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KENYA: Les pêcheurs du lac Turkana demandent de meilleures routes et des installations de stockage
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Ann Weru/IRIN
La pêche est loin d’être une activité lucrative pour les pêcheurs, car le lac Turkana est éloigné des principaux marchés au poisson (particulièrement ceux de Nairobi)
KALOKOL, 11 juin 2012 (IRIN) - Le site de débarquement de Kalokol, situé dans la région du Turkana au nord-ouest du Kenya, devient une véritable ruche lorsque le poisson arrive. Les poissonnières se bousculent pour faire des affaires : elles achètent des poissons de petite taille qu’elles vendront ensuite sur le marché local, tandis que les intermédiaires s’empressent de charger les plus belles prises dans leurs véhicules.
« Il n’y a pas d’installation de stockage, donc ils [les pêcheurs] attendent pour vendre leur poisson aux courtiers … Les pêcheurs transportent juste le poisson jusqu’à la berge », a dit à IRIN James Eregor, un exploitant de bateau de pêche du lac Turkana.
Bon nombre de courtiers, qui ont souhaité ne pas être pris en photo, sont venus de Kitale, à environ 300 km au sud – un trajet qui peut prendre plusieurs jours en raison du mauvais état de la route, mais les profits peuvent être importants, car une assiette de poisson servie dans un restaurant typique de Nairobi peut coûter l’équivalent de 4 à 6 dollars.
« Nous vendons le kilo de poisson entre 40 et 50 shillings [entre 48 et 60 cents]. La perche du Nil se vend plus cher [environ 1,68 dollar le kilo], mais les grossistes gagnent bien plus d’argent », a dit David Koiya, un pêcheur. « S’il y avait un marché au poisson, des installations de stockage frigorifique et une route en bonne état, les pêcheurs locaux feraient des profits ».
Le manque d’installations force les pêcheurs du lac Turkana à vendre leurs prises rapidement.
« Le poisson que nous pêchons ici est mangé, il n’est pas destiné à la vente. Si ce poisson n’est pas vendu aujourd’hui, nous le jetterons dans la nature », a dit Paul Lopotio, un pêcheur, à IRIN.
Les coûts d’exploitation sont importants. « Chaque mois, je dois changer de filet. Ensuite, je paye les personnes qui m’aident à pêcher ; j’achète du carburant et je paye le propriétaire du bateau », a expliqué M. Lopotio.
« Lorsqu’il y a du vent, il nous arrive de ne rien pêcher, alors les enfants se couchent le ventre vide. Il n’y a pas d’autre activité ici ; le poisson est la nourriture de base et sa vente nous permet d’acheter d’autres produits alimentaires.
« Lorsqu’il pleut, il est difficile de faire sécher le poisson au soleil sur le marché local, alors il finit par pourrir ».
Les pêcheurs du lac Turkana sont dans la même situation que les pêcheurs du Kalokol. Sur la plage d’Eleyi, par exemple, le pêcheur Michael Lokotor dit : « Avant, il y avait un marché au poisson, mais il a fermé il y a cinq ans. Pour l’instant, nous séchons le poisson au soleil avant de le vendre à un grossiste qui vient de Kalokol en bateau ».
Le mauvais état des routes de la région du Turkana, qui est
caractéristique
d’une grande partie de la région du nord du Kenya, rend l’accès aux marchés difficile dans cette région où les moyens de subsistance sont limités et où la pauvreté sévit.
Les acheteurs de poisson de Nairobi et des autres centres urbains, qui sont aisés, disposent de camions réfrigérés et profitent donc le plus de la pêche.
« Il faut parfois deux semaines pour remplir un camion qui peut transporter cinq tonnes de poisson. Une partie des prises est transportée en voiture ou en boda boda (taxi moto) », a dit John*, le conducteur d’un camion réfrigéré qui s’était installé à Kalokol.
Baisse des niveaux d’eau
Il est de plus en plus difficile de pêcher sur le lac Turkana, car les niveaux d’eau baissent en raison des sécheresses persistantes, de l’évaporation et de l’envasement, selon le ministère de la Pêche du Kenya.
Les écologistes ont prévenu que la construction d’un barrage sur la rivière Omo, qui alimente le lac Turkana, pourrait avoir un effet néfaste sur le niveau des eaux et pourrait affecter les moyens de subsistance des milliers de personnes qui dépendent du lac. Le lac Turkana produit quelque 200 000 de tonnes de poisson chaque année.
Selon Godfrey Monor, responsable de la pêcherie au sein du ministère de la Pêche, la médiocrité des infrastructures et l’insécurité ont entravé les efforts déployés pour fournir aux pêcheurs un accès au marché, mais il a indiqué que la situation s’améliorait : « Des initiatives ont été mises en œuvre pour installer des séchoirs solaires [à poisson], et les pêcheurs sont sensibilisés à la production de poissons d’eau salée séchés au soleil », a-t-il dit.
Un partenariat privé établi entre le Kenya et la République démocratique du Congo (RDC) devrait favoriser la création d’un marché florissant pour le poisson séché au soleil.
« Un entrepreneur privé met également en place une installation de stockage frigorifique à Lodwar [la principale ville de la région] », a dit M. Monor, ajoutant que le gouvernement participait à la mise en œuvre de projets d’irrigation autour du lac afin de permettre aux pêcheurs de diversifier leurs sources de revenu.
*nom d’emprunt
aw-ko/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Economie
,
Environnement
,
Sécurité alimentaire
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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La pêche est loin d’être une activité lucrative pour les pêcheurs, car le lac Turkana est éloigné des principaux marchés au poisson (particulièrement ceux de Nairobi)
KALOKOL, 11 juin 2012 (IRIN) - Le site de débarquement de Kalokol, situé dans la région du Turkana au nord-ouest du Kenya, devient une véritable ruche lorsque le poisson arrive. Les poissonnières se bousculent pour faire des affaires : elles achètent des poissons de petite taille qu’elles vendront ensuite sur le marché local, tandis que les intermédiaires s’empressent de charger les plus belles prises dans leurs véhicules.
« Il n’y a pas d’installation de stockage, donc ils [les pêcheurs] attendent pour vendre leur poisson aux courtiers … Les pêcheurs transportent juste le poisson jusqu’à la berge », a dit à IRIN James Eregor, un exploitant de bateau de pêche du lac Turkana.
Bon nombre de courtiers, qui ont souhaité ne pas être pris en photo, sont venus de Kitale, à environ 300 km au sud – un trajet qui peut prendre plusieurs jours en raison du mauvais état de la route, mais les profits peuvent être importants, car une assiette de poisson servie dans un restaurant typique de Nairobi peut coûter l’équivalent de 4 à 6 dollars.
« Nous vendons le kilo de poisson entre 40 et 50 shillings [entre 48 et 60 cents]. La perche du Nil se vend plus cher [environ 1,68 dollar le kilo], mais les grossistes gagnent bien plus d’argent », a dit David Koiya, un pêcheur. « S’il y avait un marché au poisson, des installations de stockage frigorifique et une route en bonne état, les pêcheurs locaux feraient des profits ».
Le manque d’installations force les pêcheurs du lac Turkana à vendre leurs prises rapidement.
« Le poisson que nous pêchons ici est mangé, il n’est pas destiné à la vente. Si ce poisson n’est pas vendu aujourd’hui, nous le jetterons dans la nature », a dit Paul Lopotio, un pêcheur, à IRIN.
Les coûts d’exploitation sont importants. « Chaque mois, je dois changer de filet. Ensuite, je paye les personnes qui m’aident à pêcher ; j’achète du carburant et je paye le propriétaire du bateau », a expliqué M. Lopotio.
« Lorsqu’il y a du vent, il nous arrive de ne rien pêcher, alors les enfants se couchent le ventre vide. Il n’y a pas d’autre activité ici ; le poisson est la nourriture de base et sa vente nous permet d’acheter d’autres produits alimentaires.
« Lorsqu’il pleut, il est difficile de faire sécher le poisson au soleil sur le marché local, alors il finit par pourrir ».
Les pêcheurs du lac Turkana sont dans la même situation que les pêcheurs du Kalokol. Sur la plage d’Eleyi, par exemple, le pêcheur Michael Lokotor dit : « Avant, il y avait un marché au poisson, mais il a fermé il y a cinq ans. Pour l’instant, nous séchons le poisson au soleil avant de le vendre à un grossiste qui vient de Kalokol en bateau ».
Le mauvais état des routes de la région du Turkana, qui est
caractéristique
d’une grande partie de la région du nord du Kenya, rend l’accès aux marchés difficile dans cette région où les moyens de subsistance sont limités et où la pauvreté sévit.
Les acheteurs de poisson de Nairobi et des autres centres urbains, qui sont aisés, disposent de camions réfrigérés et profitent donc le plus de la pêche.
« Il faut parfois deux semaines pour remplir un camion qui peut transporter cinq tonnes de poisson. Une partie des prises est transportée en voiture ou en boda boda (taxi moto) », a dit John*, le conducteur d’un camion réfrigéré qui s’était installé à Kalokol.
Baisse des niveaux d’eau
Il est de plus en plus difficile de pêcher sur le lac Turkana, car les niveaux d’eau baissent en raison des sécheresses persistantes, de l’évaporation et de l’envasement, selon le ministère de la Pêche du Kenya.
Les écologistes ont prévenu que la construction d’un barrage sur la rivière Omo, qui alimente le lac Turkana, pourrait avoir un effet néfaste sur le niveau des eaux et pourrait affecter les moyens de subsistance des milliers de personnes qui dépendent du lac. Le lac Turkana produit quelque 200 000 de tonnes de poisson chaque année.
Selon Godfrey Monor, responsable de la pêcherie au sein du ministère de la Pêche, la médiocrité des infrastructures et l’insécurité ont entravé les efforts déployés pour fournir aux pêcheurs un accès au marché, mais il a indiqué que la situation s’améliorait : « Des initiatives ont été mises en œuvre pour installer des séchoirs solaires [à poisson], et les pêcheurs sont sensibilisés à la production de poissons d’eau salée séchés au soleil », a-t-il dit.
Un partenariat privé établi entre le Kenya et la République démocratique du Congo (RDC) devrait favoriser la création d’un marché florissant pour le poisson séché au soleil.
« Un entrepreneur privé met également en place une installation de stockage frigorifique à Lodwar [la principale ville de la région] », a dit M. Monor, ajoutant que le gouvernement participait à la mise en œuvre de projets d’irrigation autour du lac afin de permettre aux pêcheurs de diversifier leurs sources de revenu.
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