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Journée mondiale de l’aide humanitaire: L’efficacité des agents de santé communautaires
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Antony Kaminju
Une chorale de bénévoles de la Croix-Rouge à Soweto, en Afrique du Sud
KAMPALA/KINSHASA/MBABANE/NAIROBI, 22 août 2012 (IRIN) - Les médecins, les infirmiers, les militants et les décideurs jouent tous un rôle essentiel dans les programmes de lutte contre le VIH en Afrique. Il ne faut cependant pas oublier qu’ils bénéficient du soutien sans faille de toute une armée d’agents de santé communautaires, salariés ou bénévoles, qui prennent soin des malades.
« J’ai eu une patiente qui délirait et qui m’a mordue. Elle était séropositive au VIH et elle aurait pu me contaminer si je n’étais pas déjà porteuse du virus. C’était terrifiant », s’est souvenue Thab’sile Ndlovu, une bénévole qui aide les personnes atteintes du VIH dans une zone rurale proche de Siphofaneni, dans le centre du Swaziland. « Le lendemain, j’ai été pourchassée par un taureau alors que je faisais ma tournée dans le coin et une semaine plus tôt, j’avais été mordue par un chien dans une ferme. »
Les fournisseurs de soins communautaires ne se contentent pas de vérifier que les patients ont suffisamment d’antirétroviraux (ARV), médicaments qui empêchent la réplication du virus. Caroline Makhongo, agente de santé communautaire à Samia, un district rural de l’ouest du Kenya, explique qu’elle rend quotidiennement visite à ses voisins malades, qu’elle s’occupe d’eux, qu’elle aide certains patients à aller à l’hôpital, qu’elle donne des conférences au dispensaire local et qu’elle va voir les patients qui ne se sont pas présentés au centre de santé comme ils doivent le faire régulièrement.
« C’est quelque chose que l’on fait parce que l’on veut aider », a dit Mme Makhongo. « Sans [les agents de santé communautaires], de nombreuses personnes mourraient du VIH, car elles ne finiraient pas leur traitement, et les personnes ayant recours aux services de planification familiale seraient encore moins nombreuses, mais nous expliquons tout cela [à la communauté] et les améliorations sont visibles. »
La journée mondiale de l’aide humanitaire
, célébrée le 19 août, rend hommage aux travailleurs humanitaires comme Mme Ndlovu et Mme Makhongo, qui font souvent d’énormes sacrifices personnels pour servir autrui.
Combler un déficit
La crise financière au Swaziland, qui va en s’aggravant, a eu de graves répercussions sur le système de santé. Les
infirmiers
se mettent régulièrement en grève pour manifester contre le manque de sécurité au travail et la faiblesse des salaires. Dans ce contexte, les Swazis dépendent de plus en plus des bénévoles communautaires pour combler les lacunes du secteur de la santé publique.
Au Kenya, plus de 10 000 postes d’agents de santé de proximité ont été pourvus dans les communautés pour pallier au manque de professionnels de la santé. Ils ont permis d’étendre les programmes de lutte contre le VIH comme les services de consultation volontaire et de conseil en matière d’observation des prescriptions d’ARV.
« Le rôle des agents de santé communautaires est particulièrement crucial en ce qui concerne les services de santé de base, car les professionnels de santé qualifiés ne sont souvent pas assez nombreux dans les pays pauvres », a dit à IRIN Lucy Mathu, conseillère dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant pour la fondation Elizabeth Glaser pour la lutte contre le sida pédiatrique. « De nombreux patients, notamment en milieu rural, ne rencontrent qu’exceptionnellement un professionnel de santé qualifié et les soins dont ils ont besoin ne peuvent être poursuivis qu’avec l’aide de ces bénévoles. [Ceux-ci] jouent un rôle essentiel dans la transmission d’informations importantes en matière de santé ».
À Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), où les préjugés ont la vie dure et les porteurs du VIH sont souvent rejetés par la société, une organisation non gouvernementale (ONG) a recours à des bénévoles séropositifs pour prendre soin des autres malades et sensibiliser la communauté au problème du VIH.
Liz Gatley, « On peut vraiment avoir de l’influence, changer les choses »
Photo: Eugene Arries/IRIN
Les médecins des zones rurales comme Zithulele ne regrettent pas seulement les commodités de la vie en ville, ils sont également confrontés à des conditions de travail difficiles et au manque de moyens des établissements de santé. Liz Gatley, jeune femme de 28 ans travaillant à l’hôpital de Zithulele, qui a récemment été désignée médecin rurale de l’année pour la région du Cap oriental, a expliqué à IRIN/PlusNews pourquoi elle avait choisi de rester, contrairement à de nombreux médecins.
Lire l’article
« Nous sommes tous porteurs du VIH. [...] Les bénévoles veillent sur les patients chez eux ou à l’hôpital », a expliqué Jean Lukela responsable de RENOUAC, un réseau national d’organisations communautaires d’aide aux porteurs du VIH. « Nous organisons des repas communautaires dans le but de montrer aux autres qu’ils peuvent manger avec [des séropositifs au VIH] ».
L’organisation d’aide aux malades du sida (The AIDS Support Organization, TASO), l’une des plus anciennes ONG locales d’Ouganda, compte près de 5 000 bénévoles. Selon ses employés, les travailleurs communautaires sont au cœur des activités de l’organisation.
« Cela évite de surcharger les hôpitaux et les dispensaires. Au lieu de conduire ces personnes à l’hôpital, nous les prenons en charge et assurons le suivi chez eux », a dit Moses Batwala, coordinateur médical de TASO. « Ce programme nous permet de rapprocher ces services des citoyens ».
En Ouganda, seulement 56 pour cent des postes de travailleur sanitaire dans le public sont pourvus. Les agents communautaires jouent donc un rôle crucial en comblant ce déficit.
« Les soins à domicile sont importants et se sont avérés efficaces », a dit David Apuuli Kihumuro, directeur général de la Commission ougandaise de lutte contre le sida. « Ce système est cependant trop onéreux. [...] L’État n’a pas les moyens d’en assurer la gestion. Les organisations de la société civile et les ONG le font bien mieux que le gouvernement. »
Mais les ONG sont elles aussi confrontées à des problèmes de financement. Les agents de santé communautaires – qui sont souvent aussi pauvres que les personnes dont ils s’occupent – font souvent bien plus que leur devoir et partagent leur repas, achètent à manger pour les malades ou leur payent avec leur propre argent le transport pour qu’ils se rendent au centre de santé.
Manque de soutien
« Nous avons besoin de davantage de soutien. Beaucoup pensent que nous sommes de bons samaritains et que nous n’avons aucun besoin », a dit Mme Makhongo. « Certains d’entre nous ne sont pas du tout payés et ceux qui obtiennent une maigre rétribution doivent la partager avec les patients dont ils ont la charge. »
Mme Makhongo reçoit 2 000 shillings kenyans (environ 24 dollars) par mois pour lui faciliter le travail, mais cette somme est loin de couvrir ses dépenses.
Les bénévoles du RENOUAC, en RDC, disent que les personnes dont ils s’occupent sont si pauvres qu’elles n’ont pas les moyens d’acheter des biens essentiels comme une brosse à dents ou une serviette de toilette, sans parler du transport pour se rendre au centre de santé.
Des études montrent que le transfert des tâches – à savoir la délégation de certaines tâches qui étaient effectuées par des médecins à du personnel moins qualifié comme les équipes de soins de santé primaire et les agents de santé communautaires – donne des résultats de qualité à moindre coût. Ce système peut constituer une réponse viable au déficit de professionnels de santé en Afrique, mais quelques difficultés restent à surmonter, notamment la mise en place d’une formation et de financements adaptés s’inscrivant dans la durée pour les agents de santé communautaires.
« C’est un problème, car quand les bailleurs de fonds entendent le mot “bénévole”, ils s’attendent à ce que ces personnes travaillent et donnent de leur temps sans rien recevoir en retour », a dit une animatrice de santé swazie qui a préféré garder l’anonymat.
« Nous avons des bénévoles riches venant de la ville qui peuvent travailler sans indemnité, mais la plupart des femmes – les bénévoles en milieu rural sont principalement des femmes – sont en situation d’extrême pauvreté », a-t-elle ajouté. « Elles n’utilisent pas ces rémunérations comme un revenu, mais elles en ont besoin pour payer les trajets en bus, qui peuvent coûter cher, et pour le déjeuner. Je connais plusieurs bénévoles qui achètent des couvertures et des produits de première nécessité comme des baignoires ou même de la nourriture pour les patients atteints du sida qui sont incapables de sortir de chez eux. »
Par ailleurs, leur travail est souvent pénible physiquement. « Je dois aller au ruisseau avec deux bidons de 20 litres et les remplir d’eau pour Mme Simelane. Elle est trop faible pour s’en charger et ses enfants sont trop petits pour soulever les bidons. C’est à plus d’un kilomètre et, heureusement, j’ai une brouette. Mais c’est difficile de monter la côte avec ces bidons », a dit en riant Agnes Tshabalala, agente de santé bénévole dans la région de Manzini, au centre du Swaziland.
Mme Mathu a fait remarquer que la durabilité et le succès des services offerts par les agents de santé communautaires dépendaient de la formation et du soutien dont ils bénéficiaient.
« Le bénévolat total ne fonctionne pas du tout », a-t-elle dit. « Il faut leur faciliter le travail, leur apporter un soutien matériel et développer sans cesse leurs compétences pour améliorer la qualité des soins qu’ils prodiguent. »
jh/ko/so/sw/kn/kr/rz
Theme (s)
:
Economie
,
Démocratie et gouvernance
,
Santé et nutrition
,
VIH/SIDA (PlusNews)
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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KAMPALA/KINSHASA/MBABANE/NAIROBI, 22 août 2012 (IRIN) - Les médecins, les infirmiers, les militants et les décideurs jouent tous un rôle essentiel dans les programmes de lutte contre le VIH en Afrique. Il ne faut cependant pas oublier qu’ils bénéficient du soutien sans faille de toute une armée d’agents de santé communautaires, salariés ou bénévoles, qui prennent soin des malades.
« J’ai eu une patiente qui délirait et qui m’a mordue. Elle était séropositive au VIH et elle aurait pu me contaminer si je n’étais pas déjà porteuse du virus. C’était terrifiant », s’est souvenue Thab’sile Ndlovu, une bénévole qui aide les personnes atteintes du VIH dans une zone rurale proche de Siphofaneni, dans le centre du Swaziland. « Le lendemain, j’ai été pourchassée par un taureau alors que je faisais ma tournée dans le coin et une semaine plus tôt, j’avais été mordue par un chien dans une ferme. »
Les fournisseurs de soins communautaires ne se contentent pas de vérifier que les patients ont suffisamment d’antirétroviraux (ARV), médicaments qui empêchent la réplication du virus. Caroline Makhongo, agente de santé communautaire à Samia, un district rural de l’ouest du Kenya, explique qu’elle rend quotidiennement visite à ses voisins malades, qu’elle s’occupe d’eux, qu’elle aide certains patients à aller à l’hôpital, qu’elle donne des conférences au dispensaire local et qu’elle va voir les patients qui ne se sont pas présentés au centre de santé comme ils doivent le faire régulièrement.
« C’est quelque chose que l’on fait parce que l’on veut aider », a dit Mme Makhongo. « Sans [les agents de santé communautaires], de nombreuses personnes mourraient du VIH, car elles ne finiraient pas leur traitement, et les personnes ayant recours aux services de planification familiale seraient encore moins nombreuses, mais nous expliquons tout cela [à la communauté] et les améliorations sont visibles. »
La journée mondiale de l’aide humanitaire
, célébrée le 19 août, rend hommage aux travailleurs humanitaires comme Mme Ndlovu et Mme Makhongo, qui font souvent d’énormes sacrifices personnels pour servir autrui.
Combler un déficit
La crise financière au Swaziland, qui va en s’aggravant, a eu de graves répercussions sur le système de santé. Les
infirmiers
se mettent régulièrement en grève pour manifester contre le manque de sécurité au travail et la faiblesse des salaires. Dans ce contexte, les Swazis dépendent de plus en plus des bénévoles communautaires pour combler les lacunes du secteur de la santé publique.
Au Kenya, plus de 10 000 postes d’agents de santé de proximité ont été pourvus dans les communautés pour pallier au manque de professionnels de la santé. Ils ont permis d’étendre les programmes de lutte contre le VIH comme les services de consultation volontaire et de conseil en matière d’observation des prescriptions d’ARV.
« Le rôle des agents de santé communautaires est particulièrement crucial en ce qui concerne les services de santé de base, car les professionnels de santé qualifiés ne sont souvent pas assez nombreux dans les pays pauvres », a dit à IRIN Lucy Mathu, conseillère dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant pour la fondation Elizabeth Glaser pour la lutte contre le sida pédiatrique. « De nombreux patients, notamment en milieu rural, ne rencontrent qu’exceptionnellement un professionnel de santé qualifié et les soins dont ils ont besoin ne peuvent être poursuivis qu’avec l’aide de ces bénévoles. [Ceux-ci] jouent un rôle essentiel dans la transmission d’informations importantes en matière de santé ».
À Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), où les préjugés ont la vie dure et les porteurs du VIH sont souvent rejetés par la société, une organisation non gouvernementale (ONG) a recours à des bénévoles séropositifs pour prendre soin des autres malades et sensibiliser la communauté au problème du VIH.
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En Ouganda, seulement 56 pour cent des postes de travailleur sanitaire dans le public sont pourvus. Les agents communautaires jouent donc un rôle crucial en comblant ce déficit.
« Les soins à domicile sont importants et se sont avérés efficaces », a dit David Apuuli Kihumuro, directeur général de la Commission ougandaise de lutte contre le sida. « Ce système est cependant trop onéreux. [...] L’État n’a pas les moyens d’en assurer la gestion. Les organisations de la société civile et les ONG le font bien mieux que le gouvernement. »
Mais les ONG sont elles aussi confrontées à des problèmes de financement. Les agents de santé communautaires – qui sont souvent aussi pauvres que les personnes dont ils s’occupent – font souvent bien plus que leur devoir et partagent leur repas, achètent à manger pour les malades ou leur payent avec leur propre argent le transport pour qu’ils se rendent au centre de santé.
Manque de soutien
« Nous avons besoin de davantage de soutien. Beaucoup pensent que nous sommes de bons samaritains et que nous n’avons aucun besoin », a dit Mme Makhongo. « Certains d’entre nous ne sont pas du tout payés et ceux qui obtiennent une maigre rétribution doivent la partager avec les patients dont ils ont la charge. »
Mme Makhongo reçoit 2 000 shillings kenyans (environ 24 dollars) par mois pour lui faciliter le travail, mais cette somme est loin de couvrir ses dépenses.
Les bénévoles du RENOUAC, en RDC, disent que les personnes dont ils s’occupent sont si pauvres qu’elles n’ont pas les moyens d’acheter des biens essentiels comme une brosse à dents ou une serviette de toilette, sans parler du transport pour se rendre au centre de santé.
Des études montrent que le transfert des tâches – à savoir la délégation de certaines tâches qui étaient effectuées par des médecins à du personnel moins qualifié comme les équipes de soins de santé primaire et les agents de santé communautaires – donne des résultats de qualité à moindre coût. Ce système peut constituer une réponse viable au déficit de professionnels de santé en Afrique, mais quelques difficultés restent à surmonter, notamment la mise en place d’une formation et de financements adaptés s’inscrivant dans la durée pour les agents de santé communautaires.
« C’est un problème, car quand les bailleurs de fonds entendent le mot “bénévole”, ils s’attendent à ce que ces personnes travaillent et donnent de leur temps sans rien recevoir en retour », a dit une animatrice de santé swazie qui a préféré garder l’anonymat.
« Nous avons des bénévoles riches venant de la ville qui peuvent travailler sans indemnité, mais la plupart des femmes – les bénévoles en milieu rural sont principalement des femmes – sont en situation d’extrême pauvreté », a-t-elle ajouté. « Elles n’utilisent pas ces rémunérations comme un revenu, mais elles en ont besoin pour payer les trajets en bus, qui peuvent coûter cher, et pour le déjeuner. Je connais plusieurs bénévoles qui achètent des couvertures et des produits de première nécessité comme des baignoires ou même de la nourriture pour les patients atteints du sida qui sont incapables de sortir de chez eux. »
Par ailleurs, leur travail est souvent pénible physiquement. « Je dois aller au ruisseau avec deux bidons de 20 litres et les remplir d’eau pour Mme Simelane. Elle est trop faible pour s’en charger et ses enfants sont trop petits pour soulever les bidons. C’est à plus d’un kilomètre et, heureusement, j’ai une brouette. Mais c’est difficile de monter la côte avec ces bidons », a dit en riant Agnes Tshabalala, agente de santé bénévole dans la région de Manzini, au centre du Swaziland.
Mme Mathu a fait remarquer que la durabilité et le succès des services offerts par les agents de santé communautaires dépendaient de la formation et du soutien dont ils bénéficiaient.
« Le bénévolat total ne fonctionne pas du tout », a-t-elle dit. « Il faut leur faciliter le travail, leur apporter un soutien matériel et développer sans cesse leurs compétences pour améliorer la qualité des soins qu’ils prodiguent. »
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