon leur témoignage, leurs familles n’ont rien mangé d’autre que du boulgour (blé concassé) depuis des jours.
« Avant, les œuvres de bienfaisance aident les pauvres », a dit un Damascène. « Mais maintenant, tout le monde est pauvre ».
Des Syriens qui ont fui les violences dans d’autres régions du pays affluent toujours à Damas. Dans les bureaux d’une petite organisation humanitaire, des personnes qui appartenaient auparavant à la classe moyenne attendent patiemment qu’on leur délivre des sacs de nourriture. Lorsque le temps était plus clément, certains déplacés dormaient dans les jardins publics de la ville. Ils sont maintenant obligés de trouver refuge dans des écoles et des bâtiments publics qui se remplissent rapidement.
Leurs conditions de vie sont malgré tout bien meilleures que celles des personnes vivant dans des zones directement touchées par les affrontements où, selon un employé des Nations Unies qui a récemment visité des régions contrôlées par les rebelles, « il n’y a pas de services essentiels, pas de combustible, pas d’électricité, pas d’eau, absolument rien. »
Un hélicoptère de l’armée bourdonne au-dessus de ma tête alors que je déjeune dans le jardin du bureau. La voix d’un imam résonne depuis un haut-parleur voisin, interrompue par les bombardements intermittents. Le bruit des pilonnages fait désormais partie du quotidien, mais il semble parfois qu’il provient de votre propre balcon. Lorsque les gens entendent un bombardement plus fort ou plus proche qu’à l’accoutumée, ils se regardent en frémissant. Dans un café en plein air, la serveuse fait un signe de croix sur sa poitrine, tandis que les clients se demandent s’ils devraient se réfugier à l’intérieur.
« Chaque fois que j’entends ça, je me demande combien d’enfants sont morts cette fois », dit un travailleur humanitaire.
Le journal du soir fait état d’affrontements violents dans la capitale et aux alentours et compte 21 morts. Il faut regarder la télévision pour être au courant. Même lorsque les combats sont aussi proches, Damas peut donner l’impression d’être une sorte de bulle.
La télévision syrienne repasse quotidiennement une vidéo militaire patriotique montrant des soldats qui s’entraînent, des hélicoptères qui décollent et des navires qui lancent des roquettes. Ensuite, l’image laisse place à une histoire culturelle de la vieille ville.
Les habitants continuent d’aller au parc avec leurs enfants, afin de garder un semblant de normalité dans leur vie. Mais l’inquiétude est palpable.
L’accès aux infrastructures gouvernementales d’importance est bloqué par des barrières en ciment ou des tiges d’acier assemblées en forme d’étoile. Les déplacements dans Damas restent assez aisés, mais le nombre de postes de contrôle augmente et cela ralentit sérieusement le trafic, surtout en fin de journée.
Photo:
Heba Aly/IRIN
Sortie de Syrie
Dans ce climat, un militant pacifique opposé au gouvernement a préparé ses enfants à devenir des orphelins. Il a mis de l’argent de côté, téléchargé tous ses documents importants sur Internet, préparé des visas pour sa famille et donné des instructions à sa femme sur ce qu’elle devait faire s’il se faisait arrêter ou tuer.
Malgré tout, les Syriens restent un peuple fort et accueillant. Dans un restaurant vide de la vieille ville, un serveur élégamment vêtu insiste pour que la boisson commandée par une cliente étrangère soit offerte par la maison, alors que la situation économique du pays n’a pas été aussi basse depuis des décennies.
Lorsque la cliente proteste, le serveur lui rappelle un dicton arabe : « une petite maison peut accueillir mille amis ».
Nombreux sont pourtant ceux qui sont gagnés par le pessimisme et s’en remettent à Dieu pour améliorer la situation du pays. Mais ils ont peu d’espoir.
« Parfois je regrette de m’être marié », dit un homme qui a dû quitter sa maison dans une banlieue stratégique de Damas lorsque l’armée s’en est emparée. « Si j’étais célibataire, je pourrais aider les autres. Mais maintenant, je ne peux même pas aider mes enfants et moi-même. »
Alors que je m’apprête à quitter la Syrie, je me demande si je retrouverai mes collègues sains et saufs si je reviens. Dans le sens de la sortie, la frontière avec le Liban est plus désordonnée. Des bébés hurlent alors que leurs mères se disputent leur tour au guichet pour une vie meilleure à l’étranger. Nous nous frayons un chemin parmi les taxis et les voitures personnelles transportant des valises sur le toit et, comme les réfugiés, nous laissons derrière nous un pays à l’avenir imprévisible et des habitants aux besoins toujours croissants.
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