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lundi 20 mai 2013
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AFRIQUE: Remise en cause des mythes de l'urbanisation
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IRIN
L'étalement gigantesque de Kibera à Nairobi, au Kenya, semble être le signe d'une urbanisation rapide, mais son ampleur est souvent exagérée (photo d'archives)
LONDRES, 7 mars 2012 (IRIN) - Avec l'afflux des populations rurales vers les villes, les grandes villes africaines s'agrandissent à un rythme effrayant. C'est du moins une opinion courante, mais une chercheuse londonienne, Deborah Potts, remet en cause cette
idée reçue
, en affirmant qu'elle est fondée sur des données défectueuses et que le taux d'urbanisation est nettement plus bas qu'on ne le pense.
Mme Potts, maître de conférences en géographie humaine au King's College de Londres, dit qu'elle a commencé à avoir des doutes vers le milieu des années 1980, alors qu'elle travaillait au Zimbabwe. « Nous avions alors interrogé 1 000 migrants, » a t-elle dit à IRIN « et la majorité nous disaient qu'ils resteraient quelque temps en ville, mais qu'ils repartiraient au bout d'un moment, car ils ne pourraient pas se permettre de rester. En effet, il n'existe pas de filet de sécurité en ville : s'ils tombaient malades, s'ils devenaient vieux, ou s'ils perdaient leur emploi, il leur faudrait retourner dans leur campagne. »
Puis il y a eu les chiffres du recensement de 1990 en Zambie -il est vrai qu'il s'agit d'un cas un peu extrême - où l'effondrement des cours du cuivre avait entraîné en fait une réduction du nombre de personnes vivant dans les villes, et une nouvelle chute en 2000. Dans le même temps, des chercheurs français qui travaillaient en Côte d'Ivoire observaient la même évolution. « Les revenus urbains réels fondaient comme neige au soleil à cause de la crise pétrolière et des programmes d'ajustement structurel, » note Mme Potts. « C'est ce qui se passe en Grèce en ce moment, sauf que ce n'est rien, par comparaison avec ce qui s'est passé en Afrique. »
Mais les gens ont mis du temps à se rendre compte de cette évolution, parce que les données mêmes posaient problème. L'ONU collecte et publie des données démographiques, mais la crise économique a également affecté la réalisation et la publication des recensements nationaux, qui reviennent très cher. Quand les données de recensement n'étaient pas disponibles, l'ONU s'est servie de projections et a basé son modèle sur les premières décennies qui ont suivi l'indépendance, une époque où les populations urbaines en Afrique croissaient en effet de façon très rapide. Quand les chiffres corrects ont été disponibles, on s'est aperçu que certaines des données concernant la population urbaine étaient largement surestimées.
Dans un article destiné à l'Africa Research Institute [un think-tank londonien indépendant], Mme Potts cite les chiffres donnés par le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (UN-Habitat) sur le niveau d'urbanisation : En 2001, UN-Habitat estimait que 34 pour cent de la population kenyane était urbaine ; en 2010, cette estimation avait été revue à la baisse et était de 22 pour cent. Selon Mme Potts, les taux d'urbanisation étaient moindres dans 11 pays d'Afrique sub-saharienne, et en Tanzanie, en Mauritanie et au Sénégal, la baisse était particulièrement sensible.
Il ne viendrait à l'idée de personne de suggérer que les villes africaines soient véritablement en train de rétrécir. La population urbaine continue à s'accroître, mais la population s'accroît aussi à la campagne. La tendance générale reste un mouvement vers les villes, mais c'est une évolution lente, et non pas un raz-de-marée.
Mme Potts regrette qu'alors même que les chiffres sont aujourd'hui disponibles, les analystes - y compris ceux de UN-Habitat - ne modifient que très lentement leurs hypothèses. C'est un message qui n'est pas toujours bien reçu. « Les gens sont quelquefois très fâchés, » dit-elle. « Ils disent que ce n'est pas possible, que ce sont les autorités urbaines qui leur ont donné [ces informations]. Mais d'après mon expérience, les autorités urbaines ne disposent pas habituellement de statistiques correctes et dans neuf cas sur 10, elles surestiment largement leur population pour des raisons politiques.
Statistiques démographiques
Claire Melamed, qui dirige le Programme croissance, pauvreté et inégalités à l'Institut de développement d'outre-mer britannique (ODI), a dit à IRIN : « Pour une raison ou pour une autre, investir dans les données n'est jamais une priorité essentielle. Mais ce n'est pas du luxe, c'est le principe fondamental d'une bonne politique. Tout cela a des conséquences concrètes sur la façon de distribuer les services dont les gens ont besoin et qu'ils veulent. Si la majorité est urbaine, la distribution va être différente de ce qu'elle serait pour une majorité rurale et dispersée.
Pour Eduardo Moreno, responsable du programme Villes à UN-Habitat, revoir et, au besoin, réviser des projections antérieures fait partie de son travail. Mais il insiste sur le fait que l'Afrique continue à s'urbaniser. « Si nous ne prenons que l'Afrique, » a t-il expliqué à IRIN, « il est très clair que l'urbanisation se ralentit et que les grandes villes africaines ne croissent pas aussi rapidement qu'il y a 10 ou 15 ans. Mais si on compare avec l'Asie ou l'Amérique latine, c'est encore l'Afrique qui connaît le taux d'urbanisation le plus fort de tout le monde en développement. »
Mme Melamed souligne que, quoi qu'il en soit, l'Afrique reste une société à prédominance rurale. Mais cela remet en question les idées sur la manière dont la société est en train de changer, puisque celles-ci étaient fondées sur l'idée d'une urbanisation très rapide. Sans oublier les aspects politiques : « Comme nous l'avons vu en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, des populations urbaines jeunes, mieux éduquées ont un comportement différent de celui des populations rurales. Quand les gens s'urbanisent, ne pas leur donner ce qu'ils veulent risque d'avoir des conséquences politiques beaucoup plus sévères. »
M. Moreno fait remarquer qu'un taux d'urbanisation plus graduel n'est pas nécessairement la bénédiction que les gouvernements peuvent imaginer. « Plusieurs pays africains n'ont toujours pas compris que l'urbanisation est une chose très positive, » a t-il indiqué. « Certains aiment peut-être garder leur population dans les zones rurales, parce qu'ils associent l'urbanisation à la pauvreté et à d'autres aspects négatifs. Mais l'histoire nous montre qu'aucun pays ne s'est sorti de la pauvreté en restant rural.
« Nous avons demandé à des gouvernements africains s'ils voulaient mettre fin à l'urbanisation et la plupart d'entre eux ont dit que oui. Mais si vous songez à la Chine, [ses] plans quinquennaux considèrent l'urbanisation comme le moteur du développement. Par conséquent, si certains pays essaient délibérément de réduire leur taux d'urbanisation, c'est une mauvaise politique qu'ils adoptent. »
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Economie
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Urbanisation
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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L'étalement gigantesque de Kibera à Nairobi, au Kenya, semble être le signe d'une urbanisation rapide, mais son ampleur est souvent exagérée (photo d'archives)
LONDRES, 7 mars 2012 (IRIN) - Avec l'afflux des populations rurales vers les villes, les grandes villes africaines s'agrandissent à un rythme effrayant. C'est du moins une opinion courante, mais une chercheuse londonienne, Deborah Potts, remet en cause cette
idée reçue
, en affirmant qu'elle est fondée sur des données défectueuses et que le taux d'urbanisation est nettement plus bas qu'on ne le pense.
Mme Potts, maître de conférences en géographie humaine au King's College de Londres, dit qu'elle a commencé à avoir des doutes vers le milieu des années 1980, alors qu'elle travaillait au Zimbabwe. « Nous avions alors interrogé 1 000 migrants, » a t-elle dit à IRIN « et la majorité nous disaient qu'ils resteraient quelque temps en ville, mais qu'ils repartiraient au bout d'un moment, car ils ne pourraient pas se permettre de rester. En effet, il n'existe pas de filet de sécurité en ville : s'ils tombaient malades, s'ils devenaient vieux, ou s'ils perdaient leur emploi, il leur faudrait retourner dans leur campagne. »
Puis il y a eu les chiffres du recensement de 1990 en Zambie -il est vrai qu'il s'agit d'un cas un peu extrême - où l'effondrement des cours du cuivre avait entraîné en fait une réduction du nombre de personnes vivant dans les villes, et une nouvelle chute en 2000. Dans le même temps, des chercheurs français qui travaillaient en Côte d'Ivoire observaient la même évolution. « Les revenus urbains réels fondaient comme neige au soleil à cause de la crise pétrolière et des programmes d'ajustement structurel, » note Mme Potts. « C'est ce qui se passe en Grèce en ce moment, sauf que ce n'est rien, par comparaison avec ce qui s'est passé en Afrique. »
Mais les gens ont mis du temps à se rendre compte de cette évolution, parce que les données mêmes posaient problème. L'ONU collecte et publie des données démographiques, mais la crise économique a également affecté la réalisation et la publication des recensements nationaux, qui reviennent très cher. Quand les données de recensement n'étaient pas disponibles, l'ONU s'est servie de projections et a basé son modèle sur les premières décennies qui ont suivi l'indépendance, une époque où les populations urbaines en Afrique croissaient en effet de façon très rapide. Quand les chiffres corrects ont été disponibles, on s'est aperçu que certaines des données concernant la population urbaine étaient largement surestimées.
Dans un article destiné à l'Africa Research Institute [un think-tank londonien indépendant], Mme Potts cite les chiffres donnés par le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (UN-Habitat) sur le niveau d'urbanisation : En 2001, UN-Habitat estimait que 34 pour cent de la population kenyane était urbaine ; en 2010, cette estimation avait été revue à la baisse et était de 22 pour cent. Selon Mme Potts, les taux d'urbanisation étaient moindres dans 11 pays d'Afrique sub-saharienne, et en Tanzanie, en Mauritanie et au Sénégal, la baisse était particulièrement sensible.
Il ne viendrait à l'idée de personne de suggérer que les villes africaines soient véritablement en train de rétrécir. La population urbaine continue à s'accroître, mais la population s'accroît aussi à la campagne. La tendance générale reste un mouvement vers les villes, mais c'est une évolution lente, et non pas un raz-de-marée.
Mme Potts regrette qu'alors même que les chiffres sont aujourd'hui disponibles, les analystes - y compris ceux de UN-Habitat - ne modifient que très lentement leurs hypothèses. C'est un message qui n'est pas toujours bien reçu. « Les gens sont quelquefois très fâchés, » dit-elle. « Ils disent que ce n'est pas possible, que ce sont les autorités urbaines qui leur ont donné [ces informations]. Mais d'après mon expérience, les autorités urbaines ne disposent pas habituellement de statistiques correctes et dans neuf cas sur 10, elles surestiment largement leur population pour des raisons politiques.
Statistiques démographiques
Claire Melamed, qui dirige le Programme croissance, pauvreté et inégalités à l'Institut de développement d'outre-mer britannique (ODI), a dit à IRIN : « Pour une raison ou pour une autre, investir dans les données n'est jamais une priorité essentielle. Mais ce n'est pas du luxe, c'est le principe fondamental d'une bonne politique. Tout cela a des conséquences concrètes sur la façon de distribuer les services dont les gens ont besoin et qu'ils veulent. Si la majorité est urbaine, la distribution va être différente de ce qu'elle serait pour une majorité rurale et dispersée.
Pour Eduardo Moreno, responsable du programme Villes à UN-Habitat, revoir et, au besoin, réviser des projections antérieures fait partie de son travail. Mais il insiste sur le fait que l'Afrique continue à s'urbaniser. « Si nous ne prenons que l'Afrique, » a t-il expliqué à IRIN, « il est très clair que l'urbanisation se ralentit et que les grandes villes africaines ne croissent pas aussi rapidement qu'il y a 10 ou 15 ans. Mais si on compare avec l'Asie ou l'Amérique latine, c'est encore l'Afrique qui connaît le taux d'urbanisation le plus fort de tout le monde en développement. »
Mme Melamed souligne que, quoi qu'il en soit, l'Afrique reste une société à prédominance rurale. Mais cela remet en question les idées sur la manière dont la société est en train de changer, puisque celles-ci étaient fondées sur l'idée d'une urbanisation très rapide. Sans oublier les aspects politiques : « Comme nous l'avons vu en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, des populations urbaines jeunes, mieux éduquées ont un comportement différent de celui des populations rurales. Quand les gens s'urbanisent, ne pas leur donner ce qu'ils veulent risque d'avoir des conséquences politiques beaucoup plus sévères. »
M. Moreno fait remarquer qu'un taux d'urbanisation plus graduel n'est pas nécessairement la bénédiction que les gouvernements peuvent imaginer. « Plusieurs pays africains n'ont toujours pas compris que l'urbanisation est une chose très positive, » a t-il indiqué. « Certains aiment peut-être garder leur population dans les zones rurales, parce qu'ils associent l'urbanisation à la pauvreté et à d'autres aspects négatifs. Mais l'histoire nous montre qu'aucun pays ne s'est sorti de la pauvreté en restant rural.
« Nous avons demandé à des gouvernements africains s'ils voulaient mettre fin à l'urbanisation et la plupart d'entre eux ont dit que oui. Mais si vous songez à la Chine, [ses] plans quinquennaux considèrent l'urbanisation comme le moteur du développement. Par conséquent, si certains pays essaient délibérément de réduire leur taux d'urbanisation, c'est une mauvaise politique qu'ils adoptent. »
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