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samedi 18 mai 2013
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MAURITANIE: Des solutions aux grands camps de réfugiés
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Jaspreet Kindra/IRIN
Quid de la qualité de vie de cet enfant malien dans le camp de M’bera, la ville mauritanienne qui croit le plus rapidement ?
BASSIKOUNOU, 5 juillet 2012 (IRIN) - M’bera a été créé il y a à peine cinq mois. Pourtant, ce camp de réfugiés à la frontière malienne est aujourd’hui la quatrième plus grande ville de Mauritanie et peut être comparé (au moins dans les grandes lignes) à l’immense complexe de réfugiés de Dadaab, au Kenya.
Mis sur pied pour accueillir les
personnes fuyant le conflit
qui sévit dans le nord du Mali, ce camp pose des questions de sécurité pour la Mauritanie et pèse lourdement sur l’environnement fragile de la région de Bassikounou, une ville se trouvant à 18 km.
Tout comme à Dadaab, les habitants de la région de M’bera doivent se disputer les rares ressources disponibles avec la population en pleine expansion du camp (plus de 400 personnes arrivent chaque jour). On craint également que le camp de M’bera, à l’instar de Dadaab, soit pris pour cible par des terroristes.
Selon les estimations du gouvernement, le camp de M’bera compte 80 000 habitants. Nouadhibou (anciennement appelée Port-Étienne) et Kiffa, les deuxième et troisième villes du pays, ont chacune une population de 100 000 habitants. « M’bera atteindra probablement les 100 000 [habitants] si le conflit au Mali ne prend pas fin rapidement », a dit Mohamed Abdallah Ould Zeidane, président de la commission nationale chargée des réfugiés maliens en Mauritanie.
La ville de Bassikounou, en revanche, compte moins de 8 000 habitants.
Sécurité
La Mauritanie est le seul
pays du Sahel à avoir ouvertement affronté Al-Qaida au Maghreb islamique
(AQMI). Le pays a lancé des frappes aériennes contre le mouvement au Mali, en conséquence de quoi son armée et ses frontières ont été prises pour cible au cours des six dernières années.
« Avec autant de nouveaux arrivants et autant de travailleurs humanitaires près de la frontière, la sécurité est notre principale source de préoccupation », a dit M. Zeidane. Le gouvernement mauritanien fournit gratuitement des escortes militaires aux travailleurs humanitaires qui se rendent de Bassikounou, où toutes les organisations d’aide humanitaire se sont implantées, au camp. Des soldats mauritaniens doivent également accompagner les travailleurs humanitaires dans un éprouvant trajet de cinq heures à travers le désert depuis la piste d’atterrissage la plus proche, à Nema, la capitale de la région du Hodh el Chargui, où se trouve le camp de M’bera.
« Nous craignons qu’une situation
semblable à celle de Dadaab se développe
», a dit un responsable de la sécurité d’une organisation humanitaire en faisant référence à l’enlèvement de travailleurs humanitaires à Dadaab par le groupe islamiste Al-Shabab, basé en Somalie.
Samba Thiam, le président des Forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM), un groupe paramilitaire clandestin militant pour les droits des Négro-Mauritaniens et contre l’élite arabo-berbère au pouvoir, a dit, selon une citation publiée sur un site Internet soutenu par le
Commandement des États-Unis pour l’Afrique
(AFRICOM), que la stratégie de prévention de la Mauritanie avait sauvé le pays d’une menace « terroriste » imminente.
Selon M. Thiam, la crise humanitaire au Sahel, qui a laissé de nombreuses personnes dans une situation de vulnérabilité, aussi bien matérielle qu’économique, « constitue un terreau fertile pour les terroristes dans le pays ». La sécheresse qui sévit actuellement au Sahel a touché 20 pour cent de la population mauritanienne et les habitants du Hodh el Chargui — dont la plupart sont des éleveurs — sont parmi les plus vulnérables. Les Maliens qui se réfugient dans la région ont la même origine ethnique que ces derniers.
L’environnement mis à rude épreuve
Outre
l’aspect de la sécurité
, Dadaab et M’bera connaissent des problèmes similaires en terme de pression sur les ressources locales et l’environnement. La concurrence entre les habitants pour le bois, l’eau et les pâturages est rude.
« Les réfugiés sont plus nombreux que la population locale à ramasser le
peu de bois disponible pour cuisiner
», a dit Cheikh Ould Baba, le préfet de Bassikounou. Selon le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWSNET) de l’USAID, les revenus des produits issus des plantes sauvages et du bois de chauffage ont baissé de jusqu’à cinq pour cent. Les prix des denrées alimentaires sont également en augmentation, bien que le gouvernement propose des céréales à des prix subventionnés dans des points de vente gérés par l’État appelés « boutiques solidaires ».
L’eau est rare et la plupart des réfugiés reçoivent en dessous de la norme pour les situations d’urgence s’élevant à 10 litres d’eau par personne et par jour, d’après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). La norme habituelle pour une opération humanitaire est de 20 litres d’eau par personne et par jour. Le HCR et ses partenaires acheminent de l’eau portable par camion vers des sites isolés accueillant des réfugiés, une entreprise coûteuse du fait des prix élevés de l’essence et de la nécessité de parcourir de longues distances sur des routes en mauvais état.
« Nous creusons également des puits mais, après plusieurs années de sécheresse au Sahel, certains d’entre eux s’assèchent en trois mois », a indiqué Andrej Mahecic, porte-parole du HCR, aux journalistes à Genève il y a deux semaines.
Cheikh Ould Baba a dit que les organisations humanitaires devaient participer à la recherche de solutions durables pour héberger les réfugiés sans porter atteinte à l’environnement, car le conflit pourrait s’éterniser.
Le HCR a déclaré avoir mis en place des structures locales rassemblant des représentants du camp et des membres de la population locale afin de gérer d’éventuels conflits au sujet des ressources. Selon M. Zeidane, les agences des Nations Unies mènent actuellement une enquête sur l’impact des réfugiés sur l’environnement. « Nous espérons qu’ils trouveront des solutions », a-t-il dit.
Solutions
Environ 150 000 personnes ont fui le Mali dans les années 1990, poussées par la famine et les conflits. « Nous participions alors activement aux négociations de paix entre les rebelles et le gouvernement et nous apportons à nouveau notre contribution en accueillant les pourparlers ici », a dit M. Zeidane.
De nombreux réfugiés maliens de l’époque sont restés en Mauritanie et se sont intégrés à la population locale.
« Les grands camps de réfugiés n’ont été un succès nulle part », a dit Jean-François Durieux, du Centre d’études sur les réfugiés de l’Université d’Oxford, qui a travaillé pour le HCR dans de nombreuses crises et a été chargé du développement de sa politique et son service de recherche.
« Le gouvernement mauritanien, le HCR et les autres organisations d’aide humanitaire devraient avoir tiré des leçons du dernier afflux de réfugiés dans les années 1990. Notre expérience, à Dadaab et ailleurs, nous a appris que ce genre de structure est très difficile à démanteler. Il est temps de sortir des sentiers battus et c’est ce que font déjà certains pays. Nous devons non seulement penser à la sécurité, mais aussi aux moyens de subsistance et à la qualité de vie de la population. »
Selon M. Durieux, il est trop tôt pour parler d’intégration dans le contexte de la Mauritanie, qui se trouve toujours en mode d’urgence. « Mais il reste la possibilité de disperser les gens en ayant recours à l’hospitalité locale. C’est ce qui s’est passé récemment au Libéria, où les communautés locales
ont ouvert leurs portes aux réfugiés
ivoiriens qui ont fui les violences à la suite des élections de 2011. » Il existait déjà un précédent à ce genre d’arrangement entre deux pays, a expliqué M. Durieux. Durant la première guerre civile au Libéria (1989-1996), des villages ivoiriens avaient accueilli des réfugiés libériens. Il s’agissait alors d’une politique gouvernementale et l’État avait apporté son soutien aux villages concernés.
Une autre stratégie « hors des sentiers battus » avait été mise au point par le gouvernement tanzanien en réponse au déplacement massif de Burundais lors du génocide de 1972. Les réfugiés s’étaient alors vu attribuer
cinq hectares de terres par famille et, en 1985, la majorité d’entre eux subvenaient déjà à leurs propres besoins
. Le gouvernement leur avait alors donné la possibilité de rester, de rentrer dans leur pays ou de s’installer ailleurs.
« Certains employés du HCR réfléchissent en ce sens et cherchent une solution alternative aux grands camps de réfugiés. Ils devraient déjà avoir commencé à mettre au point une stratégie à long terme dans le cas de la Mauritanie », a dit M. Durieux.
Le HCR n’a reçu que
13 pour cent
des 153,7 milliards de dollars nécessaires pour venir en aide aux Maliens déplacés dans le Sahel.
jk/cb
Theme (s)
:
Environnement
,
Migration
,
Paix et sécurité
,
Politique
,
Réfugiés et déplacés
,
Sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 671 17 mai 2013
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MAURITANIE: Des solutions aux grands camps de réfugiés
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Jaspreet Kindra/IRIN
Quid de la qualité de vie de cet enfant malien dans le camp de M’bera, la ville mauritanienne qui croit le plus rapidement ?
BASSIKOUNOU, 5 juillet 2012 (IRIN) - M’bera a été créé il y a à peine cinq mois. Pourtant, ce camp de réfugiés à la frontière malienne est aujourd’hui la quatrième plus grande ville de Mauritanie et peut être comparé (au moins dans les grandes lignes) à l’immense complexe de réfugiés de Dadaab, au Kenya.
Mis sur pied pour accueillir les
personnes fuyant le conflit
qui sévit dans le nord du Mali, ce camp pose des questions de sécurité pour la Mauritanie et pèse lourdement sur l’environnement fragile de la région de Bassikounou, une ville se trouvant à 18 km.
Tout comme à Dadaab, les habitants de la région de M’bera doivent se disputer les rares ressources disponibles avec la population en pleine expansion du camp (plus de 400 personnes arrivent chaque jour). On craint également que le camp de M’bera, à l’instar de Dadaab, soit pris pour cible par des terroristes.
Selon les estimations du gouvernement, le camp de M’bera compte 80 000 habitants. Nouadhibou (anciennement appelée Port-Étienne) et Kiffa, les deuxième et troisième villes du pays, ont chacune une population de 100 000 habitants. « M’bera atteindra probablement les 100 000 [habitants] si le conflit au Mali ne prend pas fin rapidement », a dit Mohamed Abdallah Ould Zeidane, président de la commission nationale chargée des réfugiés maliens en Mauritanie.
La ville de Bassikounou, en revanche, compte moins de 8 000 habitants.
Sécurité
La Mauritanie est le seul
pays du Sahel à avoir ouvertement affronté Al-Qaida au Maghreb islamique
(AQMI). Le pays a lancé des frappes aériennes contre le mouvement au Mali, en conséquence de quoi son armée et ses frontières ont été prises pour cible au cours des six dernières années.
« Avec autant de nouveaux arrivants et autant de travailleurs humanitaires près de la frontière, la sécurité est notre principale source de préoccupation », a dit M. Zeidane. Le gouvernement mauritanien fournit gratuitement des escortes militaires aux travailleurs humanitaires qui se rendent de Bassikounou, où toutes les organisations d’aide humanitaire se sont implantées, au camp. Des soldats mauritaniens doivent également accompagner les travailleurs humanitaires dans un éprouvant trajet de cinq heures à travers le désert depuis la piste d’atterrissage la plus proche, à Nema, la capitale de la région du Hodh el Chargui, où se trouve le camp de M’bera.
« Nous craignons qu’une situation
semblable à celle de Dadaab se développe
», a dit un responsable de la sécurité d’une organisation humanitaire en faisant référence à l’enlèvement de travailleurs humanitaires à Dadaab par le groupe islamiste Al-Shabab, basé en Somalie.
Samba Thiam, le président des Forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM), un groupe paramilitaire clandestin militant pour les droits des Négro-Mauritaniens et contre l’élite arabo-berbère au pouvoir, a dit, selon une citation publiée sur un site Internet soutenu par le
Commandement des États-Unis pour l’Afrique
(AFRICOM), que la stratégie de prévention de la Mauritanie avait sauvé le pays d’une menace « terroriste » imminente.
Selon M. Thiam, la crise humanitaire au Sahel, qui a laissé de nombreuses personnes dans une situation de vulnérabilité, aussi bien matérielle qu’économique, « constitue un terreau fertile pour les terroristes dans le pays ». La sécheresse qui sévit actuellement au Sahel a touché 20 pour cent de la population mauritanienne et les habitants du Hodh el Chargui — dont la plupart sont des éleveurs — sont parmi les plus vulnérables. Les Maliens qui se réfugient dans la région ont la même origine ethnique que ces derniers.
L’environnement mis à rude épreuve
Outre
l’aspect de la sécurité
, Dadaab et M’bera connaissent des problèmes similaires en terme de pression sur les ressources locales et l’environnement. La concurrence entre les habitants pour le bois, l’eau et les pâturages est rude.
« Les réfugiés sont plus nombreux que la population locale à ramasser le
peu de bois disponible pour cuisiner
», a dit Cheikh Ould Baba, le préfet de Bassikounou. Selon le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWSNET) de l’USAID, les revenus des produits issus des plantes sauvages et du bois de chauffage ont baissé de jusqu’à cinq pour cent. Les prix des denrées alimentaires sont également en augmentation, bien que le gouvernement propose des céréales à des prix subventionnés dans des points de vente gérés par l’État appelés « boutiques solidaires ».
L’eau est rare et la plupart des réfugiés reçoivent en dessous de la norme pour les situations d’urgence s’élevant à 10 litres d’eau par personne et par jour, d’après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). La norme habituelle pour une opération humanitaire est de 20 litres d’eau par personne et par jour. Le HCR et ses partenaires acheminent de l’eau portable par camion vers des sites isolés accueillant des réfugiés, une entreprise coûteuse du fait des prix élevés de l’essence et de la nécessité de parcourir de longues distances sur des routes en mauvais état.
« Nous creusons également des puits mais, après plusieurs années de sécheresse au Sahel, certains d’entre eux s’assèchent en trois mois », a indiqué Andrej Mahecic, porte-parole du HCR, aux journalistes à Genève il y a deux semaines.
Cheikh Ould Baba a dit que les organisations humanitaires devaient participer à la recherche de solutions durables pour héberger les réfugiés sans porter atteinte à l’environnement, car le conflit pourrait s’éterniser.
Le HCR a déclaré avoir mis en place des structures locales rassemblant des représentants du camp et des membres de la population locale afin de gérer d’éventuels conflits au sujet des ressources. Selon M. Zeidane, les agences des Nations Unies mènent actuellement une enquête sur l’impact des réfugiés sur l’environnement. « Nous espérons qu’ils trouveront des solutions », a-t-il dit.
Solutions
Environ 150 000 personnes ont fui le Mali dans les années 1990, poussées par la famine et les conflits. « Nous participions alors activement aux négociations de paix entre les rebelles et le gouvernement et nous apportons à nouveau notre contribution en accueillant les pourparlers ici », a dit M. Zeidane.
De nombreux réfugiés maliens de l’époque sont restés en Mauritanie et se sont intégrés à la population locale.
« Les grands camps de réfugiés n’ont été un succès nulle part », a dit Jean-François Durieux, du Centre d’études sur les réfugiés de l’Université d’Oxford, qui a travaillé pour le HCR dans de nombreuses crises et a été chargé du développement de sa politique et son service de recherche.
« Le gouvernement mauritanien, le HCR et les autres organisations d’aide humanitaire devraient avoir tiré des leçons du dernier afflux de réfugiés dans les années 1990. Notre expérience, à Dadaab et ailleurs, nous a appris que ce genre de structure est très difficile à démanteler. Il est temps de sortir des sentiers battus et c’est ce que font déjà certains pays. Nous devons non seulement penser à la sécurité, mais aussi aux moyens de subsistance et à la qualité de vie de la population. »
Selon M. Durieux, il est trop tôt pour parler d’intégration dans le contexte de la Mauritanie, qui se trouve toujours en mode d’urgence. « Mais il reste la possibilité de disperser les gens en ayant recours à l’hospitalité locale. C’est ce qui s’est passé récemment au Libéria, où les communautés locales
ont ouvert leurs portes aux réfugiés
ivoiriens qui ont fui les violences à la suite des élections de 2011. » Il existait déjà un précédent à ce genre d’arrangement entre deux pays, a expliqué M. Durieux. Durant la première guerre civile au Libéria (1989-1996), des villages ivoiriens avaient accueilli des réfugiés libériens. Il s’agissait alors d’une politique gouvernementale et l’État avait apporté son soutien aux villages concernés.
Une autre stratégie « hors des sentiers battus » avait été mise au point par le gouvernement tanzanien en réponse au déplacement massif de Burundais lors du génocide de 1972. Les réfugiés s’étaient alors vu attribuer
cinq hectares de terres par famille et, en 1985, la majorité d’entre eux subvenaient déjà à leurs propres besoins
. Le gouvernement leur avait alors donné la possibilité de rester, de rentrer dans leur pays ou de s’installer ailleurs.
« Certains employés du HCR réfléchissent en ce sens et cherchent une solution alternative aux grands camps de réfugiés. Ils devraient déjà avoir commencé à mettre au point une stratégie à long terme dans le cas de la Mauritanie », a dit M. Durieux.
Le HCR n’a reçu que
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des 153,7 milliards de dollars nécessaires pour venir en aide aux Maliens déplacés dans le Sahel.
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