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dimanche 19 mai 2013
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YÉMEN: Cheiks et shekels – le véritable coût du favoritisme
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Adel Yahya/IRIN
Le favoritisme politique et la corruption entravent le développement au Yémen
SANA’A, 14 octobre 2012 (IRIN) - Le cheik Nasser Shareef fait la grimace lorsqu’il décrit l’état des services publics dans sa région tribale du gouvernorat de Marib, à environ 100 km à l’est de Sana’a, la capitale du Yémen. « C’est très mauvais. Nous n’avons même pas de poste de police, les hôpitaux et les écoles sont vides. Il n’y a rien ni personne à l’intérieur, aucun service », a-t-il déclaré à IRIN.
Pendant trente ans, l’ancien président Ali Abduallah Saleh se servait de projets de développement dans les régions tribales pour s’assurer la loyauté des tribus, mais, avec le nouveau gouvernement en place, les alliances changent et beaucoup espèrent que les pratiques de corruption seront remplacées par un programme de développement juste.
« À l’heure actuelle, il n’y a pas beaucoup de projets [de service public]. Le nouveau gouvernement prend ses responsabilités », a déclaré à IRIN le chef tribal Hasan Ali Bin Abkr, un cheik du gouvernorat d’Al-Jawf, au nord-est.
La situation là-bas est encore pire qu’à Marib. Un rapport de 2009 de
l’Agence de Presse Yéménite (SABA)
, connue pour ses estimations conservatrices sur la pauvreté et le développement du pays, a affirmé que seuls 4 pour cent environ de ses plus de 500 000 habitants avaient accès à l’électricité, tandis que 49 pour cent des enfants en âge d’être scolarisés n’allaient pas à l’école, école qui fait face à une pénurie de manuels, de professeurs et de salles de classe.
Ali Al Munifi, un cheik de Marib et président de l’association Dar Al Salam, pour la résolution des conflits tribaux, a déclaré à IRIN que les révolutions inspirées par le Printemps arabe de l’an dernier ont peut-être apporté un nouveau président, mais la corruption, endémique du temps du président Saleh, demeure.
Il a expliqué comment un projet de développement classique fonctionnait à Sana’a : « Le gouvernement passe un contrat avec un chef tribal. Les entrepreneurs reçoivent de l’argent pour mener à bien le projet, mais comme les entrepreneurs ont des liens avec les chefs tribaux, l’argent disparaît ».
Malgré cela, « le gouvernement a la possibilité de venir à Marib pour réaliser des projets, si le gouvernement le souhaite. Mais tant que les ingénieurs, par exemple, continueront de toucher des pots-de-vin pour dire que le projet est en cours, il n’y a aucune chance de développement », a déclaré M. Munifi.
Le rôle saoudien
Le favoritisme s’étend au-delà des frontières du Yémen. L’Arabie saoudite a longtemps distribué des dessous-de-table aux cheiks yéménites afin
d’acheter la sécurité
et d’empêcher la propagation de l’instabilité qui s’étend au nord du pays le plus pauvre du monde arabe.
« Le système de favoritisme actuel crée une concurrence négative entre les chefs tribaux et attise les conflits »
Les pots-de-vin saoudiens ont pour effet d’enrichir un petit cercle de cheiks et d’attiser les conflits tribaux dans des régions où il n’y a pas d’état de droit. Par conséquent, il n’est pas surprenant que beaucoup d’observateurs ne partagent pas l’optimisme de M. Bin Abkr qui pense que le président nouvellement désigné, Abd Rabu Mansur Hadi, peut instaurer une gouvernance responsable au cœur des régions tribales.
Fernando Carvajal, spécialiste des relations entre l’Arabie saoudite et le Yémen à l’université d’Exeter au Royaume-Uni, a dit à IRIN que la corruption allait continuer. « L’Arabie saoudite réduit et augmente les versements à sa guise. Sous le règne des princes Sultan et Nayef [anciens princes héritiers saoudiens décédés en octobre 2011 et en juin 2012], certains cheiks ont disparu de la liste des soudoyés et d’autres sont apparus. C’est la politique ».
En effet, les coupes budgétaires récentes dans les versements du gouvernement yéménite aux chefs tribaux ont « plus à voir avec un énorme déficit budgétaire, ce que la coalition d’opposition [Joint Meeting Parties, JMP] utilise comme excuse pour sélectionner et choisir les cheiks qu’elle soutiendra à travers le comité des Affaires tribales », a déclaré M. Carvajal.
L’une des conséquences de la stratégie d’influence tribale est le nombre croissant d’actions de sabotage. Les jeunes générations des membres de la tribu, frustrées par la corruption de leurs chefs, ont commencé à attaquer des installations électriques et pétrolières « pour causer du tort à leur cheik qu’ils accusent d’être corrompu et de recevoir de l’argent du gouvernement en leur nom », a déclaré le cheik Munifi.
La structure tribale menacée
Nadwa Al Dawsari, l’ancienne présidente de Partners Yemen, un groupe de réflexion à Sanaa, a déclaré à IRIN que la structure tribale était de plus en plus menacée par la corruption.
« Lorsque vous discutez avec les habitants des régions tribales, ils disent que la structure s’affaiblit depuis quelques années à cause de l’augmentation de la pauvreté, de l’absence de perspectives d’avenir, de la montée du chômage et de l’affaiblissement des ressources. Toutes ces raisons sont autant d’obstacles au système de sécurité sociale dans les régions tribales », a-t-elle ajouté.
Ceci s’explique en partie par le fait que « les chefs tribaux sont incapables de remplir le rôle que l’on attend d’eux dans les régions tribales comme par le passé », a-t-elle expliqué, soulignant que les cheiks fondaient leur légitimité notamment sur leur habilité à résoudre les conflits et à protéger les intérêts de leur tribu sans recourir à la violence.
« Le système de favoritisme actuel crée une concurrence négative entre les chefs tribaux et attise les conflits », ce qui entraîne l’instabilité dans les régions tribales et entrave les efforts de développement, a-t-elle ajouté.
À l’occasion de la réunion des « Amis du Yémen » qui s’est tenue à New York le mois dernier, les États donateurs se sont engagés à aider le président Hadi à faire appliquer des réformes militaires et gouvernementales radicales en vue des élections multipartites de 2014, promettant 7 milliards de dollars, dont une partie serait allouée aux projets de développement des régions tribales.
Pour le cheik Munifi, cet argent est une bonne occasion d’opérer un changement. « Les donateurs peuvent aider les tribus en rencontrant directement le peuple à Marib, sans passer par le gouvernement. La corruption de ce dernier est généralisée. Ils doivent aller à la rencontre des honnêtes gens de Marib », a-t-il affirmé.
cc/kb/cb-fc-ag/
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Démocratie et gouvernance
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Droits de l'homme
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Le favoritisme politique et la corruption entravent le développement au Yémen
SANA’A, 14 octobre 2012 (IRIN) - Le cheik Nasser Shareef fait la grimace lorsqu’il décrit l’état des services publics dans sa région tribale du gouvernorat de Marib, à environ 100 km à l’est de Sana’a, la capitale du Yémen. « C’est très mauvais. Nous n’avons même pas de poste de police, les hôpitaux et les écoles sont vides. Il n’y a rien ni personne à l’intérieur, aucun service », a-t-il déclaré à IRIN.
Pendant trente ans, l’ancien président Ali Abduallah Saleh se servait de projets de développement dans les régions tribales pour s’assurer la loyauté des tribus, mais, avec le nouveau gouvernement en place, les alliances changent et beaucoup espèrent que les pratiques de corruption seront remplacées par un programme de développement juste.
« À l’heure actuelle, il n’y a pas beaucoup de projets [de service public]. Le nouveau gouvernement prend ses responsabilités », a déclaré à IRIN le chef tribal Hasan Ali Bin Abkr, un cheik du gouvernorat d’Al-Jawf, au nord-est.
La situation là-bas est encore pire qu’à Marib. Un rapport de 2009 de
l’Agence de Presse Yéménite (SABA)
, connue pour ses estimations conservatrices sur la pauvreté et le développement du pays, a affirmé que seuls 4 pour cent environ de ses plus de 500 000 habitants avaient accès à l’électricité, tandis que 49 pour cent des enfants en âge d’être scolarisés n’allaient pas à l’école, école qui fait face à une pénurie de manuels, de professeurs et de salles de classe.
Ali Al Munifi, un cheik de Marib et président de l’association Dar Al Salam, pour la résolution des conflits tribaux, a déclaré à IRIN que les révolutions inspirées par le Printemps arabe de l’an dernier ont peut-être apporté un nouveau président, mais la corruption, endémique du temps du président Saleh, demeure.
Il a expliqué comment un projet de développement classique fonctionnait à Sana’a : « Le gouvernement passe un contrat avec un chef tribal. Les entrepreneurs reçoivent de l’argent pour mener à bien le projet, mais comme les entrepreneurs ont des liens avec les chefs tribaux, l’argent disparaît ».
Malgré cela, « le gouvernement a la possibilité de venir à Marib pour réaliser des projets, si le gouvernement le souhaite. Mais tant que les ingénieurs, par exemple, continueront de toucher des pots-de-vin pour dire que le projet est en cours, il n’y a aucune chance de développement », a déclaré M. Munifi.
Le rôle saoudien
Le favoritisme s’étend au-delà des frontières du Yémen. L’Arabie saoudite a longtemps distribué des dessous-de-table aux cheiks yéménites afin
d’acheter la sécurité
et d’empêcher la propagation de l’instabilité qui s’étend au nord du pays le plus pauvre du monde arabe.
« Le système de favoritisme actuel crée une concurrence négative entre les chefs tribaux et attise les conflits »
Les pots-de-vin saoudiens ont pour effet d’enrichir un petit cercle de cheiks et d’attiser les conflits tribaux dans des régions où il n’y a pas d’état de droit. Par conséquent, il n’est pas surprenant que beaucoup d’observateurs ne partagent pas l’optimisme de M. Bin Abkr qui pense que le président nouvellement désigné, Abd Rabu Mansur Hadi, peut instaurer une gouvernance responsable au cœur des régions tribales.
Fernando Carvajal, spécialiste des relations entre l’Arabie saoudite et le Yémen à l’université d’Exeter au Royaume-Uni, a dit à IRIN que la corruption allait continuer. « L’Arabie saoudite réduit et augmente les versements à sa guise. Sous le règne des princes Sultan et Nayef [anciens princes héritiers saoudiens décédés en octobre 2011 et en juin 2012], certains cheiks ont disparu de la liste des soudoyés et d’autres sont apparus. C’est la politique ».
En effet, les coupes budgétaires récentes dans les versements du gouvernement yéménite aux chefs tribaux ont « plus à voir avec un énorme déficit budgétaire, ce que la coalition d’opposition [Joint Meeting Parties, JMP] utilise comme excuse pour sélectionner et choisir les cheiks qu’elle soutiendra à travers le comité des Affaires tribales », a déclaré M. Carvajal.
L’une des conséquences de la stratégie d’influence tribale est le nombre croissant d’actions de sabotage. Les jeunes générations des membres de la tribu, frustrées par la corruption de leurs chefs, ont commencé à attaquer des installations électriques et pétrolières « pour causer du tort à leur cheik qu’ils accusent d’être corrompu et de recevoir de l’argent du gouvernement en leur nom », a déclaré le cheik Munifi.
La structure tribale menacée
Nadwa Al Dawsari, l’ancienne présidente de Partners Yemen, un groupe de réflexion à Sanaa, a déclaré à IRIN que la structure tribale était de plus en plus menacée par la corruption.
« Lorsque vous discutez avec les habitants des régions tribales, ils disent que la structure s’affaiblit depuis quelques années à cause de l’augmentation de la pauvreté, de l’absence de perspectives d’avenir, de la montée du chômage et de l’affaiblissement des ressources. Toutes ces raisons sont autant d’obstacles au système de sécurité sociale dans les régions tribales », a-t-elle ajouté.
Ceci s’explique en partie par le fait que « les chefs tribaux sont incapables de remplir le rôle que l’on attend d’eux dans les régions tribales comme par le passé », a-t-elle expliqué, soulignant que les cheiks fondaient leur légitimité notamment sur leur habilité à résoudre les conflits et à protéger les intérêts de leur tribu sans recourir à la violence.
« Le système de favoritisme actuel crée une concurrence négative entre les chefs tribaux et attise les conflits », ce qui entraîne l’instabilité dans les régions tribales et entrave les efforts de développement, a-t-elle ajouté.
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