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NIGERIA: Jamais aussi divisé, jamais aussi uni
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Ruth McDowall/IRIN
Dans les villes de l’ensemble du pays, des milliers de citoyens ont manifesté – dans le calme, la plupart du temps – contre la suppression de la subvention sur le pétrole annoncée par le gouvernement
LAGOS, 6 février 2012 (IRIN) - Un mois après le début des manifestations qui ont éclaté dans l’ensemble du Nigeria pour protester contre l’augmentation spectaculaire des prix du carburant survenue à la suite de la suppression d’une subvention du gouvernement, le calme s’est rétabli et la population semble avoir décidé d’accepter un compromis.
À la suite de l’élimination de la subvention, le 1er janvier, le prix du pétrole est passé de 65 nairas à 141 nairas (0,40 à 0,90 dollar) le litre, ce qui a entraîné une augmentation importante du coût des transports et des denrées alimentaires.
La population a réagi rapidement et massivement. Encouragées par les syndicats, les corps de métier et la société civile, les différentes communautés de cette nation de 167 millions de personnes sont descendues dans la rue, paralysant du même coup l’économie et allant même jusqu’à menacer de stopper la production de pétrole. Surprises de la tournure des événements, les autorités ont cédé aux pressions des manifestants et décidé de ramener l’augmentation du prix du carburant à 50 pour cent au lieu de plus de 100 pour cent.
« Le Nigeria n’a jamais été aussi divisé depuis la guerre civile, et pourtant, la population n’a jamais été aussi unie dans toute son histoire », a dit Hussaini Abdu, analyste des politiques publiques et directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG)
ActionAid
Nigeria.
Les citoyens sont nombreux à considérer le carburant bon marché comme l’un des rares avantages d’un gouvernement autrement inefficace et corrompu. Les manifestants ont envoyé un signal clair, ont dit les analystes. « Les Nigérians croient qu’en payant plus pour le pétrole, ils financent la corruption », a dit M. Abdu.
Le gouvernement soutient quant à lui qu’il pourrait économiser 8 milliards de dollars par an en supprimant la subvention. Cet argent pourrait être investi dans la construction de routes et la mise en œuvre de projets sociaux et ainsi permettre d’améliorer les conditions de vie des citoyens. Les autorités estiment par ailleurs que la subvention ne profite qu’aux intermédiaires, pas au public, et les partisans de son abandon disent qu’elle sert les riches et favorise la contrebande avec les pays voisins.
Le gouvernement
croit
que les Nigérians bénéficieront de la déréglementation de l’aval pétrolier, et donne pour exemples la construction, la réhabilitation et l’achèvement – prévus ou en cours – de chemins de fer, de raffineries, d’autoroutes, de centrales hydroélectriques, de technologies de l’information et de systèmes d’approvisionnement en eau.
Programme SURE
Ces projets, qui profiteront à la population, seront mis en œuvre dans le cadre du Subsidy Reinvestment and Empowerment Programme (SURE), qui finance également des programmes de protection sociale à court terme pour atténuer l’impact de l’élimination de la subvention.
On peut se demander à quel point la population sera convaincue [du bien-fondé du programme]. Selon les analystes, si les Nigérians se sont montrés aussi unis lors des manifestations, c’est à cause de la corruption, mais aussi de l’amertume suscitée par les politiques du gouvernement, qui les ont rendus pauvres. Le salaire minimum est passé de l’équivalent de 46 dollars à 112 dollars par mois en 2011, mais la plupart des Nigérians sont moins bien payés.
Selon le Centre for the Study of the Economies of Africa (
CSEA
), les plus démunis pourraient consacrer une part encore plus importante de leur revenu à la nourriture à cause de l’inflation causée par l’augmentation du prix du carburant et de la hausse subséquente du coût des transports. (D’après le CSEA, les Nigérians consacrent en moyenne 51 pour cent de leur revenu, soit la part la plus importante, à l’achat de denrées alimentaires. Les transports figurent en troisième position avec 7 pour cent.)
Selon le CSEA, le Comité de politique monétaire (Monetary Policy Committee, MPC), qui est responsable de l’élaboration de la politique monétaire et du crédit, devrait faire preuve de neutralité afin de soutenir les efforts du gouvernement pour stimuler l’économie par l’intermédiaire du programme SURE, qui met l’emphase sur la création d’emplois. « À moyen terme... les prix pourraient diminuer grâce aux efforts déployés dans le cadre du programme SURE pour combler le déficit d’infrastructures dans l’économie », ajoute le CSEA.
Le gouvernement devra peut-être prouver, à court terme, qu’il est différent des gouvernements précédents et qu’il est responsable et sensible aux préoccupations actuelles de la population. Sinon, la population pourrait descendre de nouveau dans la rue pour manifester sa colère contre le gouvernement central.
Selon Jeff ‘vwede Obahor, un consultant en matière de sécurité, les Nigérians ont atteint un point critique avec la suppression de la subvention, et tout ce qu’ils veulent maintenant, c’est une bonne gouvernance. « ….il s’est passé trop de choses et c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».
yi/oss/cb-gd/amz
Theme (s)
:
Sécurité alimentaire
,
Démocratie et gouvernance
,
Urbanisation
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Dans les villes de l’ensemble du pays, des milliers de citoyens ont manifesté – dans le calme, la plupart du temps – contre la suppression de la subvention sur le pétrole annoncée par le gouvernement
LAGOS, 6 février 2012 (IRIN) - Un mois après le début des manifestations qui ont éclaté dans l’ensemble du Nigeria pour protester contre l’augmentation spectaculaire des prix du carburant survenue à la suite de la suppression d’une subvention du gouvernement, le calme s’est rétabli et la population semble avoir décidé d’accepter un compromis.
À la suite de l’élimination de la subvention, le 1er janvier, le prix du pétrole est passé de 65 nairas à 141 nairas (0,40 à 0,90 dollar) le litre, ce qui a entraîné une augmentation importante du coût des transports et des denrées alimentaires.
La population a réagi rapidement et massivement. Encouragées par les syndicats, les corps de métier et la société civile, les différentes communautés de cette nation de 167 millions de personnes sont descendues dans la rue, paralysant du même coup l’économie et allant même jusqu’à menacer de stopper la production de pétrole. Surprises de la tournure des événements, les autorités ont cédé aux pressions des manifestants et décidé de ramener l’augmentation du prix du carburant à 50 pour cent au lieu de plus de 100 pour cent.
« Le Nigeria n’a jamais été aussi divisé depuis la guerre civile, et pourtant, la population n’a jamais été aussi unie dans toute son histoire », a dit Hussaini Abdu, analyste des politiques publiques et directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG)
ActionAid
Nigeria.
Les citoyens sont nombreux à considérer le carburant bon marché comme l’un des rares avantages d’un gouvernement autrement inefficace et corrompu. Les manifestants ont envoyé un signal clair, ont dit les analystes. « Les Nigérians croient qu’en payant plus pour le pétrole, ils financent la corruption », a dit M. Abdu.
Le gouvernement soutient quant à lui qu’il pourrait économiser 8 milliards de dollars par an en supprimant la subvention. Cet argent pourrait être investi dans la construction de routes et la mise en œuvre de projets sociaux et ainsi permettre d’améliorer les conditions de vie des citoyens. Les autorités estiment par ailleurs que la subvention ne profite qu’aux intermédiaires, pas au public, et les partisans de son abandon disent qu’elle sert les riches et favorise la contrebande avec les pays voisins.
Le gouvernement
croit
que les Nigérians bénéficieront de la déréglementation de l’aval pétrolier, et donne pour exemples la construction, la réhabilitation et l’achèvement – prévus ou en cours – de chemins de fer, de raffineries, d’autoroutes, de centrales hydroélectriques, de technologies de l’information et de systèmes d’approvisionnement en eau.
Programme SURE
Ces projets, qui profiteront à la population, seront mis en œuvre dans le cadre du Subsidy Reinvestment and Empowerment Programme (SURE), qui finance également des programmes de protection sociale à court terme pour atténuer l’impact de l’élimination de la subvention.
On peut se demander à quel point la population sera convaincue [du bien-fondé du programme]. Selon les analystes, si les Nigérians se sont montrés aussi unis lors des manifestations, c’est à cause de la corruption, mais aussi de l’amertume suscitée par les politiques du gouvernement, qui les ont rendus pauvres. Le salaire minimum est passé de l’équivalent de 46 dollars à 112 dollars par mois en 2011, mais la plupart des Nigérians sont moins bien payés.
Selon le Centre for the Study of the Economies of Africa (
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), les plus démunis pourraient consacrer une part encore plus importante de leur revenu à la nourriture à cause de l’inflation causée par l’augmentation du prix du carburant et de la hausse subséquente du coût des transports. (D’après le CSEA, les Nigérians consacrent en moyenne 51 pour cent de leur revenu, soit la part la plus importante, à l’achat de denrées alimentaires. Les transports figurent en troisième position avec 7 pour cent.)
Selon le CSEA, le Comité de politique monétaire (Monetary Policy Committee, MPC), qui est responsable de l’élaboration de la politique monétaire et du crédit, devrait faire preuve de neutralité afin de soutenir les efforts du gouvernement pour stimuler l’économie par l’intermédiaire du programme SURE, qui met l’emphase sur la création d’emplois. « À moyen terme... les prix pourraient diminuer grâce aux efforts déployés dans le cadre du programme SURE pour combler le déficit d’infrastructures dans l’économie », ajoute le CSEA.
Le gouvernement devra peut-être prouver, à court terme, qu’il est différent des gouvernements précédents et qu’il est responsable et sensible aux préoccupations actuelles de la population. Sinon, la population pourrait descendre de nouveau dans la rue pour manifester sa colère contre le gouvernement central.
Selon Jeff ‘vwede Obahor, un consultant en matière de sécurité, les Nigérians ont atteint un point critique avec la suppression de la subvention, et tout ce qu’ils veulent maintenant, c’est une bonne gouvernance. « ….il s’est passé trop de choses et c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».
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