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Isidore Akollor/IRIN
Une coalition de l’opposition a organisé plusieurs rassemblements pour demander des réformes
LOME, 29 octobre 2012 (IRIN) - Les récentes protestations des groupes d’opposition togolais et les sévères mesures de répression mises en place par les forces de sécurité ont défini le cadre d’une lutte intense pour des réformes dans un pays dirigé par un père et son fils depuis 45 ans.
Depuis avril, les opposants organisent des manifestations pour réclamer des réformes électorales avant les élections législatives. Leurs demandes sont de plus en plus pressantes : ils souhaitent le départ du président Faure Gnassingbé, élu en 2005 lors du scrutin contesté organisé après le décès de son père, Gnassingbé Eyadema. M. Eyadema avait dirigé ce petit pays d’Afrique de l’Ouest pendant 38 ans.
« Ce mouvement citoyen a pour objectif de briser le cycle "élections-contestations-répressions-discussions" qui empêche le Togo de devenir un État démocratique et légitime », a dit Zeus Ajavon, coordinateur de « Sauvons le Togo », une coalition de groupes d’opposition et d’organisations de la société civile.
La coalition demande la mise en œuvre de plusieurs réformes, et notamment l’organisation d’élections transparentes et justes, la limitation à deux mandats présidentiels – il n’y a aucune limitation actuellement – et le respect des droits de l’homme. Les dernières élections législatives se sont déroulées en 2007.
Les manifestants descendus dans la rue en juin, en août et en septembre ont été violemment réprimés par les forces de sécurité, qui ont fait usage de balles en caoutchouc et de bombes lacrymogènes.
En septembre, le gouvernement a entamé des pourparlers sur les réformes électorales, mais les principaux groupes d’opposition ont refusé d’y participer. À l’issue des discussions, il n’a pas été précisé si la limitation à deux mandats présidentiels serait appliquée lors des prochaines élections, ce qui signifie que M. Gnassingbé pourrait rester au pouvoir jusqu’en 2025.
« Afin de favoriser le renouvellement politique … Faure Gnassingbé ne devrait pas se présenter aux élections de 2015. Tout projet échafaudé pour contourner cette limitation expose Faure Gnassingbé à des conséquences inconnues », a dit Agbéyomé Kodjo, chef d’un parti d’opposition.
Le gouvernement souligne qu’il est déterminé à organiser des élections paisibles et à mettre en œuvre des réformes après les négociations avec l’opposition.
« L’objectif du gouvernement est d’organiser un dialogue inclusif pour faire avancer les réformes institutionnelles et constitutionnelles du pays, améliorer le système électoral et organiser des élections paisibles au Togo afin de consolider la démocratie et établir un État légitime », a dit Gilbert Bawara, le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des collectivités locales.
Le Premier ministre Arthème Ahoomey-Zunu a indiqué que les pourparlers de septembre devaient permettre d’apaiser les tensions et de créer « les conditions idéales pour des élections législatives transparentes, crédibles et justes ».
En 2005, peu de temps après le décès de son père, Faure Gnassingbé a été porté au pouvoir par l’armée, mais face à la multiplication des condamnations internationales, il a été obligé de démissionner et d’organiser des élections. L’opposition a contesté le résultat de ces élections, affirmant qu’elles avaient été entachées de fraudes, ce qui a déclenché des violences sanglantes. Lors de la réélection de M. Gnassingbé en 2010, l’opposition a soutenue qu’une fraude électorale avait été organisée.
« À chaque élection, il y a des pourparlers, mais les recommandations proposées sont vite oubliées et une fraude électorale est organisée. Nous ne nous laisserons plus duper », a dit Jean-Pierre Fabre, chef du groupe d’opposition de l’Alliance nationale pour le changement.
Vox populi
Selon Agbalè Homéfa, un commerçant de la capitale Lomé, le soulèvement a réveillé les craintes d’un retour des violences meurtrières qui ont éclaté après les élections de 2005. D’autres habitants interrogés par les journalistes d’IRIN ont exprimé les mêmes inquiétudes.
« C’est ainsi que les choses ont commencé en 2005. L’opposition et le gouvernement se sont affrontés à propos des élections. Tout le monde sait comment cela a fini », a dit M. Homéfa. Un autre commerçant, Da Yawa, a ajouté : « Le silence du président est inquiétant. Faure devrait s’adresser au peuple et assurer que sa milice ne nous massacrera pas comme elle l’a fait en 2005 ».
« La situation est très inquiétante. L’opposition a durci le ton et le gouvernement ne semble pas l’écouter. Tenir des élections dans de telles conditions est risqué et menace la paix », a dit Saturnin Akué, un étudiant en sociologie à l’université de Lomé.
« Je m’inquiète pour les prochaines élections. J’ai peur qu’elles n’entraînent des violences si jamais le gouvernement et l’opposition n’arrivent pas à s’entendre sur les règles. Si la composition de la commission électorale nationale est contestée par les principaux groupes d’opposition, que se passera-t-il pour les résultats ? », a dit Kokou Amékoudji, un maçon.
Les manifestations et l’attitude autoritaire des forces de sécurité projettent l’image d’un pays en crise, a souligné Victor Komla Alipui, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances du Togo.
« La détermination dont le peuple fait preuve, malgré la répression et les menaces, montre à quel point les Togolais en veulent au gouvernement pour les dérapages en matière de droits de l’homme, de décisions arbitraires et d’utilisation du système judiciaire pour conserver le pouvoir », a dit M. Alipui à IRIN.
ia/ob/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Démocratie et gouvernance
,
Droits de l'homme
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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LOME, 29 octobre 2012 (IRIN) - Les récentes protestations des groupes d’opposition togolais et les sévères mesures de répression mises en place par les forces de sécurité ont défini le cadre d’une lutte intense pour des réformes dans un pays dirigé par un père et son fils depuis 45 ans.
Depuis avril, les opposants organisent des manifestations pour réclamer des réformes électorales avant les élections législatives. Leurs demandes sont de plus en plus pressantes : ils souhaitent le départ du président Faure Gnassingbé, élu en 2005 lors du scrutin contesté organisé après le décès de son père, Gnassingbé Eyadema. M. Eyadema avait dirigé ce petit pays d’Afrique de l’Ouest pendant 38 ans.
« Ce mouvement citoyen a pour objectif de briser le cycle "élections-contestations-répressions-discussions" qui empêche le Togo de devenir un État démocratique et légitime », a dit Zeus Ajavon, coordinateur de « Sauvons le Togo », une coalition de groupes d’opposition et d’organisations de la société civile.
La coalition demande la mise en œuvre de plusieurs réformes, et notamment l’organisation d’élections transparentes et justes, la limitation à deux mandats présidentiels – il n’y a aucune limitation actuellement – et le respect des droits de l’homme. Les dernières élections législatives se sont déroulées en 2007.
Les manifestants descendus dans la rue en juin, en août et en septembre ont été violemment réprimés par les forces de sécurité, qui ont fait usage de balles en caoutchouc et de bombes lacrymogènes.
En septembre, le gouvernement a entamé des pourparlers sur les réformes électorales, mais les principaux groupes d’opposition ont refusé d’y participer. À l’issue des discussions, il n’a pas été précisé si la limitation à deux mandats présidentiels serait appliquée lors des prochaines élections, ce qui signifie que M. Gnassingbé pourrait rester au pouvoir jusqu’en 2025.
« Afin de favoriser le renouvellement politique … Faure Gnassingbé ne devrait pas se présenter aux élections de 2015. Tout projet échafaudé pour contourner cette limitation expose Faure Gnassingbé à des conséquences inconnues », a dit Agbéyomé Kodjo, chef d’un parti d’opposition.
Le gouvernement souligne qu’il est déterminé à organiser des élections paisibles et à mettre en œuvre des réformes après les négociations avec l’opposition.
« L’objectif du gouvernement est d’organiser un dialogue inclusif pour faire avancer les réformes institutionnelles et constitutionnelles du pays, améliorer le système électoral et organiser des élections paisibles au Togo afin de consolider la démocratie et établir un État légitime », a dit Gilbert Bawara, le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des collectivités locales.
Le Premier ministre Arthème Ahoomey-Zunu a indiqué que les pourparlers de septembre devaient permettre d’apaiser les tensions et de créer « les conditions idéales pour des élections législatives transparentes, crédibles et justes ».
En 2005, peu de temps après le décès de son père, Faure Gnassingbé a été porté au pouvoir par l’armée, mais face à la multiplication des condamnations internationales, il a été obligé de démissionner et d’organiser des élections. L’opposition a contesté le résultat de ces élections, affirmant qu’elles avaient été entachées de fraudes, ce qui a déclenché des violences sanglantes. Lors de la réélection de M. Gnassingbé en 2010, l’opposition a soutenue qu’une fraude électorale avait été organisée.
« À chaque élection, il y a des pourparlers, mais les recommandations proposées sont vite oubliées et une fraude électorale est organisée. Nous ne nous laisserons plus duper », a dit Jean-Pierre Fabre, chef du groupe d’opposition de l’Alliance nationale pour le changement.
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Selon Agbalè Homéfa, un commerçant de la capitale Lomé, le soulèvement a réveillé les craintes d’un retour des violences meurtrières qui ont éclaté après les élections de 2005. D’autres habitants interrogés par les journalistes d’IRIN ont exprimé les mêmes inquiétudes.
« C’est ainsi que les choses ont commencé en 2005. L’opposition et le gouvernement se sont affrontés à propos des élections. Tout le monde sait comment cela a fini », a dit M. Homéfa. Un autre commerçant, Da Yawa, a ajouté : « Le silence du président est inquiétant. Faure devrait s’adresser au peuple et assurer que sa milice ne nous massacrera pas comme elle l’a fait en 2005 ».
« La situation est très inquiétante. L’opposition a durci le ton et le gouvernement ne semble pas l’écouter. Tenir des élections dans de telles conditions est risqué et menace la paix », a dit Saturnin Akué, un étudiant en sociologie à l’université de Lomé.
« Je m’inquiète pour les prochaines élections. J’ai peur qu’elles n’entraînent des violences si jamais le gouvernement et l’opposition n’arrivent pas à s’entendre sur les règles. Si la composition de la commission électorale nationale est contestée par les principaux groupes d’opposition, que se passera-t-il pour les résultats ? », a dit Kokou Amékoudji, un maçon.
Les manifestations et l’attitude autoritaire des forces de sécurité projettent l’image d’un pays en crise, a souligné Victor Komla Alipui, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances du Togo.
« La détermination dont le peuple fait preuve, malgré la répression et les menaces, montre à quel point les Togolais en veulent au gouvernement pour les dérapages en matière de droits de l’homme, de décisions arbitraires et d’utilisation du système judiciaire pour conserver le pouvoir », a dit M. Alipui à IRIN.
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