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jeudi 23 mai 2013
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Briefing: Ruptures et répercussions au Mali
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Emilio Labrador/Flickr
Tombouctou – la future ‘capitale’ de l’État non reconnu de l’Azawad
DAKAR, 4 juin 2012 (IRIN) - Tandis que les leaders européens et africains continuent de mettre en garde contre les risques d’une partition du Mali, les mouvements rivaux qui appuient la création d’un nouvel État indépendant dans le nord du pays ne parviennent pas à s’entendre sur la mise en œuvre de l’accord conjoint qui a donné naissance à la République islamique de l’Azawad. La situation actuelle fait planer le doute sur l’avenir du projet d’État et laisse croire que l’unité de façade qu’affichent les deux mouvements masque en réalité de profondes divisions.
Selon certaines informations, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), dominé par les Touaregs, aurait signé un accord avec le mouvement islamique Ansar Dine le 25 mai à Gao, dans le nord du pays. Or, les interviews, les communiqués et les comptes-rendus contradictoires qui ont circulé dans les jours qui ont suivi suggèrent que l’accord élaboré après trois semaines de négociations n’était, au mieux, qu’un document préliminaire et que des désaccords ont refait surface au moment de l’élaboration d’un communiqué final.
Des partisans du MNLA ont exprimé de vives appréhensions face à ce que plusieurs considèrent comme une capitulation devant les ambitions prétendument théocratiques d’Ansar Dine. Le leader d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, qui, selon certaines informations, n’a pas participé à la signature du document à Gao, réclame depuis toujours l’instauration de la charia, un élément qui ne fait pas partie du programme du MNLA.
Après la signature de l’entente à Gao, le porte-parole du MNLA Moussa Ag Acharatomane a dit à IRIN depuis Paris que le militantisme d’Ansar Dine avait été largement exagéré et que les différences entre le MNLA et le mouvement islamique n’étaient pas si importantes : « Nous avons toujours partagé les mêmes objectifs, même si nos méthodes étaient différentes. »
D’autres défenseurs de l’entente signée à Gao ont souligné la volonté de l’organisation islamique de rompre les liens qu’elle entretient avec Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et d’autres organisations extrémistes opérant dans le nord du Mali, ajoutant que de tels groupes n’auront pas leur place dans le nouvel Azawad.
Or, certaines franges du MNLA se montrent franchement hostiles à l’égard d’Ansar Dine.
Photo:
ReliefWeb
Dans une « lettre ouverte » adressée au secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Achérif, des partisans du mouvement à Gao ont manifesté leurs inquiétudes face à la « position fondamentaliste, en particulier la défense du djihad salafiste », exprimée par Ansar Dine, et ont « fortement désapprouvé le projet de fusion entre le MNLA et le groupe islamique Ansar Dine », exhortant le MNLA à rompre l’accord le plus rapidement possible.
Position du gouvernement
Quels que soient les désaccords qui existent entre Ansar Dine et le MNLA au sujet de la forme que doit prendre le nouvel État, les autorités, à Bamako, demeurent inflexibles sur le fait que le Mali restera uni. Le porte-parole du gouvernement Hamadoun Touré a dit que celui-ci « rejetait catégoriquement toute idée de création d’un État de l’Azawad ».
Le député de Tombouctou El Hadj Baba Haïdara a dit à IRIN que l’alliance entre les deux mouvements révélait les véritables intentions du MNLA. « Le MNLA a tenté de courtiser les gouvernements des pays occidentaux en prêchant la modération et en se distanciant de l’islam radical », a soutenu M. Haïdara. « L’accord montre que le MNLA et Ansar Dine sont une seule et même entité. Depuis combien de siècles le Mali est-il un pays musulman ? Les gens du Nord n’ont jamais demandé à être ‘libérés’ de cette façon. »
M. Haïdara a dit qu’il était prêt à considérer la mise en œuvre d’une solution militaire dans le Nord si nécessaire. « Ces gens ont pris notre territoire par la force ; on peut donc les en déloger par la force. » Il a cependant reconnu que l’armée malienne n’était pas, pour l’instant, en position de mener une campagne militaire efficace.
Doutes au sujet du scrutin prévu pour 2013
Quoi qu’il arrive dans le Nord, les autorités installées dans le sud du pays semblent mal préparées pour résoudre la crise. Le départ du président par intérim Dioncounda Traoré, qui s’est rendu à Paris pour y recevoir des soins à la suite d’une attaque par des manifestants à Bamako, a laissé le capitaine Sanogo et une coalition fragile composée de soldats et de civils en charge de la politique nationale. Il semble de moins en moins plausible que le gouvernement de transition dirigé par M. Traoré parvienne à pacifier le pays et à ouvrir la voie à l’organisation d’un scrutin en 2013.
Alors que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a signalé qu’elle était prête à déployer une
force d’intervention
sur le terrain, les appels à une action militaire directe formulés par les voisins du Mali en Afrique de l’Ouest et par des acteurs extérieurs ont été mis en sourdine.
Depuis Paris, le président béninois Thomas Boni Yayi, qui est aussi le président en exercice de l’Union africaine, a appelé le Conseil de sécurité des Nations Unies à autoriser la création d’une force africaine semblable à celle déployée en Somalie pour intervenir au Mali, ne serait-ce que pour éviter un « Afghanistan ouest-africain ». M. Yayi a par ailleurs nié l’existence d’un nouvel État indépendant sur le territoire malien.
L’Union européenne s’est aussi fermement opposée à toute atteinte à l’intégrité territoriale du Mali. Si le nouveau président français François Hollande a préféré s’abstenir d’engager la France dans une éventuelle intervention militaire, il a cependant manifesté son soutien à la CEDEAO dans la recherche d’une solution pacifique, une tâche qui incombe actuellement au président burkinabé Blaise Compaoré.
Sources
: RFI, El Watan, AFP, Le Monde
cs/cb-gd/amz
Theme (s)
:
Démocratie et gouvernance
,
Sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Tombouctou – la future ‘capitale’ de l’État non reconnu de l’Azawad
DAKAR, 4 juin 2012 (IRIN) - Tandis que les leaders européens et africains continuent de mettre en garde contre les risques d’une partition du Mali, les mouvements rivaux qui appuient la création d’un nouvel État indépendant dans le nord du pays ne parviennent pas à s’entendre sur la mise en œuvre de l’accord conjoint qui a donné naissance à la République islamique de l’Azawad. La situation actuelle fait planer le doute sur l’avenir du projet d’État et laisse croire que l’unité de façade qu’affichent les deux mouvements masque en réalité de profondes divisions.
Selon certaines informations, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), dominé par les Touaregs, aurait signé un accord avec le mouvement islamique Ansar Dine le 25 mai à Gao, dans le nord du pays. Or, les interviews, les communiqués et les comptes-rendus contradictoires qui ont circulé dans les jours qui ont suivi suggèrent que l’accord élaboré après trois semaines de négociations n’était, au mieux, qu’un document préliminaire et que des désaccords ont refait surface au moment de l’élaboration d’un communiqué final.
Des partisans du MNLA ont exprimé de vives appréhensions face à ce que plusieurs considèrent comme une capitulation devant les ambitions prétendument théocratiques d’Ansar Dine. Le leader d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, qui, selon certaines informations, n’a pas participé à la signature du document à Gao, réclame depuis toujours l’instauration de la charia, un élément qui ne fait pas partie du programme du MNLA.
Après la signature de l’entente à Gao, le porte-parole du MNLA Moussa Ag Acharatomane a dit à IRIN depuis Paris que le militantisme d’Ansar Dine avait été largement exagéré et que les différences entre le MNLA et le mouvement islamique n’étaient pas si importantes : « Nous avons toujours partagé les mêmes objectifs, même si nos méthodes étaient différentes. »
D’autres défenseurs de l’entente signée à Gao ont souligné la volonté de l’organisation islamique de rompre les liens qu’elle entretient avec Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et d’autres organisations extrémistes opérant dans le nord du Mali, ajoutant que de tels groupes n’auront pas leur place dans le nouvel Azawad.
Or, certaines franges du MNLA se montrent franchement hostiles à l’égard d’Ansar Dine.
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Dans une « lettre ouverte » adressée au secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Achérif, des partisans du mouvement à Gao ont manifesté leurs inquiétudes face à la « position fondamentaliste, en particulier la défense du djihad salafiste », exprimée par Ansar Dine, et ont « fortement désapprouvé le projet de fusion entre le MNLA et le groupe islamique Ansar Dine », exhortant le MNLA à rompre l’accord le plus rapidement possible.
Position du gouvernement
Quels que soient les désaccords qui existent entre Ansar Dine et le MNLA au sujet de la forme que doit prendre le nouvel État, les autorités, à Bamako, demeurent inflexibles sur le fait que le Mali restera uni. Le porte-parole du gouvernement Hamadoun Touré a dit que celui-ci « rejetait catégoriquement toute idée de création d’un État de l’Azawad ».
Le député de Tombouctou El Hadj Baba Haïdara a dit à IRIN que l’alliance entre les deux mouvements révélait les véritables intentions du MNLA. « Le MNLA a tenté de courtiser les gouvernements des pays occidentaux en prêchant la modération et en se distanciant de l’islam radical », a soutenu M. Haïdara. « L’accord montre que le MNLA et Ansar Dine sont une seule et même entité. Depuis combien de siècles le Mali est-il un pays musulman ? Les gens du Nord n’ont jamais demandé à être ‘libérés’ de cette façon. »
M. Haïdara a dit qu’il était prêt à considérer la mise en œuvre d’une solution militaire dans le Nord si nécessaire. « Ces gens ont pris notre territoire par la force ; on peut donc les en déloger par la force. » Il a cependant reconnu que l’armée malienne n’était pas, pour l’instant, en position de mener une campagne militaire efficace.
Doutes au sujet du scrutin prévu pour 2013
Quoi qu’il arrive dans le Nord, les autorités installées dans le sud du pays semblent mal préparées pour résoudre la crise. Le départ du président par intérim Dioncounda Traoré, qui s’est rendu à Paris pour y recevoir des soins à la suite d’une attaque par des manifestants à Bamako, a laissé le capitaine Sanogo et une coalition fragile composée de soldats et de civils en charge de la politique nationale. Il semble de moins en moins plausible que le gouvernement de transition dirigé par M. Traoré parvienne à pacifier le pays et à ouvrir la voie à l’organisation d’un scrutin en 2013.
Alors que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a signalé qu’elle était prête à déployer une
force d’intervention
sur le terrain, les appels à une action militaire directe formulés par les voisins du Mali en Afrique de l’Ouest et par des acteurs extérieurs ont été mis en sourdine.
Depuis Paris, le président béninois Thomas Boni Yayi, qui est aussi le président en exercice de l’Union africaine, a appelé le Conseil de sécurité des Nations Unies à autoriser la création d’une force africaine semblable à celle déployée en Somalie pour intervenir au Mali, ne serait-ce que pour éviter un « Afghanistan ouest-africain ». M. Yayi a par ailleurs nié l’existence d’un nouvel État indépendant sur le territoire malien.
L’Union européenne s’est aussi fermement opposée à toute atteinte à l’intégrité territoriale du Mali. Si le nouveau président français François Hollande a préféré s’abstenir d’engager la France dans une éventuelle intervention militaire, il a cependant manifesté son soutien à la CEDEAO dans la recherche d’une solution pacifique, une tâche qui incombe actuellement au président burkinabé Blaise Compaoré.
Sources
: RFI, El Watan, AFP, Le Monde
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