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lundi 20 mai 2013
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PAKISTAN: Des violences sectaires incontrôlables au Baloutchistan
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Kamila Hyat/IRIN
Des proches de personnes disparues manifestent dans la rue
QUETTA, 17 septembre 2012 (IRIN) - Depuis 2009, les minorités ethniques et religieuses de la province du Baloutchistan, dans le sud-ouest du Pakistan, sont de plus en plus souvent confrontées à l’intimidation et à la violence, selon une récente
mission d’enquête
menée par la Commission des droits de l’homme du Pakistan (HRCP).
« Les colons », c’est-à-dire les gens qui se sont installés dans la province et qui n’appartiennent pas à l’ethnie baloutche, sont la cible de ces actes. Les nationalistes baloutches considèrent aussi comme des colons les habitants dont les ancêtres sont arrivés dans la région avant la création de l’État pakistanais en 1947.
Dans une banlieue résidentielle de Quetta, la capitale provinciale, deux maisons inhabitées dont les portes sont fermées par de lourds cadenas témoignent de la situation actuelle. Dans ce cas-ci, les occupants ont choisi de quitter discrètement leur foyer pendant la nuit.
« Ces personnes étaient considérées comme des ‘colons’ au Baloutchistan, car elles venaient du Pendjab. C’était de bonnes personnes ; nous les connaissions depuis des années, mais elles ont dû partir parce que les personnes originaires d’autres provinces ne sont plus en sécurité au Baloutchistan », a dit à IRIN un voisin qui a demandé l’anonymat.
Le gouvernement central a informé le Sénat que
100 000
personnes avaient fui le Baloutchistan à la suite de l’escalade de la violence survenue en 2010. Selon HRCP, des milliers d’autres ont fui depuis. Au moins 2 000 enfants de colons ont été retirés de l’école par leurs parents depuis 2011, indique le rapport de la HRCP.
Près de la moitié des 7,8 millions d’habitants du Baloutchistan n’appartiennent pas à l’ethnie baloutche. Ils vivent principalement à Quetta et dans les zones dominées par les Pachtounes.
« Ma famille vit à Quetta depuis les années 1930. Je n’ai jamais vécu ailleurs qu’ici. Mais la situation devient trop dangereuse pour les non-Baloutches », a dit Khawar Jhandro, un Sindhi ethnique.
L’enseignant de 40 ans a ajouté qu’il avait déjà amené sa famille à Karachi : « Je m’inquiétais pour la sécurité de mes enfants, à qui l’on demandait, même à l’école, à quelle ethnie ils appartenaient. »
Selon Tahir Hussain Khan, un avocat et militant pour la défense des droits de l’homme basé à Quetta, le problème est lié à la lutte nationaliste des groupes baloutches qui a commencé dans les années 1950 et s’est intensifiée à la suite de l’assassinat, en 2006, de Nawab Akbar Bugti, une figure emblématique du nationalisme baloutche.
Baloch Baloch, un porte-parole de l’Armée républicaine baloutche, une milice armée qui lutte pour l’autonomie de la région, a dit à IRIN par téléphone : « Nous croyons que le Baloutchistan devrait être principalement réservé aux Baloutches et qu’il ne devrait pas être contrôlé par des gens de l’extérieur qui se sont installés ici… Avec la complicité du gouvernement central, le Pendjab s’est emparé des ressources du Baloutchistan. »
D’après la HRCP, le sous-développement est l’un des facteurs à l’origine des tensions. En effet, selon les statistiques officielles, la province affiche le taux d’alphabétisation le plus faible du pays (30 pour cent).
« Ma famille vit à Quetta depuis les années 1930. Je n’ai jamais vécu ailleurs qu’ici. Mais la situation devient trop dangereuse pour les non-Baloutches »
Selon le
South Asian Terrorism Portal
, un portail électronique géré par l’Institut pour la gestion des conflits de New Delhi et qui base ses données sur les rapports des médias, 711 personnes, incluant des civils, des militants nationalistes et des membres des forces de sécurité, ont été tuées au
Baloutchistan
en 2011, contre 347 l’année précédente. La HRCP a rapporté la découverte de 57 cadavres de personnes dont la disparition avait été signalée dans plusieurs régions de la province en 2012 seulement.
Les violences sectaires ont également commencé à cibler la minorité chiite des
Hazara
. Sardar Saadat Ali, le chef de la communauté hazara au Baloutchistan, a dit à IRIN : « Nos protestations sont ignorées. Les extrémistes qui nous prennent pour cibles sur une base sectaire s’en tirent sans être inquiétés. »
Les Baloutches également pris pour cibles
Les nationalistes baloutches eux-mêmes sont pris pour cibles. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs disparu au cours des dernières années. « On rapporte au moins 500 cas de personnes disparues dans la province », a dit Baloch Baloch à IRIN. Selon le rapport de la HRCP, 198 personnes auraient officiellement disparu depuis 2000.
D’après un
rapport publié en 2010
par Human Rights Watch, les Frontier Corps (FC), une organisation paramilitaire dirigée par l’armée pakistanaise, sont responsables de plusieurs des disparitions.
Après avoir
entendu une requête
déposée par des organisations non gouvernementales (ONG) et des familles de personnes disparues et concernant la loi et l’ordre au Baloutchistan, le plus haut tribunal du pays a ordonné à plusieurs reprises au gouvernement provincial de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette situation. Le premier ministre a également exhorté les autorités provinciales à agir.
Alors que le gouvernement central craint d’être en train de perdre le contrôle sur la région, certains considèrent ses interventions, qui bénéficient du soutien de la force militaire des FC, comme une interférence dans les affaires locales.
« En réalité, les FC ont pris le contrôle de la région. Ils suivent leur propre agenda et ne nous permettent pas de faire notre travail », a dit à IRIN un haut gradé de la police de Quetta qui a demandé à garder l’anonymat.
« Les militaires sont trop souvent intervenus dans les affaires du Baloutchistan, affaiblissant du même coup les institutions civiles », a dit I.A. Rehman, secrétaire général de la HRCP. Le Baloutchistan a une longue histoire d’interventions militaires contre ceux qui, depuis les années 1950, luttent pour une plus grande autonomie.
Craintes
Cette confusion administrative alimente les craintes de la population. Dans l’ensemble du Baloutchistan, des dizaines de milliers de personnes sont affectées.
« Il est dangereux de quitter la maison après 16 ou 17 heures. Personnellement, j’essaie de ne pas laisser sortir mes fils, qui fréquentent le collège, sauf pour leurs études, parce que j’ai peur qu’on les prenne pour des nationalistes et qu’on les enlève ou qu’ils soient victimes d’un incident terroriste », a dit Shaista Bibi, une mère de trois enfants appartenant à l’ethnie baloutche.
Les mères pachtounes sont tout aussi apeurées. « Nous devrons bientôt partir. Mes quatre jeunes enfants ne sont plus en sécurité ici », a dit Ameera Gul, 30 ans, qui a quitté la province de Khyber-Pakhtoonkhwa il y a dix ans pour venir vivre au Baloutchistan. Sa famille prévoit maintenant de partir dès que possible.
kh/kb/cb-gd/amz
Theme (s)
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Alerte précoce
,
Droits de l'homme
,
Paix et sécurité
,
Réfugiés et déplacés
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 671 17 mai 2013
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Des proches de personnes disparues manifestent dans la rue
QUETTA, 17 septembre 2012 (IRIN) - Depuis 2009, les minorités ethniques et religieuses de la province du Baloutchistan, dans le sud-ouest du Pakistan, sont de plus en plus souvent confrontées à l’intimidation et à la violence, selon une récente
mission d’enquête
menée par la Commission des droits de l’homme du Pakistan (HRCP).
« Les colons », c’est-à-dire les gens qui se sont installés dans la province et qui n’appartiennent pas à l’ethnie baloutche, sont la cible de ces actes. Les nationalistes baloutches considèrent aussi comme des colons les habitants dont les ancêtres sont arrivés dans la région avant la création de l’État pakistanais en 1947.
Dans une banlieue résidentielle de Quetta, la capitale provinciale, deux maisons inhabitées dont les portes sont fermées par de lourds cadenas témoignent de la situation actuelle. Dans ce cas-ci, les occupants ont choisi de quitter discrètement leur foyer pendant la nuit.
« Ces personnes étaient considérées comme des ‘colons’ au Baloutchistan, car elles venaient du Pendjab. C’était de bonnes personnes ; nous les connaissions depuis des années, mais elles ont dû partir parce que les personnes originaires d’autres provinces ne sont plus en sécurité au Baloutchistan », a dit à IRIN un voisin qui a demandé l’anonymat.
Le gouvernement central a informé le Sénat que
100 000
personnes avaient fui le Baloutchistan à la suite de l’escalade de la violence survenue en 2010. Selon HRCP, des milliers d’autres ont fui depuis. Au moins 2 000 enfants de colons ont été retirés de l’école par leurs parents depuis 2011, indique le rapport de la HRCP.
Près de la moitié des 7,8 millions d’habitants du Baloutchistan n’appartiennent pas à l’ethnie baloutche. Ils vivent principalement à Quetta et dans les zones dominées par les Pachtounes.
« Ma famille vit à Quetta depuis les années 1930. Je n’ai jamais vécu ailleurs qu’ici. Mais la situation devient trop dangereuse pour les non-Baloutches », a dit Khawar Jhandro, un Sindhi ethnique.
L’enseignant de 40 ans a ajouté qu’il avait déjà amené sa famille à Karachi : « Je m’inquiétais pour la sécurité de mes enfants, à qui l’on demandait, même à l’école, à quelle ethnie ils appartenaient. »
Selon Tahir Hussain Khan, un avocat et militant pour la défense des droits de l’homme basé à Quetta, le problème est lié à la lutte nationaliste des groupes baloutches qui a commencé dans les années 1950 et s’est intensifiée à la suite de l’assassinat, en 2006, de Nawab Akbar Bugti, une figure emblématique du nationalisme baloutche.
Baloch Baloch, un porte-parole de l’Armée républicaine baloutche, une milice armée qui lutte pour l’autonomie de la région, a dit à IRIN par téléphone : « Nous croyons que le Baloutchistan devrait être principalement réservé aux Baloutches et qu’il ne devrait pas être contrôlé par des gens de l’extérieur qui se sont installés ici… Avec la complicité du gouvernement central, le Pendjab s’est emparé des ressources du Baloutchistan. »
D’après la HRCP, le sous-développement est l’un des facteurs à l’origine des tensions. En effet, selon les statistiques officielles, la province affiche le taux d’alphabétisation le plus faible du pays (30 pour cent).
« Ma famille vit à Quetta depuis les années 1930. Je n’ai jamais vécu ailleurs qu’ici. Mais la situation devient trop dangereuse pour les non-Baloutches »
Selon le
South Asian Terrorism Portal
, un portail électronique géré par l’Institut pour la gestion des conflits de New Delhi et qui base ses données sur les rapports des médias, 711 personnes, incluant des civils, des militants nationalistes et des membres des forces de sécurité, ont été tuées au
Baloutchistan
en 2011, contre 347 l’année précédente. La HRCP a rapporté la découverte de 57 cadavres de personnes dont la disparition avait été signalée dans plusieurs régions de la province en 2012 seulement.
Les violences sectaires ont également commencé à cibler la minorité chiite des
Hazara
. Sardar Saadat Ali, le chef de la communauté hazara au Baloutchistan, a dit à IRIN : « Nos protestations sont ignorées. Les extrémistes qui nous prennent pour cibles sur une base sectaire s’en tirent sans être inquiétés. »
Les Baloutches également pris pour cibles
Les nationalistes baloutches eux-mêmes sont pris pour cibles. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs disparu au cours des dernières années. « On rapporte au moins 500 cas de personnes disparues dans la province », a dit Baloch Baloch à IRIN. Selon le rapport de la HRCP, 198 personnes auraient officiellement disparu depuis 2000.
D’après un
rapport publié en 2010
par Human Rights Watch, les Frontier Corps (FC), une organisation paramilitaire dirigée par l’armée pakistanaise, sont responsables de plusieurs des disparitions.
Après avoir
entendu une requête
déposée par des organisations non gouvernementales (ONG) et des familles de personnes disparues et concernant la loi et l’ordre au Baloutchistan, le plus haut tribunal du pays a ordonné à plusieurs reprises au gouvernement provincial de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette situation. Le premier ministre a également exhorté les autorités provinciales à agir.
Alors que le gouvernement central craint d’être en train de perdre le contrôle sur la région, certains considèrent ses interventions, qui bénéficient du soutien de la force militaire des FC, comme une interférence dans les affaires locales.
« En réalité, les FC ont pris le contrôle de la région. Ils suivent leur propre agenda et ne nous permettent pas de faire notre travail », a dit à IRIN un haut gradé de la police de Quetta qui a demandé à garder l’anonymat.
« Les militaires sont trop souvent intervenus dans les affaires du Baloutchistan, affaiblissant du même coup les institutions civiles », a dit I.A. Rehman, secrétaire général de la HRCP. Le Baloutchistan a une longue histoire d’interventions militaires contre ceux qui, depuis les années 1950, luttent pour une plus grande autonomie.
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Cette confusion administrative alimente les craintes de la population. Dans l’ensemble du Baloutchistan, des dizaines de milliers de personnes sont affectées.
« Il est dangereux de quitter la maison après 16 ou 17 heures. Personnellement, j’essaie de ne pas laisser sortir mes fils, qui fréquentent le collège, sauf pour leurs études, parce que j’ai peur qu’on les prenne pour des nationalistes et qu’on les enlève ou qu’ils soient victimes d’un incident terroriste », a dit Shaista Bibi, une mère de trois enfants appartenant à l’ethnie baloutche.
Les mères pachtounes sont tout aussi apeurées. « Nous devrons bientôt partir. Mes quatre jeunes enfants ne sont plus en sécurité ici », a dit Ameera Gul, 30 ans, qui a quitté la province de Khyber-Pakhtoonkhwa il y a dix ans pour venir vivre au Baloutchistan. Sa famille prévoit maintenant de partir dès que possible.
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