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lundi 20 mai 2013
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Analyse: Combattants et sites web - une nouvelle sorte de rébellion au Mali ?
Photo:
Nancy Palus/IRIN
Des habitants du nord du Mali se sont rencontrés à Bamako à la fin février pour déterminer comment les communautés du Nord peuvent contribuer à résoudre la crise
Cet article s'inscrit dans une série de rapports sur la crise qui sévit dans le nord du Mali, et en particulier sur la rébellion du MNLA et l'impact de la présence d'AQMI
MOPTI, 29 mars 2012 (IRIN) - À la suite du coup d'État qui a renversé le président malien
Amadou Toumani Touré
, le chef de la junte militaire, le capitaine Amadou Sanogo, a fait part de sa volonté de négocier avec les groupes rebelles. Selon certaines informations, ceux-ci entourent la ville de Kidal, dans le nord du pays, et renforcent leurs positions autour de Gao, à 190 kilomètres plus au sud.
Dans une récente interview accordée à la BBC, le capitaine Sanogo a dit qu'il était prêt à discuter : « Je veux qu'ils viennent tous s'asseoir autour de la même table. Ma porte est ouverte. Nous pourrons aborder la question du processus de paix et mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour y parvenir. »
Il sera intéressant de voir qui répondra à l'appel. Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le dernier d'une série de mouvements rebelles, lutte pour la création d'un État indépendant regroupant les régions de Gao, de Kidal et de Tombouctou, dans le nord du Mali, et se vante de disposer de moyens militaires sophistiqués. « Nous ne nous contentons pas de frapper une fois et de fuir dans le bush. »
Parmi les hauts responsables du MNLA, on compte notamment le chef d'état-major Mohamed Ag Najem, recruté directement en Libye. Le mouvement comporte également une frange importante d'intellectuels : Moussa Ag Assari, un écrivain basé à Paris qui a publié ses mémoires sous le titre de «
Y'a pas d'embouteillage dans le désert !
», en est un porte-parole.
Isolement des putschistes
C'est l'« incompétence » du gouvernement et de l'armée dans la gestion de la crise qui sévit dans les régions du nord du Mali qui aurait poussé M. Sanogo et ses compagnons d'armes aujourd'hui regroupés au sein du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDRE) à renverser le président Touré. Or, l'établissement d'un dialogue avec les rebelles touaregs du Mali n'est qu'un des nombreux défis prioritaires auxquels sont confrontés les putschistes.
Sévèrement critiqué par les Nations Unies, l'Union africaine, l'Union européenne, la Banque mondiale et d'autres, sans parler de l'Assemblée nationale malienne et d'un bloc de plus en plus important de personnalités influentes et de leaders de la société civile, le CNRDRE doit par ailleurs faire face à une économie en crise tout en cherchant à contrôler les pilleurs, à offrir un semblant de cohérence au sein de son leadership et à rompre son propre isolement.
Campés sur leurs positions
Le mouvement rebelle que les soldats tentent de défaire dans les zones isolées du nord du pays est également réprouvé par la population en général, même s'il fait état d'un réseau impressionnant de groupes de la diaspora et de sites internet de soutien.
Si le MNLA a des alliés, ils se tiennent dans l'ombre. Son insurrection est largement considérée comme illégitime, sectaire et contraire à l'esprit de l'unité africaine, mais le mouvement ne semble nullement ébranlé par les critiques. Les leaders du mouvement ne se sont pas aventurés à célébrer le renversement de M. Touré et se sont contentés d'utiliser l'occasion « pour réaffirmer l'objectif de la lutte, qui demeure l'indépendance de l'Azawad, et pour le poursuivre avec détermination ».
Ironiquement, ce n'est pas le MNLA qui a bénéficié d'un élan immédiat et d'un capital politique important à la suite du coup d'État, mais un mouvement rival appelé « Ansar Dine », dirigé en principe par Iyad Ag Ghali, un vétéran de la rébellion touarègue. Des responsables du mouvement, qui se bat pour l'instauration de la charia [loi islamique] plutôt que pour l'indépendance, ont affirmé avoir encerclé la ville de Kidal. L'armée malienne et le MNLA, qui se sont fermement dissociés du mouvement de M. Ghali, ont rapidement signalé que ces affirmations étaient fausses.
Lors de l'attaque menée contre Ménaka le 17 janvier, le MNLA a annoncé que ses cibles principales seraient Kidal, Tombouctou et Gao, les capitales des trois provinces du « septentrion », le grand-nord du Mali, qui sont toutes destinées à faire partie de l'« Azawad libéré ».
Photo:
Emilio Labrador/Flickr
Le MNLA cherche à exercer le contrôle de plusieurs villes, et notamment de Tombouctou (photo d'archives)
Le MNLA n'hésite pas à exagérer ses gains territoriaux. Ses communiqués sont souvent rédigés à Paris ou dans la capitale mauritanienne, Nouakchott, plutôt que sur la ligne de front. Aussi, même à l'ère du numérique, la majeure partie des informations dont ils font état sont difficiles à vérifier.
Or, le mouvement rend perplexes même les sceptiques qui le considéraient au départ comme un simple « feu de paille ».
« Qu'est-ce qui va se passer quand ils n'auront plus de munitions, quand ils prendront conscience qu'ils n'ont pas de zones de repli, pas de lignes d'approvisionnement, que Kadhafi n'existe plus ? Comment vont-ils soigner leurs blessés ? » s'est interrogé El Hadji Baba Haidara, député élu à Tombouctou et président de la cellule de crise au Nord de l'Assemblée nationale.
Il y a longtemps que la confiance du peuple en un éventuel changement du paysage militaire une fois que l'armée nationale aurait mobilisé et engagé plus de ressources au Nord s'est effritée. Cela remonte à bien avant le coup d'État qui a renversé le président Touré et donné naissance au CNRDRE.
Chronique d'une rébellion annoncée
Le président Touré a souvent été critiqué, et pas seulement par les soldats dissidents, pour n'avoir pas su percevoir les signes annonciateurs de la rébellion. On ignore encore comment son gouvernement a géré l'afflux des rapatriés en provenance de la Libye.
À la fin 2011, des rapports provenant du nord du Mali indiquaient que deux des contingents rebelles de retour de la Libye cherchaient à s'entendre avec les autorités et souhaitaient être intégrés au sein des structures militaires et civiles, alors qu'un troisième ne voulait rien savoir. Les détracteurs [du président déchu] se demandent pourquoi la menace n'a pas été neutralisée à ce moment-là et comment le Niger voisin a réussi à éviter une crise similaire.
Il est devenu courant de considérer l'arrivée des combattants endurcis par leur séjour en Libye comme le principal catalyseur de la révolte du MNLA. Selon plusieurs, leur retour aurait en effet encouragé les partisans de la ligne dure et les opportunistes à agir alors que, sans eux, ils se seraient contentés d'organiser des marches de protestation et de rédiger des manifestes. Or, la population est de plus en plus pessimiste quant à la possibilité de parvenir à un accord de paix durable et global dans le Nord.
En 2006, dix ans après la cérémonie de la Flamme de la paix à Tombouctou, la dissolution des mouvements rebelles armés et la destruction symbolique de centaines d'armes à feu, l'impulsion et l'optimisme de l'époque s'étaient déjà dissipés.
Les attaques coordonnées des garnisons de Kidal et de Ménaka, le 23 mai 2006, ont en effet marqué le début d'un nouveau chapitre de violence. Les raids ont été revendiqués par l'Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC), qui compte dans ses rangs des leaders influents d'insurrections passées. L'Algérie a encore une fois servi de médiateur et, en juillet 2006 à Alger, le gouvernement malien et l'ADC ont signé un accord visant à combattre l'insécurité et le sous-développement à Kidal.
Les violences sporadiques sont malgré tout demeurées la norme dans certaines régions du Nord. Les forces gouvernementales et l'Alliance touarègue Niger-Mali (ATNM), dirigée par Ibrahim Ag Bahanga, un commandant rebelle aguerri opposé à un compromis avec Bamako qui combattait depuis des bases installées dans des grottes et au milieu des collines, ont continué à se livrer une guerre sanglante et épuisante.
Photo:
ReliefWeb
Carte du Mali montrant les régions du Nord
Tué dans un mystérieux accident de voiture en août 2011, M. Bahanga est maintenant vénéré par le MNLA comme « un pilier de la communauté touarègue », mais les hommages qu'on lui rend ne mentionnent pas que l'Azawad est devenu une importante plateforme de trafic. Selon certaines informations, M. Bahanga aurait également contribué à la consolidation des liens avec les combattants en Libye et persuadé des officiers et des soldats ordinaires de traverser le Sahara.
Lutte pour l'indépendance de l'Azawad
Bien avant qu'on ne parle de la disparition du colonel Mouammar Kadhafi, une réunion de représentants principalement touaregs s'est terminée à Tombouctou le 1er novembre 2010 avec l'annonce de la création du Mouvement national de l'Azawad (MNA) pour lutter contre la militarisation et la marginalisation du Nord.
Le communiqué diffusé à cette occasion indiquait que l'Azawad était devenu « un espace de conflit et d'influence entre des pays qui ont l'oeil sur leurs intérêts et les groupes extrémistes », faisant clairement référence aux compagnies minières étrangères et au groupe terroriste Al-Qaida au Maghreb islamique (
AQMI
). Le MNA a appelé « tous les fils de l'Azawad » à se rallier à un peuple menacé d'être réduit au rang de « spectateur incapable ». Si le document rejetait explicitement toute forme de violence et de terrorisme, il soulignait cependant que le gouvernement devrait réparer les dommages causés par cinquante ans de négligence et de brutalité.
Moins d'un an plus tard, le MNA fusionnait officiellement avec l'ATNM. Le communiqué diffusé sur Internet le 16 octobre 2011 suggérait que le mouvement s'apprêtait à fermer la porte à d'éventuelles négociations avec le gouvernement malien. Le nouveau MNLA a défini son principal objectif comme étant de « sortir le peuple de l'Azawad de l'occupation illégale du territoire azawadien par le Mali. Ce dernier est l'animateur depuis des décennies de l'insécurité dans la région ».
Parmi les principaux griefs du MNLA, nombreux sont ceux qui s'appuient sur le souvenir d'atrocités commises par le passé par les armées nationales, l'incapacité des accords de paix à améliorer la situation sécuritaire et les conditions de vie de la population et le gaspillage et le détournement de fonds par les autorités locales et nationales. S'ajoute à cela un ressentiment très explicite envers le gouvernement, que l'on soupçonne d'entretenir des liens avec AQMI et de faire passer les Touaregs pour des complices des terroristes.
Ce qui est plus nouveau, c'est l'accent particulier mis sur l'indépendance de l'Azawad en tant que projet réalisable, celui d'une terre ancestrale pour les « Kel Tamasheq », ou les gens qui parlent le tamachek. Si le MNLA affirme bénéficier du soutien de toutes les communautés du Nord, notamment les Songhaïs, les Peuls et les Arabes, il se présente également comme luttant pour la survie de la culture tamachek face à la répression brutale de l'État.
Le thème a été repris par des sites internet de soutien en Afrique du Nord, aux États-Unis et en Europe. Selon les organisateurs du Rassemblement de solidarité avec l'Azawad qui doit se tenir à Paris en avril, « cinquante ans de cohabitation forcée avec le Mali ne sont que de trop. Cette cohabitation imposée par la France coloniale a produit nombre de dégâts dans le pays touareg. Et la pire des conséquences [...] est la destruction des valeurs et de l'identité touarègues ».
Envoi d'une délégation de députés dans le Nord
Face à l'émergence du MNLA, le gouvernement a notamment réagi en envoyant une délégation de députés représentant les régions du Nord à Tombouctou, Gao, Kidal et ailleurs afin de savoir ce qui se passait. M. Haidara, le député élu à Tombouctou, a participé à la mission qui a parcouru le nord du pays à la fin 2011. « Nous nous sommes directement rendus sur les bases du MNLA et nous avons discuté avec eux pendant deux jours pour tenter de comprendre ce qu'ils faisaient et quelle était leur motivation. »
M. Haidara a dit qu'il était difficile de prendre au sérieux le nouveau mouvement. « À mon avis, il ne s'agit pas d'une véritable rébellion. Il y avait environ 200 jeunes là-bas, dont la plupart étaient originaires de Kidal. Ils ont dit qu'ils représentaient l'ensemble du Nord et qu'ils voulaient exercer leur droit à l'autodétermination. J'ai rapidement compris qu'il s'agissait d'un phénomène minoritaire et qu'ils ne représentaient rien du tout. Je leur ai dit que s'ils voulaient l'indépendance, ils devraient tenir un référendum. » Le député n'a pas été impressionné lorsque ses interlocuteurs lui ont montré un drapeau de l'Azawad. « Je leur ai dit que j'étais originaire du nord du Mali, mais que je n'étais pas azawadien. »
L'ancien secrétaire général du Front populaire de libération de l'Azawad (FPLA) Zeidane Ag Sidalamine, qui a beaucoup milité pour la paix après la dissolution de son mouvement et a même prononcé le discours d'ouverture de la cérémonie de la Flamme de la paix à Tombouctou en mars 1996, croit également que l'indépendance de l'Azawad est une utopie.
« Le MNLA est un mouvement politico-militaire qui possède son propre vocabulaire et sa propre façon de voir les choses », a dit M. Sidalamine. « L'option indépendantiste ou séparatiste n'a pas de chance de réussir. La diplomatie d'un pays est inscrite dans sa géographie. Tous les sept pays avec lesquels le Mali partage des frontières ont déjà dit qu'ils reconnaissaient l'unité et l'indivisibilité du Mali », a-t-il dit à IRIN.
« Je ne crois pas en un État parachuté, un État sans territoire. Je me sens citoyen du Mali, indivisible, démocratique, laïc et social. »
cs/aj/he-gd/amz
Theme (s)
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Economie
,
Démocratie et gouvernance
,
Paix et sécurité
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Sécurité
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Urbanisation
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Des habitants du nord du Mali se sont rencontrés à Bamako à la fin février pour déterminer comment les communautés du Nord peuvent contribuer à résoudre la crise
Cet article s'inscrit dans une série de rapports sur la crise qui sévit dans le nord du Mali, et en particulier sur la rébellion du MNLA et l'impact de la présence d'AQMI
MOPTI, 29 mars 2012 (IRIN) - À la suite du coup d'État qui a renversé le président malien
Amadou Toumani Touré
, le chef de la junte militaire, le capitaine Amadou Sanogo, a fait part de sa volonté de négocier avec les groupes rebelles. Selon certaines informations, ceux-ci entourent la ville de Kidal, dans le nord du pays, et renforcent leurs positions autour de Gao, à 190 kilomètres plus au sud.
Dans une récente interview accordée à la BBC, le capitaine Sanogo a dit qu'il était prêt à discuter : « Je veux qu'ils viennent tous s'asseoir autour de la même table. Ma porte est ouverte. Nous pourrons aborder la question du processus de paix et mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour y parvenir. »
Il sera intéressant de voir qui répondra à l'appel. Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le dernier d'une série de mouvements rebelles, lutte pour la création d'un État indépendant regroupant les régions de Gao, de Kidal et de Tombouctou, dans le nord du Mali, et se vante de disposer de moyens militaires sophistiqués. « Nous ne nous contentons pas de frapper une fois et de fuir dans le bush. »
Parmi les hauts responsables du MNLA, on compte notamment le chef d'état-major Mohamed Ag Najem, recruté directement en Libye. Le mouvement comporte également une frange importante d'intellectuels : Moussa Ag Assari, un écrivain basé à Paris qui a publié ses mémoires sous le titre de «
Y'a pas d'embouteillage dans le désert !
», en est un porte-parole.
Isolement des putschistes
C'est l'« incompétence » du gouvernement et de l'armée dans la gestion de la crise qui sévit dans les régions du nord du Mali qui aurait poussé M. Sanogo et ses compagnons d'armes aujourd'hui regroupés au sein du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDRE) à renverser le président Touré. Or, l'établissement d'un dialogue avec les rebelles touaregs du Mali n'est qu'un des nombreux défis prioritaires auxquels sont confrontés les putschistes.
Sévèrement critiqué par les Nations Unies, l'Union africaine, l'Union européenne, la Banque mondiale et d'autres, sans parler de l'Assemblée nationale malienne et d'un bloc de plus en plus important de personnalités influentes et de leaders de la société civile, le CNRDRE doit par ailleurs faire face à une économie en crise tout en cherchant à contrôler les pilleurs, à offrir un semblant de cohérence au sein de son leadership et à rompre son propre isolement.
Campés sur leurs positions
Le mouvement rebelle que les soldats tentent de défaire dans les zones isolées du nord du pays est également réprouvé par la population en général, même s'il fait état d'un réseau impressionnant de groupes de la diaspora et de sites internet de soutien.
Si le MNLA a des alliés, ils se tiennent dans l'ombre. Son insurrection est largement considérée comme illégitime, sectaire et contraire à l'esprit de l'unité africaine, mais le mouvement ne semble nullement ébranlé par les critiques. Les leaders du mouvement ne se sont pas aventurés à célébrer le renversement de M. Touré et se sont contentés d'utiliser l'occasion « pour réaffirmer l'objectif de la lutte, qui demeure l'indépendance de l'Azawad, et pour le poursuivre avec détermination ».
Ironiquement, ce n'est pas le MNLA qui a bénéficié d'un élan immédiat et d'un capital politique important à la suite du coup d'État, mais un mouvement rival appelé « Ansar Dine », dirigé en principe par Iyad Ag Ghali, un vétéran de la rébellion touarègue. Des responsables du mouvement, qui se bat pour l'instauration de la charia [loi islamique] plutôt que pour l'indépendance, ont affirmé avoir encerclé la ville de Kidal. L'armée malienne et le MNLA, qui se sont fermement dissociés du mouvement de M. Ghali, ont rapidement signalé que ces affirmations étaient fausses.
Lors de l'attaque menée contre Ménaka le 17 janvier, le MNLA a annoncé que ses cibles principales seraient Kidal, Tombouctou et Gao, les capitales des trois provinces du « septentrion », le grand-nord du Mali, qui sont toutes destinées à faire partie de l'« Azawad libéré ».
Photo:
Emilio Labrador/Flickr
Le MNLA cherche à exercer le contrôle de plusieurs villes, et notamment de Tombouctou (photo d'archives)
Le MNLA n'hésite pas à exagérer ses gains territoriaux. Ses communiqués sont souvent rédigés à Paris ou dans la capitale mauritanienne, Nouakchott, plutôt que sur la ligne de front. Aussi, même à l'ère du numérique, la majeure partie des informations dont ils font état sont difficiles à vérifier.
Or, le mouvement rend perplexes même les sceptiques qui le considéraient au départ comme un simple « feu de paille ».
« Qu'est-ce qui va se passer quand ils n'auront plus de munitions, quand ils prendront conscience qu'ils n'ont pas de zones de repli, pas de lignes d'approvisionnement, que Kadhafi n'existe plus ? Comment vont-ils soigner leurs blessés ? » s'est interrogé El Hadji Baba Haidara, député élu à Tombouctou et président de la cellule de crise au Nord de l'Assemblée nationale.
Il y a longtemps que la confiance du peuple en un éventuel changement du paysage militaire une fois que l'armée nationale aurait mobilisé et engagé plus de ressources au Nord s'est effritée. Cela remonte à bien avant le coup d'État qui a renversé le président Touré et donné naissance au CNRDRE.
Chronique d'une rébellion annoncée
Le président Touré a souvent été critiqué, et pas seulement par les soldats dissidents, pour n'avoir pas su percevoir les signes annonciateurs de la rébellion. On ignore encore comment son gouvernement a géré l'afflux des rapatriés en provenance de la Libye.
À la fin 2011, des rapports provenant du nord du Mali indiquaient que deux des contingents rebelles de retour de la Libye cherchaient à s'entendre avec les autorités et souhaitaient être intégrés au sein des structures militaires et civiles, alors qu'un troisième ne voulait rien savoir. Les détracteurs [du président déchu] se demandent pourquoi la menace n'a pas été neutralisée à ce moment-là et comment le Niger voisin a réussi à éviter une crise similaire.
Il est devenu courant de considérer l'arrivée des combattants endurcis par leur séjour en Libye comme le principal catalyseur de la révolte du MNLA. Selon plusieurs, leur retour aurait en effet encouragé les partisans de la ligne dure et les opportunistes à agir alors que, sans eux, ils se seraient contentés d'organiser des marches de protestation et de rédiger des manifestes. Or, la population est de plus en plus pessimiste quant à la possibilité de parvenir à un accord de paix durable et global dans le Nord.
En 2006, dix ans après la cérémonie de la Flamme de la paix à Tombouctou, la dissolution des mouvements rebelles armés et la destruction symbolique de centaines d'armes à feu, l'impulsion et l'optimisme de l'époque s'étaient déjà dissipés.
Les attaques coordonnées des garnisons de Kidal et de Ménaka, le 23 mai 2006, ont en effet marqué le début d'un nouveau chapitre de violence. Les raids ont été revendiqués par l'Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC), qui compte dans ses rangs des leaders influents d'insurrections passées. L'Algérie a encore une fois servi de médiateur et, en juillet 2006 à Alger, le gouvernement malien et l'ADC ont signé un accord visant à combattre l'insécurité et le sous-développement à Kidal.
Les violences sporadiques sont malgré tout demeurées la norme dans certaines régions du Nord. Les forces gouvernementales et l'Alliance touarègue Niger-Mali (ATNM), dirigée par Ibrahim Ag Bahanga, un commandant rebelle aguerri opposé à un compromis avec Bamako qui combattait depuis des bases installées dans des grottes et au milieu des collines, ont continué à se livrer une guerre sanglante et épuisante.
Photo:
ReliefWeb
Carte du Mali montrant les régions du Nord
Tué dans un mystérieux accident de voiture en août 2011, M. Bahanga est maintenant vénéré par le MNLA comme « un pilier de la communauté touarègue », mais les hommages qu'on lui rend ne mentionnent pas que l'Azawad est devenu une importante plateforme de trafic. Selon certaines informations, M. Bahanga aurait également contribué à la consolidation des liens avec les combattants en Libye et persuadé des officiers et des soldats ordinaires de traverser le Sahara.
Lutte pour l'indépendance de l'Azawad
Bien avant qu'on ne parle de la disparition du colonel Mouammar Kadhafi, une réunion de représentants principalement touaregs s'est terminée à Tombouctou le 1er novembre 2010 avec l'annonce de la création du Mouvement national de l'Azawad (MNA) pour lutter contre la militarisation et la marginalisation du Nord.
Le communiqué diffusé à cette occasion indiquait que l'Azawad était devenu « un espace de conflit et d'influence entre des pays qui ont l'oeil sur leurs intérêts et les groupes extrémistes », faisant clairement référence aux compagnies minières étrangères et au groupe terroriste Al-Qaida au Maghreb islamique (
AQMI
). Le MNA a appelé « tous les fils de l'Azawad » à se rallier à un peuple menacé d'être réduit au rang de « spectateur incapable ». Si le document rejetait explicitement toute forme de violence et de terrorisme, il soulignait cependant que le gouvernement devrait réparer les dommages causés par cinquante ans de négligence et de brutalité.
Moins d'un an plus tard, le MNA fusionnait officiellement avec l'ATNM. Le communiqué diffusé sur Internet le 16 octobre 2011 suggérait que le mouvement s'apprêtait à fermer la porte à d'éventuelles négociations avec le gouvernement malien. Le nouveau MNLA a défini son principal objectif comme étant de « sortir le peuple de l'Azawad de l'occupation illégale du territoire azawadien par le Mali. Ce dernier est l'animateur depuis des décennies de l'insécurité dans la région ».
Parmi les principaux griefs du MNLA, nombreux sont ceux qui s'appuient sur le souvenir d'atrocités commises par le passé par les armées nationales, l'incapacité des accords de paix à améliorer la situation sécuritaire et les conditions de vie de la population et le gaspillage et le détournement de fonds par les autorités locales et nationales. S'ajoute à cela un ressentiment très explicite envers le gouvernement, que l'on soupçonne d'entretenir des liens avec AQMI et de faire passer les Touaregs pour des complices des terroristes.
Ce qui est plus nouveau, c'est l'accent particulier mis sur l'indépendance de l'Azawad en tant que projet réalisable, celui d'une terre ancestrale pour les « Kel Tamasheq », ou les gens qui parlent le tamachek. Si le MNLA affirme bénéficier du soutien de toutes les communautés du Nord, notamment les Songhaïs, les Peuls et les Arabes, il se présente également comme luttant pour la survie de la culture tamachek face à la répression brutale de l'État.
Le thème a été repris par des sites internet de soutien en Afrique du Nord, aux États-Unis et en Europe. Selon les organisateurs du Rassemblement de solidarité avec l'Azawad qui doit se tenir à Paris en avril, « cinquante ans de cohabitation forcée avec le Mali ne sont que de trop. Cette cohabitation imposée par la France coloniale a produit nombre de dégâts dans le pays touareg. Et la pire des conséquences [...] est la destruction des valeurs et de l'identité touarègues ».
Envoi d'une délégation de députés dans le Nord
Face à l'émergence du MNLA, le gouvernement a notamment réagi en envoyant une délégation de députés représentant les régions du Nord à Tombouctou, Gao, Kidal et ailleurs afin de savoir ce qui se passait. M. Haidara, le député élu à Tombouctou, a participé à la mission qui a parcouru le nord du pays à la fin 2011. « Nous nous sommes directement rendus sur les bases du MNLA et nous avons discuté avec eux pendant deux jours pour tenter de comprendre ce qu'ils faisaient et quelle était leur motivation. »
M. Haidara a dit qu'il était difficile de prendre au sérieux le nouveau mouvement. « À mon avis, il ne s'agit pas d'une véritable rébellion. Il y avait environ 200 jeunes là-bas, dont la plupart étaient originaires de Kidal. Ils ont dit qu'ils représentaient l'ensemble du Nord et qu'ils voulaient exercer leur droit à l'autodétermination. J'ai rapidement compris qu'il s'agissait d'un phénomène minoritaire et qu'ils ne représentaient rien du tout. Je leur ai dit que s'ils voulaient l'indépendance, ils devraient tenir un référendum. » Le député n'a pas été impressionné lorsque ses interlocuteurs lui ont montré un drapeau de l'Azawad. « Je leur ai dit que j'étais originaire du nord du Mali, mais que je n'étais pas azawadien. »
L'ancien secrétaire général du Front populaire de libération de l'Azawad (FPLA) Zeidane Ag Sidalamine, qui a beaucoup milité pour la paix après la dissolution de son mouvement et a même prononcé le discours d'ouverture de la cérémonie de la Flamme de la paix à Tombouctou en mars 1996, croit également que l'indépendance de l'Azawad est une utopie.
« Le MNLA est un mouvement politico-militaire qui possède son propre vocabulaire et sa propre façon de voir les choses », a dit M. Sidalamine. « L'option indépendantiste ou séparatiste n'a pas de chance de réussir. La diplomatie d'un pays est inscrite dans sa géographie. Tous les sept pays avec lesquels le Mali partage des frontières ont déjà dit qu'ils reconnaissaient l'unité et l'indivisibilité du Mali », a-t-il dit à IRIN.
« Je ne crois pas en un État parachuté, un État sans territoire. Je me sens citoyen du Mali, indivisible, démocratique, laïc et social. »
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