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Pierre Holtz/IRIN
La plupart des agriculteurs des pays en développement utilisent des seaux et des arrosoirs
JOHANNESBOURG, 28 août 2012 (IRIN) - Tranquillement, une nouvelle révolution est en train de s’opérer dans de petits villages et régions rurales d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud : selon une nouvelle
étude
menée sur trois ans, les habitants développent de nouvelles manières, plus économiques, de puiser de l’eau pour l’irrigation. Ce mouvement pourrait redresser le secteur de l’agriculture dans les pays en développement.
Cette étude réalisée par l’Institut international de gestion des ressources en eau (International Water Management Institute, IWMI), un centre de recherche à but non lucratif basé au Sri Lanka, a révélé que de petits agriculteurs, fatigués d’attendre l’aide du gouvernement, ont trouvé des manières d’avoir accès à des pompes à eau et de construire des réservoirs ou des bassins pour collecter l’eau de pluie afin d’augmenter leur production. Et leurs efforts ont porté leurs fruits.
« Nous étions stupéfaits par l’ampleur du mouvement », a dit Meredith Giordano, de l’IWMI, qui a coordonné l’initiative. « Malgré les contraintes telles que des coûts initiaux élevés et des chaînes d’approvisionnement peu développées, les petits agriculteurs d’Afrique et d’Asie sont allés de l’avant en utilisant leurs propres ressources pour financer et installer des systèmes d’irrigation. Il est clair que ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui sont à l’origine de cette tendance ».
Des enquêtes menées au Ghana, en Éthiopie et en Zambie ont révélé que plus de 80 pour cent des propriétaires de petits systèmes d’irrigation les avaient achetés grâce à leurs propres économies et à celles de leur famille. Les banques et les organisations de microcrédit avaient rarement prêté de l’argent pour acheter ces équipements et l’aide des organisations non gouvernementales (ONG) ou des bailleurs de fonds était peu fréquente en la matière.
Les seaux et les arrosoirs utilisés par la plupart des agriculteurs en Afrique saharienne sont pratiques pour arroser de petites parcelles, ne coûtent pas cher et les frais de fonctionnement sont insignifiants. Une pompe à pédales peut coûter jusqu’à 100 dollars. Toute la famille participe généralement à l’achat et les frais de fonctionnements sont également nuls. Le prix d’une pompe à moteur peut atteindre 250 dollars, mais Mme Giordano a dit à IRIN que de nombreux agriculteurs avaient trouvé les moyens de s’en procurer. Ainsi, dans certaines régions de l’Inde, un agriculteur peut acheter une pompe et la louer à d’autres paysans lorsqu’il ne l’utilise pas. Il existe également des systèmes de location de pompes à vélo : des entrepreneurs font le tour des zones rurales à vélo et louent des pompes attachées à leur porte-bagages.
« Dans de nombreux pays africains, l’irrigation privée effectuée par les agriculteurs eux-mêmes occupe déjà une place bien plus importante que le secteur public de l’irrigation »
« Le développement de l’irrigation privée à petite échelle est une tendance bien ancrée en Asie du Sud et gagne maintenant du terrain en Afrique subsaharienne », est-il écrit dans l’étude. « Dans de nombreux pays africains, l’irrigation privée effectuée par les agriculteurs eux-mêmes occupe déjà une place bien plus importante que le secteur public de l’irrigation », a dit Mme Giordano. Au Ghana, par exemple, l’irrigation privée effectuée par de petits exploitants agricoles emploie 45 fois plus d’individus et couvre 25 fois plus de terrain que les mécanismes d’irrigation publics.
Des résultats positifs
Les résultats de ces efforts deviennent visibles. Dans l’État indien du Madhya Pradesh, les agriculteurs qui ont creusé des bassins pour irriguer leurs cultures ont vu leurs revenus augmenter de 70 pour cent. Une initiative similaire menée à Gursum, dans la région éthiopienne d’Oromia, a connu « un tel succès que le sous-district est désormais appelé “pas de bassin, pas de femme” », est-il écrit dans l’étude. La collecte des eaux de pluie a été mise en place par le gouvernement d’Oromia en 2002 et des bassins ont été créés avec des bâches en plastique. Les agriculteurs sont ensuite allés plus loin en améliorant la capacité de rétention d’eau des bassins en superposant deux bâches en plastique. Ces initiatives ont permis d’augmenter la production agricole, à tel point que « les agriculteurs qui n’ont pas de bassin auraient du mal à trouver une femme, d’où le surnom du sous-district ».
L’étude a également révélé qu’en Tanzanie, pendant la saison sèche, la moitié des revenus des petits exploitants agricoles provenait de la production maraîchère irriguée. En Zambie, les 20 pour cent de petits exploitants qui cultivent des légumes pendant la saison sèche ont des revenus 35 pour cent supérieurs aux autres.
Un impact considérable
Les chercheurs examinent également comment ces technologies (l’utilisation de pompes à moteur, les petits réservoirs ou le détournement des cours d’eau par les communautés) pourraient réduire la pauvreté. Ils ont conclu que la croissance et l’impact de ces technologies seraient considérables. Des pompes à moteur, par exemple, pourraient être fournies à au moins 185 millions d’habitants en Afrique subsaharienne, ce qui générerait un revenu de 22 milliards de dollars par an. Pour calculer les profits, l’étude a tenu compte de plusieurs variables comme l’accès aux marchés, les coûts d’investissement et la présence de sources d’eau naturelle.
Les résultats ne sont pas surprenants, étant donné qu’en Afrique subsaharienne, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), seulement trois pour cent de l’eau puisée sert à l’irrigation et quatre pour cent des terres arables sont irriguées. L’étude de l’IWMI a estimé que plus de 80 pour cent des agriculteurs utilisent des arrosoirs ou des seaux pour puiser de l’eau pour leurs cultures. De même, en Asie du Sud, les petits agriculteurs utilisent des méthodes d’irrigation rudimentaires et dépendent notamment de la mousson pour arroser leurs plantes.
Cependant, l’étude avertit ses lecteurs qu’un développement incontrôlé de la gestion de l’eau par les petits exploitants comporte des risques. « Les agriculteurs les plus pauvres, notamment les femmes, ont toujours du mal à trouver les ressources nécessaires pour avoir accès à ces technologies, ce qui pourrait conduire à de plus grandes inégalités. Et si les agriculteurs participent à rendre l’eau libre d’accès pour tous, l’approvisionnement de certaines régions pourrait diminuer jusqu’à atteindre un niveau insoutenable. »
L’étude recommande aux gouvernements et aux autorités locales de s’intéresser à ce qui se passe sur le terrain et d’apporter leur soutien avec des mesures permettant d’augmenter l’accès aux prêts et d’améliorer les services de vulgarisation agricole, en enseignant notamment de meilleures techniques agricoles.
jk/rz
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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La plupart des agriculteurs des pays en développement utilisent des seaux et des arrosoirs
JOHANNESBOURG, 28 août 2012 (IRIN) - Tranquillement, une nouvelle révolution est en train de s’opérer dans de petits villages et régions rurales d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud : selon une nouvelle
étude
menée sur trois ans, les habitants développent de nouvelles manières, plus économiques, de puiser de l’eau pour l’irrigation. Ce mouvement pourrait redresser le secteur de l’agriculture dans les pays en développement.
Cette étude réalisée par l’Institut international de gestion des ressources en eau (International Water Management Institute, IWMI), un centre de recherche à but non lucratif basé au Sri Lanka, a révélé que de petits agriculteurs, fatigués d’attendre l’aide du gouvernement, ont trouvé des manières d’avoir accès à des pompes à eau et de construire des réservoirs ou des bassins pour collecter l’eau de pluie afin d’augmenter leur production. Et leurs efforts ont porté leurs fruits.
« Nous étions stupéfaits par l’ampleur du mouvement », a dit Meredith Giordano, de l’IWMI, qui a coordonné l’initiative. « Malgré les contraintes telles que des coûts initiaux élevés et des chaînes d’approvisionnement peu développées, les petits agriculteurs d’Afrique et d’Asie sont allés de l’avant en utilisant leurs propres ressources pour financer et installer des systèmes d’irrigation. Il est clair que ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui sont à l’origine de cette tendance ».
Des enquêtes menées au Ghana, en Éthiopie et en Zambie ont révélé que plus de 80 pour cent des propriétaires de petits systèmes d’irrigation les avaient achetés grâce à leurs propres économies et à celles de leur famille. Les banques et les organisations de microcrédit avaient rarement prêté de l’argent pour acheter ces équipements et l’aide des organisations non gouvernementales (ONG) ou des bailleurs de fonds était peu fréquente en la matière.
Les seaux et les arrosoirs utilisés par la plupart des agriculteurs en Afrique saharienne sont pratiques pour arroser de petites parcelles, ne coûtent pas cher et les frais de fonctionnement sont insignifiants. Une pompe à pédales peut coûter jusqu’à 100 dollars. Toute la famille participe généralement à l’achat et les frais de fonctionnements sont également nuls. Le prix d’une pompe à moteur peut atteindre 250 dollars, mais Mme Giordano a dit à IRIN que de nombreux agriculteurs avaient trouvé les moyens de s’en procurer. Ainsi, dans certaines régions de l’Inde, un agriculteur peut acheter une pompe et la louer à d’autres paysans lorsqu’il ne l’utilise pas. Il existe également des systèmes de location de pompes à vélo : des entrepreneurs font le tour des zones rurales à vélo et louent des pompes attachées à leur porte-bagages.
« Dans de nombreux pays africains, l’irrigation privée effectuée par les agriculteurs eux-mêmes occupe déjà une place bien plus importante que le secteur public de l’irrigation »
« Le développement de l’irrigation privée à petite échelle est une tendance bien ancrée en Asie du Sud et gagne maintenant du terrain en Afrique subsaharienne », est-il écrit dans l’étude. « Dans de nombreux pays africains, l’irrigation privée effectuée par les agriculteurs eux-mêmes occupe déjà une place bien plus importante que le secteur public de l’irrigation », a dit Mme Giordano. Au Ghana, par exemple, l’irrigation privée effectuée par de petits exploitants agricoles emploie 45 fois plus d’individus et couvre 25 fois plus de terrain que les mécanismes d’irrigation publics.
Des résultats positifs
Les résultats de ces efforts deviennent visibles. Dans l’État indien du Madhya Pradesh, les agriculteurs qui ont creusé des bassins pour irriguer leurs cultures ont vu leurs revenus augmenter de 70 pour cent. Une initiative similaire menée à Gursum, dans la région éthiopienne d’Oromia, a connu « un tel succès que le sous-district est désormais appelé “pas de bassin, pas de femme” », est-il écrit dans l’étude. La collecte des eaux de pluie a été mise en place par le gouvernement d’Oromia en 2002 et des bassins ont été créés avec des bâches en plastique. Les agriculteurs sont ensuite allés plus loin en améliorant la capacité de rétention d’eau des bassins en superposant deux bâches en plastique. Ces initiatives ont permis d’augmenter la production agricole, à tel point que « les agriculteurs qui n’ont pas de bassin auraient du mal à trouver une femme, d’où le surnom du sous-district ».
L’étude a également révélé qu’en Tanzanie, pendant la saison sèche, la moitié des revenus des petits exploitants agricoles provenait de la production maraîchère irriguée. En Zambie, les 20 pour cent de petits exploitants qui cultivent des légumes pendant la saison sèche ont des revenus 35 pour cent supérieurs aux autres.
Un impact considérable
Les chercheurs examinent également comment ces technologies (l’utilisation de pompes à moteur, les petits réservoirs ou le détournement des cours d’eau par les communautés) pourraient réduire la pauvreté. Ils ont conclu que la croissance et l’impact de ces technologies seraient considérables. Des pompes à moteur, par exemple, pourraient être fournies à au moins 185 millions d’habitants en Afrique subsaharienne, ce qui générerait un revenu de 22 milliards de dollars par an. Pour calculer les profits, l’étude a tenu compte de plusieurs variables comme l’accès aux marchés, les coûts d’investissement et la présence de sources d’eau naturelle.
Les résultats ne sont pas surprenants, étant donné qu’en Afrique subsaharienne, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), seulement trois pour cent de l’eau puisée sert à l’irrigation et quatre pour cent des terres arables sont irriguées. L’étude de l’IWMI a estimé que plus de 80 pour cent des agriculteurs utilisent des arrosoirs ou des seaux pour puiser de l’eau pour leurs cultures. De même, en Asie du Sud, les petits agriculteurs utilisent des méthodes d’irrigation rudimentaires et dépendent notamment de la mousson pour arroser leurs plantes.
Cependant, l’étude avertit ses lecteurs qu’un développement incontrôlé de la gestion de l’eau par les petits exploitants comporte des risques. « Les agriculteurs les plus pauvres, notamment les femmes, ont toujours du mal à trouver les ressources nécessaires pour avoir accès à ces technologies, ce qui pourrait conduire à de plus grandes inégalités. Et si les agriculteurs participent à rendre l’eau libre d’accès pour tous, l’approvisionnement de certaines régions pourrait diminuer jusqu’à atteindre un niveau insoutenable. »
L’étude recommande aux gouvernements et aux autorités locales de s’intéresser à ce qui se passe sur le terrain et d’apporter leur soutien avec des mesures permettant d’augmenter l’accès aux prêts et d’améliorer les services de vulgarisation agricole, en enseignant notamment de meilleures techniques agricoles.
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