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mardi 21 mai 2013
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POLITIQUE HUMANITAIRE: L’humanitarisme dans un monde en évolution
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Wetland Resource Development Society
Selon le groupe de réflexion DARA, basé à Madrid, le nombre de pays touchés par le changement climatique passera de 15 actuellement à 54 en 2030
DUBAÏ, 9 avril 2012 (IRIN) - Des signes inquiétants laissent prévoir une augmentation significative de l’ampleur et de la portée des catastrophes au cours des prochaines années et « la communauté internationale n’est pas prête », dit Ross Mountain, directeur-général de Development Assistance Research Associates (DARA), un groupe de réflexion basé à Madrid qui préconise la mise en place de meilleures politiques humanitaires.
M. Mountain a pris la parole lors de la Conférence internationale de Dubaï sur l’aide humanitaire et le développement (DIHAD), qui s’est tenue du 1er au 3 avril.
Dans les pays vulnérables, on constate une hausse des prix de la nourriture, une augmentation de l’urbanisation, des migrations, de l’impact du changement climatique et de la croissance démographique. Cependant, alors que les défis se multiplient, les ressources disponibles dans les pays de l’OCDE – les bailleurs de fonds traditionnels
« Le défi sera colossal », a dit Johannes Luchner, chef de l’unité Voisinage européen, Moyen-Orient, Asie centrale et du Sud-Ouest de l’Office humanitaire des communautés européennes (ECHO), lors de la conférence. « Nous devons faire les choses différemment pour faire face à ce changement ».
Cela implique notamment de planifier l’avenir.
« Étant donnée l’ampleur accrue des besoins et de la vulnérabilité, un changement radical d’attitude et de méthode de travail est nécessaire pour intégrer les prévisions, la réduction des risques de catastrophes, la préparation et la résilience à nos programmes », a dit M. Mountain.
« Nombre de gouvernements et d’organisations opèrent toujours selon un modèle axé sur les crises ponctuelles, ils ne tiennent pas compte des tendances à long terme et de leurs conséquences humanitaires … Si nous n’adoptons pas une approche plus préventive et participative, nous serons responsables d’innombrables souffrances que nous aurions pu éviter au cours des prochaines décennies ».
Ses idées ont été reprises par Yacoub El Hillo, directeur du Bureau régional du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour l'Afrique du Nord et le Moyen Orient, qui, à l’occasion de la conférence, a dit :
« Je ne pense pas que la capacité internationale est bien placée pour fournir une réponse – pas à plusieurs de ces crises majeures – ni même à une seule … Et elles se produisent dans le monde entier ». Il a indiqué que la communauté internationale devait se demander « si l’approche habituelle suffira encore …
« Il vaut mieux prévenir que guérir », a dit M. El Hillo à IRIN plus tard. « Un traitement ne sera jamais approprié si les besoins s’accroissent d’heure en heure et que les ressources déclinent rapidement ».
Au cours de la conférence, les intervenants ont identifié un certain nombre de tendances, de défis et de problèmes dont les acteurs humanitaires devraient tenir compte s’ils veulent « faire mieux » à l’avenir. Voici quelques exemples :
Poussée de jeunesse
: Les moins de 24 ans représentent près de 40 pour cent de la population mondiale ; plus d’un milliard d’habitants – soit une personne sur cinq – ont entre 15 et 24 ans ; dans un tiers des pays, les moins de 30 ans représentent plus de 60 pour cent de la population ; et 85 pour cent des jeunes de la planète vivent dans les pays en développement. « Les jeunes constituent une réalité démographique dominante … une réalité qui exige une attention et une prise en compte urgentes, particulièrement dans nos projets de développement », a indiqué William Lacy Swing, Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), aux participants à la conférence.
« Si des investissements ne sont pas réalisés très tôt, les jeunes restent enfermés dans la spirale de la pauvreté et de la dépendance, et sombrent facilement dans la criminalité, les conflits sociaux et la violence ».
Les participants ont également souligné la nécessité de mieux impliquer les jeunes dans l’aide humanitaire. « On sous-estime les capacités des jeunes », a dit la princesse Haya Bint Al Hussein, épouse du Premier ministre des Émirats arabes unis et Messagère de la paix des Nations Unies. « Comment se fait-il que nous ne leur donnions pas un plus grand rôle dans l’établissement du programme de développement mondial ou dans la recherche de nouvelles voies visant à mettre fin aux conflits politiques qui mènent à l’épuisement de notre énergie et de nos ressources ? ».
Chômage
: Avec ce « tsunami démographique », a dit la princesse Haya, « il y a déjà trop de demandeurs d’emplois et trop peu de travail, et l’utilisation des technologies, notamment dans le secteur de la manufacture, entraînera une réduction du nombre d’emplois ». Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, par exemple, devront créer 20 millions d’emplois au cours des dix prochaines années pour aligner leur taux de chômage, qui atteint 25 pour cent, sur le taux de chômage mondial qui s’élève à dix pour cent – une tâche « extrêmement difficile », selon Justin Sykes, responsable de l’innovation sociale chez Silatech, projet basé à Doha dont l’objectif est de créer des emplois dans le monde arabe.
Migration
: Le nombre croissant de jeunes et les taux élevés de chômage ont été un moteur essentiel des migrations mondiales, qui ont atteint des niveaux sans précédent. Aujourd’hui, une personne sur sept dans le monde est un migrant. Quelque 215 millions de migrants franchissent des frontières internationales et quelque 740 millions d’autres personnes sont des migrants nationaux qui quittent les zones rurales pour s’installer dans les zones urbaines afin de trouver du travail.
« Les migrations vont perdurer. C’est une tendance majeure du 21ème siècle », a dit M. Swing. Dans certains pays d’Afrique du Nord, plus de trois quarts des jeunes ont indiqué qu’ils souhaitaient migrer à tout prix, mais qu’ils disposaient de peu d’informations sur les détails de leur périple ou sur l’emploi qu’ils occuperaient une fois qu’ils auraient atteint leur destination, a indiqué une étude de l’OIM. Les personnes qui répondraient à la définition de réfugié sont de plus en plus souvent cachées au sein de grands groupes de migrants, a ajouté M. El Hillo. Ce phénomène de « migration mixte » compromet la fourniture de l’aide aux réfugiés.
Changement climatique
: Au cours des prochaines années, le changement climatique devrait affecter presque chaque aspect de notre vie, compliquant le développement de stratégies de réponse efficaces par la communauté humanitaire. Outre les pertes financières, « les évènements extrêmes … peuvent entraîner la perte de ce que les individus, les communautés et les groupes ont de plus précieux, y compris la perte d’éléments du capital social, par exemple le sentiment d’appartenance à un lieu ou une communauté, l’identité ou la culture », souligne un récent rapport sur la gestion des risques d’événements extrêmes et de catastrophes en vue d’une meilleure adaptation aux changements climatiques [Managing the Risks of Extreme Events and Disasters to Advance Climate Change Adaptation (SREX)] du Panel intergouvernemental sur le changement climatique. Des températures plus élevées et un changement de la configuration des pluies pourraient déclencher une augmentation de l’incidence des maladies à vecteurs, comme le paludisme, la fièvre jaune, la fièvre dengue, l’onchocercose ou cécité des rivières, et la trypanosomose ou maladie du sommeil, a indiqué le PICC dans sa dernière évaluation.
Politisation de l’aide humanitaire
: De plus en plus souvent, les gouvernements conditionnent l’aide humanitaire à des objectifs politiques, militaires ou à des objectifs liés à la lutte contre le terrorisme. C’est notamment le cas en Afghanistan, au Yémen, en Lybie, au Soudan, en Somalie et dans les Territoires palestiniens occupés. « C’est un jeu dangereux aux conséquences meurtrières en termes d’accès, de protection, de sécurité des populations civiles et des acteurs humanitaires », a dit M. Mountain. Dans certains cas, comme en Syrie, les gouvernements et/ou les groupes armés refusent de plus en plus souvent l’accès aux organisations humanitaires. Pour en savoir plus sur la politisation de l’aide, référez-vous à l’indice de réponse humanitaire (HRI) 2011, une étude annuelle publiée par DARA.
Nouveaux acteurs de l’humanitaire
: Ces dernières années, on a constaté une explosion du nombre d’organisations non gouvernementales (ONG), mais aussi une évolution du profil des bailleurs de fonds. Le ralentissement économique en Occident s’est traduit par un accroissement de l’influence des bailleurs de fonds et des organisations du monde arabe et du monde musulman, par exemple. Cette nouvelle donne a deux conséquences. Premièrement, la communauté internationale doit mieux intégrer, et avec « davantage de respect », ces nouveaux acteurs. « Beaucoup d’acteurs de la communauté internationale ont tendance à penser que l’argent doit être donné afin que nous puissions, nous les experts, repartir et faire notre travail », a dit M. El Hillo. « Les discussions devraient davantage porter sur les partenariats stratégiques et moins sur l’argent … Mettre au point des partenariats judicieux et stratégiques est une manière pour la communauté humanitaire internationale de mieux répondre à l’accroissement des défis humanitaires d’aujourd’hui », a-t-il dit à IRIN.
Mais alors que l’aide humanitaire se généralise, M. Luchner d’ECHO a indiqué, « il nous faut également nous assurer que nous pouvons canaliser toute cette bonne volonté pour fournir l’aide humanitaire avec professionnalisme ».
Appropriation par les acteurs locaux : Les acteurs nationaux ont émis le souhait de prendre davantage de responsabilités dans la réponse aux crises, et la communauté internationale devrait s’en réjouir, selon l’ambassadeur Manuel Bessler, Vice-directeur, délégué à l’aide humanitaire et chef du Corps suisse d'aide humanitaire (CSA). Il a dit qu’il avait tiré les leçons des inondations au Pakistan : alors directeur du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) dans le pays, il n’avait pas suffisamment dialogué avec les autorités. Le Printemps arabe a également démontré la capacité de la société civile, ce qui doit être salué, a dit M. El Hillo : « Les organisations de la société civile, les ONG du monde arabe ne sont pas là pour qu’on leur dise ce qu’elles ont à faire. Elles ont beaucoup à apprendre aux autres ».
Innovation
: La communauté humanitaire doit s’éloigner des modes de pensée traditionnels et trouver des manières innovantes de faire face aux crises auxquelles elle est confrontée. M. Bessler a souligné les succès rencontrés par la Suisse dans des pays comme la Somalie, dont les populations vulnérables ont reçu une aide financière plutôt que des dons en nature. L’Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC) tente désormais de trouver un moyen de mener ces actions dans les situations d’urgence. « On passe des subventions à la participation », a dit M. Bessler, et cela permet également de stimuler les économies locales. Les messageries des téléphones portables sont de plus en souvent utilisées pour connecter les jeunes à des employeurs potentiels, comme l’a fait Silatech dans plusieurs nouveaux projets mis en place dans le monde arabe, ou connecter les agriculteurs aux marchés comme cela a été fait en Afrique sub-saharienne.
Aide humanitaire contre aide au développement : Alors que les lignes entre l’aide humanitaire et le travail de développement deviennent de plus en plus floues, les acteurs humanitaires doivent améliorer leurs appels à la préparation, a dit M. Mountain.
« Lorsque nous travaillons avec les militaires, ils consacrent 90 à 95 pour cent de leur temps à la planification et peut-être 5 pour cent à l’action », a-t-il dit à IRIN, « tandis que les acteurs humanitaires consacrent 95 pour cent de leur temps, si ce n’est plus, à l’action, et très peu à la planification … Même lorsqu’ils ne sont pas en situation de guerre, les pays disposent d’une armée. Même lorsqu’il n’y a pas d’incendie, ils ont une caserne de pompiers. Lorsqu’éclate une crise humanitaire, il faut essayer de rassembler les pompiers afin de pouvoir intervenir. Et là pas de surprise, nous ne sommes pas aussi rapides que nous devrions l’être ».
ha/cb-mg/amz
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Migration
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Politique
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Selon le groupe de réflexion DARA, basé à Madrid, le nombre de pays touchés par le changement climatique passera de 15 actuellement à 54 en 2030
DUBAÏ, 9 avril 2012 (IRIN) - Des signes inquiétants laissent prévoir une augmentation significative de l’ampleur et de la portée des catastrophes au cours des prochaines années et « la communauté internationale n’est pas prête », dit Ross Mountain, directeur-général de Development Assistance Research Associates (DARA), un groupe de réflexion basé à Madrid qui préconise la mise en place de meilleures politiques humanitaires.
M. Mountain a pris la parole lors de la Conférence internationale de Dubaï sur l’aide humanitaire et le développement (DIHAD), qui s’est tenue du 1er au 3 avril.
Dans les pays vulnérables, on constate une hausse des prix de la nourriture, une augmentation de l’urbanisation, des migrations, de l’impact du changement climatique et de la croissance démographique. Cependant, alors que les défis se multiplient, les ressources disponibles dans les pays de l’OCDE – les bailleurs de fonds traditionnels
« Le défi sera colossal », a dit Johannes Luchner, chef de l’unité Voisinage européen, Moyen-Orient, Asie centrale et du Sud-Ouest de l’Office humanitaire des communautés européennes (ECHO), lors de la conférence. « Nous devons faire les choses différemment pour faire face à ce changement ».
Cela implique notamment de planifier l’avenir.
« Étant donnée l’ampleur accrue des besoins et de la vulnérabilité, un changement radical d’attitude et de méthode de travail est nécessaire pour intégrer les prévisions, la réduction des risques de catastrophes, la préparation et la résilience à nos programmes », a dit M. Mountain.
« Nombre de gouvernements et d’organisations opèrent toujours selon un modèle axé sur les crises ponctuelles, ils ne tiennent pas compte des tendances à long terme et de leurs conséquences humanitaires … Si nous n’adoptons pas une approche plus préventive et participative, nous serons responsables d’innombrables souffrances que nous aurions pu éviter au cours des prochaines décennies ».
Ses idées ont été reprises par Yacoub El Hillo, directeur du Bureau régional du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour l'Afrique du Nord et le Moyen Orient, qui, à l’occasion de la conférence, a dit :
« Je ne pense pas que la capacité internationale est bien placée pour fournir une réponse – pas à plusieurs de ces crises majeures – ni même à une seule … Et elles se produisent dans le monde entier ». Il a indiqué que la communauté internationale devait se demander « si l’approche habituelle suffira encore …
« Il vaut mieux prévenir que guérir », a dit M. El Hillo à IRIN plus tard. « Un traitement ne sera jamais approprié si les besoins s’accroissent d’heure en heure et que les ressources déclinent rapidement ».
Au cours de la conférence, les intervenants ont identifié un certain nombre de tendances, de défis et de problèmes dont les acteurs humanitaires devraient tenir compte s’ils veulent « faire mieux » à l’avenir. Voici quelques exemples :
Poussée de jeunesse
: Les moins de 24 ans représentent près de 40 pour cent de la population mondiale ; plus d’un milliard d’habitants – soit une personne sur cinq – ont entre 15 et 24 ans ; dans un tiers des pays, les moins de 30 ans représentent plus de 60 pour cent de la population ; et 85 pour cent des jeunes de la planète vivent dans les pays en développement. « Les jeunes constituent une réalité démographique dominante … une réalité qui exige une attention et une prise en compte urgentes, particulièrement dans nos projets de développement », a indiqué William Lacy Swing, Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), aux participants à la conférence.
« Si des investissements ne sont pas réalisés très tôt, les jeunes restent enfermés dans la spirale de la pauvreté et de la dépendance, et sombrent facilement dans la criminalité, les conflits sociaux et la violence ».
Les participants ont également souligné la nécessité de mieux impliquer les jeunes dans l’aide humanitaire. « On sous-estime les capacités des jeunes », a dit la princesse Haya Bint Al Hussein, épouse du Premier ministre des Émirats arabes unis et Messagère de la paix des Nations Unies. « Comment se fait-il que nous ne leur donnions pas un plus grand rôle dans l’établissement du programme de développement mondial ou dans la recherche de nouvelles voies visant à mettre fin aux conflits politiques qui mènent à l’épuisement de notre énergie et de nos ressources ? ».
Chômage
: Avec ce « tsunami démographique », a dit la princesse Haya, « il y a déjà trop de demandeurs d’emplois et trop peu de travail, et l’utilisation des technologies, notamment dans le secteur de la manufacture, entraînera une réduction du nombre d’emplois ». Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, par exemple, devront créer 20 millions d’emplois au cours des dix prochaines années pour aligner leur taux de chômage, qui atteint 25 pour cent, sur le taux de chômage mondial qui s’élève à dix pour cent – une tâche « extrêmement difficile », selon Justin Sykes, responsable de l’innovation sociale chez Silatech, projet basé à Doha dont l’objectif est de créer des emplois dans le monde arabe.
Migration
: Le nombre croissant de jeunes et les taux élevés de chômage ont été un moteur essentiel des migrations mondiales, qui ont atteint des niveaux sans précédent. Aujourd’hui, une personne sur sept dans le monde est un migrant. Quelque 215 millions de migrants franchissent des frontières internationales et quelque 740 millions d’autres personnes sont des migrants nationaux qui quittent les zones rurales pour s’installer dans les zones urbaines afin de trouver du travail.
« Les migrations vont perdurer. C’est une tendance majeure du 21ème siècle », a dit M. Swing. Dans certains pays d’Afrique du Nord, plus de trois quarts des jeunes ont indiqué qu’ils souhaitaient migrer à tout prix, mais qu’ils disposaient de peu d’informations sur les détails de leur périple ou sur l’emploi qu’ils occuperaient une fois qu’ils auraient atteint leur destination, a indiqué une étude de l’OIM. Les personnes qui répondraient à la définition de réfugié sont de plus en plus souvent cachées au sein de grands groupes de migrants, a ajouté M. El Hillo. Ce phénomène de « migration mixte » compromet la fourniture de l’aide aux réfugiés.
Changement climatique
: Au cours des prochaines années, le changement climatique devrait affecter presque chaque aspect de notre vie, compliquant le développement de stratégies de réponse efficaces par la communauté humanitaire. Outre les pertes financières, « les évènements extrêmes … peuvent entraîner la perte de ce que les individus, les communautés et les groupes ont de plus précieux, y compris la perte d’éléments du capital social, par exemple le sentiment d’appartenance à un lieu ou une communauté, l’identité ou la culture », souligne un récent rapport sur la gestion des risques d’événements extrêmes et de catastrophes en vue d’une meilleure adaptation aux changements climatiques [Managing the Risks of Extreme Events and Disasters to Advance Climate Change Adaptation (SREX)] du Panel intergouvernemental sur le changement climatique. Des températures plus élevées et un changement de la configuration des pluies pourraient déclencher une augmentation de l’incidence des maladies à vecteurs, comme le paludisme, la fièvre jaune, la fièvre dengue, l’onchocercose ou cécité des rivières, et la trypanosomose ou maladie du sommeil, a indiqué le PICC dans sa dernière évaluation.
Politisation de l’aide humanitaire
: De plus en plus souvent, les gouvernements conditionnent l’aide humanitaire à des objectifs politiques, militaires ou à des objectifs liés à la lutte contre le terrorisme. C’est notamment le cas en Afghanistan, au Yémen, en Lybie, au Soudan, en Somalie et dans les Territoires palestiniens occupés. « C’est un jeu dangereux aux conséquences meurtrières en termes d’accès, de protection, de sécurité des populations civiles et des acteurs humanitaires », a dit M. Mountain. Dans certains cas, comme en Syrie, les gouvernements et/ou les groupes armés refusent de plus en plus souvent l’accès aux organisations humanitaires. Pour en savoir plus sur la politisation de l’aide, référez-vous à l’indice de réponse humanitaire (HRI) 2011, une étude annuelle publiée par DARA.
Nouveaux acteurs de l’humanitaire
: Ces dernières années, on a constaté une explosion du nombre d’organisations non gouvernementales (ONG), mais aussi une évolution du profil des bailleurs de fonds. Le ralentissement économique en Occident s’est traduit par un accroissement de l’influence des bailleurs de fonds et des organisations du monde arabe et du monde musulman, par exemple. Cette nouvelle donne a deux conséquences. Premièrement, la communauté internationale doit mieux intégrer, et avec « davantage de respect », ces nouveaux acteurs. « Beaucoup d’acteurs de la communauté internationale ont tendance à penser que l’argent doit être donné afin que nous puissions, nous les experts, repartir et faire notre travail », a dit M. El Hillo. « Les discussions devraient davantage porter sur les partenariats stratégiques et moins sur l’argent … Mettre au point des partenariats judicieux et stratégiques est une manière pour la communauté humanitaire internationale de mieux répondre à l’accroissement des défis humanitaires d’aujourd’hui », a-t-il dit à IRIN.
Mais alors que l’aide humanitaire se généralise, M. Luchner d’ECHO a indiqué, « il nous faut également nous assurer que nous pouvons canaliser toute cette bonne volonté pour fournir l’aide humanitaire avec professionnalisme ».
Appropriation par les acteurs locaux : Les acteurs nationaux ont émis le souhait de prendre davantage de responsabilités dans la réponse aux crises, et la communauté internationale devrait s’en réjouir, selon l’ambassadeur Manuel Bessler, Vice-directeur, délégué à l’aide humanitaire et chef du Corps suisse d'aide humanitaire (CSA). Il a dit qu’il avait tiré les leçons des inondations au Pakistan : alors directeur du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) dans le pays, il n’avait pas suffisamment dialogué avec les autorités. Le Printemps arabe a également démontré la capacité de la société civile, ce qui doit être salué, a dit M. El Hillo : « Les organisations de la société civile, les ONG du monde arabe ne sont pas là pour qu’on leur dise ce qu’elles ont à faire. Elles ont beaucoup à apprendre aux autres ».
Innovation
: La communauté humanitaire doit s’éloigner des modes de pensée traditionnels et trouver des manières innovantes de faire face aux crises auxquelles elle est confrontée. M. Bessler a souligné les succès rencontrés par la Suisse dans des pays comme la Somalie, dont les populations vulnérables ont reçu une aide financière plutôt que des dons en nature. L’Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC) tente désormais de trouver un moyen de mener ces actions dans les situations d’urgence. « On passe des subventions à la participation », a dit M. Bessler, et cela permet également de stimuler les économies locales. Les messageries des téléphones portables sont de plus en souvent utilisées pour connecter les jeunes à des employeurs potentiels, comme l’a fait Silatech dans plusieurs nouveaux projets mis en place dans le monde arabe, ou connecter les agriculteurs aux marchés comme cela a été fait en Afrique sub-saharienne.
Aide humanitaire contre aide au développement : Alors que les lignes entre l’aide humanitaire et le travail de développement deviennent de plus en plus floues, les acteurs humanitaires doivent améliorer leurs appels à la préparation, a dit M. Mountain.
« Lorsque nous travaillons avec les militaires, ils consacrent 90 à 95 pour cent de leur temps à la planification et peut-être 5 pour cent à l’action », a-t-il dit à IRIN, « tandis que les acteurs humanitaires consacrent 95 pour cent de leur temps, si ce n’est plus, à l’action, et très peu à la planification … Même lorsqu’ils ne sont pas en situation de guerre, les pays disposent d’une armée. Même lorsqu’il n’y a pas d’incendie, ils ont une caserne de pompiers. Lorsqu’éclate une crise humanitaire, il faut essayer de rassembler les pompiers afin de pouvoir intervenir. Et là pas de surprise, nous ne sommes pas aussi rapides que nous devrions l’être ».
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