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mercredi 22 mai 2013
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MIGRATION: Des adolescents migrants « coincés » en Grèce
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Kristy Siegfried/IRIN
Ibrahim Jafari dans le parc d’Athènes où il passe ses nuits
ATHÈNES/LESBOS, 18 octobre 2012 (IRIN) - À la tombée de la nuit, de jeunes migrants rejoignent le parc Alexandra, situé dans le centre d’Athènes. Ils s’installent sur les bancs, certains d’entre eux jouent au ballon, mais ils ne viennent pas au parc pour se détendre – ils vont y passer la nuit, en espérant échapper aux prédateurs sexuels et aux attaques racistes s’ils restent ensemble.
« J’attends que tout le monde parte et je vais dormir vers minuit ou une heure. Je me réveille vers 6 heures, quand le jour se lève », a dit Ibrahim Jafari, un migrant de 17 ans. Arrivé d’Afghanistan il y a plus de deux ans, il vit désormais dans ce parc.
M. Jafari faisait vivre son père handicapé grâce à l’argent gagné en surveillant les animaux de son oncle. Un jour, son cousin l’a accompagné dans les champs : il a fait une chute et s’est blessé à la tête. Craignant d’être tenu pour responsable de l’accident, M. Jafari a fui en Iran, où il a effectué des travaux manuels. Vivant dans la peur constante d’être arrêté et renvoyé en Afghanistan, il a économisé suffisamment d’argent – environ 2 000 dollars– pour payer un passeur et rejoindre la Grèce.
M. Jafari, qui n’a jamais été scolarisé, ne sait ni lire ni écrire. Il savait simplement que la Grèce se trouve en Europe et il croyait y trouver un travail et une vie meilleure. Les passeurs profitent du fait que les migrants ne savent pas que la Grèce connait une crise économique qui a fait monter le chômage et qui a fait naître un
ressentiment profond
à l’égard des centaines de milliers de migrants sans papier arrivés dans le pays au cours de ces dernières années.
Les mineurs non accompagnés, comme M. Jafari, sont pour la plupart des garçons originaires d’Afghanistan, d’Iran, du Pakistan et de l’Afrique de l’Ouest ; ils sont particulièrement vulnérables aux difficultés rencontrées par les migrants en Grèce. Les efforts réalisés par le gouvernement pour les protéger et leur venir en aide sont insuffisants et inefficaces, et les programmes mis en place par les organisations non gouvernementales (ONG) souffrent d’un manque de coordination, selon Patricia Kirk, une chercheuse danoise qui a interrogé plus de 100 mineurs non accompagnés vivant dans les rues d’Athènes.
Exploitation et maltraitance
« Bon nombre d’entre eux ont eu des problèmes avec les autorités, donc ils préfèrent ne pas demander d’aide », a-t-elle dit à IRIN, ajoutant que beaucoup d’entre eux mentent sur leur âge.
Ceux qui se déclarent comme mineurs risquent d’être placés dans un centre de détention en attendant que les autorités leur trouvent une place dans l’un des neuf centres réservés à l’accueil des mineurs non accompagnés dans le pays.
Shafi Morady, 16 ans, est également originaire d’Afghanistan : après avoir travaillé en Iran, il est arrivé en Grèce et vient de passer quelques mois en détention après que la police a fait une rafle dans l’appartement d’Athènes où il s’était installé. Malgré son âge, il n’a bénéficié d’aucun traitement de faveur.
« La nourriture sentait mauvais et il n’y avait pas de lit », a-t-il dit à IRIN. « Nous dormions sur le sol et les gardes nous donnaient des coups de pied pour s’amuser ».
Après son passage en détention, il a retrouvé l’appartement infesté de punaises des lits qu’il partageait avec 15 autres personnes, mais l’argent que ses frères restés en Afghanistan lui envoyaient ne lui suffisait plus pour payer son loyer de 60 euros. Il songeait à la possibilité de dormir dans le parc lorsque les journalistes d’IRIN l’ont interrogé.
Photo:
Kristy Siegfried/IRIN
Mousa Jalloh, 18 ans, originaire de Sierra Leone, dans une chambre du centre pour migrants mineurs non accompagnés de l’île de Lesbos
« L’idée ne me plaît pas, mais je n’ai pas le choix », a-t-il dit. « Il y a seulement du travail pour les passeurs et les vendeurs de drogue, et je ne veux pas faire ça ».
Mme Kirk a indiqué que certains garçons gagnent un peu d’argent en vendant des matériaux recyclables et en lavant des voitures. Dans une tentative désespérée de gagner suffisamment d’argent pour payer les passeurs et rejoindre un autre pays européen, certains d’entre eux acceptent d’avoir des relations sexuelles avec les hommes qui fréquentent le parc.
Les garçons qui dorment dans le parc risquent également de subir le harcèlement et les violences physiques de la police. M. Jafari a indiqué que, en général, les policiers ne lui demandaient pas ses papiers. « Ils disent juste "Suis-moi" [dans les buissons], et après ils me battent », a-t-il dit, tout en levant son t-shirt pour montrer les marques de coups qu’il porte sur le dos depuis qu’il a été battu.
Centres pour mineurs
Les ONG, comme le Conseil grec pour les réfugiés (CGR) basé à Athènes, apportent de l’aide à ceux qui souhaitent s’installer dans l’un des centres pour mineurs non accompagnés, mais la plupart des garçons considèrent que vivre dans un « camp », comme ils appellent les centres, revient à abandonner tout espoir de rejoindre un autre pays.
« Ils distribuent de la nourriture et nous donnent un endroit où dormir, c’est tout », a dit Hamid, un migrant afghan de 16 ans. « On ne sait pas ce qui peut se passer dans les camps. On pourrait y passer des années ».
Hamid dort dans le parc Pedion Areos depuis qu’il a tenté de rejoindre l’Italie en se cachant dans des bateaux et qu’il a été frappé par des policiers. Comme bon nombre de mineurs non accompagnés, Hamid a son avenir entre les mains, mais aussi celui de sa famille. Ses deux frères aînés ont vendu les machines à coudre qu’ils utilisaient dans leur commerce de fabrication de vêtements en Iran pour payer les passeurs à qui Hamid a fait appel.
Vassia Chioti, psychologue auprès de Praksis, une ONG basée à Athènes qui offre des services médicaux, juridiques et sociaux aux migrants, a dit qu’il était courant que les familles afghanes vendent tous leurs biens pour envoyer l’un de leurs fils en Europe. « Quand ils se rendent compte qu’ils ne peuvent pas [trouver de travail], ils se sentent coupables et sombrent dans la dépression », a-t-elle dit, ajoutant qu’elle reçoit également les garçons traumatisés par le voyage effectué pour rejoindre la Grèce, la détention ou la vie qu’ils mènent dans la rue.
Moustafa Akhtari*, 17 ans, un autre migrant originaire d’Afghanistan qui voulait fuir sa vie de réfugié en Iran, a passé six mois à Athènes avant de comprendre que, sans argent ou papiers d’identité, il ne pouvait pas poursuivre son voyage. Il s’est adressé au CGR et a accepté d’être placé dans un centre situé sur l’île de
Lesbos
, à l’est de la mer Égée.
« Je suis obligé de rester ici. Je n’ai pas d’autre choix », a-t-il dit avec amertume. « J’apprends le grec, car je ne peux pas partir d’ici, et je ne veux pas retourner en Iran ou en Afghanistan ».
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Les 60 garçons installés dans ce camp sont libres d’aller et venir, mais les habitants du village le plus proche les regardent avec méfiance, a dit M. Akhtari. Une grande partie de la journée est consacrée à l’apprentissage du grec et aux cours d’horticulture qui doivent permettre aux garçons de trouver un travail dans les fermes voisines, mais « les soirées sont longues », a dit M. Akhtari.
Alors que seulement dix garçons ont trouvé un emploi sur l’île – généralement des emplois saisonniers - Katerina Maliwtaki, coordinatrice du centre, a indiqué que les garçons sont confrontés à l’incertitude de leur avenir. « Ils sont coincés en Grèce, et leurs chances d’obtenir
l’asile
sont très faibles », a-t-elle dit à IRIN.
M. Akhtari a dit qu’il s’inquiétait davantage pour sa famille restée en Iran que pour son avenir. « Mon père a été déporté en Afghanistan, ma mère et mes sœurs sont seules, et les prix sont en augmentation », a-t-il dit.
« Je veux aller en Suisse, car je pense que c’est le pays le plus paisible au monde, mais, à moins d’avoir de l’argent pour payer un passeur, il est difficile de franchir les frontières en ce moment ».
*Le nom a été changé
ks/rz-mg/amz
Theme (s)
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Enfants
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Economie
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Migration
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Urbanisation
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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ATHÈNES/LESBOS, 18 octobre 2012 (IRIN) - À la tombée de la nuit, de jeunes migrants rejoignent le parc Alexandra, situé dans le centre d’Athènes. Ils s’installent sur les bancs, certains d’entre eux jouent au ballon, mais ils ne viennent pas au parc pour se détendre – ils vont y passer la nuit, en espérant échapper aux prédateurs sexuels et aux attaques racistes s’ils restent ensemble.
« J’attends que tout le monde parte et je vais dormir vers minuit ou une heure. Je me réveille vers 6 heures, quand le jour se lève », a dit Ibrahim Jafari, un migrant de 17 ans. Arrivé d’Afghanistan il y a plus de deux ans, il vit désormais dans ce parc.
M. Jafari faisait vivre son père handicapé grâce à l’argent gagné en surveillant les animaux de son oncle. Un jour, son cousin l’a accompagné dans les champs : il a fait une chute et s’est blessé à la tête. Craignant d’être tenu pour responsable de l’accident, M. Jafari a fui en Iran, où il a effectué des travaux manuels. Vivant dans la peur constante d’être arrêté et renvoyé en Afghanistan, il a économisé suffisamment d’argent – environ 2 000 dollars– pour payer un passeur et rejoindre la Grèce.
M. Jafari, qui n’a jamais été scolarisé, ne sait ni lire ni écrire. Il savait simplement que la Grèce se trouve en Europe et il croyait y trouver un travail et une vie meilleure. Les passeurs profitent du fait que les migrants ne savent pas que la Grèce connait une crise économique qui a fait monter le chômage et qui a fait naître un
ressentiment profond
à l’égard des centaines de milliers de migrants sans papier arrivés dans le pays au cours de ces dernières années.
Les mineurs non accompagnés, comme M. Jafari, sont pour la plupart des garçons originaires d’Afghanistan, d’Iran, du Pakistan et de l’Afrique de l’Ouest ; ils sont particulièrement vulnérables aux difficultés rencontrées par les migrants en Grèce. Les efforts réalisés par le gouvernement pour les protéger et leur venir en aide sont insuffisants et inefficaces, et les programmes mis en place par les organisations non gouvernementales (ONG) souffrent d’un manque de coordination, selon Patricia Kirk, une chercheuse danoise qui a interrogé plus de 100 mineurs non accompagnés vivant dans les rues d’Athènes.
Exploitation et maltraitance
« Bon nombre d’entre eux ont eu des problèmes avec les autorités, donc ils préfèrent ne pas demander d’aide », a-t-elle dit à IRIN, ajoutant que beaucoup d’entre eux mentent sur leur âge.
Ceux qui se déclarent comme mineurs risquent d’être placés dans un centre de détention en attendant que les autorités leur trouvent une place dans l’un des neuf centres réservés à l’accueil des mineurs non accompagnés dans le pays.
Shafi Morady, 16 ans, est également originaire d’Afghanistan : après avoir travaillé en Iran, il est arrivé en Grèce et vient de passer quelques mois en détention après que la police a fait une rafle dans l’appartement d’Athènes où il s’était installé. Malgré son âge, il n’a bénéficié d’aucun traitement de faveur.
« La nourriture sentait mauvais et il n’y avait pas de lit », a-t-il dit à IRIN. « Nous dormions sur le sol et les gardes nous donnaient des coups de pied pour s’amuser ».
Après son passage en détention, il a retrouvé l’appartement infesté de punaises des lits qu’il partageait avec 15 autres personnes, mais l’argent que ses frères restés en Afghanistan lui envoyaient ne lui suffisait plus pour payer son loyer de 60 euros. Il songeait à la possibilité de dormir dans le parc lorsque les journalistes d’IRIN l’ont interrogé.
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Mme Kirk a indiqué que certains garçons gagnent un peu d’argent en vendant des matériaux recyclables et en lavant des voitures. Dans une tentative désespérée de gagner suffisamment d’argent pour payer les passeurs et rejoindre un autre pays européen, certains d’entre eux acceptent d’avoir des relations sexuelles avec les hommes qui fréquentent le parc.
Les garçons qui dorment dans le parc risquent également de subir le harcèlement et les violences physiques de la police. M. Jafari a indiqué que, en général, les policiers ne lui demandaient pas ses papiers. « Ils disent juste "Suis-moi" [dans les buissons], et après ils me battent », a-t-il dit, tout en levant son t-shirt pour montrer les marques de coups qu’il porte sur le dos depuis qu’il a été battu.
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Vassia Chioti, psychologue auprès de Praksis, une ONG basée à Athènes qui offre des services médicaux, juridiques et sociaux aux migrants, a dit qu’il était courant que les familles afghanes vendent tous leurs biens pour envoyer l’un de leurs fils en Europe. « Quand ils se rendent compte qu’ils ne peuvent pas [trouver de travail], ils se sentent coupables et sombrent dans la dépression », a-t-elle dit, ajoutant qu’elle reçoit également les garçons traumatisés par le voyage effectué pour rejoindre la Grèce, la détention ou la vie qu’ils mènent dans la rue.
Moustafa Akhtari*, 17 ans, un autre migrant originaire d’Afghanistan qui voulait fuir sa vie de réfugié en Iran, a passé six mois à Athènes avant de comprendre que, sans argent ou papiers d’identité, il ne pouvait pas poursuivre son voyage. Il s’est adressé au CGR et a accepté d’être placé dans un centre situé sur l’île de
Lesbos
, à l’est de la mer Égée.
« Je suis obligé de rester ici. Je n’ai pas d’autre choix », a-t-il dit avec amertume. « J’apprends le grec, car je ne peux pas partir d’ici, et je ne veux pas retourner en Iran ou en Afghanistan ».
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Alors que seulement dix garçons ont trouvé un emploi sur l’île – généralement des emplois saisonniers - Katerina Maliwtaki, coordinatrice du centre, a indiqué que les garçons sont confrontés à l’incertitude de leur avenir. « Ils sont coincés en Grèce, et leurs chances d’obtenir
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sont très faibles », a-t-elle dit à IRIN.
M. Akhtari a dit qu’il s’inquiétait davantage pour sa famille restée en Iran que pour son avenir. « Mon père a été déporté en Afghanistan, ma mère et mes sœurs sont seules, et les prix sont en augmentation », a-t-il dit.
« Je veux aller en Suisse, car je pense que c’est le pays le plus paisible au monde, mais, à moins d’avoir de l’argent pour payer un passeur, il est difficile de franchir les frontières en ce moment ».
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