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lundi 20 mai 2013
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TCHAD: Les réfugiés oubliés du Darfour
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Pierre Peron/OCHA
« On ne délivre pas d’acte de naissance aux enfants de réfugiés soudanais »
GOZ BEÏDA, 14 août 2012 (IRIN) - Dix ans après avoir fui les violences qui secouaient la région soudanaise du Darfour, Abdulla Juma Abubakr n’a pas l’intention de rentrer chez lui.
Après avoir quitté la ville d’El-Geneina, au Darfour-Ouest, en 2002, il a d’abord passé deux ans dans un camp du côté soudanais de la frontière avant de s’installer à Djabal, un camp de réfugiés de la région de Goz Beïda, dans l’est du Tchad.
« Avec ce que j’ai vu lorsque nous sommes partis, la façon dont les gens se faisaient tuer, les mosquées incendier... je ne peux pas imaginer de rentrer », a dit à IRIN M. Abubakr, qui est devenu l’un des représentants des réfugiés dans le camp. « Je sais que d’autres personnes rentrent chez elles, mais moi je ne peux pas. J’ai toujours des proches au Darfour, mais je ne peux pas être sûr d’être en sécurité si je rentre. »
Bon nombre des 18 000 réfugiés du camp, dont la plupart viennent du Darfour, sont réticents à l’idée de rentrer chez eux.
« Les réfugiés du Darfour ont posé de nombreuses conditions à leur retour, notamment la sécurité et la récupération de leur propriété et de leur terre », a dit à IRIN Aminata Gueye, représentante du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Tchad.
« Nous travaillions à la mise en place d’un mécanisme tripartite en vue d’un éventuel rapatriement, mais tant que la situation ne s’améliore pas, ils ne rentreront pas. Nous espérions faciliter le retour de certains réfugiés, principalement des Masalit, en 2013. » Les Masalit sont un groupe ethnique non-arabe vivant dans certaines régions du Soudan et du Tchad.
« Nous espérons toujours [que les réfugiés] rentrent [chez eux], car c’est la première solution durable. La seconde est la réinstallation, mais cette solution est toujours écartée pour des raisons politiques », a ajouté Mme Gueye.
Depuis 2009 et le réchauffement des relations entre le Tchad et le Soudan, le conflit au Darfour s’est déplacé vers l’est, laissant la place à quelques poches de stabilité dans le Darfour-Ouest, a dit à IRIN Jérôme Tubiana, chercheur indépendant. « Quelques PDIP [personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays] et réfugiés sont retournés dans ces zones, mais souvent de manière temporaire, car la situation en matière de sécurité est toujours très instable. »
On estime que le Darfour compte actuellement
1,7 million de PDIP
enregistrés dans des camps, tandis qu’environ 264 000
réfugiés soudanais
seraient hébergés dans l’est du Tchad.
Chaque semaine, des réfugiés rentrent chez eux puis reviennent, a dit à IRIN Saudi Hassan, responsable du bureau de la Commission nationale d’accueil et de réinsertion des réfugiés et des rapatriés (CNARR) à Goz Beïda. « Ils sont informés en temps réel. Environ 95 pour cent d’entre eux ne veulent pas rentrer chez eux. Ils disent que leur terre est occupée par des étrangers, que les infrastructures sont moins bonnes que dans les camps de réfugiés, qu’il y a toujours des camps de PDIP au Darfour et ils demandent “comment pouvons-nous rentrer chez nous, alors ?” »
Oubliés
Depuis 2010, le Darfour a pratiquement disparu de l’agenda international, commente un rapport publié en juillet par Small Arms Survey et intitulé
Forgotten Darfur: Old Tactics and New Players
(Le Darfour oublié : anciennes tactiques et nouveaux acteurs). « Si plusieurs régions du Darfour sont manifestement plus pacifiques depuis 2009 – notamment depuis que le conflit s’est déplacé vers l’est, s’éloignant du Darfour-Ouest et de la frontière soudano-tchadienne – les forces armées et les milices soudanaises ont mené des offensives vigoureuses fin 2010 et début 2011. »
Photo:
Pierre Peron/OCHA
Les réfugiés du Darfour ont posé de nombreuses conditions à leur retour, notamment la sécurité
Selon le rapport, ces offensives ont été appuyées par des frappes et des bombardements aériens visant les groupes rebelles et les civils zaghawa dans presque tout l’est du Darfour.
Selon le rapport, les premiers affrontements au Darfour ont éclaté entre 2003 et 2005 avec l’attaque de groupes non arabes accusés de soutenir une rébellion antigouvernementale par des milices abbala (éleveurs de dromadaires) à majorité arabe. Mais la “nouvelle” guerre qui a débuté dans l’est du Darfour entre fin 2010 et début 2011 oppose des groupes non arabes entre eux, notamment des milices soutenues par le gouvernement et formées de membres de petits groupes non arabes autrefois marginalisés comme les Bergid, les Berti, et les Tunjur, qui affrontent les groupes rebelles et les communautés Zaghawa. »
Dans le camp de Djabal, dans l’est du Tchad, les réfugiés darfouriens se sentent de plus en plus oubliés, a dit M. Abubakr à IRIN. « Les deux premières années suivant notre arrivée [au camp], on nous accordait beaucoup d’attention. Maintenant, on ne nous rend plus visite. C’est comme si personne ne se souciait de nous. Avant, des organisations étaient venues et avaient mis sur pied des écoles... Puis on nous a dit que c’était à nous de nous occuper de l’enseignement élémentaire et maintenant, il n’y a plus d’établissement préscolaire au camp ».
« Lorsque nous sommes arrivés, tous les réfugiés étaient vulnérables. Maintenant, ils ne donnent une aide non alimentaire qu’aux plus vulnérables, comme si le reste d’entre nous avait un emploi », a-t-il remarqué.
Les enfants de réfugiés soudanais sont confrontés à d’autres risques. « On ne [leur] délivre pas d’acte de naissance, alors qu’aux enfants originaires de RCA [République centrafricaine], si », a dit Mme Gueye, du HCR. « Ces enfants n’ont pas choisi de naître dans ce pays ». L’absence d’acte de naissance peut les empêcher de passer des examens et quand ils rentreront dans leur pays, il est possible qu’ils n’y soient pas reconnus, a-t-elle expliqué.
Les enfants de réfugiés soudanais se voient délivrer des déclarations de naissance, qui ne sont pas des documents reconnus. Mais selon la CNARR, des efforts sont déployés pour leur permettre d’obtenir des actes de naissance.
Selon le HCR, les réfugiés ont difficilement accès au système de justice classique pour des raisons culturelles. Les réfugiés doivent par exemple payer le « dadia », une amende imposée pour des violences ayant entraîné la mort. Si quelqu’un ne peut pas payer, il est tué avec toute sa famille. Les efforts menés pour mettre en place des tribunaux mobiles ont été entravés par les conditions de vie difficiles qui font que les fonctionnaires et les avocats rechignent à travailler dans les camps. De nombreuses affaires sont également en suspens, des fonctionnaires ayant fait l’objet de menaces.
Touchés par la crise alimentaire
La
crise alimentaire qui frappe le Sahel
n’a pas épargné les réfugiés. Dans certaines zones de l’est du Tchad, les réfugiés dépendent en grande partie de l’aide humanitaire, une ration complète de 2 100 kcal fournie par le Programme alimentaire mondial par le biais du HCR, et n’ont pas la possibilité de cultiver. Les réfugiés du sud ont quant à eux accès à des terres pour cultiver et reçoivent une demi-ration.
« Cela transparaît dans leur état nutritionnel : le taux de MAG [malnutrition aiguë globale] est supérieur dans les camps de l’Est par rapport à ceux [du Sud], exception faite du camp de Dosseye, » a dit Prosper Kabi Dibidibi, responsable de la santé publique pour le HCR au Tchad.
La situation des réfugiés dans l’est du Tchad comme ailleurs est cependant considérée comme meilleure que celle des communautés d’accueil des régions reculées dans lesquelles se situent les camps. « Si vous comparez les réfugiés aux populations d’accueil et aux PDIP, ce sont les moins à plaindre. Ce ne sont pas les plus touchés par l’insécurité alimentaire qui sévit dans la région », a dit M. Hassan, de la CNARR.
Or cette année, les moyens du HCR pour le Tchad ont été considérablement réduits et pourraient encore diminuer en 2013, a dit Mme Gueye. « Lorsque le plan d’action [face à la crise au Sahel] a été présenté, ils n’ont pas pris en compte les réfugiés, car ils ont dit que le HCR était là. Une réponse harmonisée à la crise est nécessaire et les réfugiés ne devraient pas en être exclus. »
aw/rz-ld/ag/amz
Theme (s)
:
Paix et sécurité
,
Réfugiés et déplacés
,
Sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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« On ne délivre pas d’acte de naissance aux enfants de réfugiés soudanais »
GOZ BEÏDA, 14 août 2012 (IRIN) - Dix ans après avoir fui les violences qui secouaient la région soudanaise du Darfour, Abdulla Juma Abubakr n’a pas l’intention de rentrer chez lui.
Après avoir quitté la ville d’El-Geneina, au Darfour-Ouest, en 2002, il a d’abord passé deux ans dans un camp du côté soudanais de la frontière avant de s’installer à Djabal, un camp de réfugiés de la région de Goz Beïda, dans l’est du Tchad.
« Avec ce que j’ai vu lorsque nous sommes partis, la façon dont les gens se faisaient tuer, les mosquées incendier... je ne peux pas imaginer de rentrer », a dit à IRIN M. Abubakr, qui est devenu l’un des représentants des réfugiés dans le camp. « Je sais que d’autres personnes rentrent chez elles, mais moi je ne peux pas. J’ai toujours des proches au Darfour, mais je ne peux pas être sûr d’être en sécurité si je rentre. »
Bon nombre des 18 000 réfugiés du camp, dont la plupart viennent du Darfour, sont réticents à l’idée de rentrer chez eux.
« Les réfugiés du Darfour ont posé de nombreuses conditions à leur retour, notamment la sécurité et la récupération de leur propriété et de leur terre », a dit à IRIN Aminata Gueye, représentante du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Tchad.
« Nous travaillions à la mise en place d’un mécanisme tripartite en vue d’un éventuel rapatriement, mais tant que la situation ne s’améliore pas, ils ne rentreront pas. Nous espérions faciliter le retour de certains réfugiés, principalement des Masalit, en 2013. » Les Masalit sont un groupe ethnique non-arabe vivant dans certaines régions du Soudan et du Tchad.
« Nous espérons toujours [que les réfugiés] rentrent [chez eux], car c’est la première solution durable. La seconde est la réinstallation, mais cette solution est toujours écartée pour des raisons politiques », a ajouté Mme Gueye.
Depuis 2009 et le réchauffement des relations entre le Tchad et le Soudan, le conflit au Darfour s’est déplacé vers l’est, laissant la place à quelques poches de stabilité dans le Darfour-Ouest, a dit à IRIN Jérôme Tubiana, chercheur indépendant. « Quelques PDIP [personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays] et réfugiés sont retournés dans ces zones, mais souvent de manière temporaire, car la situation en matière de sécurité est toujours très instable. »
On estime que le Darfour compte actuellement
1,7 million de PDIP
enregistrés dans des camps, tandis qu’environ 264 000
réfugiés soudanais
seraient hébergés dans l’est du Tchad.
Chaque semaine, des réfugiés rentrent chez eux puis reviennent, a dit à IRIN Saudi Hassan, responsable du bureau de la Commission nationale d’accueil et de réinsertion des réfugiés et des rapatriés (CNARR) à Goz Beïda. « Ils sont informés en temps réel. Environ 95 pour cent d’entre eux ne veulent pas rentrer chez eux. Ils disent que leur terre est occupée par des étrangers, que les infrastructures sont moins bonnes que dans les camps de réfugiés, qu’il y a toujours des camps de PDIP au Darfour et ils demandent “comment pouvons-nous rentrer chez nous, alors ?” »
Oubliés
Depuis 2010, le Darfour a pratiquement disparu de l’agenda international, commente un rapport publié en juillet par Small Arms Survey et intitulé
Forgotten Darfur: Old Tactics and New Players
(Le Darfour oublié : anciennes tactiques et nouveaux acteurs). « Si plusieurs régions du Darfour sont manifestement plus pacifiques depuis 2009 – notamment depuis que le conflit s’est déplacé vers l’est, s’éloignant du Darfour-Ouest et de la frontière soudano-tchadienne – les forces armées et les milices soudanaises ont mené des offensives vigoureuses fin 2010 et début 2011. »
Photo:
Pierre Peron/OCHA
Les réfugiés du Darfour ont posé de nombreuses conditions à leur retour, notamment la sécurité
Selon le rapport, ces offensives ont été appuyées par des frappes et des bombardements aériens visant les groupes rebelles et les civils zaghawa dans presque tout l’est du Darfour.
Selon le rapport, les premiers affrontements au Darfour ont éclaté entre 2003 et 2005 avec l’attaque de groupes non arabes accusés de soutenir une rébellion antigouvernementale par des milices abbala (éleveurs de dromadaires) à majorité arabe. Mais la “nouvelle” guerre qui a débuté dans l’est du Darfour entre fin 2010 et début 2011 oppose des groupes non arabes entre eux, notamment des milices soutenues par le gouvernement et formées de membres de petits groupes non arabes autrefois marginalisés comme les Bergid, les Berti, et les Tunjur, qui affrontent les groupes rebelles et les communautés Zaghawa. »
Dans le camp de Djabal, dans l’est du Tchad, les réfugiés darfouriens se sentent de plus en plus oubliés, a dit M. Abubakr à IRIN. « Les deux premières années suivant notre arrivée [au camp], on nous accordait beaucoup d’attention. Maintenant, on ne nous rend plus visite. C’est comme si personne ne se souciait de nous. Avant, des organisations étaient venues et avaient mis sur pied des écoles... Puis on nous a dit que c’était à nous de nous occuper de l’enseignement élémentaire et maintenant, il n’y a plus d’établissement préscolaire au camp ».
« Lorsque nous sommes arrivés, tous les réfugiés étaient vulnérables. Maintenant, ils ne donnent une aide non alimentaire qu’aux plus vulnérables, comme si le reste d’entre nous avait un emploi », a-t-il remarqué.
Les enfants de réfugiés soudanais sont confrontés à d’autres risques. « On ne [leur] délivre pas d’acte de naissance, alors qu’aux enfants originaires de RCA [République centrafricaine], si », a dit Mme Gueye, du HCR. « Ces enfants n’ont pas choisi de naître dans ce pays ». L’absence d’acte de naissance peut les empêcher de passer des examens et quand ils rentreront dans leur pays, il est possible qu’ils n’y soient pas reconnus, a-t-elle expliqué.
Les enfants de réfugiés soudanais se voient délivrer des déclarations de naissance, qui ne sont pas des documents reconnus. Mais selon la CNARR, des efforts sont déployés pour leur permettre d’obtenir des actes de naissance.
Selon le HCR, les réfugiés ont difficilement accès au système de justice classique pour des raisons culturelles. Les réfugiés doivent par exemple payer le « dadia », une amende imposée pour des violences ayant entraîné la mort. Si quelqu’un ne peut pas payer, il est tué avec toute sa famille. Les efforts menés pour mettre en place des tribunaux mobiles ont été entravés par les conditions de vie difficiles qui font que les fonctionnaires et les avocats rechignent à travailler dans les camps. De nombreuses affaires sont également en suspens, des fonctionnaires ayant fait l’objet de menaces.
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La
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n’a pas épargné les réfugiés. Dans certaines zones de l’est du Tchad, les réfugiés dépendent en grande partie de l’aide humanitaire, une ration complète de 2 100 kcal fournie par le Programme alimentaire mondial par le biais du HCR, et n’ont pas la possibilité de cultiver. Les réfugiés du sud ont quant à eux accès à des terres pour cultiver et reçoivent une demi-ration.
« Cela transparaît dans leur état nutritionnel : le taux de MAG [malnutrition aiguë globale] est supérieur dans les camps de l’Est par rapport à ceux [du Sud], exception faite du camp de Dosseye, » a dit Prosper Kabi Dibidibi, responsable de la santé publique pour le HCR au Tchad.
La situation des réfugiés dans l’est du Tchad comme ailleurs est cependant considérée comme meilleure que celle des communautés d’accueil des régions reculées dans lesquelles se situent les camps. « Si vous comparez les réfugiés aux populations d’accueil et aux PDIP, ce sont les moins à plaindre. Ce ne sont pas les plus touchés par l’insécurité alimentaire qui sévit dans la région », a dit M. Hassan, de la CNARR.
Or cette année, les moyens du HCR pour le Tchad ont été considérablement réduits et pourraient encore diminuer en 2013, a dit Mme Gueye. « Lorsque le plan d’action [face à la crise au Sahel] a été présenté, ils n’ont pas pris en compte les réfugiés, car ils ont dit que le HCR était là. Une réponse harmonisée à la crise est nécessaire et les réfugiés ne devraient pas en être exclus. »
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