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CAMBODGE: Aucun recours pour les migrants victimes du travail forcé
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Brendan Brady/IRIN
Les victimes cambodgiennes de la traite ont peu de recours
PHNOM PENH, 2 juillet 2012 (IRIN) - La nuit, Nara* était rarement autorisé à dormir plus de quelques heures avant d’être contraint de reprendre son quotidien épuisant. Les corvées consistaient à lancer les filets, trier les prises et réparer les filets endommagés, tout cela sous la surveillance d’un capitaine toujours prêt à administrer une correction à toute recrue jugée négligente.
Au Cambodge, Nara avait payé des trafiquants de personnes lui ayant promis un emploi dans une usine en Thaïlande, mais ils l’ont piégé et il s’est retrouvé
esclave
sur un bateau de pêche en haute mer.
« J’ai travaillé sur le bateau pendant trois ans mais je n’ai jamais été payé », a dit Nara. Comme d’autres victimes de la traite interrogées par IRIN, il a souhaité garder l’anonymat.
Nara avait tout juste 20 ans lorsqu’un trafiquant l’a abordé en 2008 pour lui proposer un emploi dans une usine en Thaïlande pour un salaire mensuel de 200 dollars, soit environ trois fois ce qu’il pouvait gagner pour un travail similaire au Cambodge.
Lorsqu’il a réalisé la supercherie, il était déjà dans un pays étranger, soumis au bon vouloir de patrons violents. Il s’est vite retrouvé embarqué de force sur un bateau en partance pour les eaux malaisiennes et accostant une fois par mois sur des îles désertes.
La pauvreté et des opportunités d’emploi limitées font de ces Cambodgiens désespérés des proies faciles pour des intermédiaires qui fournissent une main-d’œuvre servile à la gigantesque industrie de la pêche en Thaïlande.
Absence de recours
D’après les observateurs, l’absence de véritable recours pour les victimes alimente ce cycle d’exploitation. La corruption des fonctionnaires, les vides juridiques et la faible protection des droits font qu’il est impossible pour les travailleurs migrants de porter plainte contre leurs oppresseurs, ou même de demander réparation.
Nara a fini par s’enfuir lorsque le bateau est rentré au port puis, grâce à l’aide d’une organisation non gouvernementale (ONG) qui lutte contre le trafic d’êtres humains, il a finalement été rapatrié au Cambodge. À son retour, la police est venue le voir une seule fois pour l’interroger brièvement sur son calvaire.
Les défenseurs des droits de l’homme qui suivent le trafic de Cambodgiens envoyés en Thaïlande pour travailler dans l’industrie de la pêche, affirment que, malgré l’ampleur des abus, aucune plainte n’a abouti, à leur connaissance.
« Selon le droit pénal et le droit du travail thaïlandais, une personne victime de la traite devrait pouvoir traduire le coupable en justice, et recevoir une compensation financière », affirme Lisa Rende Taylor, conseillère technique en chef du
Projet inter-organisations des Nations Unies sur la traite des êtres humains (UNIAP)
.
Les victimes craignent les représailles ou sont peu disposées à témoigner car elles sont alors hébergées, tout au long des procédures légales à venir, dans des foyers tenus par le gouvernement, ce qui peut les empêcher de travailler ou d’être auprès de leurs familles le temps que la procédure suive son cours, a-t-elle dit.
Prise au piège sur la terre ferme
Kunthea, une autre victime cambodgienne qui a souhaité garder l’anonymat, se trouve dans une situation similaire. À 18 ans, Kunthea s’est inscrite dans une agence de recrutement à Phnom Penh, la capitale, attirée par une offre d’employée domestique en Malaisie. L’agence promettait de surveiller les conditions de travail de ses adhérents.
En Malaisie, elle n’avait droit qu’à un seul repas par jour, était battue à coups de ceinture lorsque ses employeurs n’étaient pas satisfaits de son travail, et n’était jamais payée. Un an plus tard, elle a surmonté la peur de se retrouver seule dans un pays inconnu dont elle ne parlait pas la langue et où elle n’avait ni famille, ni amis, et s’est échappée de la maison de ses employeurs.
« Lorsque j’ai postulé pour ce travail, l’agence m’a affirmé qu’une équipe viendrait nous rendre visite », indique Kuntha. « Ils ont dit qu’ils seraient responsables de nous ». Elle a plusieurs fois essayé d’obtenir une rétribution auprès de l’agence de recrutement de Phnom Penh, en vain.
Face à ces abus, les femmes comme Kunthea sont particulièrement vulnérables et n’ont pas les moyens d’obtenir la condamnation d’employeurs abusifs. En effet, le travail domestique n’est pas reconnu comme une catégorie de travail officielle par le droit du travail, ni au Cambodge, ni en Malaisie.
Les victimes doivent donc se tourner vers les lois qui combattent le trafic d’êtres humains mais ces dernières ne couvrent pas forcément ce type d’abus. Le code pénal, quant à lui, requiert un niveau de maltraitance plus grave pour être appliqué et est souvent mal adapté à la défense des droits des travailleurs.
« Le droit pénal ne prévoit aucune réparation pour une série d’abus liés au travail, comme la retenue de salaire, le non paiement des heures supplémentaires et le non respect d’autres normes de travail décentes comme le congé de maternité et la protection des personnes handicapées », a dit Max Tunon, haut responsable à l’Organisation Internationale du Travail qui exhorte les pays de la région à permettre aux travailleurs migrants de s’affilier aux syndicats locaux afin qu’ils jouissent d’une certaine protection.
« Il faudrait que les migrants bénéficient des accords issus des conventions collectives et soient en mesure de négocier leurs conditions de travail ainsi que les termes de leur contrat », explique M. Tunon. En tant que membres de syndicats de travailleurs, les migrants bénéficieraient également d’« inspections syndicales sur leur lieu de travail susceptibles d’améliorer leurs conditions en matière de sécurité et de santé».
Mathieu Pellerin, consultant à
Licadho
, une ONG cambodgienne de défense des droits de l’homme, affirme que l’absence de réglementation commence au Cambodge avec le non respect des droits de l’homme élémentaires au sein-même des agences de recrutement, dans les centres de formation qui préparent au départ à l’étranger.
« L’État [cambodgien] a prouvé qu’il n’était pas prêt à agir comme un véritable régulateur », a-t-il dit. « Ces actes criminels restent impunis – les procès-verbaux des tribunaux parlent d’eux-mêmes ».
En 2009, selon l’UNIAP, environ 20 000 Cambodgiens expulsés de Thaïlande étaient des victimes du travail forcé – un chiffre qui tend à s’accroître étant donnée la pénurie croissante de main-d’œuvre en Thaïlande dans les secteurs recrutant à un faible niveau de qualification.
*le nom a été changé
Theme (s)
:
Droits de l'homme
,
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Les victimes cambodgiennes de la traite ont peu de recours
PHNOM PENH, 2 juillet 2012 (IRIN) - La nuit, Nara* était rarement autorisé à dormir plus de quelques heures avant d’être contraint de reprendre son quotidien épuisant. Les corvées consistaient à lancer les filets, trier les prises et réparer les filets endommagés, tout cela sous la surveillance d’un capitaine toujours prêt à administrer une correction à toute recrue jugée négligente.
Au Cambodge, Nara avait payé des trafiquants de personnes lui ayant promis un emploi dans une usine en Thaïlande, mais ils l’ont piégé et il s’est retrouvé
esclave
sur un bateau de pêche en haute mer.
« J’ai travaillé sur le bateau pendant trois ans mais je n’ai jamais été payé », a dit Nara. Comme d’autres victimes de la traite interrogées par IRIN, il a souhaité garder l’anonymat.
Nara avait tout juste 20 ans lorsqu’un trafiquant l’a abordé en 2008 pour lui proposer un emploi dans une usine en Thaïlande pour un salaire mensuel de 200 dollars, soit environ trois fois ce qu’il pouvait gagner pour un travail similaire au Cambodge.
Lorsqu’il a réalisé la supercherie, il était déjà dans un pays étranger, soumis au bon vouloir de patrons violents. Il s’est vite retrouvé embarqué de force sur un bateau en partance pour les eaux malaisiennes et accostant une fois par mois sur des îles désertes.
La pauvreté et des opportunités d’emploi limitées font de ces Cambodgiens désespérés des proies faciles pour des intermédiaires qui fournissent une main-d’œuvre servile à la gigantesque industrie de la pêche en Thaïlande.
Absence de recours
D’après les observateurs, l’absence de véritable recours pour les victimes alimente ce cycle d’exploitation. La corruption des fonctionnaires, les vides juridiques et la faible protection des droits font qu’il est impossible pour les travailleurs migrants de porter plainte contre leurs oppresseurs, ou même de demander réparation.
Nara a fini par s’enfuir lorsque le bateau est rentré au port puis, grâce à l’aide d’une organisation non gouvernementale (ONG) qui lutte contre le trafic d’êtres humains, il a finalement été rapatrié au Cambodge. À son retour, la police est venue le voir une seule fois pour l’interroger brièvement sur son calvaire.
Les défenseurs des droits de l’homme qui suivent le trafic de Cambodgiens envoyés en Thaïlande pour travailler dans l’industrie de la pêche, affirment que, malgré l’ampleur des abus, aucune plainte n’a abouti, à leur connaissance.
« Selon le droit pénal et le droit du travail thaïlandais, une personne victime de la traite devrait pouvoir traduire le coupable en justice, et recevoir une compensation financière », affirme Lisa Rende Taylor, conseillère technique en chef du
Projet inter-organisations des Nations Unies sur la traite des êtres humains (UNIAP)
.
Les victimes craignent les représailles ou sont peu disposées à témoigner car elles sont alors hébergées, tout au long des procédures légales à venir, dans des foyers tenus par le gouvernement, ce qui peut les empêcher de travailler ou d’être auprès de leurs familles le temps que la procédure suive son cours, a-t-elle dit.
Prise au piège sur la terre ferme
Kunthea, une autre victime cambodgienne qui a souhaité garder l’anonymat, se trouve dans une situation similaire. À 18 ans, Kunthea s’est inscrite dans une agence de recrutement à Phnom Penh, la capitale, attirée par une offre d’employée domestique en Malaisie. L’agence promettait de surveiller les conditions de travail de ses adhérents.
En Malaisie, elle n’avait droit qu’à un seul repas par jour, était battue à coups de ceinture lorsque ses employeurs n’étaient pas satisfaits de son travail, et n’était jamais payée. Un an plus tard, elle a surmonté la peur de se retrouver seule dans un pays inconnu dont elle ne parlait pas la langue et où elle n’avait ni famille, ni amis, et s’est échappée de la maison de ses employeurs.
« Lorsque j’ai postulé pour ce travail, l’agence m’a affirmé qu’une équipe viendrait nous rendre visite », indique Kuntha. « Ils ont dit qu’ils seraient responsables de nous ». Elle a plusieurs fois essayé d’obtenir une rétribution auprès de l’agence de recrutement de Phnom Penh, en vain.
Face à ces abus, les femmes comme Kunthea sont particulièrement vulnérables et n’ont pas les moyens d’obtenir la condamnation d’employeurs abusifs. En effet, le travail domestique n’est pas reconnu comme une catégorie de travail officielle par le droit du travail, ni au Cambodge, ni en Malaisie.
Les victimes doivent donc se tourner vers les lois qui combattent le trafic d’êtres humains mais ces dernières ne couvrent pas forcément ce type d’abus. Le code pénal, quant à lui, requiert un niveau de maltraitance plus grave pour être appliqué et est souvent mal adapté à la défense des droits des travailleurs.
« Le droit pénal ne prévoit aucune réparation pour une série d’abus liés au travail, comme la retenue de salaire, le non paiement des heures supplémentaires et le non respect d’autres normes de travail décentes comme le congé de maternité et la protection des personnes handicapées », a dit Max Tunon, haut responsable à l’Organisation Internationale du Travail qui exhorte les pays de la région à permettre aux travailleurs migrants de s’affilier aux syndicats locaux afin qu’ils jouissent d’une certaine protection.
« Il faudrait que les migrants bénéficient des accords issus des conventions collectives et soient en mesure de négocier leurs conditions de travail ainsi que les termes de leur contrat », explique M. Tunon. En tant que membres de syndicats de travailleurs, les migrants bénéficieraient également d’« inspections syndicales sur leur lieu de travail susceptibles d’améliorer leurs conditions en matière de sécurité et de santé».
Mathieu Pellerin, consultant à
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, une ONG cambodgienne de défense des droits de l’homme, affirme que l’absence de réglementation commence au Cambodge avec le non respect des droits de l’homme élémentaires au sein-même des agences de recrutement, dans les centres de formation qui préparent au départ à l’étranger.
« L’État [cambodgien] a prouvé qu’il n’était pas prêt à agir comme un véritable régulateur », a-t-il dit. « Ces actes criminels restent impunis – les procès-verbaux des tribunaux parlent d’eux-mêmes ».
En 2009, selon l’UNIAP, environ 20 000 Cambodgiens expulsés de Thaïlande étaient des victimes du travail forcé – un chiffre qui tend à s’accroître étant donnée la pénurie croissante de main-d’œuvre en Thaïlande dans les secteurs recrutant à un faible niveau de qualification.
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