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Attila JANDI/Shutterstock
De nombreuses femmes bédouines ne sont pas enregistrées officiellement
LE CAIRE, 21 juillet 2012 (IRIN) - Peu de Bédouins de la péninsule du Sinaï, en Égypte, pensent à enregistrer leur mariage. Une feuille de palmier offerte par le père de la mariée à son beau-fils suffit à sceller cette union dont la famille et les aînés de la tribu sont les témoins.
Mais ne pas posséder de certificat de mariage ou de carte d’identité peut être source de nombreux inconvénients. Les personnes ne disposant pas de papiers officiels ne peuvent pas bénéficier des services publics. C’est le cas de Talal Rashid, un homme de 42 ans, sans-papiers, qui peine à obtenir des soins de santé pour sa femme et une éducation pour ses enfants.
Les enfants bédouins ne peuvent s’inscrire à l’école que sur présentation d’un acte de naissance. Aucun des deux enfants (âgés de 15 et 19 ans) de M. Rashid ne peut donc aller à l’école. « Mes enfants me disent qu’une éducation leur aurait permis d’avoir de meilleures opportunités dans la vie », a dit M. Rashid. « Je suis désolé pour eux, car ils payent le prix de mes propres erreurs. »
Si M. Rashid veut emmener sa femme au centre médical, situé à 6 km, il doit demander à son beau-frère de les accompagner. « Si je ne l’emmène pas avec moi, les policiers du poste de contrôle qui se trouve sur le chemin du centre médical vont m’arrêter et me poser des questions sur ma femme, » a expliqué M. Rashid. « Je n’ai aucun document prouvant mon mariage. Mon beau-frère peut convaincre les policiers que la femme qui m’accompagne est bel et bien mon épouse. »
Les parents de M. Rashid ne l’ont pas déclaré à la naissance. Son père n’était pas enregistré. Les parents de sa femme n’ont pas non plus enregistré leur mariage. Sa femme n’a donc pas de carte d’identité. Sans papiers d’identité, M. Rashid et sa femme n’ont pas accès à l’assurance maladie publique : ils doivent se faire soigner dans le privé et des frais médicaux de dix dollars représentent dix pour cent du revenu mensuel de M. Rashid.
Sans extrait de naissance, il est également impossible de se faire vacciner gratuitement.
Pas de carte de ration
Les sans-papiers sont privés d’importantes subventions de l’État sur certaines denrées alimentaires de première nécessité. Les papiers d’identité donnent droit à une carte de ration permettant d’acheter des denrées alimentaires de base à moindre coût, mais les personnes comme M. Rashid doivent payer l’équivalent de huit dollars pour un sac de farine, au lieu de quatre dollars avec une carte de ration.
Les sans-papiers sont également lésés lorsqu’il s’agit de régler des conflits fonciers. Traditionnellement, il n’existait pas de titres de propriété écrits dans le Sinaï. Quand M. Rashid s’est disputé quelques mètres carrés de terrain avec un voisin il y a quelque temps, il n’a pas pu porter l’affaire devant les tribunaux. « J’ai dû me taire, car je n’ai rien pour prouver mon droit de propriété », s’est lamenté M. Rashid. « Certains de mes voisins savaient que cette portion de terrain m’appartenait, mais le tribunal exige des documents officiels. »
Bakr Sweilam, directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG) El-Gora Community Development Association, basée dans le Sinaï, estime à 70 000 le nombre de Bédouins sans état civil dans la région. Selon lui, ces personnes se marient et ont des enfants, mais le gouvernement ignore leur existence.
Nombre de Bédouines accouchent loin de tout centre médical contrôlé par le gouvernement, où les médecins pourraient directement enregistrer le nouveau-né. Par ailleurs, les couples qui n’enregistrent pas leur mariage ne peuvent pas obtenir d’acte de naissance pour leurs enfants.
« Ces personnes n’apparaissent même pas dans le recensement national de l’Égypte », a remarqué M. Sweilam. « Ils sont là, mais ils ne sont personne pour le gouvernement. »
Les personnes qui n’ont pas de carte d’identité sont exemptées du service militaire, mais de nombreuses autres portes leur sont fermées. Les Bédouins du Sinaï se plaignent depuis longtemps que l’interdiction de travailler dans l’armée ou la police les prive d’une possible source de revenus et représente une discrimination. Ils disent que cette politique permettait à l’ancien régime de les considérer comme des traîtres. Les habitants du Sinaï demandent les mêmes droits et devoirs que les autres Égyptiens.
Obstacles à l’enregistrement
M. Rashid a envisagé de se procurer une carte d’identité, mais c’est une démarche compliquée. Avant de pouvoir faire la demande, ses parents doivent faire enregistrer leur mariage. Le transport pour se rendre au bureau d’enregistrement le plus proche, qui se trouve à 50 km, coûte 66 dollars et il faut ensuite payer les formalités. « Je ne peux pas me permettre de dépenser tout cet argent ».
La plupart des Bédouins ignorent tout de l’enregistrement et de ses avantages et leurs parents ne se sont eux-mêmes jamais fait enregistrer. Le Sinaï est une région que les gouvernements — que ce soit le gouvernement militaire israélien des années 1970 ou tous les gouvernements égyptiens qui lui ont succédé — ont toujours eu du mal à contrôler totalement. Abandonnés par l’État, les Bédouins ont souvent l’impression d’avoir été livrés à eux-mêmes.
Les autorités locales sont conscientes du problème. À un moment donné, elles avaient même commencé à envoyer des agents pour rendre visite aux Bédouins et les aider à s’enregistrer. Mais il semble que l’initiative n’est plus d’actualité et M. Sweilam n’a connaissance d’aucun programme gouvernemental à ce sujet.
Interrogé par IRIN, le ministère de l’Intérieur égyptien n’a pas souhaité faire de commentaires.
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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De nombreuses femmes bédouines ne sont pas enregistrées officiellement
LE CAIRE, 21 juillet 2012 (IRIN) - Peu de Bédouins de la péninsule du Sinaï, en Égypte, pensent à enregistrer leur mariage. Une feuille de palmier offerte par le père de la mariée à son beau-fils suffit à sceller cette union dont la famille et les aînés de la tribu sont les témoins.
Mais ne pas posséder de certificat de mariage ou de carte d’identité peut être source de nombreux inconvénients. Les personnes ne disposant pas de papiers officiels ne peuvent pas bénéficier des services publics. C’est le cas de Talal Rashid, un homme de 42 ans, sans-papiers, qui peine à obtenir des soins de santé pour sa femme et une éducation pour ses enfants.
Les enfants bédouins ne peuvent s’inscrire à l’école que sur présentation d’un acte de naissance. Aucun des deux enfants (âgés de 15 et 19 ans) de M. Rashid ne peut donc aller à l’école. « Mes enfants me disent qu’une éducation leur aurait permis d’avoir de meilleures opportunités dans la vie », a dit M. Rashid. « Je suis désolé pour eux, car ils payent le prix de mes propres erreurs. »
Si M. Rashid veut emmener sa femme au centre médical, situé à 6 km, il doit demander à son beau-frère de les accompagner. « Si je ne l’emmène pas avec moi, les policiers du poste de contrôle qui se trouve sur le chemin du centre médical vont m’arrêter et me poser des questions sur ma femme, » a expliqué M. Rashid. « Je n’ai aucun document prouvant mon mariage. Mon beau-frère peut convaincre les policiers que la femme qui m’accompagne est bel et bien mon épouse. »
Les parents de M. Rashid ne l’ont pas déclaré à la naissance. Son père n’était pas enregistré. Les parents de sa femme n’ont pas non plus enregistré leur mariage. Sa femme n’a donc pas de carte d’identité. Sans papiers d’identité, M. Rashid et sa femme n’ont pas accès à l’assurance maladie publique : ils doivent se faire soigner dans le privé et des frais médicaux de dix dollars représentent dix pour cent du revenu mensuel de M. Rashid.
Sans extrait de naissance, il est également impossible de se faire vacciner gratuitement.
Pas de carte de ration
Les sans-papiers sont privés d’importantes subventions de l’État sur certaines denrées alimentaires de première nécessité. Les papiers d’identité donnent droit à une carte de ration permettant d’acheter des denrées alimentaires de base à moindre coût, mais les personnes comme M. Rashid doivent payer l’équivalent de huit dollars pour un sac de farine, au lieu de quatre dollars avec une carte de ration.
Les sans-papiers sont également lésés lorsqu’il s’agit de régler des conflits fonciers. Traditionnellement, il n’existait pas de titres de propriété écrits dans le Sinaï. Quand M. Rashid s’est disputé quelques mètres carrés de terrain avec un voisin il y a quelque temps, il n’a pas pu porter l’affaire devant les tribunaux. « J’ai dû me taire, car je n’ai rien pour prouver mon droit de propriété », s’est lamenté M. Rashid. « Certains de mes voisins savaient que cette portion de terrain m’appartenait, mais le tribunal exige des documents officiels. »
Bakr Sweilam, directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG) El-Gora Community Development Association, basée dans le Sinaï, estime à 70 000 le nombre de Bédouins sans état civil dans la région. Selon lui, ces personnes se marient et ont des enfants, mais le gouvernement ignore leur existence.
Nombre de Bédouines accouchent loin de tout centre médical contrôlé par le gouvernement, où les médecins pourraient directement enregistrer le nouveau-né. Par ailleurs, les couples qui n’enregistrent pas leur mariage ne peuvent pas obtenir d’acte de naissance pour leurs enfants.
« Ces personnes n’apparaissent même pas dans le recensement national de l’Égypte », a remarqué M. Sweilam. « Ils sont là, mais ils ne sont personne pour le gouvernement. »
Les personnes qui n’ont pas de carte d’identité sont exemptées du service militaire, mais de nombreuses autres portes leur sont fermées. Les Bédouins du Sinaï se plaignent depuis longtemps que l’interdiction de travailler dans l’armée ou la police les prive d’une possible source de revenus et représente une discrimination. Ils disent que cette politique permettait à l’ancien régime de les considérer comme des traîtres. Les habitants du Sinaï demandent les mêmes droits et devoirs que les autres Égyptiens.
Obstacles à l’enregistrement
M. Rashid a envisagé de se procurer une carte d’identité, mais c’est une démarche compliquée. Avant de pouvoir faire la demande, ses parents doivent faire enregistrer leur mariage. Le transport pour se rendre au bureau d’enregistrement le plus proche, qui se trouve à 50 km, coûte 66 dollars et il faut ensuite payer les formalités. « Je ne peux pas me permettre de dépenser tout cet argent ».
La plupart des Bédouins ignorent tout de l’enregistrement et de ses avantages et leurs parents ne se sont eux-mêmes jamais fait enregistrer. Le Sinaï est une région que les gouvernements — que ce soit le gouvernement militaire israélien des années 1970 ou tous les gouvernements égyptiens qui lui ont succédé — ont toujours eu du mal à contrôler totalement. Abandonnés par l’État, les Bédouins ont souvent l’impression d’avoir été livrés à eux-mêmes.
Les autorités locales sont conscientes du problème. À un moment donné, elles avaient même commencé à envoyer des agents pour rendre visite aux Bédouins et les aider à s’enregistrer. Mais il semble que l’initiative n’est plus d’actualité et M. Sweilam n’a connaissance d’aucun programme gouvernemental à ce sujet.
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