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jeudi 23 mai 2013
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POLITIQUE HUMANITAIRE: Résister au mantra de la résilience
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Kate Holt/IRIN
La définition du terme ‘résilience’ est très large
LONDRES, 16 octobre 2012 (IRIN) - Il y a dix ans, on parlait peu de la résilience dans la communauté humanitaire. Aujourd’hui, elle est partout. Les bailleurs de fonds l’exigent, les organisations non gouvernementales (ONG) l’intègrent dans leurs programmes et des publications en font la promotion. Les décideurs – des climatologues aux sociologues – considèrent la résilience comme une solution plus holistique et durable aux problèmes mondiaux.
Toutefois, des chercheurs appartenant à deux des principales institutions britanniques dans le domaine du développement, l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI) et l’Institut des études en développement (Institute of Development Studies, IDS),
ont examiné de plus près le concept
et
remis en question la notion
selon laquelle la résilience est toujours la meilleure approche de l’aide.
L’une des questions qui les préoccupent est la nature changeante du terme lui-même. Lors d’un séminaire organisé récemment par l’IDS, Christophe Béné, un chercheur de l’IDS qui travaille sur la réduction de la vulnérabilité et de la pauvreté, a dit que la définition de la résilience avait rapidement évolué et qu’elle était beaucoup plus large qu’auparavant. « Au départ, la résilience faisait simplement référence à la capacité de se rétablir et de rebondir. Avec le temps toutefois, les gens ont été de plus en plus nombreux à dire que la résilience faisait aussi référence à la capacité d’apprendre et de s’adapter. Plus récemment, l’anticipation et la prévention ont été incluses dans la définition. »
M. Béné a l’impression que les décideurs pourraient être entraînés dans la mauvaise direction s’ils se contentent de voir le monde à travers la lentille de la résilience. « Le terme de ‘résilience’ est très technique, neutre, apolitique. Il a été inventé pour caractériser des systèmes et ne tient pas compte du pouvoir, de l’équité ou des agences… Aussi, le renforcement de la résilience ne se fait pas sans heurts : il peut y avoir des gagnants et des perdants. »
Renoncer à la réduction de la pauvreté
D’après M. Béné, la résilience seule est une approche insuffisante du développement. Une communauté ou une famille peut renforcer sa résilience aux chocs financiers en sacrifiant les intérêts de certains de ses membres. Par exemple, explique-t-il, un homme d’affaires peut réduire ses dépenses en installant sa famille dans un logement plus modeste situé dans un quartier défavorisé. De la même façon, des parents peuvent décider de marier leurs filles jeunes ou de retirer leurs enfants de l’école. Si ces gestes peuvent leur permettre d’améliorer leur résilience à court terme, ils les rendent cependant plus vulnérables à long terme.
En outre, dans certaines circonstances, les pauvres peuvent être très résilients à cause de leurs connaissances en matière de subsistance. L’effondrement des services publics provoqué par les guerres civiles qui ont éclaté en Afrique de l’Ouest dans les années 1990 a eu, au départ, moins d’impact sur les pauvres – qui n’avaient jamais eu l’électricité, dépendaient déjà de l’eau des puits et n’avaient pas besoin de carburant automobile. Les habitants des régions rurales étaient plus à même de survivre au manque de riz parce qu’ils savaient comment utiliser les sources de nourriture sauvage. Pourtant, ce genre de résilience ne permet pas d’améliorer la qualité de vie.
« La question que nous devons nous poser maintenant, c’est :‘souhaitons-nous renforcer la résilience d’une communauté ou améliorer son bien-être ?’ Ce n’est pas nécessairement la même chose », a dit M. Béné.
« Quand on parle de la Corne de l’Afrique ou du Sahel, on sait tous ce que signifie la résilience. Il s’agit de ne pas avoir à répéter les mêmes interventions humanitaires, de rapprocher l’humanitaire et le développement et de rendre les gens beaucoup moins vulnérables »
Puisque les budgets humanitaires sont limités, l’importance accordée à la résilience pourrait détourner les ressources actuellement consacrées à la réduction de la pauvreté, a-t-il ajouté.
Des rapports de force inégaux
Par ailleurs, vu l’importance accordée à la résilience, on s’inquiète que les experts du développement finissent par insister sur les effets des chocs plutôt que sur les causes, qui résident souvent dans les rapports de force inégaux. Selon Terry Cannon, qui travaille aussi auprès de l’IDS, cette omission peut rendre le concept intéressant pour les bailleurs de fonds et les institutions qui préfèrent éviter les sujets sensibles comme l’injustice.
M. Cannon estime que les politiques devraient être élaborées en se basant sur des critères de vulnérabilité. « La vulnérabilité permet de mettre l’accent sur les causes », a-t-il expliqué. « Quand on parle de vulnérabilité, on doit se demander : ‘pourquoi cette personne est-elle vulnérable ?’… Aussi, une bonne analyse de la vulnérabilité est prédictive ; c’est quelque chose qu’on peut faire avant que les gens soient frappés par une catastrophe ou par un choc. »
Les bailleurs de fonds ont adopté le concept de résilience avec enthousiasme et exigent maintenant que la plupart, voire toutes les propositions de projets soient axées sur le renforcement de la résilience. L’un des orateurs du séminaire organisé par l’IDS a dit d’un ton cinglant que les projets existants étaient simplement présentés différemment : ‘maintenant avec résilience accrue’.
Mark Davies, qui dirige le Centre pour la protection sociale de l’IDS, a dit que le Département britannique pour le développement international (DFID) avait des raisons bien précises de mettre l’accent sur la résilience : « Le DFID a adopté cette approche parce qu’elle correspond à ses objectifs en matière d’utilisation optimale des ressources. [Les responsables du DFID] la voient comme un meilleur investissement… Elle correspond à leur programme de croissance, à leurs objectifs en matière de développement [sortir les pays de la pauvreté]. Ils se sont lancés là-dedans pour des raisons spécifiques : cette approche satisfait tous leurs critères. Ça peut être une bonne ou une mauvaise chose, tout dépend de quel point de vue on se place. »
Un terme à la fois utile et à la mode
Les responsables du DFID ne nient pas que l’adoption de cette approche est en partie motivée par le besoin d’optimiser les ressources consacrées à l’aide au développement. Ils précisent cependant qu’il s’agit aussi d’une réaction face à la multiplication des chocs liés à la rareté des ressources et à l’exode rural. Selon eux, si les politiques s’intéressent de plus en plus à la résilience, c’est parce que cette approche offre un moyen de limiter la détresse humaine et de protéger les progrès accomplis en matière de développement. La résilience est considérée comme une façon d’obtenir à l’avance des investissements qui donneront aux pays la capacité de supporter les chocs lorsqu’ils surviendront.
Le gouvernement britannique révise actuellement son programme d’attribution d’aide au développement afin d’‘intégrer’ l’idée de résilience à tous ses programmes de pays d’ici 2015. Les huit premiers pays à passer sous les feux des projecteurs – le Bangladesh, l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, le Népal, l’Ouganda et le Soudan – devraient avoir terminé le processus d’ici mars 2013.
Les [responsables des] organisations d’aide humanitaire à qui l’on demande de ‘renforcer la résilience’ ont des sentiments mitigés. « C’est un mot à la mode, c’est évident », a dit Debbie Hiller, conseillère en politiques humanitaires auprès d’Oxfam. « Mais ce n’est pas seulement ça. C’est un concept qui est aussi très utile. »
Les perspectives sur le terrain
Mme Hiller a dit à IRIN que les débats sur les définitions n’avaient aucun intérêt sur le terrain. « Quand on parle de la Corne de l’Afrique ou du Sahel, on sait tous ce que signifie la résilience. Il s’agit de ne pas avoir à répéter les mêmes interventions humanitaires, de rapprocher l’humanitaire et le développement et de rendre les gens beaucoup moins vulnérables. »
Pour son organisation, la résilience n’a pas pour objectif de faire accepter leur sort aux gens. « La plupart des personnes pauvres ont une volonté incroyable de se sortir de la pauvreté, mais elles sont continuellement ramenées au point de départ par des chocs. Nous devons agir sur les causes profondes de leur vulnérabilité au lieu de leur permettre de mieux en supporter les conséquences. Si notre travail ne sert pas cet objectif, il est inutile. Voilà ce qu’est la vraie résilience. »
eb/oa/rz –gd/amz
Theme (s)
:
Economie
,
Catastrophes naturelles
,
Politique
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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La définition du terme ‘résilience’ est très large
LONDRES, 16 octobre 2012 (IRIN) - Il y a dix ans, on parlait peu de la résilience dans la communauté humanitaire. Aujourd’hui, elle est partout. Les bailleurs de fonds l’exigent, les organisations non gouvernementales (ONG) l’intègrent dans leurs programmes et des publications en font la promotion. Les décideurs – des climatologues aux sociologues – considèrent la résilience comme une solution plus holistique et durable aux problèmes mondiaux.
Toutefois, des chercheurs appartenant à deux des principales institutions britanniques dans le domaine du développement, l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI) et l’Institut des études en développement (Institute of Development Studies, IDS),
ont examiné de plus près le concept
et
remis en question la notion
selon laquelle la résilience est toujours la meilleure approche de l’aide.
L’une des questions qui les préoccupent est la nature changeante du terme lui-même. Lors d’un séminaire organisé récemment par l’IDS, Christophe Béné, un chercheur de l’IDS qui travaille sur la réduction de la vulnérabilité et de la pauvreté, a dit que la définition de la résilience avait rapidement évolué et qu’elle était beaucoup plus large qu’auparavant. « Au départ, la résilience faisait simplement référence à la capacité de se rétablir et de rebondir. Avec le temps toutefois, les gens ont été de plus en plus nombreux à dire que la résilience faisait aussi référence à la capacité d’apprendre et de s’adapter. Plus récemment, l’anticipation et la prévention ont été incluses dans la définition. »
M. Béné a l’impression que les décideurs pourraient être entraînés dans la mauvaise direction s’ils se contentent de voir le monde à travers la lentille de la résilience. « Le terme de ‘résilience’ est très technique, neutre, apolitique. Il a été inventé pour caractériser des systèmes et ne tient pas compte du pouvoir, de l’équité ou des agences… Aussi, le renforcement de la résilience ne se fait pas sans heurts : il peut y avoir des gagnants et des perdants. »
Renoncer à la réduction de la pauvreté
D’après M. Béné, la résilience seule est une approche insuffisante du développement. Une communauté ou une famille peut renforcer sa résilience aux chocs financiers en sacrifiant les intérêts de certains de ses membres. Par exemple, explique-t-il, un homme d’affaires peut réduire ses dépenses en installant sa famille dans un logement plus modeste situé dans un quartier défavorisé. De la même façon, des parents peuvent décider de marier leurs filles jeunes ou de retirer leurs enfants de l’école. Si ces gestes peuvent leur permettre d’améliorer leur résilience à court terme, ils les rendent cependant plus vulnérables à long terme.
En outre, dans certaines circonstances, les pauvres peuvent être très résilients à cause de leurs connaissances en matière de subsistance. L’effondrement des services publics provoqué par les guerres civiles qui ont éclaté en Afrique de l’Ouest dans les années 1990 a eu, au départ, moins d’impact sur les pauvres – qui n’avaient jamais eu l’électricité, dépendaient déjà de l’eau des puits et n’avaient pas besoin de carburant automobile. Les habitants des régions rurales étaient plus à même de survivre au manque de riz parce qu’ils savaient comment utiliser les sources de nourriture sauvage. Pourtant, ce genre de résilience ne permet pas d’améliorer la qualité de vie.
« La question que nous devons nous poser maintenant, c’est :‘souhaitons-nous renforcer la résilience d’une communauté ou améliorer son bien-être ?’ Ce n’est pas nécessairement la même chose », a dit M. Béné.
« Quand on parle de la Corne de l’Afrique ou du Sahel, on sait tous ce que signifie la résilience. Il s’agit de ne pas avoir à répéter les mêmes interventions humanitaires, de rapprocher l’humanitaire et le développement et de rendre les gens beaucoup moins vulnérables »
Puisque les budgets humanitaires sont limités, l’importance accordée à la résilience pourrait détourner les ressources actuellement consacrées à la réduction de la pauvreté, a-t-il ajouté.
Des rapports de force inégaux
Par ailleurs, vu l’importance accordée à la résilience, on s’inquiète que les experts du développement finissent par insister sur les effets des chocs plutôt que sur les causes, qui résident souvent dans les rapports de force inégaux. Selon Terry Cannon, qui travaille aussi auprès de l’IDS, cette omission peut rendre le concept intéressant pour les bailleurs de fonds et les institutions qui préfèrent éviter les sujets sensibles comme l’injustice.
M. Cannon estime que les politiques devraient être élaborées en se basant sur des critères de vulnérabilité. « La vulnérabilité permet de mettre l’accent sur les causes », a-t-il expliqué. « Quand on parle de vulnérabilité, on doit se demander : ‘pourquoi cette personne est-elle vulnérable ?’… Aussi, une bonne analyse de la vulnérabilité est prédictive ; c’est quelque chose qu’on peut faire avant que les gens soient frappés par une catastrophe ou par un choc. »
Les bailleurs de fonds ont adopté le concept de résilience avec enthousiasme et exigent maintenant que la plupart, voire toutes les propositions de projets soient axées sur le renforcement de la résilience. L’un des orateurs du séminaire organisé par l’IDS a dit d’un ton cinglant que les projets existants étaient simplement présentés différemment : ‘maintenant avec résilience accrue’.
Mark Davies, qui dirige le Centre pour la protection sociale de l’IDS, a dit que le Département britannique pour le développement international (DFID) avait des raisons bien précises de mettre l’accent sur la résilience : « Le DFID a adopté cette approche parce qu’elle correspond à ses objectifs en matière d’utilisation optimale des ressources. [Les responsables du DFID] la voient comme un meilleur investissement… Elle correspond à leur programme de croissance, à leurs objectifs en matière de développement [sortir les pays de la pauvreté]. Ils se sont lancés là-dedans pour des raisons spécifiques : cette approche satisfait tous leurs critères. Ça peut être une bonne ou une mauvaise chose, tout dépend de quel point de vue on se place. »
Un terme à la fois utile et à la mode
Les responsables du DFID ne nient pas que l’adoption de cette approche est en partie motivée par le besoin d’optimiser les ressources consacrées à l’aide au développement. Ils précisent cependant qu’il s’agit aussi d’une réaction face à la multiplication des chocs liés à la rareté des ressources et à l’exode rural. Selon eux, si les politiques s’intéressent de plus en plus à la résilience, c’est parce que cette approche offre un moyen de limiter la détresse humaine et de protéger les progrès accomplis en matière de développement. La résilience est considérée comme une façon d’obtenir à l’avance des investissements qui donneront aux pays la capacité de supporter les chocs lorsqu’ils surviendront.
Le gouvernement britannique révise actuellement son programme d’attribution d’aide au développement afin d’‘intégrer’ l’idée de résilience à tous ses programmes de pays d’ici 2015. Les huit premiers pays à passer sous les feux des projecteurs – le Bangladesh, l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, le Népal, l’Ouganda et le Soudan – devraient avoir terminé le processus d’ici mars 2013.
Les [responsables des] organisations d’aide humanitaire à qui l’on demande de ‘renforcer la résilience’ ont des sentiments mitigés. « C’est un mot à la mode, c’est évident », a dit Debbie Hiller, conseillère en politiques humanitaires auprès d’Oxfam. « Mais ce n’est pas seulement ça. C’est un concept qui est aussi très utile. »
Les perspectives sur le terrain
Mme Hiller a dit à IRIN que les débats sur les définitions n’avaient aucun intérêt sur le terrain. « Quand on parle de la Corne de l’Afrique ou du Sahel, on sait tous ce que signifie la résilience. Il s’agit de ne pas avoir à répéter les mêmes interventions humanitaires, de rapprocher l’humanitaire et le développement et de rendre les gens beaucoup moins vulnérables. »
Pour son organisation, la résilience n’a pas pour objectif de faire accepter leur sort aux gens. « La plupart des personnes pauvres ont une volonté incroyable de se sortir de la pauvreté, mais elles sont continuellement ramenées au point de départ par des chocs. Nous devons agir sur les causes profondes de leur vulnérabilité au lieu de leur permettre de mieux en supporter les conséquences. Si notre travail ne sert pas cet objectif, il est inutile. Voilà ce qu’est la vraie résilience. »
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