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Mo Farah, Haile Gebreselassie et Pelé appellent à l’adoption de mesures énergiques pour combattre la faim
LONDRES, 15 août 2012 (IRIN) - Dimanche en fin d’après-midi, dans le centre de Londres, alors que des ouvriers s’affairaient à ranger les barrières du marathon olympique et que la foule se dirigeait vers la cérémonie de clôture des Jeux, un petit groupe s’est réuni dans le bureau du premier ministre britannique.
Malgré la présence de ministres, de premiers ministres et de chefs d’entreprises et d’organisations internationales, toute l’attention était concentrée sur trois personnalités minces et souriantes : Haile Gebreselassie, le coureur de fond éthiopien, Pelé, la légende du football brésilien, et l’athlète britannique d’origine somalienne Mo Farah, qui a obtenu deux médailles d’or lors des derniers Jeux.
Les trois hommes sont nés dans des pays pauvres et sont issus de familles modestes – M. Gebreselassie courrait pieds nus et Pelé fabriquait des ballons de football avec des journaux et de vieilles chaussettes –, mais ils ont eu la chance de devenir des hommes forts, intelligents et capables de réaliser leur potentiel sportif. L’objectif de la réunion de Downing Street était de débattre des actions possibles pour venir en aide aux nombreux enfants qui n’auront pas cette chance et qui garderont à jamais les séquelles d’un manque de nourriture appropriée dans les premières années de vie.
Mettre en valeur le potentiel des enfants
La réunion était co-organisée par le premier ministre britannique David Cameron et le vice-président brésilien Michel Temer, qui ont dit dans une déclaration commune : « En tant qu’hôtes actuel et futur des Jeux olympiques, nous partageons la passion de renforcer le potentiel de tout un chacun. Cela commence par une bonne nutrition et le contrôle des maladies durant la petite enfance. C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un appel aux gouvernements, aux organisations de la société civile et au secteur privé afin qu’ils s’empressent de venir en aide aux 170 millions d’enfants qui souffrent de malnutrition dans le monde. »
La réunion ne traitait pas des problèmes bien visibles de la famine et de l’inanition, mais plutôt de la faim constante et quotidienne. Elle avait été organisée à la demande pressante de plusieurs organisations, dont l’UNICEF. « La sous-alimentation dans les mille premiers jours de vie a un effet dévastateur permanent et irréversible sur le développement physique et cognitif [de l’enfant]. Lorsque cela se produit, il est impossible de revenir en arrière. Dans plusieurs pays, la majorité des enfants présentent un retard de croissance. Cela freine non seulement leur développement, mais aussi [celui] de leur pays », a dit à IRIN David Bull, directeur de l’UNICEF au Royaume-Uni.
« L’OMS [Organisation mondiale de la santé] a fixé comme objectif de réduire de 70 millions le nombre de cas de retards de croissance à l’horizon 2025, mais nous devons en faire plus et agir le plus rapidement possible. Chaque jour, davantage d’enfants subissent des séquelles irréversibles. »
La malnutrition est la cause profonde d’un tiers des décès d’enfants dans le monde, estime l’organisation Save the Children, qui a publié en février un
rapport
sur le coût caché des retards de croissance.
Des solutions pratiques
Les organisateurs de l’événement ont tiré parti de la fascination du public pour les Jeux olympiques afin d’attirer son attention sur ce problème trop souvent négligé et de s’assurer de la participation de personnalités importantes. La réunion s’est cependant concentrée sur des solutions pratiques et principalement techniques qui auraient une efficacité élevée pour un coût relativement faible. Ces solutions s’appuient sur des recommandations tirées d’un
rapport
publié en 2008 par The Lancet et qui proposait 13 actions peu coûteuses qui, appliquées dans 36 pays, pourraient permettre de réduire d’un quart la mortalité des enfants de moins de cinq ans.
Les participants à la réunion se sont engagés à soutenir la recherche sur les plantes résistantes à la sécheresse et enrichies en vitamines.
C’est l’une des raisons pour lesquelles des hommes d’affaires, et notamment des représentants d’entreprises spécialisées dans la sélection végétale ou dans l’industrie pharmaceutique, avaient été invités à la réunion. L’introduction d’espèces de plantes plus nourrissantes, comme les patates douces, qui sont riches en vitamine A, et la supplémentation en micronutriments peuvent avoir un effet considérable sur la santé des enfants et leurs capacités d’apprentissage, tout comme le déparasitage systématique des écoliers. GlaxoSmithKline, qui distribue gratuitement de l’albendazole, un médicament anthelminthique, par le biais de l’OMS, faisait partie des entreprises représentées.
Les programmes de réduction de la pauvreté jouent également un rôle essentiel dans l’amélioration de la santé infantile. Le Brésil, co-hôte de l’événement, a pris des mesures ambitieuses et efficaces pour réduire la pauvreté, comme le recours aux transferts de fonds, par exemple. Les enfants brésiliens qui souffrent de la faim sont bien moins nombreux que lorsque Pelé était enfant.
Selon Lawrence Haddad, directeur de l’Institut des études sur le développement (Institute of Development Studies), les pays en voie de développement sont de plus en plus nombreux à adhérer à des initiatives telles que le projet de renforcement de la nutrition (Scaling up Nutrition) des Nations Unies. « Nous devons profiter de cette opportunité pour obtenir des promesses de soutien pour les 27 premiers pays bénéficiaires et faire en sorte qu’il soit difficile pour les bailleurs de fonds de se retirer », a-t-il dit à IRIN.
Éradiquer la faim
Selon M. Haddad, la redevabilité et la transparence – deux éléments à l’ordre du jour de la réunion – sont essentielles. « La sous-nutrition est l’un de ces problèmes qu’il est aisé de négliger et il est souvent difficile de déterminer l’ampleur des dépenses dans ce domaine. Tant que [la sous-nutrition] n’est pas sévère, les symptômes ne sont pas visibles, surtout si tous les enfants du village souffrent d’un retard de croissance. Il s’agit par ailleurs d’un problème interministériel. Personne n’est donc responsable d’en suivre l’évolution. [Cet événement] a donc pour but de renforcer la visibilité [du problème] de la nutrition et des engagements pris en la matière. »
Un autre effet occulte de la malnutrition est son impact économique. La Banque mondiale estime que, dans les pays en développement, la malnutrition réduit le revenu annuel de deux à trois pour cent.
L’année prochaine, M. Cameron présidera le G8. La dernière fois que le Royaume-Uni a pris la tête de ce groupe de pays riches, il a fait de la réduction de la dette des pays en développement son cheval de bataille, stimulé par la campagne « Make poverty history », dont l’objectif était d’éradiquer la pauvreté et qui battait son plein dans l’ensemble du pays.
Avant la réunion, le gouvernement britannique minimisait le lien entre sa prochaine présidence et l’événement de ce week-end. Pourtant, selon un délégué, M. Cameron a confirmé aux participants qu’il comptait se servir du G8 pour « faire avancer » la question de la malnutrition et de l’alimentation. Les groupes militants considèrent déjà cette tribune et la nomination de M. Cameron comme coprésident du panel du programme de développement des Nations Unies pour l’après-2015 comme une occasion de mettre sur pied une nouvelle campagne et d’essayer d’éradiquer la faim.
eb/rz-gd/amz
Theme (s)
:
Economie
,
Sécurité alimentaire
,
Démocratie et gouvernance
,
Santé et nutrition
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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LONDRES, 15 août 2012 (IRIN) - Dimanche en fin d’après-midi, dans le centre de Londres, alors que des ouvriers s’affairaient à ranger les barrières du marathon olympique et que la foule se dirigeait vers la cérémonie de clôture des Jeux, un petit groupe s’est réuni dans le bureau du premier ministre britannique.
Malgré la présence de ministres, de premiers ministres et de chefs d’entreprises et d’organisations internationales, toute l’attention était concentrée sur trois personnalités minces et souriantes : Haile Gebreselassie, le coureur de fond éthiopien, Pelé, la légende du football brésilien, et l’athlète britannique d’origine somalienne Mo Farah, qui a obtenu deux médailles d’or lors des derniers Jeux.
Les trois hommes sont nés dans des pays pauvres et sont issus de familles modestes – M. Gebreselassie courrait pieds nus et Pelé fabriquait des ballons de football avec des journaux et de vieilles chaussettes –, mais ils ont eu la chance de devenir des hommes forts, intelligents et capables de réaliser leur potentiel sportif. L’objectif de la réunion de Downing Street était de débattre des actions possibles pour venir en aide aux nombreux enfants qui n’auront pas cette chance et qui garderont à jamais les séquelles d’un manque de nourriture appropriée dans les premières années de vie.
Mettre en valeur le potentiel des enfants
La réunion était co-organisée par le premier ministre britannique David Cameron et le vice-président brésilien Michel Temer, qui ont dit dans une déclaration commune : « En tant qu’hôtes actuel et futur des Jeux olympiques, nous partageons la passion de renforcer le potentiel de tout un chacun. Cela commence par une bonne nutrition et le contrôle des maladies durant la petite enfance. C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un appel aux gouvernements, aux organisations de la société civile et au secteur privé afin qu’ils s’empressent de venir en aide aux 170 millions d’enfants qui souffrent de malnutrition dans le monde. »
La réunion ne traitait pas des problèmes bien visibles de la famine et de l’inanition, mais plutôt de la faim constante et quotidienne. Elle avait été organisée à la demande pressante de plusieurs organisations, dont l’UNICEF. « La sous-alimentation dans les mille premiers jours de vie a un effet dévastateur permanent et irréversible sur le développement physique et cognitif [de l’enfant]. Lorsque cela se produit, il est impossible de revenir en arrière. Dans plusieurs pays, la majorité des enfants présentent un retard de croissance. Cela freine non seulement leur développement, mais aussi [celui] de leur pays », a dit à IRIN David Bull, directeur de l’UNICEF au Royaume-Uni.
« L’OMS [Organisation mondiale de la santé] a fixé comme objectif de réduire de 70 millions le nombre de cas de retards de croissance à l’horizon 2025, mais nous devons en faire plus et agir le plus rapidement possible. Chaque jour, davantage d’enfants subissent des séquelles irréversibles. »
La malnutrition est la cause profonde d’un tiers des décès d’enfants dans le monde, estime l’organisation Save the Children, qui a publié en février un
rapport
sur le coût caché des retards de croissance.
Des solutions pratiques
Les organisateurs de l’événement ont tiré parti de la fascination du public pour les Jeux olympiques afin d’attirer son attention sur ce problème trop souvent négligé et de s’assurer de la participation de personnalités importantes. La réunion s’est cependant concentrée sur des solutions pratiques et principalement techniques qui auraient une efficacité élevée pour un coût relativement faible. Ces solutions s’appuient sur des recommandations tirées d’un
rapport
publié en 2008 par The Lancet et qui proposait 13 actions peu coûteuses qui, appliquées dans 36 pays, pourraient permettre de réduire d’un quart la mortalité des enfants de moins de cinq ans.
Les participants à la réunion se sont engagés à soutenir la recherche sur les plantes résistantes à la sécheresse et enrichies en vitamines.
C’est l’une des raisons pour lesquelles des hommes d’affaires, et notamment des représentants d’entreprises spécialisées dans la sélection végétale ou dans l’industrie pharmaceutique, avaient été invités à la réunion. L’introduction d’espèces de plantes plus nourrissantes, comme les patates douces, qui sont riches en vitamine A, et la supplémentation en micronutriments peuvent avoir un effet considérable sur la santé des enfants et leurs capacités d’apprentissage, tout comme le déparasitage systématique des écoliers. GlaxoSmithKline, qui distribue gratuitement de l’albendazole, un médicament anthelminthique, par le biais de l’OMS, faisait partie des entreprises représentées.
Les programmes de réduction de la pauvreté jouent également un rôle essentiel dans l’amélioration de la santé infantile. Le Brésil, co-hôte de l’événement, a pris des mesures ambitieuses et efficaces pour réduire la pauvreté, comme le recours aux transferts de fonds, par exemple. Les enfants brésiliens qui souffrent de la faim sont bien moins nombreux que lorsque Pelé était enfant.
Selon Lawrence Haddad, directeur de l’Institut des études sur le développement (Institute of Development Studies), les pays en voie de développement sont de plus en plus nombreux à adhérer à des initiatives telles que le projet de renforcement de la nutrition (Scaling up Nutrition) des Nations Unies. « Nous devons profiter de cette opportunité pour obtenir des promesses de soutien pour les 27 premiers pays bénéficiaires et faire en sorte qu’il soit difficile pour les bailleurs de fonds de se retirer », a-t-il dit à IRIN.
Éradiquer la faim
Selon M. Haddad, la redevabilité et la transparence – deux éléments à l’ordre du jour de la réunion – sont essentielles. « La sous-nutrition est l’un de ces problèmes qu’il est aisé de négliger et il est souvent difficile de déterminer l’ampleur des dépenses dans ce domaine. Tant que [la sous-nutrition] n’est pas sévère, les symptômes ne sont pas visibles, surtout si tous les enfants du village souffrent d’un retard de croissance. Il s’agit par ailleurs d’un problème interministériel. Personne n’est donc responsable d’en suivre l’évolution. [Cet événement] a donc pour but de renforcer la visibilité [du problème] de la nutrition et des engagements pris en la matière. »
Un autre effet occulte de la malnutrition est son impact économique. La Banque mondiale estime que, dans les pays en développement, la malnutrition réduit le revenu annuel de deux à trois pour cent.
L’année prochaine, M. Cameron présidera le G8. La dernière fois que le Royaume-Uni a pris la tête de ce groupe de pays riches, il a fait de la réduction de la dette des pays en développement son cheval de bataille, stimulé par la campagne « Make poverty history », dont l’objectif était d’éradiquer la pauvreté et qui battait son plein dans l’ensemble du pays.
Avant la réunion, le gouvernement britannique minimisait le lien entre sa prochaine présidence et l’événement de ce week-end. Pourtant, selon un délégué, M. Cameron a confirmé aux participants qu’il comptait se servir du G8 pour « faire avancer » la question de la malnutrition et de l’alimentation. Les groupes militants considèrent déjà cette tribune et la nomination de M. Cameron comme coprésident du panel du programme de développement des Nations Unies pour l’après-2015 comme une occasion de mettre sur pied une nouvelle campagne et d’essayer d’éradiquer la faim.
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