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Siegfried Modola/IRIN
Un peu de blé avec ça ? Déjeuné au marché de Nairobi
ADDIS ABEBA, 16 octobre 2012 (IRIN) - La capacité de l’Afrique à augmenter sa production de blé pour répondre à la demande croissante va dépendre du soutien apporté par les gouvernements aux producteurs locaux. Selon les experts présents lors d’un récent colloque de cinq jours sur la production de blé en Afrique, cela passe notamment par la volonté des États à s’attaquer aux subventions à l’importation de blé, qui maintiennent le prix du pain à un niveau relativement bas, ce dont se réjouissent les consommateurs urbains.
« La plupart du temps, les responsables politiques donnent la priorité aux besoins des consommateurs, ce qui est compréhensible, mais néfaste sur le long terme pour l’agriculture et le pays », a dit un spécialiste.
Pourquoi les gouvernements autorisent-ils les importations de blé bon marché ? C’est la question qu’un chercheur a posée aux ministres de l’Agriculture de quatre pays différents. Les ministres du Soudan, Ibrahim Adam Ahmed El-Dukheri, et du Burundi, Odette Kayitesi, ont expliqué que le blé local était souvent de moins bonne qualité, que l’offre était insuffisante et que le coût de transport pouvait être plus élevé que le coût des variétés importées.
En fait, le Soudan a récemment supprimé les taxes à l’importation sur le blé dans le cadre d’un ensemble de
mesures visant à soulager
les consommateurs face à l’augmentation du prix des denrées alimentaires et à la dépréciation monétaire.
« Mais même si des droits de douane sont appliqués, nos producteurs ne peuvent pas rivaliser avec le genre de subventions dont bénéficient les producteurs des pays exportateurs », a ajouté Daphrose Gahakwa, directrice de recherche adjointe du Rwanda Agriculture Board (Chambre de l’agriculture rwandaise). « C’est une question qui doit être traitée dans le cadre d’une tribune internationale où chacun devrait reconnaître la nécessité de soutenir les producteurs africains. »
Viser l’autosuffisance
Les gouvernements doivent intervenir pour permettre aux producteurs locaux de faire concurrence aux importations bon marché. Il y a quelques mois, le Nigeria, qui est le plus grand importateur de blé d’Afrique subsaharienne, a
augmenté les droits de douane
appliqués aux importations de blé, qui sont passés de cinq à vingt pour cent. Le gouvernement a également annoncé la mise en place d’une taxe de 65 pour cent sur les importations de farine de blé, ce qui fait passer le taux de droit effectif de 35 à 100 pour cent.
Depuis, le prix du pain a
augmenté de 20 pour cent
. Selon Agritrade, un site de ressources techniques, cette hausse pourrait cependant être également liée à l’augmentation du prix du blé à l’échelle mondiale.
Les énormes pertes de change subies à l’importation de blé par le Nigeria, qui s’élèvent à environ deux millions de dollars par jour, ont incité le pays à annoncer son intention d’arrêter les importations de blé d’ici à 2016. Cela devrait déjà être le cas pour le riz en 2013. Selon Agritrade, la production du Nigeria correspond actuellement à 70 pour cent de ses besoins.
Les spécialistes du secteur sont sceptiques quant à la capacité du pays à devenir autosuffisant en blé. L’irrégularité des précipitations, l’incohérence des politiques et la baisse du niveau des eaux du lac Tchad ont contribué ces 20 dernières années à une baisse de la production de blé.
Oluwasina Olabanji, responsable de l’Institut de recherche sur le lac Tchad, est cependant convaincu que la production nationale de blé peut être développée. Seulement dix pour cent des terres qui pourraient être exploitées pour la production de blé irrigué sont utilisés, a-t-il dit. « Nous avons besoin de variétés de semences plus résistantes aux sécheresses et à la chaleur et d’un plus grand soutien financier ».
« L’Afrique ne pourra jamais être compétitive avec des importations bon marché des pays occidentaux à moins que nous obtenions autant de protection et de subventions que ce dont les producteurs [occidentaux] ont bénéficié au fil des ans. »
Le Nigeria, qui est également le plus grand producteur de manioc au monde, espère aussi accroître la production de ce tubercule pour en faire du pain. Les boulangeries ont 18 mois pour commencer à ajouter de la farine de manioc à leur pain à base de blé. Les autorités espèrent que le pain pourra contenir 40 pour cent de farine de manioc d’ici à 2015, ce qui permettrait de réduire les importations de blé de 40 pour cent.
La décision est loin de faire l’unanimité. Les petits producteurs et la Nutrition Society of Nigeria se sont déclarés favorables à cette mesure. Les nutritionnistes soutiennent que cela fera baisser l’indice glycémique du pain, ce qui le rendra meilleur pour la santé. Mais les consommateurs s’inquiètent de la saveur du pain et les boulangeries ont peur de ne pas réussir à faire du pain à partir d’un tel mélange de farines.
Contre les subventions des pays occidentaux
La Zambie a protégé ses producteurs en réglementant les importations de blé. Le pays est devenu autosuffisant en blé en 2009. Mais ces efforts continus pour protéger la production de blé locale ont soulevé les critiques des professionnels du secteur et des spécialistes de l’alimentation à l’étranger.
« [L’Afrique] ne pourra jamais être compétitive avec des importations bon marché des pays occidentaux », a dit Cobus le Roux, directeur général de la division de la production agricole du Conseil pour la recherche agricole en Afrique du Sud. « À moins que nous obtenions autant de protection et de subventions que ce dont les producteurs [occidentaux] ont bénéficié au fil des ans. »
Selon l’organisation non gouvernementale Environmental Working Group, de 1995 à 2011, les États-Unis — le plus gros exportateur au monde — ont versé
34,4 milliards de dollars de subventions
pour le blé.
Déclaration
La déclaration adoptée à l’issue du colloque reconnaît l’importance de la protection des producteurs de blé et appelle de ses vœux que les pays pouvant potentiellement augmenter leur production reçoivent un soutien technique et aient accès à des semences résistantes aux changements climatiques. La déclaration recommande également aux gouvernements d’investir dans les infrastructures, notamment dans les routes et les marchés.
« Il s’agit essentiellement d’apporter un soutien à l’agriculture, mais en le modifiant légèrement pour l’adapter aux besoins du blé », a dit Ambrose Agona, directeur de la coordination des recherches de l’Organisation nationale pour la recherche agricole en Ouganda.
« Il s’agit d’augmenter les investissements en faveur de l’agriculture pour atteindre dix pour cent des budgets nationaux. Combien de pays font-ils cela ? » a demandé Mme Gahakwa en faisant référence aux dispositions du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) de l’Union africaine. Le Rwanda a dépassé son objectif de dix pour cent cette année, a-t-elle ajouté.
jk/rz-ld/amz
Theme (s)
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Economie
,
Sécurité alimentaire
,
Démocratie et gouvernance
,
Urbanisation
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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ADDIS ABEBA, 16 octobre 2012 (IRIN) - La capacité de l’Afrique à augmenter sa production de blé pour répondre à la demande croissante va dépendre du soutien apporté par les gouvernements aux producteurs locaux. Selon les experts présents lors d’un récent colloque de cinq jours sur la production de blé en Afrique, cela passe notamment par la volonté des États à s’attaquer aux subventions à l’importation de blé, qui maintiennent le prix du pain à un niveau relativement bas, ce dont se réjouissent les consommateurs urbains.
« La plupart du temps, les responsables politiques donnent la priorité aux besoins des consommateurs, ce qui est compréhensible, mais néfaste sur le long terme pour l’agriculture et le pays », a dit un spécialiste.
Pourquoi les gouvernements autorisent-ils les importations de blé bon marché ? C’est la question qu’un chercheur a posée aux ministres de l’Agriculture de quatre pays différents. Les ministres du Soudan, Ibrahim Adam Ahmed El-Dukheri, et du Burundi, Odette Kayitesi, ont expliqué que le blé local était souvent de moins bonne qualité, que l’offre était insuffisante et que le coût de transport pouvait être plus élevé que le coût des variétés importées.
En fait, le Soudan a récemment supprimé les taxes à l’importation sur le blé dans le cadre d’un ensemble de
mesures visant à soulager
les consommateurs face à l’augmentation du prix des denrées alimentaires et à la dépréciation monétaire.
« Mais même si des droits de douane sont appliqués, nos producteurs ne peuvent pas rivaliser avec le genre de subventions dont bénéficient les producteurs des pays exportateurs », a ajouté Daphrose Gahakwa, directrice de recherche adjointe du Rwanda Agriculture Board (Chambre de l’agriculture rwandaise). « C’est une question qui doit être traitée dans le cadre d’une tribune internationale où chacun devrait reconnaître la nécessité de soutenir les producteurs africains. »
Viser l’autosuffisance
Les gouvernements doivent intervenir pour permettre aux producteurs locaux de faire concurrence aux importations bon marché. Il y a quelques mois, le Nigeria, qui est le plus grand importateur de blé d’Afrique subsaharienne, a
augmenté les droits de douane
appliqués aux importations de blé, qui sont passés de cinq à vingt pour cent. Le gouvernement a également annoncé la mise en place d’une taxe de 65 pour cent sur les importations de farine de blé, ce qui fait passer le taux de droit effectif de 35 à 100 pour cent.
Depuis, le prix du pain a
augmenté de 20 pour cent
. Selon Agritrade, un site de ressources techniques, cette hausse pourrait cependant être également liée à l’augmentation du prix du blé à l’échelle mondiale.
Les énormes pertes de change subies à l’importation de blé par le Nigeria, qui s’élèvent à environ deux millions de dollars par jour, ont incité le pays à annoncer son intention d’arrêter les importations de blé d’ici à 2016. Cela devrait déjà être le cas pour le riz en 2013. Selon Agritrade, la production du Nigeria correspond actuellement à 70 pour cent de ses besoins.
Les spécialistes du secteur sont sceptiques quant à la capacité du pays à devenir autosuffisant en blé. L’irrégularité des précipitations, l’incohérence des politiques et la baisse du niveau des eaux du lac Tchad ont contribué ces 20 dernières années à une baisse de la production de blé.
Oluwasina Olabanji, responsable de l’Institut de recherche sur le lac Tchad, est cependant convaincu que la production nationale de blé peut être développée. Seulement dix pour cent des terres qui pourraient être exploitées pour la production de blé irrigué sont utilisés, a-t-il dit. « Nous avons besoin de variétés de semences plus résistantes aux sécheresses et à la chaleur et d’un plus grand soutien financier ».
« L’Afrique ne pourra jamais être compétitive avec des importations bon marché des pays occidentaux à moins que nous obtenions autant de protection et de subventions que ce dont les producteurs [occidentaux] ont bénéficié au fil des ans. »
Le Nigeria, qui est également le plus grand producteur de manioc au monde, espère aussi accroître la production de ce tubercule pour en faire du pain. Les boulangeries ont 18 mois pour commencer à ajouter de la farine de manioc à leur pain à base de blé. Les autorités espèrent que le pain pourra contenir 40 pour cent de farine de manioc d’ici à 2015, ce qui permettrait de réduire les importations de blé de 40 pour cent.
La décision est loin de faire l’unanimité. Les petits producteurs et la Nutrition Society of Nigeria se sont déclarés favorables à cette mesure. Les nutritionnistes soutiennent que cela fera baisser l’indice glycémique du pain, ce qui le rendra meilleur pour la santé. Mais les consommateurs s’inquiètent de la saveur du pain et les boulangeries ont peur de ne pas réussir à faire du pain à partir d’un tel mélange de farines.
Contre les subventions des pays occidentaux
La Zambie a protégé ses producteurs en réglementant les importations de blé. Le pays est devenu autosuffisant en blé en 2009. Mais ces efforts continus pour protéger la production de blé locale ont soulevé les critiques des professionnels du secteur et des spécialistes de l’alimentation à l’étranger.
« [L’Afrique] ne pourra jamais être compétitive avec des importations bon marché des pays occidentaux », a dit Cobus le Roux, directeur général de la division de la production agricole du Conseil pour la recherche agricole en Afrique du Sud. « À moins que nous obtenions autant de protection et de subventions que ce dont les producteurs [occidentaux] ont bénéficié au fil des ans. »
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La déclaration adoptée à l’issue du colloque reconnaît l’importance de la protection des producteurs de blé et appelle de ses vœux que les pays pouvant potentiellement augmenter leur production reçoivent un soutien technique et aient accès à des semences résistantes aux changements climatiques. La déclaration recommande également aux gouvernements d’investir dans les infrastructures, notamment dans les routes et les marchés.
« Il s’agit essentiellement d’apporter un soutien à l’agriculture, mais en le modifiant légèrement pour l’adapter aux besoins du blé », a dit Ambrose Agona, directeur de la coordination des recherches de l’Organisation nationale pour la recherche agricole en Ouganda.
« Il s’agit d’augmenter les investissements en faveur de l’agriculture pour atteindre dix pour cent des budgets nationaux. Combien de pays font-ils cela ? » a demandé Mme Gahakwa en faisant référence aux dispositions du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) de l’Union africaine. Le Rwanda a dépassé son objectif de dix pour cent cette année, a-t-elle ajouté.
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